humani nil a me alienum puto

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mardi 4 septembre 2018

forme de la voix

« Koe no katachi », traduit assez librement par « Silent Voice », est l’animé du moment de Naoko Yamada, une réalisatrice manifestement sortie d’assez nulle part, mais dont la finesse d’analyse est fortement remarquable. Si sur la forme ce n’est parfois pas tout à fait sec — et ça dure tout de même 2h09 —, aborder autant de thèmes sensibles est impressionnant : harcèlement scolaire,, suicide, amitié, solitude, amour naissant… Cela va bien au-delà du handicap de la principale protagoniste. Les jeunes en formation sont paumés comme il se doit : violence entre eux, morale et physique, et cette pulsion de mort caractéristique des rapports malsains de cet âge, le tabou absolu.

Et puis il y a cette culture japonaise particulièrement étouffante, où l’on passe son temps à s’excuser d’exister (« gome nasai » est la réplique la plus entendu, même avec l’accent des sourds), et où quand le héros (ex-anti-héros) doit sauver l’héroïne, il se déchausse d’abord pour entrer dans l’appartement.

C’est bien fait, sensible et intelligent.

dimanche 19 août 2018

amours nippons précoces

Après « Printemps tardif » de Ozu, toujours au Champo, toujours blindé, « Printemps précoce ». Est-ce le prequel ? Que nenni. Ozu a parcouru les saisons, il a certainement dû en conclure qu’il n’y en a pas assez et qu’il fallait faire des sous-catégories. Quelque chose de ce genre.

C’est en tout cas encore une fois un conte moral — avec plus grosse scène de sexe : un baiser presque volé du personnage féminin principal sur la bouche du héros que l’on suit intimement, un homme trentenaire vertueux mais alors « fautif » (avec une jeune épouse assez pénible). D’une durée de bien plus de deux heures, c’est le plus long des films d’Ozu, et probablement le plus dans le narratif, donc le plus plat (d’après ma studieuse accompagnatrice qui achevait là son cycle après une semaine d’introversion). Nous sommes dans le Japon de 1956 après la guerre — qui est assez souvent évoquée ! —, avec la nouvelle vie de bureau qui s’impose comme idéal déjà au contre-effet déprimant. On y parle donc de choix (subi) de vie. Un témoignage dans un espace-temps charnière qui reste, au-delà du thème traité assez banal, fort intéressant.

lundi 13 août 2018

amours nippons

Retour chez les hétéros. Au Champo, il y a une rétrospective Ozu. Queue incroyable au dehors — pour Ozu, ou pour le frais ? C’est le « Printemps tardif » (Banshun), la saison des mariages. Mission : marier Noriko (Setsuko Hara), en 1949. Un conte moral sur la famille japonaise, en mutation, à la charnière des époques (on parle de divorce, d’ailleurs — sujet devenu fort tabou dans les récents Senses). Longues scènes quasi-contemplatives. Et toujours une grande sensibilité, et un humour subtil dilué. C’est joli tout plein.

mardi 15 mai 2018

deux sur cinq

“Senses” est présenté comme la première série au cinéma. Réalisé par Ryusuke Hamaguchi, aussi au scénario, il est question de quatre Japonaises amies à Kobe. On commence par les épisodes 1 & 2, ce qui semble logique, mais tous les synopsis sont déjà sur la suite, qui doit sortir dans la foulée. Bref, on touche aux tabous nippons, comme le divorce. On touche surtout à la sclérose d’une société qui n’a jamais réellement embrassé la modernité dans la tradition, et le paie actuellement très cher. C’est lent, parfois ennuyeux, mais c’est ça, le vrai Japon : une sorte de mélancolie latente de vivre…

lundi 26 février 2018

dérive nippone

« Oh Lucy! » est le seul film référencé d’Atsuko Hirayanagi. Et il fallait certainement une réalisatrice pour porter ce regard sur trois femmes aimantées par la génétiques malgré elles, avec au centre un homme qui en cache un autre (deux, même). Shinobu Terajima incarne la Japonaise type, triste, dans le carcan des codes sociaux régentés autour d’un travail de bureau classique, pour rejoindre un minuscule appartement encombré. Mais dans les bras impromptus de Josh Hartnett (qu’on ne voit pas assez au ciné), improbable prof d’Anglais aux méthodes spéciales, Setsuko devient Lucy, et Lucy lui plaît bien. Mais ce n’était que sa nièce, la très, très mignonne Shioli Kutsuna, qui lui tendait un piège — une pure ENFP border line, celle-là, attention danger. L’action bascule alors en poursuite de chimère en Californie, et se joue un triangle familial avec la grande soeur (Kaho Minami), à la psychologie radicalement différente (du J vs P), et avec laquelle un abcès n’a toujours pas été crevé depuis très longtemps — un homme, encore. Alors que la solution pouvait se trouver dès le début dans le 2e improbable élève d’anglais (Koji Yakusho), lui aussi transformé à un âge bien mûr. Naïce too meet you. En fond du film, le thème du suicide revient régulièrement, alors qu’on rit bien, parfois gêné par le comportement de ces personnages formatés à la dérive. Je crois qu’Atsuko Hirayanagi est arrivée à croquer le malaise japonais dans toute son ambiguïté, et qu’il faut probablement y être allé pour bien comprendre.

