« Iolanta » est l’opéra de Tchaïkovski qui connaît une période de réhabilitation — après avoir été le jumeau pauvre de Casse-Noisette. Surprise : c’est à Aix que ça se passe, avec le Roi René, celui des calissons, sauf qu’il n’y a pas de calissons (ça manque). En revanche, il y a sa fille, Yolande, donc Iolanta, qui est aveugle (c’était une époque où l’on n’était pas encore une personne en état de non-vision), mais qui ne connait pas son état différent du commun des mortels ; et comme son père ne fait pas dans la fiction à moitié, on lui cache aussi son état de princesse.

À la philharmonie, il y a l’Orchestre et Choeur du Mariinsky, Gergiev au cure-dent (qui a la patate), des caméras un peu partout pour diffuser en live, et assez peu de public pour se replacer comme une fleur entre ninjas au sixième rang. Plein son.

Et justement, le cast envoie du beau décibel. Irina Churilova en Iolanta, Najhmiddin Mavlyanov (un Ouzbek) en Vaudémont, Alexeï Markov pour Robert, Stanislav Trofimov en René et Evgeny Nikitin pour l’efficace maure Ibn-Hakia (oh, et Ekaterina Sergeeva, qui a un petit rôle, mais quelle beauté !).

Iolanta a été promise au duc Robert qui aime en réalité une Mathilde (si mes souvenirs sont bons, mais de toute façon, il y a toujours une Mathilde quelque part à aimer). En se perdant dans la garrigue, avec son pote Vaudémont (comte de son état), ils tombent sur une fille qui n’émeut que le second, mais pas qu’un peu. Le truc, c’est qu’en voulant la séduire, il lui révèle qu’elle est la seule à ne rien voir. Mais elle est tellement gentille tout plein qu’elle n’y voit aucun soucis — et malgré quelques soucis juridiques de zigouillage intempestif, ça se termine dans l’allégresse. Et l’ovation du public, qui aura eu pendant 1h30 le samedi soir, son apéro pour le lendemain.