Mounia Meddour a réussi à gagner le prix festival film francophone d’Angoulême, avec un film aussi vaguement francophone que l’arabe coupé au français de l’Algérie peut l’être. Mais « Papicha » coche toutes les cases du film qu’on ne peut pas laisser passer. Bienvenue chez les fous barbus de l’Algérie des années 1990, ceux qui voulaient imposer Allah à la Kalash (après certes avoir été éconduits des élections). Le film retrace fort bien la mauvaise ambiance de l’Islamisme montant dans la population qui se radicalise, chez les hommes machos pénibles comme chez les femmes bigotes — les deux étant tout aussi violents. Mais il y a aussi le pendant : j’avais déjà vu un entretien, diffusé à pas d’heures sur Arte, où une écrivaine disait qu’on vivait à fond, à l’époque, de manière très libérée, parce qu’on pouvait se faire massacrer par les ennemis intérieurs à tout moment. Alors il valait mieux profiter…

Lyna Khoudri interprète une jeune fille pleine d’entrain qui ne s’en laisse pas compter, jusqu’à l’inconscience. Étudiante, elle est la reine des « papichas » la nuit, à qui elle confectionne des robes sexy dans les boîtes de nuit. Une héroïne pareille ne peut qu’attirer la sympathie. À l’heure du retour insidieux des voilées et des barbus, chez nous comme chez eux, la dissonance cognitive du public visé (et nombreux, dans le microcosme parisien) est aussi épatante que pour le récent film d’animation en Afghanistan — le scénario étant cette fois moins cousu de fil blanc. On s’assimile fort bien à l’héroïne (admirable) et même à ses amies, c’est une vraie réussite (co-produite par le Qatar…). Il y a quelques moments d’une très grande force émotionnelle, et d’une manière générale, on ne se sent pas bien à l’aise.

Et Lyna Khoudri, qu’on a vu aussi dans Hors Normes (l’orthophoniste mignonne) et que j’ai failli voir dans le long métrage tourné au bout de ma rue (et qui y était récemment diffusé en avant-première, malheureusement dans une pièce qui sentait trop fort la peinture pour y rester plus de quelques minutes), est ici pleinement révélée. On espère beaucoup la voir souvent, parce qu’elle a ce truc communicatif qui met immédiatement en joie, et ça c’est aussi rare que précieux.