humani nil a me alienum puto

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lundi 1 juin 2015

Hinata sukides

Alors que l’anime est en pleine incise de retour en arrière, tandis que Naruto et Sasuke étaient en très mauvaise position, ce qui indiquait que les dessinateurs avaient encore rattrapé leur retard sur le manga papier (que je ne suis plus depuis belle lurette), voilà que sort pour la première fois au cinéma un Naruto « The last », comprendre : une conclusion des aventures, qui arrive donc après la dernière (4e) grande guerre des ninjas. Que faire ?

Ne pas y aller serait bête : pour une fois qu’il n’y a à pas à pirater, ni à attendre, pourquoi ne pas encourager de telles diffusions cinématographiques ? Mais en même temps, c’était l’assurance de se faire allègrement spoiler. Ça n’a pas manqué. On voit déjà qui a survécu (et dans quel état). On aperçoit quelques pupilles qui en disent très long. Il faut bien avouer que ça tue une partie du suspense des excellents épisodes actuels, pour une histoire qui est un peu plus cul-cul-la-praline comme savent si bien le faire les Japonais. Mais bordel, ça fait des années (une bonne douzaine) qu’on attend qu’Hinata fasse sa déclaration à Naruto, alors on n’allait pas laisser passer ça !

Bref, un méta-épisode semi-niais pour les fans, mais où le traducteur n’a pas les mêmes guidelines que les fans — d’où des « ondes tourbillonnantes » pour les rasengan —, et où l’on voit de nouvelles choses, tout en se demandant comment le gros-nouveau-méchant-mais-en-fait-il-est-gentil-au-fond (encore un qui devra expier…) peut bien mettre la misère à notre héros à super pouvoirs (en même temps, il a une nouvelle coupe de cheveux à la Takeshi assez moche, qui a mon avis doit avoir un impact sur ses pouvoirs — c’est un peu l’effet Dragon Ball Z, de toute façon). Hinata-chan devra retricotter 4 ou 5 fois son écharpe, mais qu’on se rassure : ça se termine bien (et ils eurent beaucoup de petits ninjas).

(J’attends donc les fanpics avec Hinata en mode hentaï — on sait que c’est de loin mon personnage préféré tout mangas confondus, avec Asuka d’Evangelion)

lundi 30 mars 2015

musées franciscains

L’an passé, j’avais privilégié la découverte de la ville à ses musées : on ne peut pas tout faire en temps contraint. Cette année, il fallait donc rendre justice aux lieux culturels négligés. Le temps étant encore plus contraint, et entrecoupé de quelques rencontres malthidiennes (on ne va pas s’en plaindre !), j’ai encore dû sacrifier l’hyper-cher California Academy of Sciences ($34,50…) — et Alcatraz.

Le SF asian art museum est fort célèbre, surtout… pour son escalier monumental. Qui mène à une grande salle vide (une ancienne bibliothèque, étant donnée les inscriptions aux murs). Il faut choisir côté pour faire le tour d’un étage de collections : les japonais-coréens-chinois au premier, les indiens et autres bouddhistes au second. Les collections sont riches et croisent des temps anciens (parfois très anciens, certaines pièces ont trois mille ans !) avec de l’art contemporain. La continuité est bien assurée, et l’agencement agréable. À $15 l’entrée, cependant, il faut vraiment que l’on jumelle une exposition temporaire pour en avoir pour son argent — en deux heures de temps, on a bien poussé l’exploration du lieu…

