Un poil de vie sociale (2h30 top chrono !), et sinon… bah… Je crois que j'ai plus échangé avec mes futur voisins ce dernier mois qu'en 17 ans dans mon immeuble.

Le paradoxe du moment, c'est d'être extrêmement occupé en n'ayant pas grand chose d'intéressant à faire. L'impression de courir dans une roue de hamster. En plein dans la semoule, tout qui patine à fond. Ce qui est un poil rageant, c'est que si cela est dû à la fameuse situation actuelle, en réalité, physiquement, les impacts sont très limités. C'est fou comme quelques modifications à la marge plongent une société complète dans une sorte de léthargie, de catatonie, qui pourtant n'a pas vraiment lieu d'être.

L'immeuble d'en face le mien commence à voir son échafaudage disparaître ; la fin était prévu pour juillet 2020. Au bout de la rue, la nouvelle entrée du RER était programmée pour décembre 2019 : il commence à peine à y avoir une entrée, je pense qu'ils sont à 2/3 du boulot. Le centre médico-social, deux ans de retard dans les travaux, est quasiment achevé depuis presque six mois, mais ça ne bouge plus. La mairie a fait voter 2 millions d'euros de préfa faute d'avoir construit une école à temps. Et c'est ainsi partout pareil. Comme si le temps, sur cette civilisation usée quasi-immobile, n'avait pas de prise. Comme si cela importait peu que les jours soient comptés. Ça s'agite partout comme des poulets sans tête, mais l'essentiel est escamoté, les vrais sujets évacués, c'est une sorte d'attentisme en attendant le retour-à-la-normale. La modification des habitudes a généré une panique comme une sorte de mouvement brownien sans productivité, à l'image des plateaux télé.

L'illustration parfaite, c'est toutes les formations que j'aurais dû donner cette année et qui ont été annulées (la plupart silencieusement ! Plus de son ni d'image), un bon tiers de mon CA disparu ; sachant que c'est quelque chose qui ne coûte quasiment rien (prise en charge par les OPCO). Alors qu'il n'y avait aucun soucis, tout était prêt, on pouvait adapter la pédagogie pour profiter des contraintes du distanciel (couper en demi-journées, par exemple : on récupère l'absence de contact humain direct par l'évacuation des gros blocs anti-pédagogiques de sept heures). Mais non, ça ne bouge plus. Vraiment terrible de constater ce que l'on savait déjà chez les plus éclairés : la fragilité anthropologique inhérente.