Qui a remarqué que l’Opéra Comique est domicilié au 1 Place Boieldieu ? De François-Adrien Boieldieu.

Avec son 26e opéra-comique, Boieldieu enthousiasma Rossini : « Vous avez accompli un tour de force, êtes resté spirituel et vrai, animé et dramatique », Weber : « Depuis Les Noces de Figaro, on n’a pas écrit un opéra-comique de la valeur de celui-ci » et Wagner : « C’est la plus belle qualité des Français qui s’exprime dans cet opéra ». La Dame blanche fut le premier titre de l’Opéra Comique à atteindre 1000 représentations et connut un succès mondial et durable, jusqu’à inspirer la fin du Trésor de Rackham le Rouge à Hergé.

Et puis : plouf. Comme toutes ces rues qui mènent à l’opéra Garnier, décoré de bustes d’illustres inconnus. D’ailleurs, le livret de « La Dame blanche » est d’Eugène Scribe, une autre célébrité de l’époque quasiment disparu de l’histoire. En 1825, c’était une tuerie, donc. Quid en 2020 ? Alors que je dégustais quelques petits fours gratuits philanthropiques à la philharmonie, après quelque présentation de la prochaine saison de l’orchestre de Paris, un homme charmant avec qui j’ai lié discussion me recommanda chaudement ce revival, dont je m’aperçus qu’il était justement programmé sur la soirée où mon binôme usuel d’opéra avait récupéré une place. Pourquoi ne pas regarder s’il en reste, dès lors ? Pas grand chose, mais de quoi faire pour peu de pécule : tardant trop pour Internet, un coup de fil m’assura d’une place a priori pas trop mauvaise, que je n’eue pas même à rejoindre physiquement…

Une très bonne position pour admirer une mise en scène de facture classique par Pauline Bureau, en vieille fausse pierre, en tartan (comme les ouvreuses) (dont une mini super mignonne, premier balcon cour), qu’un ponte universitaire qualifia à l’entracte de « provinciale » (bingo : coprod avec Limoges, comme quoi j’aurais peut-être pu l’attraper là-bas), et en tout cas d’âgé. Bon, au moins, on évite les nazis (quoique, on y a échappé de peu avec les simili-juges en simili-cuir noir — des simili-nazis ?) et la vidéo a apporté une originalité certainement absente de l’original en 1825.

Le problème est que le livret oscille entre le tarte et tartan, ou autrement dit, c’est une dame blanche cousue de fil blanc. On y trouve tout le bingo de l’opéra d’époque : masque, enfant perdu, tuteur tortionnaire de jeune fille, amour contrits et multiples des mêmes personnes sous différentes identités, vente de château, paysans aimables folklorisés, etc. Et puis l’intrigue qui se veut compliquée alors qu’elle ne l’est point des masses. Au bout de 1h50, au moment de la fin de la première partie, on se demande en choeur : « quel est ce mystère ? » Une partie de la salle n’attendra pas les dernières quarante minutes pour le savoir. On les devine, depuis, transis d’interrogations qui les poursuivront jusqu’à la tombe.

Si la direction musicale de Julien Leroy de l’Orchestre National d’Île-de-France est solide, et la partition plaisante, on n’en garde guère de souvenirs rapidement. Les chanteurs sont aussi tous très bons : d’abord Philippe Talbot qui tient le premier rôle de Georges Brown, brave soldat ; et Elsa Benoit en Anna, qui cache bien son jeu, et doit souffrir de l’intendance de Jérôme Boutillier (Gaveston). Sophie Marin-Degor (Jenny) forme avec Dickson (Yann Beuron) un couple de fermier accueillant et fan de soldats. Complètent la distribution Aude Extrémo (Marguerite), Yoann Dubruque (Mac-Irton) et le choeur Les éléments. Tout cela est bien et bon, historiquement intéressant, à voir sans doute, mais on comprend aussi assez facilement pourquoi ça a sédimenté par dessus.