humani nil a me alienum puto

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dimanche 4 septembre 2016

748ème semaine

Début de mon Executive MBA. Il y a un tout petit moins de quatre ans, je dévoilais mon plan d’évasion sociale mis en place déjà deux ou trois bonnes années auparavant.

Ce plan impliquait des ressources financières assez importantes pour présenter un risque élevé de devoir ensuite faire le trottoir chez McKinsey ou au BCG, à raconter de la merde à des cons, pour pouvoir rentrer dans mes frais. Je m’en suis bien aperçu avec un ami qui a fait l’EMBA global de LBS (le Saint-Graal qui m’a refusé in extremis en début d’année, dans d’étranges circonstances, mais peut-être pour mon plus grand bien de 170K$ — sans compter les frais annexes, environ 30K), obligé d’aller cachetoner dans des boulots de merde — en même temps, s’obliger de rester en France pour sa famille, quelle idée, je vous jure.

Changement de plan, donc, mais à peine. Un EMBA aussi original que ma personne : pas mal noté, assez pour être vraiment valable, pas assez pour me titiller sur des détails (du GMAT à l’équipe que je ne dirige toujours pas vraiment — comme tous mes potes startupers, notons !), à un prix de base imbattable, surtout que grâce à la petite astuce qui me coûtait jusqu’à présent un inutile bras — me faire salarier par moi-même —, ça devrait même me coûter zéro. Et c’est ainsi que le plan s’exécute bien.

Et le contenu, alors ? Eh bien : quel régal. En une semaine, des loupiottes s’allument partout dans mon cerveau qui ne demandait que ça. Et notamment, j’ai découvert que je suis INTP. Le test MBTI annonçait tout d’une tarte à la crème, et les manants du consulting cheap post-MBA, prompt à faire du pré-mâché pour un peu de finance, peuvent dévoyer cela avec délectation. Mais les perspectives ouvertes par cette grille de lecture des manières d’être et penser a mis le doigt sur d’importantes caractéristiques que je n’arrivais pas si bien à nommer. Introspectif, intuitif, rationnel et perceptif, je suis pour la première fois de ma vie une vraie caricature à 100%, un archétype parfait. Ironiquement, cela fait plaisir : représentant exacerbé d’une toute petite minorité, ce que j’avais du mal à exprimer s’est tout à coup tenu sur une fiche de personnalité comme une évidence. La prochaine fois qu’on me posera des questions difficiles, qu’il y aura un conflit larvé d’incompréhension, je dégainerai mon : #jeSuisINTP. Et du coup, j’ai déjà ma biographie sur Wikipedia. C’est beau.

mardi 16 février 2016

719ème semaine

On m’avait promis une réponse rapide : la Hong Kong University, par pli Fedex, m’a fait savoir que mon “application” à l’EMBA Global-Asia est “unsuccessful” (ce sens de l’euphémisme anglo-saxon…). Petite semi-surprise. J’avais tout bien borné, avec l’encadrant du comité de sélection, mais il y avait un sentiment bizarre. L’inadéquation du dossier à remplir — clairement pour middle-top manager, N+4 voulant devenir le N+3 de son N+1 et peut-être même donc le N-2 de son Dieu. Les questions sur son passé (qu’il faudrait irréprochable ? Alors que simultanément, c’est la quadruple expérience “récente” d’entrepreneuriat qui semblait beaucoup intéresser). Les questions insipides et même totalement stupides (il faut bien le dire…) lors de l’interview. Bref, le cliché du MBA que je redoute toujours : car j’ai autant d’attirance que d’aversion, dans cette affaire (et puis de toute façon, je me méfie autant des idoles que des solutions magiques).

Alors j’avais pris le parti de répondre honnêtement et à la moi-même aux questions posées. J’avais un modèle, d’un alumnus, et je ne l’ai délibérément pas suivi. Parce que ce modèle-là, aussi respectable était-il — et de la part de quelqu’un que j’apprécie beaucoup —, n’était clairement pas moi du tout. Presque un opposé parfait. Depuis la prépa je crains les boutures : on m’avait promis que ça passerait, et même fort bien, ça a été le pire moment de ma vie. Je me méfie de ceux qui juge ma seule intelligence comme compatible ou pas avec un niveau scolaire ou d’apprentissage : j’ai pu apprendre que ce n’est pas comme cela que j’apprends (dernière illustration à la fac avec le droit). Alors pour 160.000$, il fallait que le match soit parfait : je suis celui qui est quitté, mais il vaut mieux un statu quo qu’une perte de temps et d’argent. Bref, je doute — donc je suis. Surtout quand l’alumnus pré-cité doit accepter un job alimentaire d’exploitation en SSII (qu’il déteste déjà), ou qu’un ami-collègue me raconte une heure avant ma déconvenue que son frère a fait LBS et compte maintenant parmi les rangs de l’infâme BCG pour faire des plans de licenciement partout dans le monde. Tu la sens, ta question stupide “what is your philosophy of leadership?”, oh jeune fille ingénue et tristement sérieuse qui remplissait le dossier bureaucratique sans me relancer sur un quelconque point de mes trois essais — qui pourtant devaient un peu sortir de l’ordinaire…

Évidemment, le coeur du problème reste le même : je sais qu’il me manque quelque chose. Des outils, des connaissances, un état d’être, un réseau aussi. Et je pense (toujours) le trouver là — ou au moins un catalyseur, ce qui sera déjà beaucoup. Tout vient à point à qui sait attendre, ce sera pour une prochaine fois — ou alors, avec d’autres moyens, peu importe. J’aurai eu tout le spectre des avis sur cette affaire : ceux qui déconseillent fortement (issus d’écoles de commerce françaises), ceux qui trouvent l’idée très bonne (qui ont généralement suivi à un moment ou à un autre ce type de cursus), ceux qui pensent que j’aurais dû donner exactement ce qui était attendu et faire plus tard le tri du formatage (Hinata-chan, of course, dans ses contradictions propres — chacun les siennes) et ceux qui pensent que oh mon dieu c’est une fabrique à cons finis j’aurais même pas dû leur dire bonjour (Odette9, égale à elle-même — j’ai enfin mis le doigt sur la grande opposition en miroir par rapport à Hinata, étant sinon de la même eau). Finalement, je crois que comme d’habitude, c’est la souris qui a le mieux compris la démarche. Et comme d’habitude aussi, à la fin, d’une manière ou d’une autre, j’aurai le dernier mot. J’avais averti lors de l’interview : I never give up. Try me.

mardi 15 avril 2014

523ème semaine

Je suis allé voir les soutenances des pioupious. Projets de fin d'étude, 6 mois passés dessus — autant dire 4 semaines bourrées au dernier moment, car encore faut-il toujours avoir le niveau pour réaliser ledits projets. On le sait, je suis un professeur-poule — même si lorsqu'on me demande de noter, je le fais tout à fait objectivement, même envers mes chéri(e)s. Mais j'ai assisté à des scènes qui m'ont rappelé la soutenance de thèse d'Hinata-chan, à moindre mesure (d'une part parce que c'était largement moins brillant sur le fond, forcément, mais aussi des remarques moins injustifiées). J'ai pu repenser à la projection de "Berkeley".

Les pioupious ont dû bosser avec trois bouts de ficelle (la plupart du temps, autour de 150€ de matériel par groupe de trois). Et franchement, ce n'est pas si moche, ce qu'ils ont fait, et on voit largement moins intéressant en entreprise (où le niveau est déplorable, certes). D'ailleurs, j'ai trouvé leurs présentations de grande qualité, tant sur les slides qu'à l'oral, ce qui n'était pas gagné vu d'où l'on vient, avec vingt années passées à écouter passivement et à se faire bourrer le crâne sans prendre la parole autrement qu'entre eux pour bavarder (et pourtant, qu'est-ce que j'essaie de casser ça, en cours... Mais une fois que le pli est pris...).

Bref, l'expérience qui marque leur accès définitif à la vie adulte a été plutôt marqué par quelques remontrances. Je sais pertinemment que ce n'est point par malice : c'est par tradition. Et comme j'étais parmi les pioupious, qui me considèrent un peu comme un des leurs (et à six mois près et un bout de papier, c'est tout à fait le cas), j'ai pu mesurer les réactions. Il est par exemple d'un professeur qui est brillant en son métier et reconnu comme tel, mais dont la pédagogie avait l'air aussi peu évoluée que son comportement général de gestion de projet. Pourquoi diable ?

