Il y a en ce bas monde des illogismes qui me laissent pantois. Échangeant sur Twitter avec quelques professeurs fort remontés, j’ai compris que ce qui les gênait (euphémisme) était finalement d’avoir travaillé a posteriori pour rien. Mais a priori, on n’en savait rien. Il est toujours aisé de refaire l’histoire une fois que l’on a la solution. En entreprise, c’est tous les jours qu’il faut prendre des décisions en étant à moitié aveugle. Parfois pour rien. Mais il est vrai que le corps professoral aime la régularité, ce n’est pas le genre de psychologie adepte des surprises, dirons-nous.

Le confinement a montré que demander à des personnes de ne pas bouger de chez elles, pour ne pas courir un risque assez ridicule (taux de mortalité fort bas et très concentré), était une violence psychologique incroyable. Pire qu’être en guerre : ne pas être en guerre. Il y a des Juifs qui ont dû rester cachés des années pour ne pas terminer en camp dans des souffrances atroces. Relativiser un peu aiderait bien…

Bref, l’incertitude, ce n’est pas pour tout le monde. On s’en doutait un peu, mais à ce niveau, c’est assez dingue. Et là, je me penche deux secondes sur ma situation : pas de client, moins de 10k€ facturés depuis le début de l’année au lieu de 30 les années précédentes, aucun client jusqu’en septembre assez sûrement, ma startup qui s’est fait prendre en ciseau par le confinement (donc encore un an perdu, ça ne fera que la 4ème), et un client salopard contre qui j’ai enrôlé une affaire urgente en octobre concernant une facture d’avril sur un boulot de mars (2019) et où j’aurai (enfin !) mon audience en septembre (2020). 4000€ en jeu.

Le capitalisme rémunère le risque, c’est-à-dire la propension à savoir gérer l’incertain pour en produire de la richesse. Tout ce beau monde psychologiquement fragile a bien le droit de l’être, c’est embarrassant, mais on ne peut pas être bon partout. Par exemple, me concernant, mes aptitudes sociales et empathiques sont pour le moins limitées — mais je ne prétends pas le contraire. Qu’il constitue une bonne partie des légions anticapitalistes me dépasse en revanche. Je crois qu’ils n’ont rien compris au film. Un « vis ma vie » de 15 minutes les mèneraient au bord du suicide. Ne pas comprendre que cela mérite un petit bonus me laisse totalement dubitatif sur les capacités intellectuelles d’une bonne partie de cette population… Et très embarrassé sur la manière de faire comprendre ce qui constitue la vraie vie de ceux qui ne vivent pas sous protection des bontés de la modernité (parce que quand tu ne savais pas si tu allais mourir de faim ou occis ou pestiféré l’année d’après, c’était quand même un niveau d’incertitude un peu plus fort que même faire faillite…) ; bontés elle-même apportés par ceux qui ont pris des risques dans l’incertitude pour faire avancer l’espèce humaine dans la maîtrise de son environnement (toute l’histoire de l’humanité).

Vraiment, je l’admets : il y a des choses humaines qui me dépassent — en même temps, cela fait longtemps que j’ai décelé qu’homo sapiens sapiens n’était pas bien sec.