Le dernier Olivier Assayas n’a pas beaucoup emballé la critique, ou pour être plus exact : l’a totalement clivé. C’est qu’avec « Doubles vies », qui prend pour milieu l’édition (un peu la politique en satellite) et se concentre sur quelques personnages CSP+ bobo purs parisiens cultureux, dont l’un est écrivain qui raconte sa propre vie à peine maquillée (Assayas est-il en train de faire de même ?) tandis qu’on glose beaucoup sur les blogs qui glosent (et dont Assayas fait un film qui glose sur ces glosateurs), on est entre le Rohmer-like (indice de présence Pascal Gregory) et le miroir hyper parisien, qui donc ne plaît jamais trop.

Exemple : l’un des thèmes du film est le passage au numérique, et l’on retrouve l’exact clivage parmi les cultureux entre les conservateurs (nombreux) vs les néo-numériques (souvent béats), avec au milieu les quelques rares qui veulent y comprendre quelque chose pour ne pas se faire totalement bouffer. C’est quasi-documentaire. La souris a failli craquer parce que (je cite à peu près) c’est exactement ce qu’elle a entendu en permanence, comme discours. Moralité : c’est tellement bien rendu que ça en devient insupportable. On admire ou on déteste, en somme.

Évidemment, les doubles vies parisiennes parlent aussi de polygamie, parce que s’il y a bien quelque chose du cru, c’est cela. D’ailleurs, ce n’est pas de l’hypocrisie mais de la vie normale de couple, nous dit Juliette Binoche, actrice célèbre, qui suspecte son mari éditeur Guillaume Canet d’avoir une maîtresse (pas encore, mais ça arrive : la belle et numérique Christa Théret — qui n’a jamais froid), tandis qu’en réalité, elle-même vie une aventure secrète avec Vincent Macaigne (qui n’est autre que le fameux auteur auto-biographique édité par le mari), ce dont se doute bien Nora Hamzawi, sa compagne assistante parlementaire, mais sans forcément mettre le bon nom dessus. Perdus dans le narcissisme. L’avant-dernière scène, fort ironique, finit de révéler le regard amoureusement moqueur du cinéaste.

Un film dual, finalement, si ce n’est dialectique.