Même dans le supérieur, la route et encore longue. Mes pioupious perpétueront-ils eux aussi les petites martyrisations gestionnaires qu'ils ont souffert ? La psychanalyse nous invite à le croire. Dur...

lundi 17 mars 2014

la vie parabolique à Berkeley

"At Berkeley" est le dernier Frederick Wiseman, 84 ans, de peu l'aîné de son pote Pierre Legendre, le même regard perçant, mais aussi apaisé de celui qui a beaucoup vu, et qui ne craint pas les longueurs. Quatre heures de film, est-ce bien raisonnable ? Voilà qui dessert en limitant la diffusion, pour tout Paris, au seul Reflet Medicis. Mais en même temps, c'est la méthode Wiseman : sur 250 heures de rushes en 3 mois, il en a extrait 4, ne nous épargnant pas quelques longueurs (on aurait pu enlever une heure, pour être honnête), mais nous permettant "d'en voir plus", d'atteindre par nous-mêmes le fond des choses, de prendre le temps et de se rendre compte aussi du temps qui passe. Et quand on lit des interprétations quelque peu fantaisistes, on se dit qu'il ne faut pas sous-estimer cela...

Berkeley est peu connu en France, sauf chez les informaticiens pour qui cela résonne "BSD" et invention d'une foultitude d'inventions techniques majeures — avec le MIT et Stanford, Harvard n'ayant aucun impact sur quoi que ce soit. Pourtant, on y rencontre des Nobels à tous les coins de rue, l'Université se classe troisième au monde et probablement la plus grande en terme d'accueil. C'est d'ailleurs ce qui frappe dès le début : le campus n'est pas une ville dans ville (qui connaît la ville de Berkeley, d'ailleurs ?), c'est une ville à lui tout seul, avec ses transports en commun et son musée qui conserve des ossements de tyrannosaure (pour information, il n'y en a ni en France, ni en Angleterre — que du "cast" — ni en Allemagne — ils ont un brachiosaure en revanche). Berkeley, c'est XXL. Une longue séquence figure un étudiant (peut-être PhD, comme toujours il n'y a aucun commentaire ni indication) qui programme et manipule un robot pour plier une serviette, robot d'une valeur que j'estimerais près du demi-million d'euros. Une troupe d'étudiants improvise une chorale en flashmob, une autre donne sur la scène du théâtre une vision humoristique du monde moderne facebookisée. Il y a de la vie, beaucoup de vie — mais étrangement, on ne voit jamais les étudiants entre eux, leurs relations amoureuses par exemple.

La caméra suit les étudiants, le long des quatre années post-SAT et quelques PhD, mais aussi l'équipe de direction, qui passe le flambeau, comme de génération en génération. Comment cela se passe-t-il dans un lieu où l'on prône le "think out of the box" ? (séquence que l'on ne pourrait voir qu'aux États-Unis : une prof de microbiologie cancérologue explique comment, après avoir été la risée de la communauté scientifique avec sa thèse à contre-courant, elle avait prouvé avoir raison, et en conclut donc auprès de ses propres étudiants qu'il ne faut pas l'écouter, et penser encore autre chose pour avancer réellement et ne pas faire qu'itérer) À Berkeley, on conteste : le directeur de l'école avait failli perdre son poste lorsqu'il était doctorant, et érigé contre la guerre du Viet Nam ; à présent, il plaisante devant la liste pas très raisonnable de cent points à régler dans la journée que lui soumettent les étudiants contemporains en colère.

On suit d'ailleurs ce mouvement des deux bords en parallèle. La direction doit faire face à un recul assez fort (de l'ordre de 12%) des subventions de l'État de Californie (pour comparaison, ce que le commentateur du Monde qui voit du "néolibéralisme menaçant", les écoles d'ingénieurs privées, qui fournissent le gros des ingénieurs français qui bossent réellement — pas des futurs fonctionnaires ou assimilés, des directeurs fantoches ou des faiseurs de miracles de la finance —, reçoivent autour de 10% de leur financement de l'État français, donc bien moins). Lorsqu'on a un budget annuel de 1,9 milliards de dollars, il faut trouver de nouvelles sources de financement. Cela passe notamment par les tuitions fees, en augmentation encore — on ne sait pas très bien exactement à quelle hauteur ni ce que cela représente comme sacrifice, car il faut se rappeler qu'aux USA, les salaires sont (bien) plus élevés en partie parce que les charges sociales de chez nous sont libéralisées là-bas, et le côté campus doit permettre des économies sur le logement (à titre de comparaison là encore, en France, une école d'ingénieur coûte dans les 6000€ par an d'inscription — la première année, ou les trois premières années en cas de prépa intégrée, qui devient de plus en plus la norme, servant à financer les deux dernières années —, compter 7000€ de logement et vie par an, la CAF pouvant compléter à hauteur de 5000€/an environ). Ayant déjeuné depuis avec un professeur du MIT, il a pu confirmer que la grande majorité des étudiants ont une bonne partie de leurs frais pris en charge par diverses bourses, et même qu'il n'a jamais rencontré un seul graduate ayant dû tout payer de sa poche : au final, c'est même très raisonnable (là encore, nous n'avons pu avoir de chiffres précis).

En fait, si les étudiants pauvres arrivent à obtenir une bourse grâce au maquis des aides privées — rappelant notre bordel labyrinthique administratif français... —, et les étudiants issus de milieux aisés n'ayant aucun souci à se faire, ce sont les classes moyennes qui ont le plus de mal à payer la rallonge imprévue. Les sacrifiés habituels de ces dernières années sont donc les plus mécontents. Et si cela donne lieu à des protestations, encadrées par des policiers locaux (scène surréaliste pour des Français : l'université a signé un accord de partenariat avec la ville pour pouvoir compter sur sa police en supplément de la sienne en cas de débordement ou d'urgence, quoiqu'elle préfèrera tout de même utiliser en priorité les services d'ordre des autres universités partenaires... Villes-États et fédéralisme féodal !), le campus en en réalité assez divisé sur la question.

On le sentait d'ailleurs dès le début, dans l'une des nombreuses séances de discussion libre et encadrée par un professeur. C'est la recette Berkeley : après un cours (où l'on se pose avec sa casquette, ses tongs, ses pieds sur la chaise, son sac sur la table... mais où l'on écoute attentivement !), succinct mais efficace, et quelques recherches personnelles, la parole est donnée aux étudiants, qui débattent entre eux. J'ai été fort surpris du niveau de maturité des discussions. Ce n'est pas tant que le niveau intellectuel est surélevé, mais déjà on sent que la politisation ne passe pas par une utopie démagogique de jeunesse (Hinata me soutenait que les prépas d'hypo-khâgne étaient tout autant capables de telles discussions : c'est oublier d'abord que dans les universités américaines, les humanities ne sont pas une spécialité exclusive mais mélangées avec les autres matières scientifique, à la carte, et que les scientifiques sont déjà d'une candicité et d'une incapacité de réflexion alarmante ; qu'ensuite les HK sont extrêmement peu nombreux ; qu'enfin entre les royalistes de Versailles et les gôchistes-trotkistes, ça ne va pas forcément chercher bien loin, au-delà de la manipulation du verbe et de la rhétorique, trahissant l'échec français : la forme privilégiée sur le fond). L'américain débat en mêlant sa propre expérience personnelle à ce qu'il a appris — en économie, par exemple, ça passe par du Friedman et Hayek (on a le droit de sourire... Au corps des Mines, l'économie c'est Keynes à 100%, pas mieux !).

En fait, ce qui frappe, c'est la facilité acquise pour s'exprimer, avancer ses idées, et faire avancer le débat. Bref, ça ose, ça entreprend. On a là le secret des États-Unis, qui dans la compétition mondialisée où la nouvelle arme est l'entrepreneuriat, nous mangent au petit-déjeuner : ils ont tous le "positive thinking" (c'est frappant au cours des réunions de la direction : que l'on apprenne qu'il n'y a plus qu'un seul jardinier pour toutes les pelouses, et le directeur plaisante immédiatement sur le fait qu'il est rudement bon, parce que tout est nickel ; qu'on évoque un plan quelconque, et immédiatement on regarde ce qu'il a apporté de bien ; qu'on parle des frais d'inscription qui augmentent, et automatiquement on va se rassurer en constatant qu'il y a encore plus d'étudiants de milieux pauvres qu'avant grâce aux bourses ; etc.), ils parlent sans détour des problèmes et se demandent toujours "quelle action dois-je mener pour améliorer les choses ?". La réunion où les étudiants et un membre du corps professoral discutent ouvertement des problèmes raciaux des différentes communautés (surtout noire) est hallucinante pour trois points : déjà, parce qu'on parle des noirs ou des Asiatiques sans aucun tabou ; ensuite parce qu'on se rend compte que l'Américain est encore sur un mode où lorsqu'un étudiant noir prend la parole, il représente tous les noirs du pays (voire du monde entier) ; enfin parce qu'on apprend qu'ils sont encore mis à l'écart par les autres étudiants "blancs" par des méthodes insidieuses et passives (former des groupes libres où personne ne les accueille par exemple). Mais là encore, il ne faut pas que se plaindre : le problème cerner, il faut agir, proposer des idées, voir ce que ça donne... Trouver une solution.

