humani nil a me alienum puto

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lundi 28 juin 2010

bovarysme

je crois qu’il s’agit d’une variante financière de ce bovarysme si dramatiquement répandu dans notre société qui pousse à estimer qu’on mérite une autre vie

Le compte-rendu d'Aliocha du procès Kerviel est décidément délicieux. Cette tirade est donc due à "Philippe Bourion, l’assistant du procureur". Est-ce la peine d'expliciter ce que j'en pense ?

En tout cas, de mon côté, je me dis qu'il faudrait faire quelques fouilles archéologiques dans mon blog pour ressortir ce que je pensais des banques et du trading avant cette affaire ; ces gens sont tout simplement hallucinants. Bienvenue dans la 7ème dimension ; pas de bol, c'est sur Terre.

Et du n+1 au PDG, on n'a rien vu, on fait confiance, on n'est (surtout) pas responsable ; on ne lit pas les mails d'alertes, parce qu'on en reçoit trop, des mails, de toute façon ; et puis le pognon, ça va, ça vient, on n'y fait pas gaffe. Sortie du pipeau ultra-technique pour le bas, des effets de manches rhétoriques grandiloquents pour le haut. Ça, en revanche, je trouve que c'est tout à fait typique de notre société moderne...


update: j'avais raté l'
excellent billet d'Alexandre Delaigue des Econoclastes, qui fait dans la socio : le problème, conclut-il, c'est essentiellement que l'on donne des responsabilités élevées à des gens incapables de comprendre ce qu'ils font, mais en faisant semblant de le croire : ils "ne peuvent qu'être des leaders nés parce qu'ils ont été capables à 20 ans de passer un concours très difficile". Je suis fort heureux de constater que l'on partage entièrement mes positions.

vendredi 28 mai 2010

footage de rigueur

Sans surprise, l'Euro 2016 se passera en France. Mais dans un budget très déficitaire à resserrer, rassurons-nous :

Les chantiers doivent bénéficier de 150 millions d'euros d'aides publiques, une enveloppe que le gouvernement avait promise quelle que soit le choix vendredi de l'UEFA.

Car oui : la France qui a accueilli la coupe du monde en 98 ne peut plus en l'état accueillir la coupe d'Europe en 2016. Avec les mêmes infrastructures. Enfin, en mieux, parce que le stade de 12 ans d'âge est déjà en cours de rénovation :

Au Stade de France, des travaux de rénovation ont déjà débuté depuis plusieurs années et continueront jusqu'en 2016.

À Lyon, on construira un nouveau stade. Pour quoi faire, au juste ? Allez savoir. Et à Marseille, on le recouvrira : pour protéger du soleil, certainement. Personnellement, l'idée d'injecter des fonds public dans un milieu où le sélectionneur (c'est-à-dire le type qui fait tourner des gus autour d'un stade, basiquement, et qui raconte des conneries à la télé optionnellement) est payé "environ" 100.000€ brut par mois, j'ai du mal...

Mais bon, vous comprenez, c'est parce que comme ça, ça fera vachement du bien au secteur du BTP, disent Vinci, Bouygues et Eiffage ; c'est vrai qu'ils sont vachement à plaindre, ceux-là. Et la meilleure, l'argument de la mort qui tue :

L'organisation de l'Euro 2016, attribuée vendredi à la France, ouvre la voie à un vaste chantier évalué à 1,7 milliard d'euros pour la construction et la rénovation d'une dizaine de stades.

Cette estimation de la Fédération française de football (FFF) ne comprend pas les coûts d'accès aux enceintes. La FFF a également estimé que 15.000 emplois seront nécessaires pendant la durée des chantiers. A plus long terme, une fois l'Euro terminé, 4.000 emplois seraient créés sur les sites pour l'accueil, la surveillance ou l'entretien.

Moi je propose de construire le 4ème aéroport de Paris sur l'eau. C'est vrai, quoi, ils avaient les yeux bridés ; nous on est plus malins.

mardi 18 mai 2010

pourquoi c'est la merde, par l'exemple

L'Expansion nous explique que les Grecs, ça paie pas d'impôts et c'est mal. Que chez nous, ça défiscalise à tour de bras et c'est mal. Jusqu'ici, tout va bien. Le problème, ce sont les publicités (contextuelles ?) : en ouvrant deux navigateurs l'un sur l'autre à la même adresse (et laquelle : "Les niches fiscales, des intouchables aux plus improbables"), on obtient :

_ une pub sur la loi Scellier ;
_ une pub sur la loi de Robien (je devine) ;
_ une pub sur la réduction de l'ISF (qui concerne, comme on sait, les plus pauvres) ;
_ une pub pour baiser ses impôts de 970€ sur demande (??) ;
_ une pub sur la défiscalisation de la succession.