L’exposition du moment, justement, prend un angle intéressant : « les yeux de l’imprimeur ». On l’oublie souvent, mais l’estampes n’est pas directement dessinée — c’est sa définition même ! Il faut un imprimeur, en couleurs pour les nippons. Une vidéo introductive montre comment on procède : malheureusement, les trois salles du rez-de-chaussée étaient fichues de manière telle que je ne l’ai vu qu’en tout dernier — et pas entièrement. Par couches successives qu’il faut appliquer en recalant le modèle (ce qui use beaucoup d’essais infructueux !), du plus clair au plus foncé (on termine donc par le noir, avant de saupoudrer un fond), le dessin de l’artiste apparaît peu à peu. Il y a absolument de tout dans cette exposition, des scènes de vie quotidienne à de l’érotisme en passant par du kabuki. Une salle entière est dédiée aux geishas, à leur vie, à la vie de la cité autour de d’elles, et outre quelques kimonos magnifiques (dont des certains pour dormir, taille XXL mode couette à manches), le clou du spectacle est un très long parchemin de plusieurs mètres entièrement déroulé (une bonne quinzaine), sous plexiglass, qui montre la vie des paysans, l’entraînement d’une jeune maiko (qui sont devenues des superstars d’après le film que j’ai vu dans l’avion au retour, « Laidy Maiko », sorte de vague remix de Pygmalion/My fair lady totalement halluciné…), l’arrivée d’un samurai qui va dépenser des fortunes pour son amusement (les panneaux explicatifs, toujours didactiques faute d’être très précis, parlent d’équivalents d’une ou plusieurs dizaines de milliers de dollars), son départ au petit matin après les plaisirs (dans le kimono XXL) et le repas dans la prison dorée des demoiselles…

Tant de beauté est époustouflant. Cette expo-collection annonce la couleur des autres : vague thématique, très belles pièces, cartons imprécis mais praticables (on ne sait jamais l’origine des oeuvres, frustrant !!), prix rédhibitoire. Au de Young, le lendemain matin, j’ai opté pour le billet jumelé avec le Legion of Honor, pour $24. Ça arrache, mais je pensais avec les deux expositions temporaires pour ce prix-là : que nenni, pour le LOH et son (manifestement petit, à la vue du plan et du catalogue) extrait des collections du musée du costume de Brooklin, il fallait compter $13 de plus. Au de Young, on redécouvre les très bonnes collections du musée d’Edimbourg — qui y étaient gratuites. Autant dire qu’il ne faut pas s’y rendre actuellement : SF a tout dévalisé — avec une vague thématique « de Boticelli à Braque », alors même qu’il y a une pièce plus récente que celle de Braque exposée… —, y compris le magnifique Sargent (Lady Agnew of Lochnaw, 1892), toujours à tomber.

À ce propos, j’ai vécu une scène qui est je pense typique de l’esprit américain : une dame se promenait avec ses deux enfants, et sur sa sélection d’oeuvre, s’attardait accroupie avec eux assez longuement, pour raconter diverses choses avec ce ton toujours émerveillé ; faisant participer les marmots, elle leur demande ce qu’ils ressentent face à cette présence forte de la jeune fille (peinturlurée en pleine dépression…) puis d’où vient la lumière qui donne cette impression : d’en haut à droite, bien sûr, bravo ! Sauf que toutes les ombres du tableau sont portées vers la droite…

Le de Young (d’après le nom du fondateur du San Francisco Chronicle), ça fait un peu la foire fouille : tu trouves de tout si tu es malin… Au rez-de-chaussée du bâtiment hyper moderne (avec une tour de neuf étages qui sert uniquement de panorama aux visiteurs), quelques petites salles proposent des oeuvres contemporaines qui vont de la photo à la sculpture absconse en passant par la vidéo sans aucun intérêt. Mode sous-sol du BHV/palais de Tokyo. On s’amuse de ce que des oeuvres contemporaines soient exposés pas loin d’art « primitif » d’Amérique du Sud, et y ressemble beaucoup. À l’étage, c’est mieux, un énorme anneau de grandes salles font apparaître des collections les plus diverses et variées, rangées par thèmes et par mécènes. On retrouve des arts indiens, où les pièces peuvent avoir 30 ans comme 3000 (peu de différences : ça c’est de la constance digne des Égyptiens !). Mais aussi de l’art africain (avec des gardiens… noirs. Qui ne voient pas la lumière du jour, dans cette salle temporaire reculée). Puis de l’art nouveau, avec du mobilier (comme à Berlin ! Avec beaucoup moins de quantité, mais de grosses collections de Tiffany). Et tout à coup, de la peinture, à partir des flamands du XVIIIème jusqu’à de la sculpture du XIXème, en passant par un Sargent, avec de belles oeuvres, quoique aucune ne soit bien célèbre.

