« Werk ohne Autor » a été distribué en France sous le nom « l’oeuvre sans auteur » (jusqu’ici tout va bien) et en deux parties, coupant en deux les 3h10, de manière bien brutale. Quelle étrange idée. De fait, il faut jongler difficilement avec la programmation des séances pour enchaîner les deux dans la même salle du mk2, avec un pause absurde entre les deux.

La première partie, donc, suit la genèse du jeune Kurt depuis sont enfance chez les nazis jusqu’à un début d’apprentissage chez les communistes. Florian Henckel von Donnersmarck, découvert dans « la vie des autres » et n’ayant réalisé qu’un deuxième long métrage depuis, dépeint merveilleusement — si l’on puit dire — l’atmosphère particulière de l’époque, où le fils d’ami de famille peut vous dénoncer et enclencher une machine bureaucratique bien huilée menant au four crématoire. À peine s’est-on attaché, comme le petit Kurt, à la jeune, jolie, passionnée et border line tante Elisabeth, incarnée par la sublime Saskia Rosendahl (que j’ai confondu avec Paula Beer ! Il y en a donc deux outre Rhin !!), que le drame se précipite. Finie l’innocence relative de l’écosystème embrigadé qui dénonce l’art dégénéré en l’exposant : on meurt, beaucoup, atrocement. Ambiance.

Et puis Kurt grandit et devient Tom Schilling. Chez les cocos, on a le même discours peu ou prou que chez les nazis, en tout cas ça revient au même. Être un artiste, à ce tarif-là, c’est rester dans les clous. Le chemin est tracé. On y trouve Ellie, Paula Beer (la vraie cette fois), extrêmement épousable comme toujours. Mais Kurt n’est pas à l’aise avec ce qu’il fait, même s’il jouit d’une grande reconnaissance…

Si la première partie de cette première partie est forte en émotion — la mise en scène de la chambre à gaz, crue dans sa réalité, semble être aussi peu courante que la belle exposition de la transformation du lambda à machine à gérer, enfermer, mutiler et tuer son prochain —, la seconde a un petit coup de mou, à la limite du style téléfilm, qui s’est payé cher chez nos critiques nationaux jamais contents, voyant un gâchis par rapport à ce qu’aurait pu faire un Fassbinder. Peut-être, mais ça me semble fort injuste. On n’a qu’une envie : voir la suite.