Les cours sont aussi à cette image. Ça ne casse pas trois pattes à un canard, Hinata a trouvé les cours de littérature très médiocres car paraphrasant sans fouiller en profondeur (c'est vrai, mais en même temps, elle constate que ses propres étudiants de fac ont du mal à avoir un esprit critique face à un texte : ce n'est pas parce que je vais bourrer le crâne de mes pioupious avec des concepts extrêmement complexes qu'ils seront meilleurs au final, il faut considérer le ratio de ce qu'il reste !). Côté scientifique, c'est une espèce de multi-conférences TED, des ouvertures d'esprit extrêmement stimulantes (j'ai moi-même appris des choses en assistant aux longs extraits de cours proposés), sur des sujets qui seraient simplement inclassables en France (donc privés de séances, j'en sais quelque chose pour essayer de pousser cela sans succès en école d'ingénieurs), et qui permettent plus d'appréhender le monde qu'acquérir des connaissances techniques poussées. Pour ça, il y a le PhD (et rappelons que les études supérieures se dont en 4 ans aux USA et non 5, et qu'il n'y a pas de stage chronophage au milieu), et l'expérience sur le terrain (avec des moyens démentiels). Mais on comprend mieux aussi pourquoi les Français sont appréciés — notamment pour du développement —, tandis que le chef d'entreprise qui fait des vidéos léchées sur kickstarter reste bien américain... Dans l'interview de Wiseman, tout cela est fort bien résumé :

On est frappé par le degré de politisation des enseignants. Berkeley est-elle toujours une université « de gauche » ?

Il est vrai que beaucoup d'enseignants de Berkeley sont de gauche. Aux Etats-Unis, on dirait qu'ils sont libéraux. Ils s'intéressent aux questions politiques contemporaines. C'est une tradition de cette université. Tout comme le fait que beaucoup d'étudiants sont issus des classes défavorisées. C'est d'ailleurs la préoccupation constante de Birgeneau et de ses adjoints : trouver des solutions pour que les étudiants démunis puissent entrer à Berkeley. Malgré la crise, un tiers des étudiants de Berkeley sont des boursiers. C'est cela qui m'a le plus impressionné, cette capacité des dirigeants de l'université à sans cesse chercher des solutions, à expérimenter. Ils sont vraiment là pour aider les étudiants. J'ai énormément de respect et d'admiration pour eux.

A voir votre film, Berkeley est une sorte de paradis. Tout est fait pour mettre l'étudiant dans les meilleures conditions. Rien à voir avec les universités françaises…


Je ne sais pas pourquoi il existe une telle différence. Je ne parle même pas des classements internationaux, comme celui de Shanghaï, où l'on retrouve chaque année Harvard en première position et Berkeley juste derrière.

Non, je parle de l'ambiance, des rapports entre professeurs et étudiants. Même si je ne connais pas grand-chose à la situation de l'université en France, les rares fois où j'y suis allé pour assister à un cours, j'ai été frappé par un côté très hiérarchique. Les étudiants se taisent et se contentent de prendre des notes. Un magnétophone pourrait très bien les remplacer. Rien à voir avec Berkeley. J'aurais tellement aimé faire mes études dans cette université. Si j'étais étudiant en France, je serais jaloux du système universitaire américain. En dépit de la crise, l'ascenseur social continue à fonctionner. Même dans une université comme Harvard.

Ils se donnent les moyens, à Berkeley, et en même temps, on perçoit les paradoxes intrinsèques d'un système qui pourrait mener à sa perte. C'est ce que l'on perçoit dès le tout premier débat entre étudiant, puis dans un autre au deux tiers : le libéralisme de gauche (d'une racine anglo-saxonne protestante qui a donné le saint-simonisme chez nous) fait ressortir la question du "j'ai dû lutter, pourquoi devrais-je à présent payer pour les autres ?". Au final, on a beau être libre d'esprit, il n'en faut pas moins mettre de sa poche, et l'égoïsme naturel reprend le pas (Homo homini lupus est, comme d'hab). Cela se retrouve jusque dans les cours où l'on se demande si à force de penser "out of the box", on pense réellement ; ou si le financement par la recherche privée ne finira pas par tuer la recherche fondamentale (et l'enseignement théorique contre l'expérimentation un peu aléatoire). Il faut une bonne dose d'ingéniosité et de naïveté positive pour arriver à faire tenir cela, mais l'ambiance est bonne, le soleil brille, et il n'y a là-bas aucun problème qui n'ait de solution pour des lendemains meilleurs. Étonnamment, avec cet état d'esprit typiquement américain, ça marche rudement bien (pour le moment, rajoutera l'esprit chagrin français).

Quatre heures de film, pour autant de réflexions à mener.

samedi 7 septembre 2013

492ème semaine

Voilà, c'est officiel, j'abandonne les études facqueuses de droit ! Je précise bien "facqueuses", parce que je continuerai par moi-même dans mon coin, sans me presser, mais aussi sans avaler de travers un programme, parce que tout est fait pour inciter au recrachage par coeur, et donc tout oublier au bout de six mois. J'ai fait un sondage assez simple, auprès de juristes et d'avocats : j'ai interrogé sur des points du programme qu'on annonçait absolument indispensables, primordiaux, fondateurs, et j'ai regardé la réaction. Exit canal de Craponne, Gavarny, Baldus ! Voici ce que connaît le professionnel : sa matière, sur le bout du doigt, les articles dont il y a tout le temps besoin (les autres sont hyper rarement consultés, d'ailleurs l'achat de code est optionnel, au pire il y a Legifrance).

Il y a quelques temps, mon cousin a été auréolé d'un premier prix au Concours Général de mathématiques. Calqué sur le programme de Terminale S, je sais fort bien que ce ne sont pas de "vraies" mathématiques ; ni que ça l'aiderait à passer le GMAT, avec des maths à l'américaine. On ne peut qu'être fier, et en même temps, c'est encore cet élitisme pourri qui gangrène la France. Mais peu importe. Je parlais mathématiques avec lui, ensuite, et je me suis rendu compte, de manière claire et précise, que je ne sais quasiment plus rien faire de ce que j'ai appris en prépa et en école d'ingénieur, et que dès que je fouille dans ma mémoire, j'ai une chance sur deux de raconter des conneries. J'ai gardé la structure, ceci dit, et c'est peut-être (clairement pas sûr !) réactivable. Tout n'est-il pas perdu ?

C'est surtout que tout cela ne sert pas à grand chose. Je ne dis pas à rien : je dis que c'est très vain. Avec la suffisance, l'arrogance scientifique, que j'ai retrouvé en droit, avec ses mêmes corporatistes (ici à un niveau assez inégalé : des profs refusant de se prononcer sur mes copies, corrigées par d'autres profs ; c'est commun à toute la justice ensuite, si j'en crois une interview de Michel Rocard, sur ses années au pouvoir). Le scientifique sait tout, il n'a pas besoin des "humanités". Plus tard, il pourra donc devenir un gestionnaire médiocre, un manager détestable ou au mieux paternaliste, un chef d'opérette, un professionnel ne sachant pas collaborer, ni avec ses collègues, ni avec ses clients, ni avec ses sous-traitants. Mais il aura étudié, à un moment de sa vie, les séries puis les transformées de Fourier, qui se seront évaporées trois ans après avoir obtenu le bon bout de papier. Quelle réussite !

De manière amusante, certaines m'ont dit de continuer, et c'était les plus universitaires. La souris m'a dit de larguer ce truc qui l'emmerdait aussi indirectement ; mais aussi parce qu'au bout de quelques M2, elle a bien compris la pourritude de notre système scolaire. Le problème des profs, surtout à l'université peuplées de doctorant qui ne se sont jamais frottés à la vraie vie professionnelle (ils envahissent aussi les écoles d'ingénieurs, maintenant, éreintant quelques responsables pédagogiques au passage), c'est qu'ils vivent dans une bulle extraordinaire. Tout le monde vit plus ou moins dans sa bulle — ouvrez un compte Twitter, c'est effarent. Mais là, il s'agit d'une bulle où l'on ne connaît comme référent que l'élitisme, la sanction, l'épreuve. Où ceux qui ont passé patiemment toutes les étapes, et après avoir été sélectionnés endogamiquement par leurs aînés qui se sont reconnus, sont incapable de penser au-delà de leurs paradigmes d'anciens élèves appliqués. Et donc de s'adapter, de changer de méthode. Le système éducatif est foutu, en l'état.

