On n’en pouvait plus d’attendre. Dune est enfin sorti. Version Denis Villeneuve, qui après s’être attaqué à Blade Runner et avoir pondu du vaisseau spatial dans Premier Contact, avait la bonne boîte à outils pour s’attaquer au mythe-montagne. Pas fou, il a prévu deux parties ; un peu fou, la deuxième ne sera tournée que si suffisamment de monde a vu la première. Croisons donc les doigts, parce que quand on s’embarque dans les 2h35, on sait qu’on s’arrêtera en plein milieu (limite au milieu d’une phrase). En l’occurrence, quand Paul Atréides rejoint les Fremens, et donc Chani, que l’on voit peu de fait — mis à part en songes et pour la voix off (de manière amusante, chez Lynch, c’était la Princesse-qui-sert-à-rien qui s’en chargeait). C’est un poil frustrant quand on pense que c’est Zendaya d’amour qui a le rôle. Heureusement, pour compenser, Villeneuve a musclé le rôle de dame Jessica, tenu par Rebecca Ferguson d’amour, ce qui fait qu’on la voit à peu près tout le temps. Le beau gosse Timothée Chalamet tenant le rôle principal, son minois s’approche plus des 17 ans de son personnage (en ayant pareillement que son prédécesseur 25 ans en réalité). Ça ne fait tout de même pas beaucoup de différence d’âge avec sa (divine) mère, et de fait je me suis demandé tout le long comment on ne faisait pas un Œdipe carabiné, à ce niveau.

En parlant de papa Duc Leto qui-va-mourir (détail de la tauromachie allégorie prophétique, gardée du bouquin), c’est Oscar Isaac qui s’y colle, et le casting un peu ouf ne s’arrête pas là, parce que Villeneuve et sa prod n’ont pas voulu se manquer : Josh Brolin en Gurney Halleck, Jason Momoa en Duncan Idaho, Javier Bardem en Stilgar, Stellan Skarsgård en Baron Harkonnen, Chang Chen en docteur Wellington Yueh, Charlotte Rampling en Révérende Mère du Bene Gesserit. Le tout porté par la musique d’Hans Zimmer, qui a même largué Christopher Nolan (sur Tenet) tellement il kiffe Dune. Et il arrive presque à faire oublier Toto. Parce que bon, moi, je fais partie des fans du Lynch, même avec son kitsch doré (je n’ai vu qu’une seule fois la mini-série, sinon, et j’avais beaucoup aimé, mais pas autant). Et d’ailleurs, je trouve que du point de vue du déroulement, ça y ressemble beaucoup. Côté Villeneuve, comme on a plus de temps, les aspects religieux, fanatiques, sont plus fouillés (mais toujours sans conserver le terme depuis trop connoté de djihâd). Le jeune Paul est plus tourmenté encore. Pour faire un peu plus de place au femmes, Liet Kynes (Sharon Duncan-Brewster) a changé de sexe. La différence sur le travail d’adaptation ne me semble pas énorme.

En revanche, côté esthétique, on sent que les années ont passé. Villeneuve aime le brouillard et le bleu-gris. Il a un grand sens de l’image. Il n’envahit pas trop d’effets (par exemple, le bouclier), parce que less is more. La scène de l’attaque sur Arrakis est cependant aussi impressionnante que brouillonne. C’est l’un des petits points de critique que l’on peut adresser au film, et comme ça arrive vers la fin du premier cycle et que ça pète dans tous les sens, l’exode dans le désert semble un peu s’éterniser, et ça aurait probablement dû ou pu figurer dans le 2e opus (d’où probablement le choix d’un trois parties pour la mini-série, et après tout, nombreuses sont les adaptations de gros bouquins bien moins complexes qui ont scindé en trois !).

Cela n’en reste pas moins le grand film spectaculaire qu’on a bien fait d’attendre, même sans la jurisprudence Ferguson (et sans compter l’injonction Zendaya). Vivement la suite !