Ce qui m'effare le plus, c'est cette dernière : s'il y a bien un moment où payer des impôts n'est absolument pas douloureux, c'est bien lorsqu'on est mort !

Moralité : on a un gouvernement (et même plusieurs) qui sait que ça va mal à cause des cadeaux fiscaux, mais qui en réalité les a tous créé (autant que les taxes à la con hors CSG, d'ailleurs : en politique, la schizophrénie n'est pas un obstacle, tant que ce sont les pauvres qui paient au final) ; et pendant que le citoyen est informé que c'est mal, que ça ruine l'économie, le pays, la nation, on lui propose de tirer son épingle du jeu. Ne pas payer d'impôts : sport national.

Et après ça parle de responsabilisation. C'est bien connu, c'est pour les autres.

mardi 4 mai 2010

aller voir chez les Grecs

Après avoir lu le didactique Verel et le bilan partiel des Econoclastes, on pourra s'attaquer à plus lourd (et pessimiste) : le NY Times et Bloomberg parlent du plan d'austérité qui aura bien du mal à passer (et si ça passe, ça risque de casser), et le libéral Vincent Bénard avec de longues explications comptables (que je n'ai pas fini de lire ; quand on lit aussi ceci, on se dit que les libéraux vont finir comme les cocos, où lorsque j'entendais goguenard : "les capitalistes se sont foutus de nous quand ils nous ont montré que tout ce que l'on racontait était des conneries, mais maintenant ils rient moins, parce que tout ce qu'on racontait sur eux, c'était pas des conneries !").

J'espère toujours comprendre pourquoi on ne donne toujours pas un bon coup d'inflation (outre que ça ruinerait les rentiers qui nous dirigent), classiquement la méthode habituelle avec la dévaluation et la guerre (ou alors, on pourrait faire la guerre aux Grecs, peut-être). Apparemment, avec le bordel d'avoir créé une monnaie unique sans gouvernement unique (on est crétin ou on ne l'est pas), ce serait pire que tout -- à ce propos, "Economics" est sur ma wishlist Amazon, il n'est pas interdit de me l'offrir  *sifflote*.

On pourra toujours, en attendant (Godot), se détendre en lisant Daniel Schneidermann, qui m'a beaucoup fait rire -- c'est déjà ça.

jeudi 25 février 2010

République des quatre

En arrivant à presque 21h, le bar est bouché et à peine ai-je fait coucou à Authueil, en pleine discussion avec des gens-que-je-connais-pas, que j'aperçois Celui et Denys sur un canapé. Comme je reviens passablement crevé du boulot (journée à la con où y'a rien à foutre que ce que l'on veut jusqu'à l'alerte cramoisie de 15h30 : faut sauver le ministère, ça faisait longtemps), je m'incruste entre les deux, et de là aperçois deux choses : vers le bar, il y a du connu (Valerio, qui nous rejoint, Jules, Versac et Verel au loin ; bientôt Koz débarque, il m'avait dit qu'il passerait le mois dernier alors qu'on s'était rencontré à la boutique Céline Robert, mais il est trop éloigné pour parler de pardon) et du pas connu (bah alors, vraiment plus personne ne s'inscrit sur wiki ?), mais aussi du geek étrange qui ne doit rien à voir avec nous (il paraîtrait que du drupalien se ballade dans le coin).

C'est alors que Celui tweete depuis son iPhone ma déclaration (tronquée), quelque chose comme "la fille en face de moi dans le métro, environ 35 ans et un style executive-sexy comme mon amie Lea, après avoir essayé de voir ce que je lisais [toujours mon Montesquieu, en fait], a sorti son Courrier International, j'ai trouvé ça trop sexy -- mais comme elle faisait la tête..." (au passage, l'article sur qu'elle lisait était "Pourquoi détester les Parisiens" par le NY Times). Constatant l'absence totale de fille à la RdB, je lui glisse que j'ai essayé d'amener une normalienne (pour changer), sans succès manifestement. Je vois en deux coups de cuillère à tweets qu'il pourrait nous en coopter une aussi (blogue-t-il d'un air innocent). D'autant que Jules (dans ce monde corrompu etc), nous invitait à présenter " toute compagnie qu’ils jugeraient profitable de présenter à notre société".

