« Portrait de la jeune fille en fleur » est le dernier Céline Sciamma et Adèle Haenel. Revoici le couple en route — depuis Naissance des Pieuvres et leur coup de foudre, elles jouent ensemble de temps à autre, mais les films de Sciamma, qui a constitué une sorte de fan club progressiste essentiellement féministe, restent peu à l’affiche. Et revoici Adèle dans une aventure lesbienne (évidemment) en duo avec son peintre (Noémie Merlant). La peintre et son modèle… la réalisatrice et sa muse ? Le parallèle semble s’imposer.

Nous sommes donc à une époque pré-photomaton — mais très corsets-jupons. Fin XVIIIème devine-t-on (1770 dit le synopsis). Deux jeunes femmes (jouées par des actrices douze ans trop âgées, peu importe) sensibles et volontaires. Sciamma insiste sur les symboliques, probablement trop lourdement comme sur cette métaphore filée d’Orphée et Eurydice (avec un peu de métamorphoses d’Ovide — à la page 28 précisément). Mais elle est toujours aussi douée pour explorer les sentiments, les non-dits, la naissance de l’affection, l’ambiguïté homosexuelle, la passion. Elle a aussi toujours le don de l’esthétisme. Probablement le meilleur pendant à Naissance des Pieuvres, de toute sa filmographie.