mardi 14 novembre 2017

Hokusai romain

On voit le Museo dell'Ara Pacis quand on traverse le pont en venant depuis la plazza di Spagna vers la place derrière le palais de justice. Manifestement, il recèle beaucoup d’autres choses (on entendait clairement un concert…) que ce que l’on observe directement depuis le pont. Il n’empêche que c’est depuis ce point de vue que l’on a aperçu, avec la souris, la mostra Hokusai. Aller à Rome et voir du Hokusai, c’était tentant. Surtout que c’était franchement vide — mais 11€, quand même, parce qu’à Rome la culture est toujours chère, afin d’assurer certainement que le très nombreux touristes préfèrent rester dehors.

Hé bien elle était fort belle et agréable, cette expo ! Bien agencée, belle scénographie, cartons lisibles, on peut circuler, rien à voir avec Paris. En bonus, la femme du pêcheur — en livre, mais je commence à me demander si elle existe réellement en estampe… Les classiques, de belles vagues, de beau monts Fuji, des cerisiers et des jolis de demoiselles, et puis du Keisai Eisen, son apprenti, mais qui est plus grossier dans les traits. On insiste moins sur sa vie et sa fille, c’est un peu dommage. Mais le contenu est là et sérieux, fort bien agencé. Un grand bain d’ukiyo-e.

dimanche 11 juin 2017

789ème semaine

Avec la fin du périple à Osaka, on atteint un mix entre Tokyo et Kyoto, l’avantage étant donné au premier. Immeubles uniformément de dix étages à quelques exceptions — et deux ou trois bâtiments remarquables tout au plus —, un château central typique impressionnant et un parc attenant fort sympathique, et pour donner le change un quartier à-la-Shibuya (Namba) totalement allumé et nocturne. Mais encore une fois, l’anglais est déficient, et ce n’est qu’un des multiples indices trahissant que l’on a oublié qu’être une île ne dispense pas d’être un minimum ouvert, surtout quand on a dû sa puissance à son exportation. Voilà que les Chinois se distinguent : leur niveau d’ouverture (échange universitaires, maîtrise des langues étrangères…) s’est grandement accru ces dernières années. Il semblent qu’ils aient pris la mesure des erreurs nippones. Car la stagflation n’est guère surprenante. Certes on bosse, dur, tardivement dans sa vie, quitte à faire l’un des très nombreux bullshit jobs comme tenir une pancarte, agiter un bâton lumineux, faire un peu de circulation à la sortie les voitures d’un parking, peu importe, il n’y a pas de salaire minimum, on automatise très peu.

C’est là la plus grande surprise, d’ailleurs, au pays du robot : mis à part quelques Pepper rachetés par l’omniprésent SoftBank, qui servent à faire des bullshit jobs encore plus bullshit que d’habitude (c’est dire), le Japon est le royaume de l’électro-mécanique poussé à l’extrême, tel que cela ne nous est jamais parvenu, parce qu’on n’était pas aussi riche (les chiottes délirantes…) et que l’informatique est arrivée. L’informatique, le Japon est totalement passé à côté. Ils ont commencé à faire quelques interfaces tactiles, ce genre de choses basiques, mais on a une grande impression d’être dans le futur du passé, dans la continuité non avenue des années 1990, dans une branche morte de l’histoire. Le Japon a mené à son terme une logique qui était en réalité une impasse, et se reposant enfin de son ancienne hyper-activité, devant à présent maintenir l’existant mais ne pouvant plus innover dans une société fortement convergente, pyramidale et introvertie, idéale pour l’industrie mais catastrophique pour le nouveau paradigme du XXIème siècle. Le pays profite de son ancienne avance à périmètre équivalent sans rien inventer de nouveau — même les mangas de référence restent très âgés, tel Dragon Ball ! —, et cumule un certain retard qu’il sera probablement impossible à rattraper dans l’enfermement : quel paradoxe ! Le Japon a dû être extrêmement impressionnant dans les années 1990 et jusqu’au début des années 2000. Les images de Shibuya étaient impressionnantes. Elles font à présent sourire face à Hong Kong, Shanghai ou les villes de la péninsule arabique.

Et quelque part, le Japon est une illustration différente de ce qu’il se passe en Europe. La stagnation sur les acquis, et la dette d’un passé trop glorieux. La pente descendante est douce…

