Cette semaine, il y avait les journées du patrimoine. Un peu compliqué à caler sur l’agenda, j’avais une idée, on verra l’an prochain. Au bout de ma rue, un immeuble en destruction (qui m’a valu une courte interview dans le New York Times). À l’intérieur, des artistes sur l’une des ailes du bâtiment, répartis dans trois ou quatre appartement multipliés par cinq étages et le rez-de-chaussée. On se serait cru au bon vieux temps de la fondation Louis Vuitton des Champs Élysées, avec des pièces décorées du sol au plafond, des photos, des films, du dispensable, du brillant, du moche, du drôle, de l’émouvant, du WTF, du malicieux. Un peu de tout, et des artistes parfois présents près de leurs oeuvres. Je pensais passer vite fait, j’y suis resté deux bonnes heures…

J’avais repéré, au hasard d’un dépliant trouvé dans l’un des appartements vétustes, qu’une visite avait lieu toutes les heures pas très loin de là, aux mobiliers de Paris — qui n’est pas à Paris parce que les terrains du XVème arrondissement ont dû être « revalorisés », comprendre les vendre très cher pour faire des immeubles pendant que, comme le reste de tout ce qui était industriel, les banlieues pauvres ont hérité des ateliers-hangars. Mobilier, comprendre : les bancs verts (mais pas tous, parce que les parcs et jardins sont une autre juridiction, mais pour les repeindre, comme ils n’ont pas la bonne machine de menuiserie, finalement ça finit par reconverger) et les diverses barrières et autres poteaux qui poussent comme des champignons (à 46€/unité).

Une bonne heure parmi ces gens assez simples qui ont l’art de faire dans la peau — fiers d’avoir créé des systèmes qui évitent de se coincer les doigts ou de redresser des poteaux, expliquant qu’on doit sous-traiter mais aussi faire du stock avant d’assembler parce qu’on ne sait jamais trop à l’avance dans quel sens ça va se monter, jonglant avec les délais, etc. On apprend qu’un banc se fait reponcer-recycler tous les quinze ans, que le pont des arts est en chêne à cause des urbanistes qui obligent dès lors un remplacement bien plus régulier que si c’était du bois exotique, ou que Paris ne partage aucunement ses moyens de production et de logistique, même avec les banlieues occupées, et ça a l’air très revendiqué. Les manants peuvent cependant faire appel aux même sous-traitants pour obtenir des modèles similaires.

C’est ainsi que se pave la route vers le Grand Paris (à propos de pavage, la visite pouvait être jumelée avec une tournée en car à Bonneuil-sur-Marne, mais il se faisait tard pour voir où naissent aussi les pavés…)