Cela faisait très longtemps que je n’avais vu de femme sans ombre. Die Frau ohne Schatten, du duo bénéfique Richard Strauss/Hofmannsthal, c’est un mix entre La flûte (parcours initiatique), Faust au féminin (le contrat avec les petites lignes damnées) et la gestation d’ombre pour autrui. Un livret métaphorique un peu dingue, et une composition superbe. Mais cette fois sans la mise en scène de Wilson, seulement quelques disposition de chanteurs dans la salle, de temps à autre, pour donner du relief.

Le TCE, où tous les ninjas de la création ont convergé pour l’occasion, et où Laurent, ne pouvant arriver pour 18h30, a pu upgrader nos places (avec mon binôme baroque en mode découverte et absolument ravie) pour un premier rang de première loge dans le tournant pair (j’en ai profité pour donner ma propre place à une revenante opportune, Léa !), a programmé une distribution sans faille. L’Impératrice par Elza van den Heever, l’Empereur par Stephen Gould et Michaela Schuster comme Nourrice ; Lise Lindstrom pour la Teinturière et Michael Volle pour Barak, son mari. Et Katrien Baerts, la voix du faucon. Les renforts (Bror Magnus Tødenes - L’apparition d’un jeune homme ; Andreas Conrad - Le Bossu ; Michael Wilmering - Le Borgne ; Thomas Oliemans - Le Messager de Keikobad ; Nathan Berg - Le Manchot) sont eux aussi impeccable, tout comme le Rotterdam Symphony Chorus agrégé de la Maîtrise de Radio France.

La baguette de Yannick Nézet-Séguin (qui est vraiment minuscule, quand il embrasse le cast féminin il est à hauteur de seins !) est à la hauteur de sa réputation. Je ne sais pas si j’avais déjà entendu le Rotterdams Philharmonisch Orkest, mais force est de constater que la partition de Strauss a été sublimée. Une soirée très attendue et superbe comme espérée.