humani nil a me alienum puto

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lundi 12 février 2018

roue du sort

Woodie Allen réalise encore. Apparemment ce n’est pas l’âge qui l’atteindra mais le néo-maccarthysme en vogue. En attendant, on a « Wonder Wheel », avec Kate Winslet principalement (Ginny, comédienne ratée, mère larguée, alcolo sur le retour, bataille dur), entre James Belushi (Humpty, tout aussi alcolo, soupe au lait, mais bon bougre dans le fond) et Justin Timberlake (whaaaaat ?), notre Mickey-narrateur. Comme on aime bien faire des doubles triangles qui partagent la même base, on rajoute Juno Temple, ravissante Carolina qui a déjà perdu la tête par le passé en s’acoquinant avec un mafieux, alors maintenant ça va mieux. Attention, risque de tourner en rond, la roue de la fortune sert autant l’amour que la mort — et du gamin pyromane sur plage —. Au pays des merveilles en toc de Conny Island, on ne rit pas tous les jours, avec ces personnages enfermés dans eux-mêmes, sans échappatoires réels. Du Allen mélancolique et dépressif, dans une lignée déjà bien exploitée, mais qui continue étonnamment de fonctionner.

lundi 5 février 2018

démocratie de papier

Steven Spielberg réalise encore des films. Voilà le fort bon Pentagon papers, qui retrace l’histoire (avec grand H) d’un lanceur d’alerte sur le Vietnam, ayant sorti des documents confidentiels qui vont changer le cours de la guerre en réveillant enfin la population (quand on pense à la guerre en Irak pour des armes fantômes, on se dit quand même que le peuple américain, dans son optimisme niais usuel, est quand même très facile à embobiner…). Mais il le fait à travers le travail journalistique. Et plus original encore : celui des seconds. Les premiers sur le coup, c’est le NY Times, toujours naturellement véhément. Le Washington Post est en revanche un papier local de rombière (Meryl Streep), qui hésite entre le très classique léchage de botte et une ligne plus agressive — celle de Tom Hanks, qui en a eu marre d’être le larbin des politiques. Il y a le moment clé. Le choix décisif. La charnière, qui a fait du Post le Post. Et du journalisme un véritable quatrième pouvoir. Il existe toujours un peu, ce journalisme, noyé dans la médiocrité journaleuse bas-de-gamme. Peut-être qu’on mesure moins les enjeux et les risques encourus, quarante ans plus tard, même si on comprend que Nixon était un con fini dangereux (tiens donc… Rebelote ?). Spielberg rajoute une épaisse couche de féminisme (pas si facile d’être héritière). Mais le tout tient bien la route. Du cinéma d’investigation.

mardi 23 janvier 2018

jours obscurs

Pour Les heures sombres (Darkest Hour), là encore, on ne sait pas trop ce que ça va donner, alors on y va sans trop d’a priori ni d’exigences. Comme dans la Promesse de l’aube, ça cause biopic en pleine seconde guerre mondiale : l’avènement contre-nature de Wilson Churchill, un vieux monsieur taciturne et bougon de la haute, qu’à peu près tout le monde craint, et pour lequel il y a donc une sorte de consensus de respect à reculons de tous bords — puisqu’on lui reproche à peu près tout ce qu’il est et représente, et il a quelques casseroles gênantes. À peine nommé par défaut, on veut sa tête dans son camp, chez les tièdes emmenés par Chamberlain, dont la position branlante qui l’a fait écarter du pouvoir semble être un art de vie. Churchill bouillonne. On dit de lui qu’il est forcément l’homme de la situation car il fait trembler Hitler — le Roi d’Angleterre aussi, en fait.

Gary Oldman est encore plus méconnaissable que dans Dracula. J’ai mis un certain temps à reconnaître Kristin Scott Thomas dans le rôle de sa femme, mais lui, il a fallu que j’attende le générique ! Incroyable interprétation avec la posture, les tics, la langue colérique, hachée, grommelante, tout. Le film de Joe Wright (qui fait des choses très sympas que la critique n’aime pas) est à la fois politique (plongée dans les stratégies à trois bandes alors que la maison brûle), humain (les moments de doute, de compassion), et évidemment historique, concentré sur une période courte — entre la destitution de Chamberlain et le succès de l’opération Dynamo (quelques mois après Dunkerk, ironie des coïncidences) — qui marque l’avènement au pouvoir d’un chef de guerre contre-nature, selon une chronologie précise et ciselée. On pourrait même dire : la (re)naissance d’un (grand) homme à la fin de sa vie.