En réalité, c’est au Legion of honor, reliée par une navette (noooon, je déconne : 30 à 40 minutes avec deux bus — ça prendrait 5 à 10 minutes en voiture —, le délire total san franciscain…), que l’on découvre le best of, avec des salles de Rodin, avec du Van Dyck, du Lorrain, du Salvador Dalí, du Caillebotte, des primitifs flamands et deux gigantesques tapisseries multiséculaires, et puis cette toile fascinante de William Adolph Bouguereau,1891, « la cruche cassée », qui rend beaucoup mieux en vrai qu’en photo. Perché sur sa colline, avec une vue sur un vaste terrain de golf, une bonne partie de la ville, et un peu de Golden Gate Bridge entre les arbres, le Legion of Honor (deuxième partie des fine arts museums de SF avec le de Young) est une espèce de bulle temporelle à l’abri, où l’Art avec un grand A est mis à l’honneur, où l’on peut trouver deux salles d’hôtels particuliers parisiens entièrement remontées, comme si l’on était dans une grande ville — mais on en fait le tour en moins de deux heures, et le plan propose même un « parcours une heure ». Tout y est agréable, jusqu’au café. Mais comme le de Young perdu au milieu de l’immense bande de parc-forêt qui balafre l’Ouest de la ville, il est impossible d’y passer par hasard : à ce niveau, c’est le contre-pied total d’un National Gallery où l’on passe pour flâner, sans monnaie y laisser. Quand on va au musée à SF, ça doit être efficace et exceptionnel. Mais y repasse-t-on ?

mardi 16 décembre 2014

dans la vague

Ce n’est pas la première exposition Hokusai qui ait eu lieu à Paris ces dernières années. Mais la rétrospective du Grand Palais, par l’entrée de côté, attire bien du monde depuis quelques mois, notamment après la période de roulement des oeuvres exposées, pour raison de conservation. Il faut dire que s’il fait noir, froid, et qu’il faut se pencher souvent, les estampes présentées sont dans un tel état exceptionnel pour leur âge plus que bicentenaire, que l’on se plie bien à ces exigences.

L’exposition a un ordre évident : chronologique, suivant les changements de noms et les phases du maître, depuis sa jeunesse d’apprenti jusqu’à ses 89 ans — il avait prévu vivre jusqu’à 110 ans pour achever la totale maîtrise. Un défilé de carpes (« noires comme celles du Japon de la fin du XVIIIème siècle », nous précise une fois le cartouche…), de personnages animés, de dragons, de paysages splendides dont l’inspiration chinoise saute assez souvent aux yeux (les Chinois ne semblent pas très avares sur la paternité de l’oeuvre japonaise, tandis que la leur n’a pas connu le même succès…).

Mon accompagnatrice Hinata-chan me fit la même remarque que la souris : « c’est beau, mais je n’y comprends rien ! » Il est vrai que sans plus connaître précisément de la technique nipponne, mon exposition personnelle quoiqu’indirecte (puisque n’y ayant jamais mis les pieds, à mon grand damn), je n’en ai pas ressenti le manque ; mais pour le total néophyte, qui ne parcourt jamais Guinée ou l’A&V museum, le dépaysement doit être certain… Nombre d’oeuvres y figurent pourtant au catalogue, comme les 36 vues du Mont Fuji (là encore partiellement présentées), dont la fameuse Vague, ici présente en exemplaire unique (j’en ai déjà vu bien plus… Ne serait-ce qu’au British Museum, dernier étage dans le coin).

Dire que certains kakemono, rouleaux dans des états de conservation parfaits, sont issus de collections privées ! Moi aussi, je veux un dragon dans mon salon, pardi. Quel plaisir de voir rassemblés autant de petits livrets de la série Manga ! Voilà un héritage historique décisif. Une très bonne exposition, attirant un monde fou, avec un ensemble d'oeuvres très complet et plus rare d'Hokusai (mais toujours une absence de « la femme du pêcheur »).

vendredi 4 juillet 2014

Takenoko

La princesse Kaguya, ou Kaguya-hime, que l'on a vu ré-interprétée à l'européenne sur musique japonais par Jiri Kylian dans un ballet homonyme (vu trois fois en 2010), est un personnage de la mythologie nipponne qui apparaît particulièrement important. Avec le manga "Le Conte de la princesse Kaguya" de Isao Takahata (co-fondateur de Ghibli prenant aussi sa retraite), on apprend qu'il s'agit en fait du conte du coupeur de bambou (mais parfois aussi "Conte de la princesse Kaguya") du Xème siècle (le plus ancien écrit japonais !). Et si l'on retrouve des motifs communs à l'humanité, le côté résolument animiste est typiquement nippon. Kaguya naît dans une pousse de bambou, envoyée de la Lune, et y retournera avec les siens malgré elle et ses attaches terrestres — impensable en pays chrétien.

