« So long, my son » est une grande fresque familiale sur 30 (ou 40) ans par Wang Xiaoshuai, dont quelques films me disent bien quelque chose, et dont je me demande bien comment il a enfin réussi à ne pas se faire censurer. Parce que le fond de la trame centrale, comprend-on au bout d’un moment dans les intrications du film, qui saute d’une période à l’autre et laisse le spectateur résoudre le sudoku des secrets douloureux du passé familial, cela reste la politique de l’enfant unique, et de fait le film est par moment très politisé — l’ami qui aime danser qui se fait arrêter (et qui a de la chance : pas zigouillé), l’avortement de force, la séquence sur les licenciements à l’usine…

Mais quelque part, cela montre les contrastes forts entre des années 1980 où l’on ne saurait s’amuser et des années 2000 où les jeunes bikers parcourent le pays. Entre les deux, c’est toute une mutation économique — et sociale —, à laquelle les deux personnages principaux (joués par Wang Jing-chun et Yong Mei qui portent les trois heures de film !) échappent par exil volontaire, tandis que leurs (anciens) amis vont en profiter, le tout par une force du destin de la première scène qui ne sera élucidée que vers la fin de l’oeuvre.

Le fils, c’est Xingxing. Mais ce n’est pas si simple… Mêler savamment des émotions complexes de filiation et d’amour, avec un contexte historique en forte évolution (mais qui reste chinois, donc soviétique/dictatorial), ce n’est pas simple. Et c’est fort réussi, pour ceux qui aiment prendre le temps des sentiments — le positionnement temporel du début des années 1980 (qu’on devine) jusqu’à l’ère contemporaine ayant aussi sans aucun doute favorisé une certaine identification de moi et mon binôme.