« Motherless Brooklyn » fait partie de ces films dont le titre français a été traduit à la truelle… en anglais. Brooklyn affairs, donc. Outre le choix peu heureux de « affairs », cela occulte le fait que le héros est surnommé Brooklyn — pas tant que l’action s’y passe, même si cela semble alterner marginalement avec le Queen, voire Manhattan et Harlem. Et quel héros : Edward Norton ne fait pas que jouer le premier rôle, il a aussi réalisé et scénarisé. Bref, c’est son film du sol au plafond. Norton est un acteur polymorphe extrêmement intelligent et tout aussi discret. Il avait modérément disparu depuis quelques temps (ce n’est probablement pas pour rien qu’il donne un rôle — court mais important — à Bruce Willis), mais il ne faut pas oublier qu’entre Primal fear (schizo) et Fight club (heu, aussi), il sait interpréter du déviant cérébral. En l’occurrence, le détective de la banlieue de NY a le syndrôme de Gilles de la Tourette. « It’s like living with an anarchist », explique-t-il à Gugu Mbatha-Raw (splendide, et qui a le bon goût d’être aussi née une sainte année du cochon).

Les critiques comparent le film avec L.A. Confidential, et ayant raté la rediffusion sur TCM, en attendant un replay, je vais opiner de mémoire. Les milieux interlopes de la ville des années 1950, les coups tordus et les clubs de jazz, les assassinats louches, la recherche de vérité et les révélations (du passé) en tout genre (sur les mystères comme sur le genre humain), la fille battante à sauver, tout cela on connaît. C’est brillamment interprété (citons aussi Willem Dafoe, Leslie Mann, Bobby Cannavale, Alec Baldwin). Et dans l’ensemble, c’est excellent. Porté par un seul homme, c’est d’autant plus remarquable. Il y a des chefs d’oeuvre, comme cela, que seul un esprit éclairé, bosseur et persévérant peut réaliser. Remarquable.