En sortant du ciné, lundi soir, pour une séance choisie en fonction de la maximisation de l’exposition au Soleil, on aperçut au loin de la fumée blanche. À quel hasard cela tient-il. D’où cela pouvait-il venir ? Hésitation. Allons voir, en trouvant un meilleur angle de vue. On se tâte, serait-ce ?… Confirmation via twitter : c’est Notre-Dame, qu’on voit brûler, et pas qu’un peu. Il est autour de 19h15. En fonction du vent, le nuage se dissipe encore plus de côté et laisse voir de sacrées flammes rouges. Les badauds s’agglomèrent sur le trottoir de l’avenue de France, où l’on voit le dessus de l’édifice à quelques kilomètres, dont la flèche, qui se consume, et finit par tomber. On la voit très bien. Stupeur.

Et colère. Cela fait des années que l’entretien est lamentable, et que l’on fait des travaux trop tard, dans mauvaises conditions, qui régulièrement donnent des incendies ravageurs. Comme c’est espacé de quelques années, seuls ceux qui ont de la mémoire — ou qui s’intéressent d’assez près au quotidien de l’art et du patrimoine — font le lien. C’est honteux. Dans un pays qui a un taux délirant de prélèvement et de dépense publique, avec un ministère de la culture obèse, avec un tourisme extrêmement massif qui vient parce qu’il y a justement ce patrimoine, c’est digne de la gestion des pires pays bananiers rongés par la corruption. Scandaleux. J’en avais rapidement eu l’intuition, et les révélations s’accumulent depuis. Et pourtant, une fois encore, cela risque de passer sans que rien ne change. Parce que se rendre compte de l’indigence généralisée serait trop douloureux. Alors on va rafistoler avec (pour une fois) les larges moyens du bord, on va guérir en je ne sais combien d’années et peut-être fort mal là où l’on avait largement la possibilité de prévenir (ne serait-ce qu’un véritable système interne et externe de protection incendie d’un monument aussi sensible, et pas une vague alarme manifestement pas si bien ficelée malgré son prix et deux gus apparemment pas bien réveillés, serait-ce trop demander ?).

Quelle misère. L’humanité est capable à présent de détecter et « photographier » précisément un trou noir, et se retrouve incapable d’arrêter le feu sur une charpente quasi-millénaire. Certains y verront un rappel à l’humilité. J’y vois surtout un oubli des fondements, des strates historiques, qui font ce que nous sommes. L’imprévisible est une fatalité. En l’occurrence, c’est simplement le signe de la décadence larvée de riches de notre temps.