Je ne voudrais pas spoiler de futurs billets, j'évoquerais donc à peine avoir remercié Denys pour m'avoir fait découvrir le style Warren Buffet, et n'avoir eu le temps d'entretenir Verel sur la surinflation que j'attends comme le messie (comme Krugman, donc), pour crever la bulle immobilière sans qu'elle n'éclabousse tout le monde (c'est tout de même le problème majeur, quand on n'a pas d'héritage) ; problématique recoupant aussi le problème Grec actuel (cette bande de boulets récidivistes, quelle erreur d'avoir accueilli des pays du Sud, et Montesquieu bordel ? On remarque aussi que dès que l'on donne la moindre latitude de flexibilité, le crétin s'y engage pour détourner le principe -- comme en informatique, la différence se faisant entre un code crasseux peut-être buggué, et une zone économique au bord du gouffre), qui risquent de nous mettre profondément dans la merde, mais il n'y avait aucun économiste présent à cette RdB, le sujet a donc été omis, dommage.

Celui, qui voyage beaucoup et va enchaîner pays musulmans, Israël et USA (les deux derniers en moins d'une semaine), nous entretient des aéroports paranos (politiques de visa et passeports absconse), en évoquant le bienfait (pour une fois) des libéraux européens au Parlement (tandis que les carpettes de la commission, bien représentés par la présidence au charisme étranger, se sont couchées), qui s'est opposé à la demande des USA d'obtenir les références comptes bancaires de tout étranger (donc y compris européen) ayant l'inconscience de fouler leur sol de névrosés. Nous enchaînons donc avec une discussion sur la pseudo-politique de sécurité, que tout intellectuel sait être inefficace dans ses buts avoués. J'avais oublié sur ce blog de vous conter une aventure récente à la gare bibliothèque François Mitterrand, où je me fis arrêté pour un sondage, le matin, dans le "stand d'expérimentation", installé depuis deux semaines, caché par des paravents, ou après avoir rassemblé quelques renseignements (anonymes) sur mon compte, on me demanda si cela me gênait de participer à une expérimentation d'un nouveau système non intrusif de recherche d'explosifs dans les sacs ; ce à quoi je signifiais mon avis habituel, mais par curiosité, j'essayais : on passa une sorte de scanner à main autour de mon bagage, et l'on m'appris alors que je n'étais pas un dangereux terroriste allant faire sauter le métro, comme ça arrive tant de fois (heu, attendez...). On me demanda alors si j'avais trouvé la méthode intrusive, et si je me sentais plus rassuré : je vous laisse deviner ma réponse...

Dans le genre stupide, raconté-je aussi hier soir à mes camarades, nous avons les salles de concert ; seul l'opéra de Paris "fouille" systématiquement les sacs ; une fois, j'arrivais avec un paquet en carton de taille moyenne dans mon sac, qui contenait une carte électronique pouvant fort bien servir de détonateur, et qui laissait suffisamment de place pour pain de C4 : on ne me le fit pas ouvrir. Je fais aussi remarquer que dans la salle Pleyel ou au Châtelet, contenant le même nombre de spectateurs, les vestiaires sont situées exactement sous ces derniers. C'est dire si la sécurité affichée est à géométrie variable. Celui testera donc peut-être prochainement les scanneurs corporels de CdG avant son départ pour les USA, appareil ayant déclenché bien des polémique car l'on peut juger de la taille de la bite (personnellement, pour une fois, je n'ai rien à cacher), alors deux mesures ont été prises : flouter les parties génitales (moralité : planquez vos explosifs dans votre cul), et échanger la personne devant l'écran en fonction du sexe de celui qui passe sous le portique (pratique). Mais l'appareil a bien fini par être mis en place, dans la molle indifférence bovine générale (i>télé a cependant trouvé dans l'aéroport une fille aussi intelligente que jolie, qui n'a pas manqué de fustiger la mesure : l'espoir demeure).

