Quel est donc cet acronyme sorti dans la mise en scène de Jean-Claude Auvray ? Peu importe, pour une fois (mais j’ai l’impression que ça devient plus récurrent), à Bastille, la mise en scène devient plus potable, mais bénéficie essentiellement de ce qu’elle manque : de bidets, de nazis, de gens nus, etc. Sinon, aucune inventivité outre mesure pour cette force du destin de Verdi, vendredi soir, avant-dernière représentation, au public très disparate malgré une promo à -50% sur les quatre premières catégories à tarif indécent — ce qui assure donc une belle soirée pour 5€, à condition de glander une heure trente le matin devant la billetterie.

Très beau casting à mélomane (aucune star) pour cette Forza dirigée par Nicola Luisotti, avec dans les trois rôles principaux Carlo Cigni (Calatrava), Elena Stikhina en Leonora (prenant le relai d’Anja Harteros, qui avait le rôle jusqu’à la mi-juin) et Željko Lučić (Vargas). Des chanteurs impressionnants complétés par d’excellents seconds couteaux. Cet opéra a deux particularités : beaucoup de relais de personnages qui ne trustent donc pas la scène, et une histoire qui s’étend sur huit ans et demi, de telle sorte que la chanteuse principale très sollicitée dans la première partie (1h20) disparait ensuite totalement lors de la seconde (60 minutes), qui marque en revanche le retour de son amant lors de la deuxième partie, et ne revient qu’à la fin de la troisième et dernière partie (40 minutes), histoire de se faire rapidement zigouiller parce que c’est la maledizionne.

Chez Verdi, il nous faut : des amants maudits ; un drame familial où ça s’occit pour un oui ou pour un non ; donc beaucoup d’honneur et de sang ; des processus classiques amitié express => trahison => trucidons-nous gaiment les uns les autres ; et une bohémienne. N’oublions quand même le vrai drame de l’affaire, qui est régulièrement rappelé : l’héroïne amourachée et déchirée par le destin est restée vierge tout le long. Moche.

Mon binôme a fait remarqué que deux siècles après le baroque, en restant sur les mêmes thèmes, c’est quand même pas le même traitement. Aspect technicolor. Opéra sépia ? C’est souvent drôle par le ridicule des situations exagérées. Il y a un moment où la coïncidence tue le drame. Il n’en reste pas moins une fort bonne soirée à pas cher, avec un excellent placement, avec peu de voisins tout autour (ce qui reste encore trop — les vieux sont une plaie).