Dans la deuxième partie de Werk ohne Autor, on retrouve évidemment notre héros Tom Schilling, et toujours Paula Beer, nouvelle muse à forte ressemblance de tante Ellie, dont on apprend que son père est celui qui a commandé l’assassinat légal de ladite tante ancienne muse. C’est fort tiré par les cheveux, pour la peine. On retrouve donc encore Sebastian Koch en glacial médecin nazi, où sauver une vie et en prendre un sont tout aussi envisageables. Mais surtout, il y a la décision de fuir à l’Ouest.

Kurt décide encore une fois de tout sacrifier. Il repart de la feuille blanche, parce qu’il sait qu’il n’a pas trouvé, alors même qu’il a pensé avoir trouvé. Destruction créatrice de l’auteur, et long processus du « devenir soi », comme on dit, de trouver sa voie/voix. Il part donc dans l’endroit le plus loufoque de l’époque — Düsseldorf, avec son lourd passé dans ses légères valises. Séance en monde « the cube », chez les frappés de l’art contemporain. Il va essayer plein de trucs et bien lutter dans la précarité, hésitant même à devenir Pollock, avant de devenir enfin Gerhard Richter. « Mais c’est Richter !? » Ciel ! On l’avait effectivement entraperçu lors de la bande annonce. D’ailleurs, le titre Werk ohne Autor vient d’une critique adressée à l’oeuvre de Richter, dans le sens que les photos banales mises en peinture n’ont pas la touche habituelle de la vision de l’auteur. Et pourtant, de tout l’art contemporain, s’il me fallait garder une chose, ce serait bien cela ; à chaque fois que je tombe dessus (dernièrement au Met), c’est toujours impressionnant.

Nous avons donc un « parabiopic », un film qui réinvente la vie d’un artiste, artiste d’ailleurs pas du tout cité au générique (la souris, qui a adoré, n’a aussi rien vu), ce qui laisse comprendre un arrangement explicite — et je ne vois rien à ce sujet non plus ! Tout ce que cherche Kurt, c’est l’authenticité, le vrai (une sorte de pureté de la réalité, dans toute son impureté ?), parce que comme lui disait sa tante, tout ce qui est vrai est beau, et même la performativité des chiffres du loto peut l’être. Eh bien trouver du vrai, ce n’est pas de la tarte ! Et c’est probablement aussi ce que cherche Florian Henckel von Donnersmarck, l’authentique. Et comme Kurt, il le fait parce qu’il le peut — techniquement. L’a-t-il atteint ? La dernière scène, qui fait écho à l’une des toutes premières et remue profondément dans sa simplicité même, le prouve.