On a souvent des problèmes à trouver un titre. Pour « Jiang Hu Er Nü » (nous dit Allociné), ça a donné en VF « Les éternels (ash is purest white) ». Parenthèse en anglais d’origine. Jia Zhangke avait eu plus d’inspiration pour « A touch of sin », qui était dans la même veine de la face obscure de la Chine, avec aussi comme héroïne l’actrice Zhao Tao, qui avait par ailleurs déjà joué dans un film sur la transformation du pays (24 City, que je n’ai point vu). Cette fois-ci elle est complétée de l’acteur Liao Fan et d’une affreuse frange lorsque les deux étaient deux jeunes étoiles de la pègres locale du fin fond de l’empire du milieu, au début des années 2000. Une peine de prison écopée pour protéger son amant la fait sortir en 2006 (et au bon tiers du film de 2h15) dans un pays transformé qu’elle a de la peine à reconnaître. Les choses ont changé. Vraiment ? La troisième partie, en épilogue ouvert sur la rupture (définitive ?) est contemporaine. Pourtant, elle boucle sur le même espace scénique, la salle de jeu miteuse — seulement, on y accède maintenant en CRH2 —, avec les mêmes personnages, les mêmes dynamiques entre eux, mais une grosse quinzaine d’années plus tard.

Mêlant histoire d’amour et histoire du pays, Jia Zhangke parcours deux sillons entrecroisés côté revers sombre de la médaille. C’est osé, et je suis quelque peu (agréablement) surpris que les autorités chinoises ne s’y soient opposées. Est-ce aussi là le génie du réalisateur ? La prestation de Zhao Tao (qui est aussi sa femme) est aussi superbe que les prises de vue. Du très bel ouvrage !