So long and thanks for all the fish! Si j'ai du temps, dans quelques années, je ressortirai mes notes déjà obtenu et repasserai les quatre ou cinq matières manquantes. Pour le fun que j'ai perdu. J'ai d'ailleurs récemment appris qu'avec mon diplôme d'ingénieur, en le faisant passer pour un M2, j'aurais pu avoir directement une équivalence de ma L1. Cuisine pédagogique de chiffres sans intérêt. Un ami a bien pu commencer en M1 parce qu'il était à Sciences Po trente ans avant, en parallèle de Centrale, donc aussi par équivalence. Absurde de A à Z !

Donc je me barre, et je vais plutôt me concentrer sur mes affaires. Et lire librement des choses intéressantes, comme je le veux, quand je le veux.

samedi 3 août 2013

487ème semaine

Le monde se divise en deux grandes catégories : ceux qui acceptent le monde, et ceux qui le refusent. Par défaut, chose extraordinaire, le monde est accepté tel qu'il l'est. Il se reproduit tel quel avec peu de changements, de générations en générations, ce terme étant de toute manière impropre, puisqu'il naît toujours à peu près autant de personnes d'année en année, formées à peu près en même temps. Et puis il y a ceux qui le rejettent. Les adolescents rejettent le monde, habituellement. Certains sont toujours adolescents à 25 ans passés, et on en voit quelques-unes (essentiellement) sur Twitter venir crier à la révolution — cet acte qui consiste à tourner sur soi-même pour revenir au point de départ. D'autres prennent le contre-pied de ce qu'ils étaient, et deviennent tout à coup hyper-conformistes — j'en connais IRL, mais le plus épatant, tout de même, ce sont les soixante-huitards, bande de ploucs ultimes (bientôt le papy crash, ça nous fera des vacances).

Les plus dangereux, peut-être, sûrement même, sont ceux qui décident de redesigner le monde selon leur propre idéologie utopiste de représentation de l'humain, l'homme intrinsèquement bon, mais tellement pourri par la société patriarcalo-capitalisto-catholico-libérale. Alors avec un plan quinquennal, qui prévoit l'abolition de la prison et l'égorgement des patriarches pourris pour les plus illuminées (le pendant masculin est plus bêtement anti-capitaliste), il est prévu de rendre la société extraordinairement égalitaire, libre, bienfaitrice, du moment que tout le monde pense pareil — le goulag pour les autres.

Mais les plus pénibles, tout de même, sont ceux qui ne doutent pas, ou plus. Je n'aime pas Descartes, et de toute façon je crois qu'il a piqué sa démonstration à St-Augustin ; mais celui qui ne doute pas ne pense, et donc n'existe pas — c'est une équivalence, voilà. Notre système scolaire est récent, très récent, à peine plus d'un siècle réellement, deux si l'on compte toute la phase d'immersion. Le recul est faible, la stabilisation n'est pas encore arrivée. On pense beaucoup sur l'école, chez le sociologue notamment, et sur l'élitisme et ses ravages dans notre particulier pays, ce qui n'est pas sans ironie si l'on constate que l'idée élitiste est formalisée par St-Simon, père spirituel d'Auguste Comte, instigateur de la sociologie. Forcément, on tombe souvent à côté du fond des choses, mais on peut y avoir des pensées très intéressantes. Il en va de ce livre, "l'inflation scolaire", que j'ai fini récemment.

Le système scolaire court après lui-même. Il est inefficace pour la Grande Promesse de l'éducation des masses pauvres, le fameux ascenseur social. Et il s'emballe : combien de ceux qui sont théoriquement promis aux hautes fonctions de la société sont encore de précaires étudiants à l'âge avancé de 25 ans, parfois plus, jusqu'à 30 ans ? Sans aucune réelle expérience de la vie. Où les stages sans responsabilité réelle se suivent, pour un néo-esclavagisme qui fait frissonner mon grand-père maçon ? Où les règles du jeu sont tellement complexes que plus personne n'y comprend rien ? Où les connaissances sans aucune utilité s'entassent sur des années, pour reculer devant l'inévitable — l'entrée dans le saint "marché du travail", invention là aussi moderne dont on sous-estime trop la nouveauté —, connaissances qui seront oublié deux ans au maximum après avoir été ingurgitées selon des méthodes plus ou moins avouables ?

Ce système scolaire court à sa perte. Il est intenable, depuis le primaire où l'on a du mal à apprendre à lire et écrire, jusqu'à l'université qui ne parvient même pas à se gérer correctement, ce qui est peu étonnant quand on y constate la qualité intellectuelle de ceux qui la compose (ah mais ils savent théoriser, c'est sûr !). Certains voient dans les MOOC l'avenir. Peut-être, mais il y a un problème : la passation ne s'effectue jamais aussi bien qu'avec un humain en face, un vrai rapport, un vrai contact. Le MOOC, selon moi, ne peut servir qu'à mettre le pied à l'étier ou en complément d'apprentissage, pour une deuxième manière d'aborder les choses, et donc de mieux comprendre qu'en suivant un seul chemin balisé (voie royale de l'apprentissage par coeur pour faire plaisir à un prof conciliant, ce qui se passe exactement dans ma fac de droit sorbonnarde).

Le MOOC ne peut pas être la seule solution. Et il n'y a rien de vraiment nouveau, si ce n'est la technique de diffusion : pédagogiquement, c'est similaire aux cours enregistrés de ma fac, ou à l'apprentissage de langue par Assimil. J'ai testé les deux. Cette semaine, j'ai commencé des cours particuliers d'allemand. Je sais bien que j'arrive à lire jusqu'à un certain point, mais il me manque la fluidité dans la grammaire, et l'aisance dans le vocabulaire. Il me manque le déclic qui me rendra ensuite autonome pour continuer par moi-même — parce que c'est ça, qui est important dans l'apprentissage, savoir continuer par soi-même ! Grâce au Droit Individuel à la Formation, je peux payer 45 heures de professeur allemand, et tout un tas de monde prend sa commission au passage (j'ai cotisé bien moins que ça par ailleurs : 3500€ d'enveloppe allouée, l'une des très rare bonnes nouvelles depuis que je suis entrepreneur individuel, dont j'aurais très bien pu passer à côté sans le savoir). Au bout de huit heures de cours dans la semaine, deux heures par jour, je commence à sentir les effets. Apparemment, avec mon Assimil d'il y a deux ans (sur trois mois, une heure par jour dans les transports), quelques jours à Berlin et un peu de cours particuliers, j'aurais un niveau proche de post-bac LV2 : quelque part, c'est effroyable, parce qu'à ce niveau, c'est environ 500 heures de cours qu'un élève a déjà reçu...

Je me souviens de mes cours d'espagnol au lycée, à 45 élèves par classe (le soir, pour pouvoir en rassembler plusieurs). Je me souviens de mes cours d'anglais. C'est le pire de ce qui peut arriver dans l'éducation, car une langue se parle avant tout. Tout comme le droit se pratique, ce qu'ont très bien compris les anglais, où nos études de cinq plus deux ans (soit sept ans, je vous fais l'addition tellement c'est ahurissant) sont ramassées en un ou deux ans — et eux ont un système qui régit le monde des affaires, soit le monde tout court en ces temps de mondialisation où même les Qatari ont bien compris par où passer pour la domination. La pratique — au sens large, le contact concret si l'on veut — a été totalement laissée à l'abandon, elle n'est plus accessible que par la minorité privilégiée dont la famille va pouvoir aller au musée, au concert, parler philosophie à table avec les amis cultivés, etc.

L'inefficacité se trouve partout, tant qu'il n'y a pas confrontation avec le monde réel. L'enfermement du monde scolaire sur lui-même, qui considère la fonction publique comme l'alpha et l'oméga (en pays soviétique, en plus, ça aide encore moins), avec des professeurs anciens élèves, qui n'ont aucune idée de ce qui existe en dehors de leur bulle (et dans le cas des sociologues, rencontrés cette semaine lors d'un tweet apéro-dîner fort sympathique, c'est encore plus gênant), mène à un étouffement de la pensée, à une endogamie de la réflexion. Je vois des esprits très brillants qui y sombrent.

La méthode de l'apprentissage tout au long de la vie me semble être la solution. Elle peut passer par du DIF, du CNAM, du MOOC, du MBA ou de l'EMBA, peu importe. Concentrer les études à un jeune âge où non seulement on ne sait rien, mais pire encore ne peut rien savoir, est absurde. Cela mène à d'un côté, des acceptants moutons d'un monde absorbé à coup de par coeur dont les mécanismes sont inaccessibles à jamais ; de l'autre à des révolutionnaire rejetant tout en bloc par incompréhension tout aussi bien. Cela mène au n'importe quoi actuel. Les précepteurs faisait du meilleur boulot avant. Il faut en quelque sorte y revenir : aux MOOC la multitude tout en assurant la possibilité d'évoluer à son rythme (chose impossible lorsqu'on est devant le professeur télévisé, le plus absurde revenant à la fac et ses amphis, comme l'apothéose de la débilité éducative), aux petits groupes et cours particuliers intensifs la progression rapide sur les bases. Mes étudiants sont 20, le plus souvent, en classe : il ne faudrait vraiment pas qu'ils soient plus que cela.

