« Дылда » (la perche, traduit en « une grande fille ») est le portrait d’une jeune fille russe après la seconde guerre mondiale — surnommée « dylda », traduit en « la girafe ». Kantemir Balagov, 30 ans, capte l’âme russe comme on ne sait le faire que là-bas. Ou comme me le répète mon binôme : « c’est glauque ! ». Il faut de jolies filles et des garçons moches, un climat rude et un décor déprimant, peu de dialogues, beaucoup de secrets, et de temps à autre, après s’en être pris plein les dents, une explosion de rage qui ne criait gare. Pour héroïnes, on a Viktoria Miroshnichenko et Vasilisa Perelygina, qui ont manifestement autant d’expérience que le réalisateur-scénariste, ce qui ne semble pas non plus les gêner outre mesure. La première est une grande blonde longiligne très introvertie qui souffre de crises toniques d’épilepsie, c’est-à-dire qu’elle se raidit totalement et soudainement de manière aléatoire. La seconde, de retour du front plus tard, est une rousse tonique extravertie manipulatrice.

Les deux amies se reconstruisent en accumulant autant de secrets qu’elles n’en avaient avant, ce qui n’est pas peu dire. Et comme les circonstances le commandent, la rousse veut faire faire un gosse à la blonde. On devine ce que ça donne à la fin des années 1940 en l’absence de PMA (le plan à trois le plus épouvantablement perturbant de l’histoire du cinéma). On se demande si elles vécurent heureuses et eurent beaucoup d’enfants…

Un film glauque, dérangeant, russe en somme (trop ?), certes, mais tout de même un sacré morceau de pellicule qui ne laisse pas indifférent…