Omar Sy incarne un acteur célèbre de comédie d’origine africaine de troisième génération — jusque là ça ne doit pas être trop compliqué à interpréter —, qui va (plutôt que retourne, car c’est sa première fois) au Sénégal, la terre-de-ses-ancêtres. Lui est plus curieux qu’autre chose. Yao, jeune garçon intrépide aux portes de l’adolescence, traverse la moitié du pays par ses propres moyens pour rencontrer son idole et lui faire dédicacer son autobiographie à moitié mangée par la chèvre du village, mais qu’il connaît par coeur.

Philippe Godeau a réussi a faire un vrai film sur l’Afrique subsaharienne. Ce n’est pas facile, pour un Européen. J’ai découvert l’Afrique il y a peu. Il paraît qu’on aime ou qu’on déteste. C’est sale, c’est le bordel, c’est du n’importe quoi en permanence, c’est lent, y’a des maladies immondes, les routes sont à moitié finies, certes. C’est corrompu, aussi, et de temps en temps, il y a un génocide ou quelque chose du genre (ils sont quand même très, très racistes, depuis longtemps). Mais étrangement, il y a une sorte d’humanité débridée extraordinaire. Je n’arrive pas à l’expliquer. Il y a des pays où les gens sont généralement d’une gentillesse extraordinaire — le Québec, la Malaisie ou le Vietnam. Mais personnellement, en Côte d’Ivoire, j’ai vu des choses que je n’ai vu nulle part ailleurs. Des comportements où j’ai envie de voir et revoir ces gens, juste par passion et amour — ce qui n’est pas peu dire pour moi, qui suis plutôt misanthrope de base. Malgré tous leurs défauts — et il y en a une liste extraordinaire, il n’y a qu’à voir l’état du machin dans lequel ils vivent…

« Yao » c’est un road movie d’un gars qui est noir, physiquement, mais qui a la culture d’un blanc. Il est pressé et stressé comme un blanc. Il a la culture du résultat et du confort comme un blanc. Il n’a pas cette nonchalance et cette sorte d’hédonisme décomplexé qu’on peut trouver là-bas, où la relation humaine prime (même avec une machette ou une kalash — cf la scène où une femme repousse Yao en le traitant de voyou simplement parce qu’il vient d’un village éloigné, ou celle où dans le marché où un voleur se fait tabasser par la foule). Ce film est l’un des très, très rare à montrer l’Afrique comme elle est, et en plus à travers ce prisme de quelqu’un qui pouvait se croire « physiquement » du lieu mais qui en fait n’y était pas du tout (un entrepreneur noir, une fois, m’a raconté toutes ses nombreuses mésaventure qui l’on mené à la ruine, parce qu’il avait par exemple complètement négligé un gardien du port où il faisait livrer, et que ce dernier lui avait bien fait payer par revanche… Il s’était encore plus fait avoir que s’il avait été blanc : il aurait alors plus fait attention à ces détails !).

Je ne sais pas si la critique peut percevoir tout cela, mais il ne m’étonnerait pas qu’elle passe à côté et s’arrête aux bons sentiments et aux clichés (qui ne le sont pas forcément : la voiture avec « merci maman » sur le coffre, c’est un grand classique ! Et oui, on trouve encore du Vaudou mélangé à du catholicisme un peu partout…). C’est un « bol d’humanité »®.