« Ad astra » est le dernier James Gray, et un James Gray, ça ne se rate pas. Le voilà qui donne dans la SF, le spatial, un peu comme un Kubrick qui changerait de registre pour explorer la psychologie humaine dans un endroit clos et hostile en plein milieu du vide, dans une vision métaphysique qui transcende un héros fort introverti en pleine quête existentielle. Le tout sur fond de violons tristounes, par exemple avec un Max Richter qui louche fortement du côté de Ligeti. Bref, sujet inédit s’il en est.

La souris a dit que ça lui rappelait Gravity, que je n’ai pas vu (oui, je sais, je dois bien être le seul…), mais je la suspecte d’avoir une culture spatiale qui s’arrête aux sorties dans l’espace un peu foireuses avec harnais précaire. Moi je dis surtout qu’il y a du Mission to Mars dans ce voyage qui occupe la majeure partie du film — et dont Mars est une étape —, où le taux de mortalité en chemin est franchement élevé, avant même d’arriver au fin mot de la mission elle-même.

Mais nul monolithe ou extra-terrestre étrange. Le père, simplement le père. Le vrai père. Si Brad Pitt traverse les deux tiers du système solaire, c’est pour rejoindre Tommy Lee Jones. Outre la génétique et l’intersidéral, voilà deux hommes qui ont en commun d’être froid comme l’espace. McBride fils (Roy) garde toujours son calme, même dans les situations les plus désespérées. McBride père (Clifford), brillant par sa personnalité Ô combien taciturne, a quant à lui disparu lors d’une mission exploratoire pour chercher des aliens, 16 ans auparavant, mais apparemment il ne serait pas si disparu que cela. Mission psycho-parabolique de Roy : tuer le père au bout d’un périple initiatique (ad astra per aspera). Que ne faut-il pas faire !

Keep calm and kill your father. James Gray, qui est du genre à titrer en latin, est fort en analyse psychologique, surtout avec les taiseux introvertis. Forcément, son traitement de la filiation et du cas de conscience, qui tourne autour d’un sujet assez rebattu (lui aussi) de recherche de quelque chose de fondamental très très loin alors qu’on l’avait sous les yeux (et en même temps, c’est comme ça qu’on découvre des choses — d’où le fait que les grands découvreurs sont souvent des cons finis), séduit les intellectuels et laisse dubitatif la critique populaire.

Personnellement, même si cela sent un peu le réchauffé — The lost space station of N, qui se trouve après Jupiter —, j’applaudis fortement la réalisation impeccable, que l’on croirait parfaitement tourné en conditions réelles — mis à part quelques bizarreries marginales, et surtout un étrange détail, parce que si Neptune était à quelques semaines de vaisseau, c’est à se demander pourquoi personne n’y était retourné avant pour vérifier ce qu’il s’y passait… Le duo d’acteurs, et surtout Brad Pitt qui porte quasiment tout le film à lui tout seul (petit renfort de Donald Sutherland et Liv Tyler), achève de donner une grande dimension à cette oeuvre. On verra à quel point elle pourra devenir mythique, statut envié de quelques rares prédécesseurs spatio-mythologiques — potentiellement après une director’s cut, notamment sur la toute fin disneyesque.