Le TCE a programmé un Lully peu connu, « Isis ». Seul le public le plus baroqueux est présent, c’est-à-dire, comme le résume mon binôme féminin usuel, « que des vieux et des gays » — nous appartenons évidemment à la seconde catégorie. La salle est assez vide ; pour cause grève ? On se replace au second balcon de face. Il y fait chaud. Pendant la première demi-heure, le librettiste Quinault insiste sur les références royales de l’époque — il s’agit en fait de Louis XIV qui las de se taper la Montespan (Junon) va badiner de Ludres (Isis). Il paiera cela de deux ans de bannissement et moi d’un certain ennui qui invite à somnoler quelque peu. En plus, c’est assez fouillis, et le fait que les chanteurs peuvent interpréter un nombre déraisonnable de rôles n’aide pas (surtout chez les hommes : Robert Getchell pour Apollon, le premier triton, Pirante, la Furie, la Famine, l'Inondation, deuxième Parque, premier Berger ; Fabien Hyon pour le deuxième triton, Mercure, deuxième berger, premier conducteur de Chalybes, les Maladies languissantes ; Philippe Estèphe pour Neptune, Argus, troisième Parque, la Guerre, l'Incendie, les Maladies violentes).

Première partie pas très trépidante malgré le talent de Christophe Rousset et ses Talens Lyriques (Chœur de chambre de Namur en renfort), mais on sent que l’originalité pointe. Et ainsi, après s’être replacé au tout premier rang du parterre, la seconde partie fut bien meilleure ! D’une grosse heure aussi (si ce n’est pas une heure trente, en fait : timing totalement atomisé pour terminer vers 23h malgré un début à 19h30, ce qui est peu heureux avec la grève), le festival commence rapidement par un air du froid qui a inspiré Purcell (King Arthur) nous révèle le programme (bon, qui parle aussi d’époque « pré-#meToo »…). Et il y a d’ailleurs, après ce choeur qui grelotte, un air du chaud dans les forges dont on se demande si cette fois il n’aurait pas inspiré Wagner (Siegfried). Absolument génial, en tout cas.

Il faut reconnaître aussi un vrai talent aux interprètes. Eve-Maud Hubeaux en Io (future Isis, et aussi Thalie parfois) est une chanteuse rafraichissante en robe blanche à fleurs et couronne de fleurs dans les cheveux. Ambroisine Bré, qui joue Calliope (et : Iris, Syrinx, Hébé, premier Parque), est une mezzo pleine de charmants appas aussi agréable à écouter qu’à regarder (surtout de près). Enfin, Bénédicte Tauran (quels prénoms, on comprends vite qui peut chanter…), pour La Renommée, Melpomène, Mycène, et surtout Junon, paraît aussi caractérielle que ce dernier rôle ou que mon binôme. Cette dernière s’inscrirait bien dans la liste des conquêtes de Jupiter, ou tout du moins d’Edwin Crossley-Mercer Jupiter (qui fait aussi Pan : il y a une logique).

Finalement, la soirée se termine très bien avec un très beau finale, qui ne nous a pas fait regretter non seulement d’avoir coché cette soirée un peu à l’aveuglette, mais aussi d’avoir bravé les éléments parisiens.