C'est le désespoir, je me suis inscrit sur Happn. Par dépit et parce que la souris m'a conseillé après avoir testé plusieurs mois. Je n'avais clairement pas le temps, de toute façon, jusqu'à il y a peu. Bref, je fais mes classes sur les applis de rencontre ; la dernière fois était il y a 11 ans sur Meetic, c'est dire. Alors, ça sent l'expérience sociologique. Une bonne moitié des profils n'a pas de photo potable (photo floue, où l'on ne voit rien, de totalement autre chose, voire rien du tout), aucune ou peu de description de goût ou indication de recherche, et même pour ce qui est du petit texte introductif, on doit être à une sur dix, sachant qu'une fois sur quatre, dans ce cas-là, c'est pour pondre quelque chose de fort véhément : se plaindre des photos de mâles alphas à abdos dans la salle de bain, de pénis en messagerie privée, de fautes d'orthographe, d'être ghosté après un "crush" (c'est-à-dire une concordance de likes), que sais-je encore — bref, elles se plaignent de leurs mauvais choix de mâles likés, en somme. Ça fait autant peur que les textes perchés, en mode développement personnel pour les nuls mâtiné d'horoscope. On rencontre de l'esprit dans un cas sur vingt ou trente (mais généralement, ce n'est pas à moitié, dans ce cas).

Un bon tiers arbore les signes les plus purs de la féminité stéréotypée, à la limite du bon goût voire pouf assumée — ongles, maquillage outrancier, fond de teint à la truelle, talons démentiels, mini-robe à paillette (une partie marginale de cette population est carrément escort…). Une quasi-moitié des profils montrent de l'alcool sous une forme ou une autre, généralement une coupe à la main (parfois la bouteille entière) ; il y a aussi un nombre impressionnant de fumeuses, à ce rythme les espérances vie vont s'équilibrer. Et puis il y a la grande quantité de trentenaires ou plus qui cherchent un géniteur, parfois en ayant déjà une certaine quantité de marmots — mais que dire de celles en fin de vingtaine ou début de trentenaire, plusieurs gamins au compteur, qui cherchent l'amour très sérieux pour pondre la marmaille suivante ?… No comment sur celles qui mettent des photos avec leurs gosses (heureusement, ce cas est marginal). Et toujours dubitatif sur les profils olé olé qui réclament le plus grand sérieux (sans second degré).

La recherche ouverte de pure gaudriole est extrêmement faible. Soit c'est en début de vingtaine, soit dans la quarantaine. L'appli est particulièrement bugguée (et le site web est assez catastrophique), ça arrange peu les choses. Le tri des fleurs-jupons est parfois complexes, un algo pourrait éliminer cela plus efficacement (déjà, toutes les photos à la snapshat…). Je me demande parfois aussi si ça ne triche pas sur l'âge ; parfois (si ce n'est souvent), ça fait un peu peur… Happn, c'est plus la quantité que la quantité, on est dans la peau du chercheur d'or au milieu de l'Amazonie (et il y a effectivement quelques pépites hypothétiques, un profil sur 30 ou 40 je dirais). En tout cas j'ai compris que ça fonctionnait comme Pokemon Go : comme c'est géolocalisé, ça propose des profils censément croisés. Autant dire qu'on ne croise pas la même chose par chez moi et au centre de Paris. Next step : tester Neuilly. Au moins, ça fait promener, c'est déjà ça...