Le dernier Sam Mendes se déroule, comme l’indique le titre, en 1917 et semble inspiré d’une histoire contée par son aïeul. Il fait partie de ces films de guerre qui marqueront probablement l’histoire du cinéma du genre. Et il est à placer, je pense, dans la veine réaliste de Dunkerque (auquel on avait reproché d’être tant réaliste qu’il ne pourrait plus faire la moindre torsion historique) : on est embarqué dans la boue, en temps-réel, en immersion.

Cette fois cependant, on suit deux héros dans une sorte de voyage initiatique qui n’est pas sans rappeler un ouvrage de Tolkien : dans les tranchés, puis la verte prairie, puis le Mordor français de la Somme, on traverse l’horreur ordinaire de la première guerre mondiale. Comme disent les rosbifs, c’est « graphic ». Garanti avec cadavres dans tous leurs états, plus ou moins décomposés et bouffés par les rats (obèses), ça n’a jamais été aussi réaliste. Âmes sensibles s’abstenir. On y meurt pas souvent bien élégamment.

Et c’est ainsi que l’on est confronté à l’absurde de la guerre, et la déshumanisation qui va avec (même quand elle pourrait pointer son nez : entre jeunes gens, peut-être pourrait-on arrêter un bref moment de se trucider ? Ça n’arrivera pas). Dans ce périple postal contre la montre, quasiment exclusivement masculin (seule la Française Claire Duburcq rappelle qu’il n’y a pas que des Anglais et des Allemands en France), où l’on croise quelques grands acteurs (Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch), on se dit à pas mal de moments que tout ce beau monde n’est vraiment pas doué. Mais depuis son fauteuil (pas forcément bien confortable de l’UGC Montparnasse, l’une des rares salles à encore diffuser le film sorti il y a plusieurs semaines), c’est probablement plus simple pour réfléchir que sous la mitraille et les rats. On n’a pas vraiment envie de vérifier.

Outre les prestations de George MacKay et de Dean-Charles Chapman qui portent le film (malgré une maigre expérience cinématographique), on est happé par l’excellente BO de Thomas Newman et quelques scènes dingues (notamment de course, surtout la finale) et des images dans l’ensemble incroyables. Ce qui en fait un film à la fois stressant, peu ragoutant, beau et prenant. Non seulement tous les héros ne portent pas de cape, mais en plus ils finissent souvent en hachis parmentier. Un film assez exceptionnel.