Denys fait le parallèle avec la sécurité routière, et la volonté de certains pays du "zéro mort", ce qui impliquerait en Suisse de pister les véhicules par GPS. Encore une fois, nous sommes lecteurs de Foucault, et la volonté de contrôle du corps par un faisceau de micropouvoirs mis en place au fur et à mesure sous l'excuse de bonnes intentions (dont l'enfer est pavé) apparaît évidente. La discussion va ainsi bon train (on parle aussi de la récente et avortée campagne pub sur la cigarette par DNF -- qui inciterait plutôt à fumer, d'ailleurs, selon moi...).

Mais tout un chacun se barre sans crier gare (à peine Versac et Jules passent par la porte à côté de nous, me semble-t-il bien). À 23h10 nous ne sommes plus que tous les quatre, toujours (serait-ce une tablée de gauchos, derrière ?), alors même que nous souhaitions bien nous entretenir avec d'autres, notamment Authueil à propos d'ethique-numerique, avec son sondage en accueil abscons ("pensez-vous que les internautes sont bien protégés ?" -- de la foudre ? du cancer ? du SIDA ? de la connerie ? Non pour le dernier), et ses forums aux sujets si déterminés dans leurs formulations et encadrés dans leurs visions qu'il est bien impossible de construire la moindre réflexion d'ensemble sur le sujet ("comment aider à la création", par exemple : le préjugé est déjà tellement fort que l'on élude la sous-jacente question principale, politico-philosophique, trop compliqué).

Je me rends compte quelques heures plus tard que nous n'avons pipé mot sur les régionales. Peut-être bien qu'on s'en fout réellement, en fait...

vendredi 4 décembre 2009

grandeur et décadence du capital

Tout comme Denys Arcan en son temps, Michael Moore n'hésite pas dès l'introduction de "Capitalism, a story of love", à faire le parallèle avec l'Empire romain. C'est que les points de ressemblance avec sa chute se multiplient : l'économie n'est plus contrôlée par le pouvoir politique (ce qui sera le thème central du documentaire, mais non encore avancé à ce point), les inégalités se creusent (on aurait aimé voir des comparaisons d'économistes historiques avec les autres écarts considérés comme absolument scandaleux, on pense aux temps précédant la révolution française ; mais on aura des courbes diverses sur les trente dernières années totalement sans appel), et le pouvoir impuissant ne trouve comme solution que le divertissement abrutissant les foules. Pour combien de temps encore ?

Michael Moore est le spécialiste du brûlot politique : la forme reste la même, documents vidéos d'archive ou amateurs, équipe d'investigation réduite, interviews, détournements, et enfin coups d'éclats. Le tout avec une forte conviction politique partant d'un constat : il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, et manifestement, la situation est même catastrophique. Michael se souvient de son enfance heureuse, où le salaire d'ouvrier de son père suffisait à faire tourner la famille, une voiture, une maison remboursée en quelques petites années (que j'ai pu halluciner en apprenant qu'il a fallu quatre ans à ma maman coiffeuse pour financer son premier appart', alors que 25 ans n'y suffirait plus pour moi !), une épargne constante et une retraite assurée, une éducation des enfants auto-financée ; et constate que de nos jours, les ménages croulent sous les dettes, à la consommation, pour s'inscrire à l'école, et que l'immobilier est dans un tel état que garder sa propre maison, déjà achetée et remboursée depuis longtemps ou héritée, devient d'une difficulté insurmontable (une expulsion toutes les 7,5 secondes aux USA, apprendra-t-on au générique) : que s'est-il passé ?

Eh bien, à vrai dire, je n'ai pas appris énormément de chose, par ce documentaire : il est extrêmement riche d'information et a le mérite de les ordonner, mais je me suis rendu compte que l'on en était à peu près au même point de connaissance. Corruption du gouvernement (ministère des finances noyauté par la Goldman Sachs sous Bush), congrès corruptible, présidents achetés par les banques (financement de campagne à l'américaine), tout cela n'est en réalité que le résultat d'une évolution commencée bien plus tôt, dès lors que les cadres de la finance ont voulu sans scrupule exploiter jusqu'au bout les deniers de leur concitoyen, et ne pouvant y arriver par des moyens légaux d'alors, ont pris le pouvoir en sous-marin, endormi les méfiances en promettant monts et merveilles, et ont démantelé patiemment les protections, celles des ouvriers (syndicats) comme de la finance en elle-même (dérégulation des marchés).

