Usuellement, mon impartialité est assurée par ma totale indépendance. Certes on peut douter de l’objectivité quand il s’agit de Julia, Yuja, Khatia ou Lola — mais gare à quiconque l’évoquerait. D’ailleurs, c’est via Lola que je me suis retrouvé là ; et le Kazakhstan ; c’est compliqué. Là, c’était à la salle Cortot, derrière la fac Paris IV Malesherbes, chez les riches, et je ne savais ni que c’était attenant à l’école normale de musique, ni que c’était Gustave Eiffel son architecte. Munie d’un second balcon, la salle s’étend sur un gradin avec extensions sur les côtés et petites loges ; on est sur des sièges en bois arrondis, avec de la place pour les jambes, sans que ce soit non plus tout à fait confortable.

Généralement, je zappe les petites formations. Avant, je faisais. Les concerts de l’Unesco par exemple (jeunes prodiges, si je me souviens bien). Depuis que mon agenda est soumis à de rudes épreuves, j’ai dû épurer. Mais pour Artie’s (et ses amis), il est évident qu’il fallait que j’y sois. La curiosité aurait pu suffire, sinon. Et quelle surprise de constater que la salle Cortot s’est remplie de bien deux cents personnes ! Alors même que le programme était des plus flous…

Ce programme, il faut dire, était fort spécial. D’abord, il est annoncé au fur et à mesure par le maître de cérémonie et fondateur d’Artie’s (le nom du projet musical de musique de chambre, grosso modo — les amis d’Artie’s étant le soutien financier aux opérations-concerts), j’ai nommé Gauthier Herrmann. Et il faut bien avouer qu’il est très bon dans le rôle ; le lien de complicité avec le public est immédiatement établi. Ensuite, on apprend le thème : la mort (paraît qu’on serait pas venu si on l’avait su avant). Les pièces sont quant à elles annoncées au fur et à mesure, et ça commence par quelque chose de très original, une musique orientalisante portée par des vers de Baudelaire (déclamées en apéritif par Yanowski), « la mort des amants » d’Eros Babylone (j’ai l’impression d’avoir cette info en exclusivité par un lien privilégié… :)  ) Le quatuor au complet est sollicité : Jean-Michel Dayez au piano ; Mathilde Borsarello Herrmann au violon ; Cécile Grassi à l’alto ; et notre héros, Gauthier Herrmann au violoncelle.

Yanowski est ensuite rejoint par Fred Parker au piano : à eux deux, ils composent le Cirque des Mirages, et s’ils sont catalogués dans le jazz, je dirais plutôt que c’est du cabaret. Ça rappelle fortement l’esthétique du Berliner Ensemble. Ils ont des paroles et un show (type théâtre chanté) qui donne dans l’outrance intelligente, où ça parle, bouge et maquille avec beaucoup d’emphase. « L’horrible enfant a gueule de chien » — tout un programme, content quand même de ne pas m’être librement placé au premier rang.

Et c’est le plat de résistance, une bonne demie-heure de Brahms avec le beau Quatuor avec piano n3 Opus 60. Le changement d’ambiance est assez radical avec le retour du cirque des mirages pour « la mort » (quelle histoire !). L’alternance continue avec le Korngold repéré sur l’affiche (petit extrait de la ville Morte, ah que j’aime cette partition !). Et de nouveau le cirque des mirages avec « la véritable histoire du christianisme », qui a dû mettre en PLS interne tous les cathos de la salle (il paraît qu’ils peuvent faire encore pire que cette histoire de Christ poireau qui a inspiré jusqu’aux nazis).

Gauthier, qui intervient entre les pièce, nous promet alors avec malice de nous nettoyer les oreilles, et c’est chose faite avec le très beau mouvement lent du premier quatuor avec piano op15 de Fauré. Je pense qu’on peut le dire : ça donne dans l’éclectisme ! Artie’s (dont j’ai encore oublié de demander d’où vient le nom…) s’est donné pour but de dépoussiérer la musique de chambre et de porter cela partout dans le monde. Il reste encore pas mal de mystères autour de cette aventure à laquelle je me retrouve associé (plus encore qu’au simple pot entre artistes post-concert — l’impression de faire ma B#4 !), mais force est de constater que c’est une heureuse trouvaille dans le grand monde musical, qui brille autant par son originalité que par sa débordante sympathie. On ne peut qu’adhérer !