lundi 5 juin 2017

788ème semaine

Kyoto est réellement radicalement différent de Tokyo, si ce n’est qu’on y parle aussi bien Japonais (on y entend seulement un « kowai » qui rappelle que plus de 500km sépare les deux villes, au cas où l’on aurait oublié en 2h30 de Shinkasen omnibus). Les costards-cravates-tailleurs sont tout à coup remplacés par la tenue traditionnelle de kimono, avec chaussure en bois et chaussettes à pouce séparé, totalement pas idéal pour arpenter les multiples temples autant en ville qu’en forêt très inclinée, car Kyoto est bordé de montagnes, ce qui achève de rendre le cadre charmant, malgré la multitude d’immeubles tout aussi insipides qu’à Tokyo, mais cette fois toujours de taille miniature. Le dynamisme est assez absent : on se sent en province, tout est tranquille. Il faut absolument dîner avant 20h30 si l’on veut éviter d’être à la diète — et les restaurants sont plus chers pour moins bons. Les transports sont calamiteux (une grande croix de deux lignes à peine de métro et de quelques trains de différents compagnies, en doublon, laissant tout le reste de la ville vacant, avec des bus lents sans correspondance de ticket (notons au rayon étrangetés que l’on rentre par l’arrière et que l’on sort par l’avant en payant !), faisant errer des touristes beaucoup plus nombreux. Le taxi est encore donc partout, mais apparemment à des prix non comparables avec l’Asie du Sud-Est.

Le Japon folklorique est plus reposant et attrayant, pour sûr. Mais là encore, quelque chose manque pour emballer le coup de coeur auquel on était pourtant préparé. Ou peut-être trop préparé, en fait. Ce sera tout de même une destination à refaire, un jour, mais le rapport qualité-prix reste en faveur d’autres destinations.

lundi 29 mai 2017

787ème semaine

Tokyo me faisait un peu rêver. Non que j’imaginais des choses fantastiques, ayant bien repéré dans quelques mangas réalistes l’organisation inégale de la ville. Je pensais que les bâtiments tous petits et serrés étaient en périphérie : que nenni, il y a plusieurs centres d’affaire et de shopping, aux immeubles uniformément carrés et sans fantaisie aucune — qui se subliment à peine la nuit venue par des éclairages tapageurs —, et entre ces différents centres, comme Shibuya, Shinjuku, Nibomashi, Ueno, ou même Mita/Shibaura (ou encore Roppongi) où nous étions, il peut y avoir des étendues de rien (du parc avec ou sans tori, du parc impérial immense et totalement privatisé, du petit parking, du temple…) et des maisonnettes alignées, avec fils électriques qui courent partout. Ce n’est pas le seul point commun avec Bangkok : le nombre de bullshit job tel que tenir une pancarte ou agiter un baton lumineux de travaux, ou même encore faire un peu de circulation à la sortie des véhicules est impressionnant. Pas de salaire minimum, certes, et assez souvent des retraités, mais aussi extrêmement peu de sans-abris (une demi-douzaine recensées dans la semaine, soit moins que ce qui fait la manche à Paris sur la ligne 5 en une seule prise). On comprend très rapidement les points forts et les points faibles dans ce centre industrieux où défilent bien ordonnés les hommes tous en costards, les femmes en robe longue ou tailleur, chacun de son côté à de rares exceptions près (surtout le week-end), qui jusque tard vont encore dîner ensemble dans l’un des extrêmement nombreux restaurants, car on suspecte que l’immobilier ne permet pas de disposer d’un espace suffisant pour un micro-onde, alors que la hauteur des immeubles dépasse rarement la trentaine d’étage, encore plus rarement pour du logement.

Tokyo est donc uniformément banal sur la forme extérieure, et compense par un fond de délire latent : salles de jeux vidéos plus que bruyantes, des mangas un peu partout mais surtout dessins d’illustration rigolos absolument partout, de la J-pop débile au coin de la rue ou à la télé, des magasins qui regorgent de fantaisies indescriptibles, et de la nourriture à profusion, diverse, proposées par des hôtesses en costume, lançant des « arigato gozaimaaaaaaas » ou des « sumimasen » en courbettes, de préférence sous une enseigne en français suspect (première langue préférée mais pas pratiquée, devant l’italien, l’anglais japonais, le fameux, l’incompréhensible, restant la seule vague pratique hors-nippone).

Tokyo n’est pas charmant. Tokyo est surprenant de diversité et contradictions uniformes, c’est l’anté-Hong Kong (forme impressionnante mais vie conventionnelle), que je préfère. À Tokyo, malgré l’ordre apparent, on se perd trop facilement, et on ne sait plus trop quoi y chercher. À part un restaurant pas cher et délicieux : pour ça, on est servi !

jeudi 12 janvier 2017

kimi no na wa

Malgré mon amour du manga, je ne connaissais pas Makoto Shinkai (pour ma défense, cela fait quelques années que je vis en hermitte…). Et c’était un tort. Je pense que depuis le très regretté Satoshi Kon, dont ce « Your name » m’a rappelé « Millenium actress », avec sa narration fort originale, je n’avais jamais vu ça. Alors que ça commençait de manière aussi mystérieuse, presque brouillonne, qu’un Evangelion, et malgré un générique plutôt typique d’un anime en série plutôt qu’en film, rapidement, les personnages attachants et l’atmosphère aussi bien rendus qu’eux captent l’attention, jusqu’à ce que toutes les pièces se mettent en place et que l’on découvre quelques retournements réellement inattendus. Tout est si bien ficelé ! Plus de 10 millions d’entrées au Japon et une salle 4 remplie à ras bord aux Halles : à ça je ne m’y attendais pas non plus. D’autant que les références sont très clairement nippones. Que d’excellentes surprises !

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