Avec 2h17 de dessins extraordinaires, d'une technique au fusain faussement simple qui a coûté une fortune (10 millions de dollars, ai-je entendu, un record), le scénario a été étoffé par rapport au conte original. Kaguya est en effet rendu princesse malgré elle, car sa (deuxième) prime origine campagnarde est celle qui l'a rendu la plus heureuse. Le déchirement est ainsi un thème récurrent, avec celui du destin et de la peur de faire fausse route (avis divergents du coupeur de bambou et de sa femme). Kaguya, surnommé "Takenoko" par ses amis enfants ("pousse de bambou", en raison de sa croissance accélérée), ne prend son nom définitif que très tardivement : cette divergence avec l'original illustre le conflit de personnalité mis au centre de l'œuvre. Une fois qu'elle découvre qui elle est (résolvant le mystère de la chanson innée qu'elle ressasse), il est trop tard — l'ignorance aurait-elle été salvatrice ? Son refus des hommes qui se présentent trahirait-il, outre son désir d'indépendance et son amour de la liberté, son refus du destin ou quelque conscience de son passage éphémère ? La structure narrative est bien différente — jamais en occident n'aurait-on éconduit un prince (qui bien souvent "collecte" sa princesse héroïne pour la sauver). Le conte (moral ?) a ici une issue radicalement différente (et d'interprétation du monde dans sa version pleinement japonaise, dont le manga a escamoté la fin pour raison dramaturgique certainement — le nom du Mont Fuji et sa nature de volcan).

Passionnant visuellement et sur le fond.

jeudi 5 juin 2014

troubles du voisinage

L'île de Giovanni de Mizuho Nishikubo (61 ans, trois animés au cinéma après une carrière la télé, mais aussi aux côtés de Mamoru Oshii, notamment pour Ghost in the shell) est une oeuvre souvent rapprochée du poignant Tombeau des Lucioles, en ce qu'elle raconte aussi l'après seconde guerre mondiale du point de vue japonais, pays défait et déshonoré pour la première fois de son histoire, et comment, avec un potentiel dramatique tout aussi intense. Mais le manga léché (par Nobutaka Ito, Samourai Champloo)prend une direction tout autre, celle de l'espoir. L'espoir que les peuples russes et japonais, après l'adversité, malgré la mort, avec le temps, finissent par s'entendre.

Shikotan fait partie des quatre Îles Kouriles (avec Etorofu, Kunashiri, Habomai) qui sont le plus proche du Japon (île d'Hokkaidô) et qui suite à un flou de traités post-seconde guerre mondiale, ont été rattachés plus ou moins abusivement par la Russie : L'île de Giovanni (c'est-à-dire du jeune héros Jumpei, d'après l'un des romans qui, entre autres, inspire l'animé, Train de nuit dans la voie lactée, inachevé, de Kenji Miyazawa, dont il est mention tout le long du film) conte cette annexion, un peu étrange, où le peuple Anouï devenu japonais au fil des trois siècles précédents, s'est tout à coup fait envahir par une garnison russe, avec leurs familles, qui ont commencé peu à peu à les exproprier, puis à les déporter, avant d'autoriser leur retour au Japon (sauf pour une partie qui a été assignée en Russie), sur Hokkaidô, où ils vivent toujours. Que d'histoires pour quelques cailloux stratégiques, et une poignée d'habitants (environ 1500) spoilés de leurs terres, baladés dans l'absurdité de raisonnements stratégiques et de quête de pouvoir (ces îles permettent l'accès aux russes au Pacifique, et permettent de maintenir une pression militaire sur le Japon, paradoxalement devenu ami des USA dans l'adversité anti-soviétique...).