L'apprentissage en classe pour la multitude indistincte est une impasse. La pensée ne s'industrialise pas. Ceux qui vivent dans une bulle, les bobos parisiens surtout (qui d'ailleurs sont encore étudiants à des âges incroyables, le plus souvent, et donc dans un niveau de pauvreté alarmant quand, à ce niveau d'intelligence, on devenait général d'armée ou ministre il y a 200 ans à peine, avec à peu près la même espérance vie pour cette classe de population), cliquent parfois sur le panneau de gauche de twitter, découvrent ébahis en "top tweet" le #simonfilsestjuif ou #simonfilsestgay, et le flot de connerie usuel d'une population qui a le droit de vote. Et c'est alors que, dans sa grande sagesse, le peuple supérieur s'élève pour demander... une loi interdisant de tenir de tels propos inacceptables. Ce que relaie immédiatement un ministre élitiste sorti du moule à gâteaux pré-gâteux de l'ENA. Formidable.

La meilleure chose qui peut arriver ces temps-ci, c'est que les universités déposent le bilan, qu'on teste si elle sont soumises à la loi magique de Schumpeter. C'est dire où l'on en est arrivé... On tient pourtant là l'un des pivots de la civilisation. C'est d'ailleurs assez connu : il a été élitistement décidé d'inclure un enseignement sur la mal-aimée entreprise (dispensés par le prof d'éco maoïste de service qui n'y a jamais mis les pieds, ou quelque chose de ce style) et d'y inclure quelques saillies es bien senties sur le genre. On va aller loin, je sens. Ce serait bien de découvrir la voie du milieu, entre remise en question et acceptation bête. C'est probablement le plus grand échec.

dimanche 14 juillet 2013

484ème semaine

Un beau ratage en règle pour cette L2 de droit. Certes, il reste le rattrapage, comme pour énormément de monde. Certes quasiment personne ne passe du premier coup — mais évidemment, il n'y a aucune statistique, comme pour les notes de droit administratif, qui semblent rarement dépasser 6/20, mais sur lesquelles l'omerta règne. Mais voilà : j'étais certain d'avoir rendu quelque chose de bon. Il y a les notes où c'est la déception relative, du type l'oral qui s'est très bien passé, et où la note est sur la moyenne, sans qu'on comprenne bien où l'on a pu perdre autant de points. Il y a une note qui surprend, en droit des affaires, parce que 8/20 en rendant quasiment rien est assez extraordinaire (pour rappel, le sujet était d'une stupidité révoltante n'ayant rien à voir avec la vie réelle). Mais il y a les notes comme ce 5/20 en fiscal, alors que cela tombait sur ce que je pratique tous les jours avec ma société — mais un gamin de 18 ans qui n'a jamais vu une feuille d'impôt peut être meilleur avec du rabâchage, n'est-ce pas ?

Il y a ce 10,5/20 en administratif 2e semestre, arraché après que la première correctrice a trouvé le devoir intelligent, mais ne citant pas les arrêts aux bons endroits, révisant son 12 en 11, puisque la seconde correctrice s'est basée sur les remarques de la première pour classiquement (c'est TOUJOURS le cas avec cette double correction !) baisser encore plus la note à 10/20. Déçu, mais en même temps, j'ai appris cette matière en deux jours à peine (oui, vraiment, c'était très accéléré, je n'ai même pas fini de l'écouter... J'ai même fait une partie dans un commissariat, en allant porter plainte). Il y a pourtant, en contrepoint, ce 6,5/20 au 1er semestre, où l'on perd des points à chaque question sans trop savoir pourquoi (les commentaires en marge sont sibyllins), avec une réponse d'une page tranchée par un "vous n'avez pas compris la question" — laquelle faisait une demie-ligne de long : peut-être était-elle trop ambiguë ? En tant que professeur, je sais très bien que cela arrive même avec des questions fort précises, et quand on distribue les 4/20 à tour de bras, ce ne serait pas si étonnant.

Et puis, outre le pénal et la procédure pénale à 6,5/20 (je n'aurai pas à repasser la seconde matière, car l'UV est supérieure à la moyenne), car "le prof note sévèrement" (c'est aussi le jeune responsable pédagogique...), il y a ce 5,5/20 en droit civil, sur la responsabilité. Et celui-là, c'est un vrai mystère. Impossible de voir la copie, puisqu'il fallait se rendre sur place le jour de remise des notes, quelques heures avant (donc sans l'avoir encore), et cette date a été déplacée au dernier moment, alors que j'avais calé un client (en faisant attention à ce que je ne sois pas chez lui le jour de consultation initialement prévue, où seul l'administratif a pu être consulté). J'ai donc demandé une photocopie, ce qui m'a déjà coûté une semaine d'attente, puis bientôt une semaine avant envoie : j'espère donc connaître le pourquoi du comment QUATRE semaines après la remise des notes. J'en ai marre de la fac, je n'ai jamais vu des crétins pareil. Si, à ma mutuelle peut-être. Ce pays meurt du fonctionnariat généralisé, c'est clair.

J'avais travaillé à fond ce cours, appris certes à l'arrache (un client surprise à Quimper...), mais révisé à coup de cours en ligne de l'UNJF, avec des quizz, une étude approfondie de jurisprudence et de sa casuistique absurde, les jurisprudences sur les échelles (qui sont tombées, d'ailleurs), et la méthodo sur les études de cas, un exercice enfin intéressant. Bim, 5,5. Et ce n'est pas une erreur, j'ai fait vérifier (je crois qu'on m'a facturé cette vérification 1€ supplémentaire — parce que c'est payant, les photocopies). Rattrapage en septembre, mais tellement la sensation de se faire prendre pour un con...

Pendant les oraux, une jeune fille donnait ses calculs. L'année dernière, déjà, ça avait payé : elle avait pu deviner le sujet de droit civil du premier semestre, par exemple, et avait recraché non pas le cours mais carrément le livre de la prof. 18/20 (la dissertation portait sur le domaine de la loi, de mémoire, soit de quoi écrire plusieurs thèses... J'avais donc passé mon tour). Cette année, elle avait deviné que ça ne pourrait tomber que sur le 1384 dans tous ses états. En droit administratif, la prof lors de la consultation des copies justifie le massacre : elle avait plus ou moins averti que l'arrêt serait du fascicule (environ 150 arrêts reproduits) mais pas du GAJA, alors par élimination, on pouvait en tirer une liste de 15 arrêts, qu'il suffisait d'étudier à fond ! Puis, faisant l'effort de se rappeler ce qui serait au partiel de rattrapage : c'est la même chose, "il ne vous en reste plus que 14" !

Tout cela me rappelle ce que je lisais dans "l'inflation scolaire" (Marie Duru-Bellat, sociologue, éd Seuil, la République des idées — excellente collection) : "Le contenu de l'éducation s'oriente alors vers la préparation aux examens, de manière parfois caricaturale et aux dépens de ce qui faisait l'intérêt intrinsèque des formations. Pour les élèves et les étudiants, l'essentiel devient de décrocher le parchemin. La curiosité intellectuelle et le plaisir d'apprendre reculent devant l'obsession du résultat. Le ritualisme, l'ennui et l'utilitarisme envahissent les classes. On accepte de s'ennuyer, on trouve normal de tricher, tout est bon pour réussir. Dans ce système, il ne s'agit plus d'apprendre que d'être certifié par le diplôme comme ayant appris" (page 74-75, concernant les pays pauvres, avant de se demander si nous ne sommes pas aussi concernés : mais tout à fait !).

Dérogeant à une règle du billet hebdomadaire (qui va de mercredi à mercredi), je vous conte une rencontre avec deux jeunes juristes stagiaires de M2, juristes d'entreprise auprès d'un syndicat patronal. Elles s'avouaient désemparées, et quelque peu contrites de ne pouvoir à peu près rien savoir faire après cinq années d'études juridiques. Les plans en deux parties deux sous-parties ne servent à rien : ce sont des notes qu'il faudrait savoir écrire. Le canal de Craponne est très loin (pourtant à la base de la théorie anti-imprévision et donc anti-business, cet arrêt est on ne peut plus important pour les entreprises françaises ! Autant que Compagnie générale d'éclairage de Bordeaux du CE, qui dit exactement l'inverse dans les relations avec l'État français...). Et malheureusement on ne connaît pas Christophe Jamin — mais à ce niveau c'est réparé (ça m'aura permis de vérifier la notoriété de l'arrêt Baldus, que l'on me reprochait de ne pas avoir cité, auprès d'une de ces anciennes étudiantes de Paris I : aucune, comme je m'en doutais). Les avocats les avaient de toute façon prévenues : leurs études ne servent quasiment à rien.

