Enterrement classe première pour ma tante. Normalement, un enterrement, c’est famille proche qui a pu se libérer et quelques amis. Soit une vingtaine de personnes, grosso modo. Plus on est vieux, plus on est oublié et moins on a d’amis (qui ont eux-même claqué), faut-il dire ; et les familles se sont rudement resserrées. Mais à 60 ans tout pile, on jouit encore d’un Dunbar généreux, et trois inspecteurs de l’éducation nationale pour deux discours, ce n’est pas tous les jours. Un choeur — amateur, qui n’a pas chanté des bondieuseries si faux que cela. Un organiste — aveugle, synchronisation épique avec le programme retravaillé plusieurs fois. Une flûtiste, un violoniste, un saxophoniste (formidable), excusons du peu. Deux discours, un de mon cousin à l’arrache pas mal, un de ma jeune cousine avant cela qui était vraiment bien fait et dit (malgré quelques maladresses de jeunesse, mais quel exercice, et à vrai dire, quelle surprise d’intelligence !). Et une bonne centaine de personnes dans l’assistance. Un truc incroyable quand tout un chacun est passé devant le cercueil. Ça a duré longtemps, très longtemps.

Finalement, « mourir jeune », c’est aussi mourir en rock star avec certains avantages. Je dis depuis longtemps qu’il est plus difficile de réussir sa mort que sa vie. Quand on n’est plus là pour superviser, ça peut rapidement tomber dans le médiocre (ou se faire totalement zapper, comme ce pauvre Prokofiev, mort le mauvais jour). Hé bien là, c’était aussi émouvant parce que outre les circonstances tragiques et soudaines (le matin même, elle jouait de l’orgue dans cette même grande église imposante, et fit un malaise fatal en montant un meuble Ikea fraichement acheté juste avant…), voir autant de monde rendre un si bel hommage (et régler quelques comptes au passage), en pleine semaine (un samedi, il y aurait eu tout un tas d’organistes en plus), en pleine période de vacances (idem), avec une notification si courte, c’était juste beau. Tout simplement.