La petite histoire rejoint la grande dont il n'est fait aucune mention, tellement tout cela dépasse totalement les pauvres habitants ballotés (depuis des siècles, mais pas forcément sans s'en apercevoir autant qu'une déportation...), au gré de considérations étatiques occidentales n'ayant aucun sens pour des pêcheurs qui ne demandait rien à personne, si ce n'est de vivre simplement sur des îles peu accueillantes qu'ils considèrent comme "le meilleur endroit du monde" (étymologie Anouï de "Chikotan"). Mizuho Nishikubo, à travers le personnage de la jeune blonde Tanya, de l'innocence bafouée de ses personnages enfants, qui découvrent un nouveau monde et l'amour, appelle au dialogue des cultures. L'animé est doublé à la fois en japonais et en russe. L'image forte restera, après l'affrontement de chorales dans les deux parties de l'école divisée, les chants repris par l'une et l'autre population enfantine, avant que la décision de la séparation définitive ne soit prise par une instance de pouvoir invisible, à laquelle il faut obéir, et qui cassera tout. Des dizaines d'années plus tard, le retour est toujours difficile, et si l'espoir est mince, le propos est d'y croire encore.

Bel animé, sans concession, fort émotionnellement, pertinent, humain, plein d'espoir malgré tout.

mercredi 2 avril 2014

really?

"Real" promettait. On ne savait pas trop quoi, mais ça promettait. Et puis un film japonais, ça promet toujours, surtout quand le réalisateur est un Kurusawa (Kiyoshi Kurosawa, l'autre il est mort). Adaptation d'un roman de Rokurô Inui, A Perfect Day for Plesiosaur : méfiez-vous des plésiosaures... Ça commençait fort bien, dans cette veine de l'exploration de la psychée d'autrui (intrusion dans l'esprit d'une comateuse), qui recoupe quelques thèmes philosophiques occidentaux (cf les films tels que Existenz, Matrix, Inception...) mais aussi nippons, avec la place prépondérante des yume (rêves). En même temps, avec mon oeil aiguisé, j'ai détecté le premier twist assez longtemps en avance...

Il y a un moment où l'on se demande où l'on va aller. Le problème avec les rêves, c'est que le délire n'est jamais trop loin, ça peut partir dans tous les sens. "Real" a le problème des mangas qui laissent un goût de non-fini. On a trop voulu en faire, et du coup, on n'en a pas fait assez. Pis encore, lorsque le public rit de certaines scènes flirtant avec l'absurde, et que ce n'était point le but recherché, on peut dire que c'est contre-productif. Restent, pour compenser, des acteurs formidablement beau. La souris a bavé sur Takeru Sato, que je lui laisserais volontiers contre la pop-star Haruka Ayase, de ces filles à la beauté infini qui n'ont jamais froid. On touche d'ailleurs là à la plus grosse incohérence du film : même dans le coma, si tu pénètre mon esprit aussi bien gaulée (ou inversement), crois-moi qu'on ne va pas jouer au scrabble...

dimanche 16 février 2014

retour des nippons battants

J'avais vu Kodo en 2009 (déjà !) et en avait gardé un fort bon souvenir. Il n'y avait pas beaucoup de dates possibles cette année, et j'ai bien failli la manquer : ce n'est que le matin même que j'ai pris décision de remplir ce trou de mon agenda, mardi dernier, et une heure avant que j'ai pu avoir la certitude d'y assister. Comme au bon vieux temps de l'arrache.

Il y a des petits tambours, des gros tambours, et de plutôt jeunes japonais tambourineurs pendant deux heures. Chorégraphié, le boom-boom mérite aussi quelques originalités supplémentaires, mais toutes en tradition s'il vous plaît. Comptons : deux femmes parmi les treize musiciens, de la flûte (voire même : de la flûte sans tambour !), du chant, et une apparition de quatre de ces messieurs (par groupe de deux, pour s'attaquer à une maxi-tambour géant, à membrane plastique transparente) en string-couche culotte traditionnel.