N'y a-t-il pas un problème ? Professeurs de droit, vous ne servez quasiment à rien, et sur cinq années, au final, l'équivalent de deux ans seront peut-être au mieux sauvées. C'est au-delà du médiocre. Je vous donne une clé (on trouve la même idée dans "l'inflation scolaire", qui malheureusement n'étudie pas assez la notion de miroir — la France a le système scolaire pompeux et stupide qu'elle mérite —, mais je ne retrouve pas la référence). Les professeurs d'université, a fortiori le Président et les responsables pédagogiques, et l'administration aussi, ne connaissent rien à la vie réelle. Strictement rien. Ils ont fait des études brillantes à l'école puis à l'université, reproduisant le modèle enseigné, qu'ils pourront à leur tour immédiatement transmettre, en y ajoutant leurs fantasmes d'intellectuels distingués et élitistes. Ils ne savent pas ce qui se passe dans la vie de 95% de leurs promotions, ou des promotions à qui ils enseignent : la vie professionnelle. Il ne suffit pas de manger des petits fours une fois par mois ensemble. De la même manière qu'il faut pratiquer pour prétendre apprendre correctement, d'une manière générale — exactement ce qui n'est pas fait à l'université, qui se gargarise de théorie intellectuelle (ceci est à moduler avec les rares nouvelles filières d'alternance). Je me souviens d'Eolas me disant que dès qu'il voit "docteur en droit" sur l'en-tête d'un confrère (ayant passé le pas : ça arrive tout de même), il sait qu'il va bien se marrer et qu'il a déjà gagné. Le droit est le summum de la maladie universitaire, parce que contrairement aux mathématiques ou aux lettres qui ne donnent quasiment, en France, que des professeurs ensuite, les ratios avec les professionnels sont inversés.

Car il faut se rendre à l'évidence : si les écoles d'ingénieurs massacrent l'Université, ce n'est pas par la prétendue sélection. Il existe énormément d'écoles, de niveaux très variés, qui prennent des gens qui parfois s'expriment difficilement en français, qui sont passés par des baccalauréats techniques. Mais il y a une dimension pédagogique, et l'on y apprend un métier, enseigné par des professionnels majoritairement (les cours très théoriques étant réservés aux chercheurs — en laboratoire, collaborant avec des entreprises —, mais limités). Voilà la grande différence. Ce n'est pas la panacée, et là bas aussi on trouve une administration parfois pénible et inefficace : en tant qu'ancien étudiant et à présent professeur de différentes écoles, je puis assurer que ce n'est rien par rapport à la catastrophe universitaire. J'aime le droit : on a réussi à m'en dégouter de son enseignement. C'est grave ! Et en parlant, le jour de la consultation, avec quelques autres personnes plus âgées que moi, ayant différentes trajectoires et buts (il y avait une femme ingénieur et professeur en école, ceci dit !), le même constat a été fait : à l'Université, on est traité comme de la merde, sans égard, du chiffre à abattre, aucune pédagogie, des résultats catastrophiques qui n'interpellent jamais, malgré leurs remarques à l'administration et à la direction.

C'est minable. J'en viens à penser, moi qui trouve le système des écoles d'ingénieur profondément franco-élistito-débile, qu'il faut entièrement privatiser les Universités, et virer à tour de bras. Pour information, une école d'ingénieur totalement privatisée (elles sont très majoritaires) coûte autour de 6000€ par an, la première année servant à financer les années suivantes (il y a plus de cours en amphithéâtre). Sur cinq années de droit en France, trois années sont à éliminer, les connaissances spécifiques pouvant être au mieux déléguées à la formation continue. Le budget de l'État est de toute façon déjà, dès à présent, capable de prendre ce coût en charge. Il faut schumpeteriser tout ça !

En attendant, je ne sais pas si je continue mes études. Il ne manque probablement pas grand chose pour décrocher des moyennes et "tuer le big boss qui donne accès au niveau suivant". Mais à quoi bon ? J'apprends plus en lisant le Lefebvre. Je voulais savoir pourquoi à toute question posée à juriste, celui-ci répond "c'est plus compliqué que ça", et noie immédiatement le poisson ; à présent je sais. Je voulais comprendre la structure de la matière, et de l'enseignement : à présent je sais aussi (et ce n'est pas beau non plus...). Quelque part, le gain est à peu près nul, pour un investissement d'autant plus fort qu'en septembre, par exemple, j'aurai de très beaux clients. Alors j'attends de voir mes copies. Mais déjà, mon opinion sur la fac est faite. L'euthanasie semble inévitable. En attendant, je suis désespéré de ne pas avoir d'équivalent d'école de type EMBA pour me former correctement.

samedi 8 juin 2013

479ème semaine

Finis les partiels ! Révisions totalement à l'arrache, entre un semestre qui dure moins de trois mois en temporisation facqueuse absconse, et des clients ayant des urgences deux ou trois semaines avant les épreuves (j'ai même dû caler un rendez-vous un soir de triple-épreuve pour cinq heures de partiels dans la journée...), ce n'était vraiment pas gagné. Et pourtant, je ne suis pas mécontent. J'ai raté les finances publiques, matière que j'avais pourtant révisée en amont avant toutes les autres, déjà parce que mon esprit était devenu hermétique à toute connaissance (faire passer quatre épreuves orales sur des matières avec un programme assez immense dans la même journée, celle-ci étant à peine deux jours après la dernière épreuve écrite majeure au coefficient largement supérieur, pour cause de nom en tête d'alphabet, voilà encore un beau fail pédagogique !), ensuite parce que c'est typiquement le genre de discipline hyper-technique qu'il faut apprendre par la pratique. Quoique j'ai aussi raté, totalement cette fois (aucune chance d'avoir au dessus de la moyenne) l'épreuve de droit des affaires...

Et c'est ainsi que j'ai découvert l'UNJF, site web de l'éducation nationale rassemblant trois universités mais dont le contenu est accessible à un certain nombre d'autres (mais pas toutes !!), et proposant des contenus juridiques (plus de cours et d'enregistrements pour les trois universités participant au cursus à distance : et c'est ainsi que j'ai aussi découvert qu'il n'y avait pas que le CAVEJ a faire de l'enseignement de droit à distance...). En fait j'étais déjà tombé sur l'UNJF, mais je n'avais pas cliqué sur les cinq bons liens, avec une authentification par numéro d'étudiant et mot de passe au milieu, qui permettaient d'accéder aux cours en ligne. Et là, la caverne d'Ali Baba ! Les cours écrits, mis en page selon un code couleur mettant en relief les points importants, plus ou moins résumés, et mieux encore, la jurisprudence cliquable associée, des exercices, des QCM d'autotest (formidable !!) et des cas pratiques avec questionnaires et correction interactifs ! Un miracle d'avoir trouvé cela : si je passe, ce sera grâce à cette découverte, le seul outil véritablement pédagogique dont je me plaignais ici même, encore et encore, de l'absence.

J'ai aussi découvert le site du SUEL de Lyon, qui fait... à peu près la même chose ! Chacun dans son coin... Cette fois, c'est beaucoup plus ouvert, un peu fourre-tout, mais de vraies pépites comme des schémas en procédure pénale (si j'ai plus que la moyenne, là encore je saurai à qui le devoir !). Allelujah ! Et donc chacun fait son truc dans son coin, jamais optimalement (même si l'UNJF est très avancée, il y a encore pas mal de coquilles, qu'on ne peut pas corriger faute d'avoir opter pour un système coopératif).

Malheureusement, j'ai découvert tout cela trop tard pour le droit des affaires, cours qui ne m'avait rien appris, baignant totalement dedans. Je n'ai pas pris la mesure de ce que l'on était *censé* apprendre, c'est-à-dire de la doctrine dogmatique de professeurs n'ayant jamais déposé des statuts, n'ayant jamais rencontré un expert-comptable, n'ayant jamais exercé la profession d'avocat des affaires, et montant des montagnes de délires autour d'un article paumé du code du commerce... L'état facqueux est à ce niveau dramatique, tellement la décorrélation avec la réalité est forte. Avec le profil particulier des étudiants de ce cursus, le problème est encore plus cirant : déjeunant avec une secrétaire juridique, elle a pu elle aussi se demander où les concepts, exposés comme assez primordiaux pour valoir une question sur dix points pour un partiel noté sur vingt, avaient été fumés. Ne parlons pas de l'économie monétaire, que j'ai préféré apprendre avec Wikipedia.

