Il n’y a que les Américains pour faire un truc comme ça… « Vice » est un OVNI cinématographique entre le documentaire et la fiction, mais pas vraiment comme ces programmes télé où l’on voit des acteurs entre les sessions de témoignage. C’est plutôt du biopic mâtiné de voix off pour expliciter la chose, des textes très libres à l’écran, des génériques au milieu, et même une fin alternative… Adam McKay, sorti du Saturday Night Live et de manière encore moins surprenant, de chez Michael Moore, s’amuse fort avec l’argent des producteurs Brad Pitt et Will Ferrel, et le talent de Christian Bale (quasi-méconnaissable) dans le rôle de Dick Cheney, Amy Adams pour sa femme Lynne Cheney (idem), Steve Carell en Donald Rumsfeld et Sam Rockwell en George W. Bush — ça donne le ton, et en même temps, on y croit immédiatement comme à une caricature des Guignols !

Ascension d’un loser total (intelligent mais branleur, un introverti certainement FJ…) jusqu’à ce que, essentiellement fasciné par le pouvoir, il devienne finalement le vice-président le plus puissant qui soit, véritable président-bis des USA, ce qu’il ne pouvait clairement pas être sur son nom propre, mais ce qu’il arrivera à s’approprier en suppléant l’incapacité du fils Bush. Un intrigant favori des temps modernes ? Un symptôme de ce que le casting démocratique fait ressortir comme profil ? Le génie politique et la bêtise absolue, à l’écran, sur quelques dizaines d’années. L’ambition qui sauve et dévore tout à la fois. Méandres des écuries de l’humanité. Pardon, du palais de la plus puissante des puissances mondiales. Mais si ce n’était que ça : à la fin, pour justifier le maintien au pouvoir, tous les sacrifices sont bons, y compris en se tirant une balle dans le pied sur le long terme (ou comment ISIS/EI a été créé par les gros sabots de la corruption et de l’ambition silencieuse).

Grinçant au possible. Tout en prenant soin de faire même sa (fausse) auto-critique en générique (« it’s liberal », traduit comme il se doit en « c’est de gauche », ce qui fait un peu rire quand même, chez nous, n’est-ce pas…). Le rire jaune dans un pur raffinement.