Une fois par an, Paavo Järvi revient avec son NHK Symphony Orchestra Tokyo à la Philharmonie. Paavo le toon et ses sérieux Japonais pas mangas du tout. Pour le folklore local, on commence avec du Toru Takemitsu, « How Slow the Wind ». J’ai eu l’impression de l’avoir déjà entendu. En réalité, c’est là où le blog est bien pratique, c’est mon cinquième Takemitsu (une seule fois réellement apprécié), mais première fois pour cette oeuvre, qui utilise une grammaire musicale contemporaine devenue tellement classique qu’on a l’impression de l’avoir déjà entendu plein de fois. Phrases courtes, suraigus de temps à autre, base de percussions, c’est une sorte d’impressionnisme musical visuel — ce qui est peu étonnant étant donné le CV de musiques de films japonais du compositeur nippon.

Mais l’astuce pour bien remplir la salle, bien plus que d’habitude, outre les habituels nombreux Japonais, c’était de faire venir Khatia Buniatishvili au piano, pour le fort classique troisième concerto de Beethoven, dont on oublie régulièrement la teneur. Khatia romantique arrive avec une robe à sequins multicolores, et regarde régulièrement le plafond pour l’inspiration (capillaire). C’est quand même beaucoup de cinéma. Khatia dérive, je trouve, et j’en ressors un peu déçu, outre que l’orchestre n’était pas forcément des plus inspiré (« en creux », comme dira l’ami berlinois). Pas fou fou. 

En bis, l’Impromptu No. 3 in G-Flat Major (Op. 90, D. 899) de Schubert, qu’elle joue toujours très bien, un grand classique khatiesque. Entracte. Décision est prise de fuir les pénibles. Mais en fait, les pénibles fuirent d’eux-mêmes. L’occasion de s’avancer plus, avec plusieurs sièges libres tout autour, et même un couloir. Bref, c’était blindé d’invitations et de gueux venus seulement voir Khatia, qui ne vont pas se taper un truc inconnu de plus d’une heure pour terminer après 23h !

En l’occurrence, nous, les vrais, on ne venait que pour ça : la septième de Bruckner. Alors bon, c’était pas toujours bien synchro ni propre, mais il y avait de la volonté, de l’huile de coude et des moments-frissons. Pas la meilleure interprétation (ça ne vaut pas les Allemands, les Hollandais, les Londoniens…) mais quand même de la bonne. Et puis il y a le plaisir de voir la petite japonaise à frange au tuba wagnérien qui balance du gros son.

En bis, le spleen nippon en action, très beau, la Valse triste de Sibelius. Et si c’était ce répertoire qui correspondrait le mieux, comme les Japonais se sont révélés redoutables avec du Bach ?