Pour l’orchestre de Paris du jeudi, l’arrière-scène de la Philharmonie était encore fermée, et il y avait le classique remplissage aux scolaires dernier moment. Et puis tout à coup, alors qu’on n’était tous installés, que ne vîmes nous pas des locaux wesh wesh à casquette — mode camouflage avec les sièges (l’occasion de rappeler que les concerts classiques, que ce sont essentiellement des blancs qui écoutent des blancs, avec quelques asiatiques saupoudrés).

On commence par une Symphonie n° 12 en mi majeur Hob. I:12 de Haydn, toute mignonne (avec un mouvement qui rappelle autre chose, Sarabande de Haendel avais-je noté ?). C’est assez court, pour se mettre en appétit. Mais en réalité, on venait surtout pour la suite, un formidable Ligeti, le Double concerto pour flûte, hautbois et orchestre, qui commence avec de belles harmoniques et continue sur des pioupious. L’orchestre est divisé en deux : vents à jardin, cordes à cour. On en a extrait deux héros, les solistes Alexandre Gattet au hautbois et Vicens Prats aux flûtes — parce qu’il en a trois, sacrée quincaillerie à promener ! On est malheureusement peu aidé par le public épouvantable, qui tousse, crache, fait tomber des choses jusqu’à la dernière note. Alors qu’il eusse fallu un silence absolu. Les voisins locaux de droite paraissent manifestement peu convaincus, ils ne reviendront pas après l’entracte.

Dommage pour eux, car Christoph Von Dohnányi, qui se déplace lentement, dirige assis et de mémoire partition fermée, du haut de ses 90 ans (!!!!), réservait une très jolie 3e de Brahms (gênée par les battements de pied du nouveau voisin un peu lointain, dont j’aurais finalement préféré qu’il garde une casquette sur la tête comme celui de devant, quitte à avoir une tare, mais ça fait toujours plaisir de voir un nouveau public apprécier : on verra plus tard pour les codes comportementaux, les p’tits vieux ne valent pas bien mieux…).