Comme le pianiste norvégien Leif Ove Andsnes était pris avec Matthias, Ian Bostridge (qui a enregistré avec lui Voyage d'hiver) a changé de compagnon. Ou alors, c’est Brad Mehldau, censément pianiste de jazz (mais qui fait aussi du classique), et de plus en plus en binôme avec Iaaaaaaaan qui l’a casté. Ou alors, entre intellectuels, ils se sont plu. Ça doit être ça. Car c’est bien Mehldau qui a rédigé le programme, et composé le premier cycle de la soirée, « The Folly of desire », sur un choix de poème à la thématique bien définie. Extrait :

« Les agresseurs dans les comptes #MeeToo et l’Église catholique cautionnent leurs actes par une fiction délibérée, se mentant essentiellement à eux-mêmes, ce qui n’est pas sans rappeler le héros des Dichterliebe au XIXème siècle. Un peu de distance autocritique à la Heine aurait pu leur éviter ce chemin de destruction. L’ironie romantique donnait une liberté potentielle aux écrivains. Ils pouvaient momentanément échapper au cadre imposé de leur narration, comme dans la vie réelle où chacun peur échapper à la fiction qu’il se raconte en boucle au sujet de l’objet du désir. Et qui sait — si nous censurons de temps à autre la polis, nous pouvons conserver notre droit à la vie privée et à la liberté de parole. »

Voilà. Ma voisine opine. Bref, ça gamberge beaucoup. Le « Dichterliebe » de Robert Schumann après l’entracte (où Ian peut moins déployer sa singularité), mais qui devait initialement se trouver en introduction (inversion marketing ?), est dans la même veine. Autant dire que ce n’était pas simplement fort original — surtout la première partie aux accents jazz très légers, sur des textes anglais et allemands (dont un de Brecht non traduit pour cause de droits…) —, c’était quasi-philosophico-poétique. Mais il n’est pas improbable que la philharmonie assez pleine (sauf l’arrière-scène) est passé à côté du message.

Toujours est-il qu’en bis, « Every time I say googdbye » et « Night and day », tous deux de C. Porter, étaient formidables et accessibles.