Michel Leclerc signe avec « La lutte des classes » une comédie accessible, peut-être essentiellement aux Parisiens, qui n’en reste pas moins extrêmement pertinente, comme satire du gauchisme bobo. Le couple mixte de famille recomposée, entre une avocate reubeu issue de l’ascenseur social® et le rockeur qui n’a pas percé, est certes haut en couleur. Mais c’est dans leur périphérie qu’on trouve les portraits les plus « real life » de la noble lignée parisienne des électeurs de gauche qui, après avoir passé le périph (ou même avant…), mettent leurs gosses dans le privé — « parce qu’on veut le meilleur pour nos enfants ». Avec le foncier intra-muros compliqué, ils colonisent opportunément les banlieues de pauvres de l’Est parisien (phénomène nommé « boboïsation », que les chantres de la mixité recherchent finalement par dessus tout afin de pouvoir faire le bon investissement — capitaliste).

Mais nos héros sont les extrémistes de cette classe : on ne vend pas plus cher que ce l’on a acheté, sus à la spéculation ! La discrimination positive, c’est du racisme ! Mais quand ça touche au gamin qui commence à avoir des micro-problèmes à l’école, en environnement non-protégé, là on flippe. Michel Leclerc, qui co-écrit avec Baya Kasmi, s’en donne à coeur joie dans la caricature (l’éducation nationale en prend pour son grade pédagogique) mais réussit l’exploit d’un subtil équilibre non-moralisateur. Par le rire non moqueur, il montre avec délice les paradoxes nombreux de la caste des vertueux (toujours dans la course à la vertu et prêts à se bouffer le nez entre eux), pétris de contradictions et d’hypocrisie. Les scènes hilarantes se multiplient, emmenés par la B.O. d’un « J’encule le pape » (que le réalisateur a composé et qu’il chante !).

Les acteurs sont aussi à croquer. Il faut le talent flegmatique d’un Edouard Baer pour que la sauce puisse prendre. Je pense que Leïla Bekhti va un jour se réveiller comme actrice la plus en vogue de France. Et les seconds couteaux sont aussi très bons, notamment Ramzy Bedia en improbable directeur d’école.

C’est un poil foutraque, mais c’est un bel exploit. Je ne sais pas si les gauchistes sont ressortis en PLS — surtout ceux qui n’ont aucun second degré. Mais comme observateur (souvent interloqué) de ces énergumènes, je me suis totalement régalé (la souris aussi).