Moore décide d'attaquer sur deux fronts : tout d'abord, ces dérives ne sont pas morales -- il va même demander l'avis de l'Église catholique sur le sujet ; ensuite, le paysage économique est dévasté (usines qui disparaissent, et d'une manière générale, pays tout entier qui devient comme la ville morte de Flint après la fermeture de GM -- depuis en faillite --, sujet du tout premier documentaire du cinéaste il y a 10 ans). À qui profite le crime ? À ceux qui l'ont prémédité, à la classe supérieure de la société, qui alors qu'elle vivait princièrement malgré 90% d'imposition (je le savais déjà aussi), a décidé de se couper les taux d'impôts ; qui a les moyens (parce qu'elle se les donne) d'acheter tout et n'importe quoi à tout moment, tandis que le reste de la population se serre tellement la ceinture qu'en quelques années, avec un enfumage idéologique de toute beauté (aux USA c'est simple, il suffit de diaboliser le socialisme, associé au soviétisme, et de vanter les mérites de la liberté de tout faire -- même n'importe quoi ? --, le mythe de la libre entreprise), personne n'a rien vu venir.

Mais voilà, la crise arrive : c'est là que l'on constate le niveau de corruption. Lorsque les banques s'octroie sur le dos du contribuable qu'elle a ruiné, mis à la porte, des sommes hallucinantes, sans garantie aucune, sans visibilité sur l'emploi, et en enrichissant au passage toujours les mêmes bandits (on retrouve une thématique de "surveiller et punir"). Le phénomène était jusqu'alors à peine perceptible comme évolution lente de la société, avec ses dérives illégales -- contrats passés avec le privé pour des centres d'enfermement (hop, revoilà Foucault, avec un sous-thème non-abordé ici de la normalisation de l'individu dans un but de contrôle) avec force corruption à la clé --, et ses dérives légales -- plus aucun intellectuel devient chercheur, par appât du gain dans la finance, mais plus simplement encore, par nécessité de rembourser les prêts étudiants astronomiques. Voilà que le phénomène arrive au grand jour : tellement enfumés, plus personne ne réagit.

Les fondements du capitalismes sont abordés : si tout cela n'était pas dû à quelques individus véreux mais bien intrinsèquement lié à la nature même du système ? Étude de cas avec l'évolution des salaires et des conditions des employés, on en arrive à la conclusion que c'est bien le capitalisme en lui-même qui comportait les germes de sa décadence. Mais Moore ne s'arrête pas à la seule critique d'un système dont on ne comprend plus grand chose -- mémorable séances d'explications de ce que sont les "produits dérivés". Il visite des entreprises coopératives, gérées démocratiquement. Il retrouve les voeux de Roosevelt sur un second bill of rights introduisant au niveau le plus haut des droits considérés comme fondamentaux -- travail, logement, santé, etc -- et acquis lors de la seconde guerre mondiale, idée qui sera abandonnée par ses successeurs, et à présent totalement bafouée. Il déduit qu'il faut un véritable contrôle du peuple, démocratique. Et oppose donc la démocratie au capitalisme (qui après tout, est basé sur un modèle de servitude).

Reste à savoir : comment change-t-on ? Une révolution ? C'est ce que prônerait Michael Moore. Personnellement, je n'y crois pas. Un film au final très nécessaire, un peu plus de deux heures, un seul regret quant à l'américano-centrisme (assez facilement transposable : changer les termes par SG, bouclier fiscal, François Revol, etc), et définitivement le moyen le plus sûr de montrer aux "tout-va-bien-mme-la-marquise" que non c'est la merde, et de faire redescendre de leur nuage les futurs dirigeants tous polis (parfois les dents aussi) qui sortent de nos écoles. Salutaire.

