La vie de Carlos Acosta, malgré une biographie publiée en 2008, est fort mal connue et référencée. Certes, Acosta est surtout une mégastar dans les milieux balletomanes. Mais quand même. Le scénario de Paul Laverty essaie de ne pas tomber dans les travers du genre, et même s’il prend comme trame la création chorégraphique d’une oeuvre biographique par Acosta jouant son propre rôle, et se remémorant dans un ordre assez chronologique les différents épisodes de sa vie, les références à son nom d’usage — « Yuli », qui donne son nom au film — ou son ascendance (« fils d’Ogún » — devenu le nom de la boîte de prod) restent pour le moins mystérieuse. D’ailleurs il l’avoue lui-même : son père brodait déjà dans des souvenirs flous, et il a brodé encore autour. C’est dire le niveau de précision.

Pour cet énième biopic du moment, la réalisatrice Icíar Bollaín a deux atouts côté originalité. D’abord, Yuli est un petit garçon certes talentueux, certes pauvre, mais surtout qui ne veut pas faire de la danse, ce truc de pédés ; c’est donc son père, tendance tortionnaire portant le poids de l’héritage familial d’esclaves puis de pauvreté extrême, qui le force et optionnellement le maltraite régulièrement, physiquement ou moralement, jusqu’à très tard. Ensuite, il y a l’arrière-plan politique, avec Cuba, encensé des gauchistes, dont on fuit en barque de fortune au milieu des années 1990, pour ceux qui n’avaient pas déjà pris leurs dispositions avant en émigrant à Miami ; c’est joli à voir, mais Carlos a régulièrement peur de ce qui pourrait lui arriver ou à ses mentors, qui le poussent à l’étranger.

Alors que lui, il rêve de revenir dans son quartier pourri qu’il adore. Caprice de riche ? Pas sûr. Son père le pousse, il résiste. Étrange destin. Le film souffre d’être peut-être un peu plat, tout de même (1h44 qui ne passent pas si vite), mais il est bien fait, et il explore une psychologie d’un surdoué devenu artiste (et quel artiste !) malgré lui, même après son déclic. En cela, le public de ce film aurait dû dépasser les simples balletomanes, ce qui n’est pas bien certain au regard du remplissage modeste de la salle pour un samedi soir…