J’avais vu la bande-annonce de « la femme de mon frère », mais je n’avais pas bien noté — donc complètement zappé. C’est peut-être recommandé par MK2, mais déjà la rétrogradation est sévère : le film québécois n’a pas forcément rencontré son public ni sa critique, malgré paraît-il un très bon accueil cannois. Pourtant les répliques acides invitaient au visionnage. S’il y a eu un certain nombre de films évanescents ratés ces temps-ci, celui-ci a pu rentrer in extremis sur l’agenda avec la souris. Le film de Monia Chokri, 35 ans au moment du tournage, est porté par son anti-héroïne de 35 ans aussi, jouée par Anne-Elisabeth Bossé. Ça sent la semi-bio de team année du cochon (aka 1983) — ça joue sur le corporatisme, mais il m’en faudra plus !

Le montage par petite coupes est à la limite de l’épileptique, et avec l’accent à couper au couteau des acteurs, c’est fort gênant. Mais on finit par s’y faire, d’autant que ça se calme un peu au fur et à mesure (scènes moins hachées et dialogues moins sous-titrés). Relation frère/soeur fusionnelle perturbée lorsque le frère rencontre l’amour tandis que rien ne réussit à la soeur — dont on adopte totalement le point de vue. Il y a de bonnes idées et des répliques cinglantes de compétition. On est chez les intellectuels déprimés, notre héroïne est du genre suréduquée infoutue d’avoir un job et une vie amoureuse décente, surtout qu’elle a un sens précaire de la vie ordonnée. Forcément, ça dépote. Mais ça tourne en rond. Donc ça a du mal à nous emmener quelque part, et puis soyons honnêtes, ils ont tous des têtes un peu compliquées : on cherche le personnage sympathique auquel se rattacher… Et pourtant, il y avait matière à identification — surtout avec les horreurs proférées sur la reproduction. Mais malgré de bonnes saillies jouissives par-ci par-là, et du Bach à outrance (avec une fin sur Pavane, pour changer), le sentiment global est : pas mal.