(et d'ailleurs, elle vient quand, la surinflation habituelle censée crever les bulles et ruiner les rentiers ? Je crois que le niveau de corruption bat vraiment tous les records)

(note: démo-cratie : ce ne serait pas l'idée d'un communisme sous un autre nom, à la base ?)

jeudi 17 septembre 2009

la juste taxe

Faire le choix d'habiter dans une zone de faible densité, donc nécessairement à la fois mal pourvue en transports collectifs, et éloignée des centres urbains où se concentre le travail, découle d'un arbitrage dans lequel, pour une dépense équivalente, l'on préfère son petit chez-soi pavillonnaire à un habitat collectif, en sachant que la merveilleuse égalité républicaine vous fournira, pour aller vite, le droit de profiter au même prix des mêmes services que les citadins, et quand bien même leurs coûts de fonctionnement seraient, à cause de cette faible densité de population qui améliore tellement la qualité de vie mais interdit les économies d'échelle, significativement plus élevés. Aussi, taxer la surconsommation de produits pétroliers qui découle d'un mode de vie choisi vient, pour la première fois, rompre cette fiction égalitaire qui s'exerce le plus souvent au détriment des plus défavorisés, ceux qui, à la fois, subissent les inconvénients de la ville, et compensent, en particulier au travers de la fiscalité, le coût de services dont d'autres qu'eux profitent. La taxe carbone, par sa dimension strictement individuelle, met à contribution, si peu que ce soit, ceux qui bénéficient d'avantages acquis au détriment des autres à proportion de ces avantages. Personne n'en parle, et pourtant c'est bien en cela que la mesure est révolutionnaire.

Je vais faire mon Embruns, parce que Denys a tout à fait raison (mis à part que j'ai déjà entendu cet argument de la part d'économistes -- ok, personne ne les écoute). Quand on tire une ligne de courant, de téléphone (et d'adsl), des canalisations d'eau et d'égoût dans des lieux reculés, sans même compter les frais de maintenance accrus (parce que c'est plus long, parce que c'est plus loin), ou les frais de poste, les adeptes des trous perdus coûtent un max. C'est leur choix de payer une baraque pas chère pour avoir un jardin en centaines de mètres carrés, il est donc logique d'obtenir compensation financière de manière tout à fait proportionnelle via la taxe carbone et les déplacements par véhicule.

mardi 1 septembre 2009

Mickey avale Spawn !

Picsou était plus riche que Batman ! Voilà qui risque de laisser plus d'un geek sur le cul, Disney vient de racheter Marvel.

(ah tiens, un geek -- pas n'importe lequel -- a été plus rapide)

dimanche 23 août 2009

chiffres truqués

"Le grand truquage", "comment le gouvernement manipule les statistiques", aux éditions de la découverte, m'a été inspiré par la liste de lectures d'été des Econoclastes. Il s'agit d'un collectif d'auteurs regroupés sous le nom de "Lorraine Data" (si Data est évident, Lorraine parce que l'INSEE s'y fait déménager de force), comportant des hauts fonctionnaires et autres statisticiens de qualité et soumis au droits de réserve pour la plupart, qui en ont plus que marre de voir leur travail saboté et pipoté par les instances dirigeantes, essentiellement (car c'est là où le phénomène s'est amplifié de manière critique) depuis une dizaine d'années, c'est-à-dire avec l'arrivée de Rafarin, puis Villepin, et plus dramatiquement encore, le changement de Président. Pour cela, le coeur du livre est divisé en sept parties.

"Pouvoir d'achat : le grand camouflage", ou comment le véritable débat a été sciemment escamoté, en se focalisant par exemple sur des moyennes de salaire, là où en réalité, ce sont les inégalités (tableaux à l'appui) qui masquent le profond malaise bien ressenti ; en faisant appel à des valeurs statistiques dans le temps comme l'évolution du coût horaire du salaire minimum en % de valeur ajoutée (une courbe qui s'écrase lamentablement), et avec des explications claires, rigoureuses et précises, on comprend beaucoup mieux d'une part le problème, et d'autre part son détournement sans solution véritable, alors que le sujet était devenu central lors des élections présidentielles.

"Les chiffres de l'emploi et du chômage : petits arrangements entre amis", ou comment les dés sont pipés par des changements de catégories ou des difficultés pour s'inscrire et le rester, tout en dénonçant la manipulation directe par des chiffres que l'on sait peu précis (notamment les variations au mois, qui n'ont aucune valeur mais ouvrent pourtant les JTs, souvent révélés "mystérieusement" puisque non-officiellement divulgués dans ce cas ; et de citer aussi les discours sarkoziens visant à discréditer encore les chiffres de l'INSEE une fois que ça ne l'arrange plus) ; on est effaré de découvrir les véritables chiffres (grosso modo deux fois supérieurs à ceux donnés, en s'appuyant sur des documents public mais bien cachés) -- et leur manière assez rocambolesque pour les connaître.