Fort bon spectacle, vu depuis le 1er balcon (2e étage donc), où ma casquette posée sur mes jambes vibrait fort bien.

vendredi 31 janvier 2014

maître du kaze

"Le vent se lève" est le dernier Miyazaki. Le der de der, normalement (on nous l'avait pas déjà fait celle-là ?) (En même temps, vu son âge...). Le vent se lève en français dans le texte, s'il vous plaît : la fin de la citation de Valery est "il faut tenter de vivre" (évidemment, le nippon égratigne pas mal le français, autant que l'anglais — "naïssou catchi !" —, moins que l'allemand). Une fois n'est pas coutume, l'œuvre est bibliographique ; et ce n'est plus l'homme-cochon Porco Rosso qui vole (au secours) mais Jiro Horikoshi (1903-1982) qui conçoit des avions. Le jeune Jiro ne peut pas voler, il est myope ; il met donc ses efforts dans l'ingénierie, et comme il est appliqué, combattant et très doué, il arrive à ses fins rapidement, pour intégrer les ateliers de conception Mitsubishi. À l'époque, au Japon, on tracte les avions d'essai à l'aide de bœufs. On va s'inspirer en Allemagne — que l'on n'aime pas beaucoup. On emmerde déjà les voisins chinois et on veut conquérir le monde (tout en durcissant le régime interne), aussi, mais cela le jeune Jiro, même à 35 ans, il ne veut pas trop le voir : ce qui l'intéresse, c'est rattraper le retard technologique et réaliser ses rêves.

Et dans ses rêves, justement, son mentor fantasmé l'ingénieur en aéronautique Caproni lui dit tout cela : la réalisation est ambiguë, la création peut être destructrice, le monde n'est pas manichéen, le danger est là. Jiro est un homme bon ; il épouse Naoki, son amour d'enfance sauvée du tremblement de terre de Tokyo, qu'il a retrouvé par la force du destin, ce même destin qui l'en sépare prématurément, comme la force insurmontable de la condamnation par avance. Comme ce Japon qui se lance à corps perdu dans on ne sait quoi, mais qui court sans doute à son explosion. Jiro réalisera enfin son rêve, ce sera le fameux chasseur Mitsubishi A6M Zero, celui dont à la fin du manga, pudiquement, en voyant les pilotes s'envoler au loin, on l'entend dire qu'ils ne reviendront pas. Celui des dieux du vent, les kami-kaze.

"Kaze tachinu" s'attaque à un tabou nippon de manière finalement bien mélancolique, et sans totalement mettre les mots dessus, invite à une réflexion, de celles où les rêves ne sont peut-être pas si bons, après tout. Une œuvre d'une totale maturité, artistique et intellectuelle.

lundi 6 janvier 2014

variation sur un thème albatorien

"Space Pirate Captain Harlock" (宇宙海賊キャプテンハーロック) signe le retour très tardif et surprenant de celui connu sous le nom de Capitaine Albator en France. C'est un paléo-manga, faut-il se bien se rendre compte : le public devrait avoir entre 35 et 50 ans ! Et pourtant, dans la salle, c'était plutôt jeune : comment expliquer cela ? Toujours est-il qu'Albator a vu son histoire plusieurs fois modifiée à un point qu'elle est devenue depuis longtemps incohérente : la voilà une fois encore totalement remaniée pour coller "au monde actuel". Certes. Cela implique-t-il pourtant de sacrifier la musique sublime de Shunsuke Kikuchi et Seiji Yokoyama pour une espèce de resucée zimmermanienne ? Ce n'est pas le même usage des cuivres...

Si tout le monde s'accorde sur la beauté des graphismes 3D en motion capture — quoique l'on peut se demander pourquoi l'on hypersexualise encore les personnages féminins, Mimmé et Kié n'ayant point besoin de cela pour paraître baisables —, j'ai lu quelques complaintes critiques sur le scénario. Je pense que contrairement à moi, ces plaintifs n'ont pas revu les deux séries animées originales 78 et 84 l'an passé (et leurs doublages suspects...) : la plupart des épisodes ont un scénario d'une minceur impressionnante... (Cela reste moins pire que Goldorak, dont je n'ai pas supporté de revoir plus de quelques épisodes, tellement c'était bête) Le mérite d'Albator réside certainement ailleurs : en fait, c'est poétique.