La fac mérite une sacrée révolution, et la conférence sur les MOOC que j'ai faite récemment ne l'annonce pas. On y parlait plateforme commune : ce serait effectivement déjà pas mal quand on voit les efforts pour réinventer la roue avec des bouts de scotch un peu partout (et évidemment, on a donc présenté quatre ou cinq plateformes, dont une de l'État qui va faire concurrence... à ce que l'État est en train de financer par le grand emprunt auprès d'acteurs privés — la France !). Et puis quelqu'un a pris la parole, dans le public, pour dire : tout cela est bien joli, mais être prof, c'est faire le clown : qui va pouvoir enregistrer des cours captivants et efficace pédagogiquement ? Et nos intervenants de penser de nouveau, en bons soviétiques, que de l'infrastructure découlera la superstructure. Ce pays est foutu, on a eu des preuves à l'Est. Un intervenant suivant, que je connaissais, a rappelé l'énorme chute de la côte française pour son éducation, et révélé ce qui se passe hors nos frontières. Le résultat est évidemment français : le thermomètre, classements certes contestables mais jusqu'à un certain point, a immédiatement été le bouc émissaire inconditionnel.

Je me dis parfois que pour un geste fécond, il faut avant tout transformer par la violence mortelle l'existant en fumier. À notre époque hyper-policé, j'ai bien peur que nous pourrissions totalement avant de pouvoir mener une vraie réflexion sur nous-mêmes et ce que nous voulons réellement faire — après tout, le suicide est une option libérale : mais qu'on soit clair sur cela, que j'émigre avant.

vendredi 3 mai 2013

474ème semaine

Vendredi dernier, j'ai colloqué toute la journée à la maison du barreau (si un jour je monte un sex shop, je l'appellerai comme ça, et il y aura des déguisements fétichistes d'avocates). On y est toujours bien reçu, le petit four est abondant et de qualité, ce qui prouve bien que faire autre chose que des études de droit est se fourvoyer : dans un monde bureaucratique comme jamais (les romains avaient péri avant), c'est clairement le bon plan. Ça ne crée pas grand chose, pour être honnête, alors on mouline beaucoup. Sur "l'action de groupe", la class action à la française, quasiment toute la salle se voyait depuis plus de 10 ans déjà. En fait, mis à part les étudiants (de Paris I essentiellement), le public était soit en partie la vingtaine d'intervenants de la journée, soit des "périphériques" ayant écrit sur le sujet en long, en large et en travers. Cet entre-soi trahit autre chose : outre l'hyper-spécialisation du droit, devenu bien trop vaste pour ne pas se concentrer sur une niche et joyeusement oublier ce qui avait été appris par coeur sans aucune pratique des autres champs (surtout publics), il y a une odeur de endogamie dont on se demande si elle ne bride pas l'imagination, à force. Question restée ouverte.

Toujours est-il que les juristes, professeurs, avocats, directeurs juridiques, sont réellement impressionnants. Certains ont des connaissances encyclopédiques sans fond ; d'autres manient la langue avec une aisance extrêmement bourgeoise (du Bourdieu en puissance) ; quelques uns enfin ont une approche pragmatique qui tout à coup révèle des manquements que les chercheurs n'avaient pu trouver — il suffisait pour cela de faire un graphe de décision, bien complexe tant le texte du projet de loi est alambiqué, pour s'apercevoir que certaines hypothèses ne mènent à aucune décision possible du juge, ou à des indéterminations.

C'est là où l'on se pose deux ou trois questions. Benoît Hamon est passé, nous exposer les tenants et les aboutissants, nous disant et répétant que la première étape est d'avoir "quelque chose qui vole" (en mimant la chose). Soit. Mais on s'aperçoit surtout que l'assez long texte, que les ironiques qualifient bien de français tant il correspond à l'habituel "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?", est soit pondu par des crânes d'oeufs énarques qui ne se rendent même plus compte de ce qu'ils écrivent, soit que c'est déjà un consensus mou agrégeant la chèvre et le chou pour se retrouver avec une hydre à plusieurs têtes, une chimère vouée à donner tout et n'importe quoi, avec laquelle devra se débrouiller la cour de cassation pour réécrire l'histoire comme il l'arrange (c'est-à-dire en changeant d'avis tous les quatre matins, ce qui fait déjà très peur aux entreprises, à raison).

La première question est donc : pourquoi diable des juristes si bien organisés pour gloser ne sont pas fichus d'avoir plus d'influence sur les politiques ? On n'était pas sûr d'avoir la dernière version du texte ; les commentaires auront probablement peut profité aux services du ministères ou au parlement (je n'ai pas vu d'assistants parlementaires, encore moins de parlementaires tout court !). Autant pisser dans un violon — à moins que cela n'était qu'un exercice intellectuel ? À quoi bon... Dubitatif je suis resté. Cela m'interpelle : comment utiliser toute cette force vive, tous ces travaux savants ? Un an après le colloque "la fabrique de la loi", avec Regards Citoyens, c'est une impression de non-aboutissement, entre deux petits fours, qui se dégageait de mon côté, alors que tout le monde se saluait amicalement — même les adversaires acharnés.

Il y avait un petit stand d'étudiants, pour faire connaître leur section très spéciale, "droit-économie" à Paris I. Pour faire connaître leur double spécialité (extrêmement rare en France, totalement standard aux US ou autres endroits civilisés) non pas aux étudiants, puisque 4000 dossiers sont reçus pour 40 sélectionnés, mais auprès des professionnels. Un sur cent ? L'élitisme de la pré-sélection est le gage de la qualité de l'éducation, m'assure-t-on naïvement, dans ces jeunes bouches françaises d'une vingtaine d'années biberonées à l'esprit français, et dans un cursus pourtant anglo-saxon. C'était bien le symbole de cette journée : le talent de ce pays est de gâcher lamentablement et systématiquement un immense potentiel, dont il reste au final le minimum vital.

En attendant de descendre juste en dessous.

dimanche 7 avril 2013

470ème semaine

Comme à chaque semestre, il est temps de se plaindre de l'université ; question d'exorcisation. J'avais donc passé deux épreuves dites de "délestage", pour ne pas avoir à tout passer en juin. Histoire des idées politiques (de Sieyes à Bakounine), et droit civil des obligations (contrats). Comme toujours avec l'organisation au poil, il fallait noter sur son agenda, à la réception de la convocation, les dates de sorties des notes et de consultation des copies. En fait, les notes sont sorties plus tôt (dimanche dernier), et le temps de trouver quel est le bon site web, et quel est le bon endroit du dédale (il aura fallu passer par la faq), il n'aura fallu que 20 minutes pour tomber sur les notes.

Pour la consultation, c'était écrit à partir de mercredi dernier, lors des "permanences", et impossible de consulter les copies d'histoire des idées politiques. Il fallait déduire : venir durant chaque permanence de professeur de matière concernée, de telle sorte que le professeur des idées politiques n'ayant plus d'autre matière à enseigner ce semestre, il serait impossible de consulter la copie de cette matière. C'est ainsi que pensant pouvoir demander ma copie à l'administration (comme l'année dernière, en fait il y avait même une salle réservée pour cela, la journée), et attendant patiemment au guichet où j'étais renvoyé, j'ai finalement appris qu'il fallait avoir directement le prof, en l'occurrence le responsable pédagogique. Je donne mon nom : il ne trouve pas ma copie. Je vois alors qu'il cherche dans la liasse du droit pénal, sa matière ; je reprécise "droit civil" ; j'apprends qu'il faudra revenir jeudi. Je suis dans un cursus spécialisé pour les gens qui travaillent, et ne sont pas forcément sur Paris, pour rappel. Profondément absurde. Réponse : "oui mais c'est comme ça". Bien avancé, les décisions divines auxquelles chacun se plie sans savoir pourquoi, spécialité de l'administration (on pourrait remplir des wagons d'être humains à envoyer "quelque part" que ça ne les gênerait toujours pas...).

Je fais donc une demande de photocopies, sur papier libre, car il faudra qu'on m'envoie un mail avec un devis. Je trouve la procédure un peu complexe pour pas grand chose, d'autant que j'ai réussi à mettre la main sur ma copie d'histoire des idées politiques, car finalement le prof de droit pénal pouvait les délivrer, celles-là, mais ne l'avait pas précisé (tout en précisant au moins trois fois qu'il n'était absolument pas tributaire de la notation). Mais non, me dit la dame de l'administration, c'est très simple, c'est juste que personne ni comprend rien, certainement parce que la population entière est sous-douée, d'ailleurs depuis ce matin, elle s'occupe de dossiers d'inscription incomplets et passe son temps à réexpliquer à tout le monde comment faire, c'est incroyable, c'est pourtant tellement simple ! (Je pense que ces gens administratifs vivent dans une dimension parallèle, en fait) Et de rajouter que par ma foi, si je ne suis pas organisé et rigoureux dans ces dossiers-là, pas d'espoir pour moi d'être un jour juriste ! Prenant ces moments dignes de Monty Python et des douze travaux d'Asterix très à la rigolade (c'est pas une couillonne au SMIC qui chie de la paperasse tous les jours à 50 balais qui va quand même m'apprendre la vie, n'est-ce pas... Je n'ose imaginer en revanche lorsqu'on n'a pas encore de diplôme, puisque ces gens gèrent des pioupious d'à peine 18 ans, normalement...), je l'ai fort décontenancée, mais impossible de lui faire entendre raison (je pense d'une manière générale que les administreux sont les meilleurs arguments pour l'euthanasie).