"Les heures supplémentaires : beaucoup de bruit pour rien", ou comment les véritables études d'impact ont été sabotées, tandis qu'il existait déjà des manières (complexes) d'avoir une approximation d'un chiffre qui en fait suivrait tout à fait son évolution naturelle -- c'est-à-dire que le seul mérite de la défiscalisation des heures sup' a été d'automatiser leur déclaration, alors que celle-ci était très souvent dissimulée aux sondages avant, d'où une fausse explosion, par ailleurs passablement manipulée.

"Réduire la pauvreté... en changeant d'indicateur", en l'occurrence en troquant le taux de pauvreté habituel et internationalement défini (ménage dont les revenus sont inférieurs à 60% du niveau de vie médian de l'ensemble de la population), pour le taux de pauvreté ancré dans le temps, qui de par la croissance naturelle, baisse tout seul (on prend une année comme référence, et on calcule en relatif), de telle sorte que (graphe à l'appui), de 2000 à 2005, le taux de pauvreté a varié de 12,9 à 12,2%, tandis que celui ancré dans le temps est passé de 12,9 (référence) à 9,8%, sans même que le RSA ne soit encore inventé -- on écorche ensuite les résultats faussés du RSA, par ailleurs.

"Éducation : silence dans les rangs ?", se demande-t-on en constatant que la communication officielle utilise les chiffres de manière si peu rigoureuse (pour na pas dire qu'elle leur fait affirmer parfois le contraire de ce que cela indique) dans le domaine de l'éducation, pour justifier des réformes par ailleurs non-évaluables (contrairement aux faux résultats affichés par des estimations fantaisistes), surtout depuis que l'on a passé sous silence les rapports annuels.

"Immigration : controverse... dans un désert statistique", car finalement, si le gouvernement a décidé de mettre tout le monde dehors, on ne sait pas vraiment où l'on en est, et le pire, c'est qu'en faisant de la spéléo (et aussi de l'archéologie, parce que les rapports officiels ont tendance à disparaître du public au fil du temps, notamment au changement de ministre qui a entraîné un "nettoyage" total) dans les rapports qui ne cessent de modifier leurs méthodes de comptage (historique à l'appui), et en recomptant proprement, on se rend compte que les résultats sont en réalité de la poudre aux yeux -- les auteurs se demandent d'ailleurs s'il ne faut pas finalement s'en féliciter, pour ne rien nous cacher, tout en déplorant comme à leur habitude le manque de clarté nécessaire à toute démocratie digne de ce nom.

"Comment fabriquer les bons 'chiffres de la délinquance' " finit d'achever le tableau déplorable du truquage généralisé de tout ce qui peut influencer l'opinion (et en l'occurrence beaucoup : deux élections présidentielles ont été gagnées à droite sur ce thème) ; on constate que outre la baisse des enregistrements à la base en indiquant aux policiers et gendarmes que leur évolution de carrière dépendrait de leurs résultats favorables en apparence (c'est-à-dire bêtement chiffrés), l'utilisation de moyennes peut cacher une baisse naturelle du nombre de vols (extrêmement importants, et qui ne cessent de décroître naturellement dans tous les pays depuis des années, ne serait-ce que pour des raisons technologiques) tandis que des faits plus graves (comme les atteintes aux personnes) ont explosé ces dernières années ; et c'est sans parler de la manipulation à la communication, ou comment Rachida Dati a inventé des criminels mineurs pour justifier la répression exagérée, tandis que tous les véritables chiffres se trouvent consignés au ministère de l'intérieur -- mais voilà, pas beaucoup de journalistes ne vont les voir, et ça passe...