Pour s'en convaincre, je vous invite à revoir cette scène contre les Sylvrides/Mazones de l'épisode 9, avec Mukashi Mukashi en musique (qui n'est joué qu'à ce moment-là, me semble-t-il). C'est sublime, avec trois bouts de ficelle. Certes Shinji Aramaki a repris bien des thématiques d'Harlock, le jeune "fils adoptif", l'ennemi (héritier Zon), ainsi que les personnages principaux et le vaisseau Arcadia (modifiant l'histoire de Tôshiro pour que les nouveaux venus comprennent pourquoi le capitaine parle à l'ordinateur de bord comme de son ami). Mais il lui manque quelque chose de primordial de Leiji Matsumoto, peut-être le vécu au sortir de la guerre qui avait laissé le Japon exsangue et le ventre creux. Il lui manque une mélancolie chantante. Albator est noirci comme on noircit ces temps-ci tous les anciens héros en voulant leur acheter une psychologie enrichie. Mais cela échoue. Il y a quelque chose d'esthétique qui ne colle pas.

Et lors de la dernière scène, alors que le jeune Yama incarne le renouveau d'Albator jusque dans son apparence (poussant plus loin la filiation que les épisodes précédents, mais comme le capitaine ne s'est pas reproduit avec Esméralda et qu'on ne sait pas trop ce qu'il fabrique avec Miimé...), et qu'il pousse le légendaire "Arcadia, ashin!", on espère le vrai générique, mais non. Et malgré tous les mérites de ce long épisode, on est un peu déçu : si l'on prétend à l'universalité des thèmes inter-générationnel (et Harlock en a déjà traversé une ou deux entièrement, mine de rien), ne fallait-il pas aller jusqu'au bout ? On s'est arrêté en chemin...

lundi 28 octobre 2013

Sonezaki Shinju

Je n'avais jamais assisté à du théâtre de marionnettes japonais. Mais les marionnettes, au Japon, je sais que c'est quelque chose. Au-delà du folklore et de la récupération par les ninjas de mangas, c'est même la raison principale de l'avance technologique du pays sur la robotique — tandis qu'en occident, on ne doit pas donner âme à la machine non humaine, à l'opposé. La marionnette nipponne n'est pas la même que la marionnette de chez nous. Et cela commence par la façon même de l'actionner : dans le théâtre japonais, c'est manuellement et à plusieurs, dans le fameux costume noir intégral, à capuche pointue. Certes la méthode est a priori un peu grossière, mais en réalité, cela permet des actions très fines et des mouvements expressifs étendus. Il n'est pas sûr que le théâtre de la ville, même en étant peu grand, ait été idéal, sachant que chaque figurine dépasse difficilement les cinquante centimètres de haut, et qu'en tout cas les têtes en font une quinzaine. Mieux vaut prévoir des jumelles ; coup de bol, la place était au quatrième rang, soit le deuxième quand on est de côté. Parfait.

Le théâtre de marionnette, c'est aussi une narration chantée. Sur le côté, les chanteurs-parleurs racontent l'histoire de ce couple désespérément amoureux, lui endetté et volé par son ami, elle prostituée, qui vont se suicider par impossibilité de vivre ensemble sur Terre. Là encore, impossible à imaginer ailleurs qu'en Orient — et il paraît que cette histoire a inspiré un peu trop de monde... Mais au Japon comme ailleurs, se tuer prend un temps fou. Sur une trame de Roméo et Juliette aux yeux bridés, il en faut pas se tromper sur le fond de l'affaire. On se tue par honneur et amour, à l'arme blanche, consciemment, parce que la situation est inextricable.

L'affaire dure aussi facilement trois heures. Il faut changer de trinômes de chanteur et musiciens régulièrement. Il faut beaucoup de monde, comme on s'en rend bien compte aux saluts. "Sonezaki Shinjû Tsuketari Kannon meguri" de Chikamatsu Monzaemon est aussi revisité par Hiroshi Sugimoto avec un peu de modernité, juste ce qu'il faut, en rares vidéos projetées. Le bunraku le plus classique évolue ainsi juste ce qu'il faut, pour un plus grand plaisir. Tout le Japon était là, sublime.

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