J'ai eu 12 en histoire des idées politiques. La notation a relevé de l'impressionnisme fumeux. En allant bien plus loin que le cours, sur un sujet que je maîtrise fort bien (Saint-Simon !), avec du Legendre, des morceaux d'idéologie du corps des Mines que je tiens de mineux eux-mêmes (notamment JL Beffa), sur quatre pages avec ma petite écriture, ce n'était pas assez selon le correcteur (qui d'ailleurs s'est laissé aller, en marges, à des fantasmes parfois un peu fous...) : à croire qu'on avait 4 heures (et non une seule...) et Internet à disposition pour composer ! On va dire que j'étais passionnant et que mon correcteur est devenu insatiable — c'est ce que les commentaires en marge laissent penser, d'ailleurs. C'était manifestement l'inverse en droit civil des obligations : 7,5. Bim ! Là ça bavarde trop, ça se perd en dissertation (texto, en marge, sur une demi-page : "bavardages ou dissertation, mais pas un commentaire").

Parce que finalement, j'ai dû prendre sur moi pour revenir le jeudi matin, et je n'ai point eu tort, car je n'ai toujours pas reçu le fameux devis du chèque à envoyer pour avoir une photocopie. J'ai tout de même essuyé une remarque d'une administrativeuse comme quoi de son temps, on faisait confiance au correcteur et on n'avait pas besoin de revoir sa copie (oui, encore une bonne femme de 50 balais aussi qui essaie de sa haute réussite de m'expliquer la vie... Il doit y avoir un examen d'entrée...). Bref, au moins, j'ai pu voir ma correctrice, la deuxième de la copie, en l'occurrence la prof qui assurait les cours du samedi (la précision a son importance), celle qui a trouvé que le 8 de la première correction était un peu trop sur-évalué. Et puisque c'est elle qui était à l'origine du commentaire "bavardage", j'ai donc demandé si j'avais bien compris l'exercice.

Fort simple, me répond-elle (tout est simple, c'est à se demander pourquoi personne n'y arrive — ah oui c'est vrai, nous sommes tous débiles légers) : c'est comme les commentaires de philo. Alors là, je comprends qu'elle me prend pour un peu plus jeune que je le suis, et lui révèle que depuis 2001, j'ai eu le temps d'oublier de quoi il en retourne (et qu'au demeurant, trouvant cet exercice très stupide — d'ailleurs c'était apparemment la même chose en Français —, je le fuyais comme la peste). J'ai appris qu'il fallait faire du mot à mot, et comprendre le problème de droit qui se cache derrière, parce que dans l'absolu, je n'étais guère allé plus loin que la paraphrase, et ça, mes parents auraient pu le faire en comprenant tout aussi bien l'arrêt en question. Soit.

Pour étayer cette impression, trois crimes majeurs présents dans ma copie ont été mis en exergues. D'abord, ne pas avoir explicitement cité l'arrêt Baldus ; en réalité, c'était implicite en intro (j'ai une mémoire horrible des noms, je pense que je suis fichu d'avance pour l'administratif...), puisque cet arrêt concerne la non-obligation d'information de l'acheteur envers le vendeur, et non l'obligation d'information du vendeur envers l'acheteur (ce qui était le cas de notre arrêt à commenter) : je ne vois toujours pas le rapport entre les deux qui nécessitait de s'épancher longuement dessus... Et d'ailleurs, dans mon Terré-Simler-Lequette, grande bible qui m'a servi pour les révisions, l'arrêt est cité en note, sans son nom, sous un autre prétexte que la réticence dolosive (c'est exactement page 248, note 4, au paragraphe sur "l'élément psychologique" dans "l'erreur"). Je me demande donc si mon crime n'a pas surtout été de ne pas avoir cité quelque chose qui avait été étudié la dernière demi-heure de cours... Parce que d'après mon code civil, il y avait un arrêt beaucoup plus intéressant, sur la réticence dolosive du vendeur. Mais celui-ci, on ne l'avait pas étudié. On revient aussi au paradoxe de la jurisprudence qui ne fait pas force de loi mais si quand même, et qui pourrit toute l'étude de la matière.

Deuxième crime : ne pas avoir assez développé sur l'article 2 et la non-rétroactivité de la loi, alors que c'était le quart de mon devoir. Et là, m'a dit la sévère mais jolie correctrice (de 34 ans, bac en 96), les L2 sont horribles, ils oublient tout ce qu'ils ont appris en L1, etc., d'ailleurs M. Lagarde avait donné ce même sujet à Paris X en coupant cette partie, parce qu'on est infoutus de la comprendre alors que c'est simplissime — je résume. Franchement, il n'y avait pas de quoi en faire des tonnes : la solution de la Cour de cassation était simplement pragmatique, et l'avocat avait soulevé tous les moyens possibles et inimaginables, comme d'habitude. D'ailleurs, l'arrêt a été extrêmement coupé... En fait, il a même été réécrit, et tout ce qui était du ressort de l'historique de l'action a été caviardé, ce qui n'est pas sans impact sur le troisième crime, le plus fatal, puisqu'il a été "impossible de [me] mettre la moyenne" simplement à cause de cela.

Je me suis perdu sur l'action en nullité en oubliant le dol incident. C'est bête, je me souviens précisément du moment, au bout d'une heure d'épreuve, ou tout à coup je me suis demandé quelle avait été l'action pour en arriver à notre arrêt. Et n'ayant plus beaucoup de temps, ni de plan, j'ai un poil paniqué et ai rajouté cela à la hâte. Sur le coup, c'est effectivement bien merdé ; de là à perdre 10 points, en une seule phrase sur sept pages, je me demande  s'il ne faut pas réduire le devoir à 3 lignes, ce sera plus simple. Parce que sur quelque chose qui est avancé comme absolument fondamental, mais qui simultanément concerne un mini-encart dans le code civil et un chapitre de moins d'une page dans le Terré-Simler-Lequette, me sortir que je n'ai rien compris à la vie — "comme la grande majorité des étudiants" —, faut peut-être pas pousser non plus... J'en arrive donc à un double-problème pédagogique : d'une part, il est impossible de distinguer le principal de l'accessoire, tout étant poussé pêle-mêle avec la même valeur (et pourtant, si l'on a raté quoi que ce soit, on est immédiatement condamné au définitif : "n'a pas bien compris/appris le cours", tout le cours) ; d'autre part, il semble qu'en France, de la maternelle au doctorat, on ne sache enseigner qu'en insultant la plèbe, qui ne sait "qu'apprendre par coeur" ("c'est d'ailleurs pour ça que vous vous en sortez bien en question de cours à l'oral").

Évidemment, 70% des étudiants seront des bons-à-rien qu'il faudra écrémer. Une autre notion de la pédagogie à la française qui m'échappe quelque peu beaucoup. Ce qui est amusant est que la prof m'a rappelé que l'arrêt Baldus est commenté dans notre fascicule par la note de Christophe Jamin (ce dont je me souvenais, en revanche). Le même Jamin de la cuisine du droit. Or, demandant s'il ne serait pas plus intéressant, au lieu de s'atteler à des arrêts de la Cour de cassation que l'on étudie en rétro-ingénieurie (comme s'il fallait désassembler un programme pour apprendre à programmer !), d'étudier des cas concret et en l'occurrence les différentes voies d'action possibles (puisque je ne sais toujours pas, si vous avez un problème de contrat, comment agir, alors même qu'il n'y aura plus de cours en complément, et je ne saurais même pas rédiger un contrat !! Absurde !), je me suis vu répondre : "ça ne sert strictement à rien, les arrêts sont largement suffisant et on en a vu plein". Voilà. Il faut apprécier l'ironie là où elle se trouve.

Pendant que nos universitaires français creusent toujours plus le gouffre de la stupidité, on ira voir chez les gens qui ont tout compris, les Anglais. Pour rêver un peu :

Why study law in the UK?
_ Around 14,500 international students are currently studying law in the UK – around 17 per cent of all law students. You can choose from more than 1,500 courses at dozens of institutions in the UK.
_ At many UK universities, students work on actual cases in progress, helping solicitors to gather evidence.
_ Law in the UK has a truly international perspective. Many firms have offices in major financial and commercial centres overseas, and English commercial law is often the governing law in international contracts.

Oui, dès la première année d'étude (avant celle de spécialisation, qui est assez optionnelle, ce qui constitue le bloc "théorique", le reste s'apprenant directement en cabinet). Rien à voir.

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