J’enchaîne les biopic musicaux au ciné. Voici, dans « Yesterday », le tour de Jack Malik (interprété par Himesh Patel). Mais oui, LE Jack, celui qui est devenu extrêmement célèbre du jour au lendemain, alors qu’il crapahutait en faisant des reprises à la guitare. Et puis là, en chantant la même chose, tout à coup, il devient star interplanétaire avec ses tubes intemporels — même si on se demande bien à quoi il fait référence…

Il faut dire, nous apprend Danny Boyle, que la chance de Jack a tenu au miracle. Après un évènement surnaturel — qui lui a valu quelques fractures —, un groupe obscur (les « Beatles ») aurait soudainement disparu de l’histoire et des mémoires, à l’exception de la sienne (fort approximative), laissant le champ libre pour sortir des tubes en série.

Et puis il rencontre encore par hasard Ed Sheeran (Ed Sheeran) — alors lui, il existe dans toutes les réalités alternatives et c’est un vrai, mais c’est là que je découvre que je suis un vieux con, parce que j’ai pas capté qui c’était… (Donc c’est lui qui a fait « Shape of you », et c’est une vraie star interplanétaire — oups). Après avoir assuré une première partie, la carrière de Jack est prise en charge par le manager d’Ed, une blonde aux dents qui rayent le parquet et à la franche répartie étonnante, dirons-nous.

En revanche, est-ce que l’ancienne manager amatrice de Jack, friendzonée à l’insu de son plein gré par celui-ci, et jouée par l’adorable Lily James, ne serait pas disponible dans notre réalité avec Beatles ? « Yesterday » reprend beaucoup le pitch de « Jean-Philippe ». Mais si, souvenez-vous, le film où Luchini, fan absolu de Johnny, se réveille dans un monde parallèle où son idole a disparu ! Mais dans une veine assumée de feel-good movie, Danny Boyle donne dans la satyre du monde musical et le second degré pour désamorcer l’acidité d’un biopic virtuel sans drogue, ni alcool, et avec une seule femme — enfin bon, si leur introversion non palliée arrive un jour à être dépassée… Et tisse une jolie histoire sur l’art et la création artistique.

Évidemment, tout cela est très moral, et l’authenticité recherchée par Jack, mise à mal par son plagiat de réalité alternative, devra trouver une solution — autant que sa vie amoureuse. Ça ne révolutionnera pas le cinéma malgré quelques originalités, mais ça fait très bien ce pour quoi c’est fait.