La rigueur des auteurs est aussi grande que leur ressenti. Et quand on constate la profusion de données sous forme de tableaux ou de graphes, correctement détaillés et expliqués, dont les sources sont clairement citées, et des analyses bibliographiques complètes précisées, il n'y a pas de doutes que l'heure est grave. On ne nous prend plus pour des imbéciles, on nous manipule indirectement. Toutes les évaluations présentées par les gouvernements doivent être prises avec la plus grande circonspection, mais si personne ne crie à la supercherie -- et ce n'est malheureusement pas un bouquin pour intellectuels politisés qui risque d'affecter l'électeur moyen --, la seule issue est qu'au bout d'un moment, le peuple se rende compte qu'il est totalement berné (prions pour une mémoire qui dépassé l'année -- souvenez-vous, l'année dernière, on assurait au gouvernement que la crise ne nous atteindrait jamais), et prenne le sanctions électorales nécessaires. Si d'ici-là, la main-mise sur le système de production statistique n'a pas définitivement ruiné le seul système d'évaluation correct des politiques de plus en plus complexes (à escient) qui sont menées.

Un livre peu cher, qui se lit vite, clair et précis, mais surtout : un livre nécessaire.

vendredi 7 août 2009

Sexe, drogue... et économie

Le bouquin des éconoclastes n'hésite pas à faire dans la provoc' intelligente digne du blog : "pas de sujet tabou pour les économistes", nous disent-ils. Nos deux compères Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia sont habitués depuis quelques années à la rédaction d'articles "vulgarisateurs" sur les sujets économiques ; ce qui rejoint à vrai dire leurs boulots de profs (d'ailleurs, l'éditeur est Pearson). Si leur crédo est de faire découvrir l'économie sous un angle original et appliqué, le livre est en plein dedans : les six parties sont intitulées "scandaliser sa belle-mère (et tout individu du troisième âge)" (avec une entrée en la matière par la polygamie : la loi de l'offre et la demande y est très favorable aux femmes !), "être interdit à la télévision (sauf chez Ardisson)" (l'éternel faux problème de la dette publique, les prévisions normalement nulles d'un économiste, et quelques considérations amusément pessimistes sur le climat et la démocratie), "plomber l'ambiance à l'apéro (voire au digestif)" (ma partie préférée ; "les Français sont nuls en économie", "les riches sont des fainéants comme les autres", "faire payer le pigeon est excellent" et "c'est votre faute si se loger coûte cher"), "se faire expulser de Davos (ou de Porto Alegre)" (organisations internationales inutiles, abus de positions dominantes et corruption), "rendre son psy complètement fou (ou encore plus qu'avant)" (considération morales de l'économie : la question du bonheur, de la virtualité, de la rationalité et des groupes sociaux), et enfin "finir sa vie tout seul (ou avec son caniche)" (pour finir dans un contre-pieds ironique).

Comme nous l'indique l'avant-dernière partie, on a beau beau faire dans "l'immoral" (dans le sens où l'on rompt les hypocrisies locales pour aller à contre courant des idées reçues politiquement correctes), on n'en reste pas moins moral (dédicace spéciale au Science Po qui m'a affirmé dans un aplomb superbe qu'il a tout compris à la politique depuis qu'on lui a fait lire "Le Prince" : "il n'y a rien de moral là dedans !"). Aussi, on conçoit bien la science sociale comme proche des différentes considérations, comme penchant pratique de ce que l'on théorise froidement là. Introduits par des courtes citations, chaque chapitre prend ainsi un malin plaisir à appliquer la science économique (aaahh, "science", passons) à des considérations diverses qui rappellent que la matière n'est pas tributaire de la seule finance, mais de l'organisation sociale en général.

Le contenu général est excellent, et assez souvent jouissif. "Faire payer le pigeon est excellent" montre par exemple comment il est de bon ton de surfacturer le riche et le bobo pour financer le massif peu cher, où comment par des considérations très bassement économiques d'optimisation de gain, on en vient à faire de la justice sociale. Par touche successives, le livre entreprend de donner les moyens d'une vision globale décomplexée du monde, par une approche objective de calcul de gains, que ce soit pour du budget, de l'investissement, ou du bonheur. Derrière la povoc', il ne faut pas oublier que nos deux compères sont normaliens.

Pour moins de 20€ et 280 pages, cette rafraichissante littérature intelligente vaut bien une commande. D'ailleurs, puisque c'était à la base une cadeau de Noël à petite soeur, et que je lui rend enfin (d'où la note...), je pense bien en acheter un exemplaire pour moi cette fois. A noter aussi, magie du blog et du net, que l'annexe perpétuelle se trouve sur le site des éconoclastes.

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