Passionnant.

aube promise, aube due

On va voir La Promesse de l’aube en connaissant deux données très approximatives : il y a Pierre Niney et c’est du Gary. Alors quand on voit que Charlotte Gainsbourg est le fil conducteur du film — tandis que Niney est le narrateur absent de la première partie de ses mémoires —, et qu’en fait c’est la biographie de Romain Gary lui-même — qui ne s’appelait donc pas du tout comme ça —, c’est une agréable surprise. Quoiqu’on puisse craindre au début que ce sera un peu ampoulé, mais finalement l’humour caustique, très décalé, l’emporte. Un film profondément humain, touchant, drôle, révoltant aussi, de celui qui grâce à son archétype de mère juive va effectivement devenir un grand écrivain ambassadeur de la France. Fort bon biopic d’Eric Barbier.

vendredi 12 janvier 2018

vers l’hikari

« Vers la lumière » (Hikari) est le dernier film de Naomi Kawase, dont on avait récemment beaucoup apprécié les Délices de Tokyo. Et puis la bande-annonce présageait de quelque chose de beau. La toile de fond est originale : l’audio-description, et plus précisément le processus de mise au point autour d’un film qui se met lui-même en abyme de celui que l’on voit. Le personnage principal, par la très jeune, jolie et polie Ayame Misaki (qui a manifestement commencé sa carrière encore plus jeune par des photos très dénudées, ce qui la rend encore plus formidable), aime les descriptions du monde qui l’entoure. Elle s’approprie ainsi le temps et l’appréhension du réel, d’une manière généralement très positive. Elle entre ainsi en conflit avec le taciturne Masatoshi Nagase, qui finit de perdre la vue après avoir été photographe ; ils ne trouvent pas la même perception des choses (la cécité n’étant finalement qu’une explication partielle ?).

Naomi Kawase emboîte les réflexions, très allégoriques, sur la disparition des choses, sur les philosophies de vie, sur ce qui unit aussi. Car c’est une romance, qui se noue, entre ces êtres qui vont peu à peu se comprendre, et arriver à un sensible compromis, qui va leur permettre tout deux de grandir, de surpasser leurs états. Un film très sensible, donc, mélancolique (sur la musique d’Ibrahim Maalouf au piano très nymanien) malgré son propos finalement optimiste. Certains critiques reprochent à l’oeuvre d’être trop intellectualisante et en dessous des précédentes réalisations de Naomi Kawase : c’est fort étrange ! Évidemment que le trait est forcé, mais que diable, pourquoi bouder quand c’est simplement beau, émouvant et intelligent ?

Maria et Callas

« Maria by Callas », c’est Fanny Ardant pour lire quelques lettres, Tom Volf pour tout faire, et des documents (dont quelques témoignages) exclusivement centrés sur Maria Callas. La diva Callas (malgré elle, promis) qui raconte Maria, la femme — à la vie qu’on sent un poil compliquée, quand même, et en tout cas éternellement frustrée. Garantie 100% INFJ ? Perfectionniste dans son travail et très bosseuse, aimant fort peu les approximations (y compris chez les autres, qui devraient savoir à quoi s’en tenir), elle suit d’abord les instructions maternelles, elle fait un mariage qui se révèle assez peu heureux, puis se trouve un ami-amant-goujat milliardaire, Onassis, qui la laisse tomber au bout de dix ans avant de la reconquérir — mais elle sait alors que le Prince charmant n’existera jamais.

Elle, elle aurait voulu être mère de famille au foyer, grosso modo. Étrange fantasme sur ce qu’elle n’a jamais été, au fond. On sent la psychologie peu stable, jamais satisfaite, à la fois attachante mais qu’on devine pas forcément facile à vivre — cependant pas une diva égocentrique mégalomane comme les imbuvables (on a quelques noms, dans le milieu) : elle est trop introvertie pour ça. On sent le conflit entre la personne publique (Callas) et la vraie Maria qui se cache, qui s’échappe. Le monde public est particulièrement ingrat avec elle (les journalistes créent une image impropre, et le monde musical est parfois bien trop ingrat), alors que les fans lui vouent un culte quasi-sourd. Et pourtant, c’est une légende. Personnellement, je n’ai pas tout de suite apprécié sa tessiture. Mais les extraits fabuleux passés tout le long des presque deux heures de documentaire (liste impressionnante au générique) confirment que je suis à présent tout à fait conquis.

Un documentaire bien troussé, respectueux (trop ? On ne parle pas trop de sa voix perdue, sur la fin…), un hommage pour les 40 ans de la mort (probablement médicamentée, mais on s’en tiendra à « crise cardiaque », après tout c’est même mystérieux post-mortem) de ce qui incarne la référence des artistes-interprètes, certainement parce qu’elle avait cette capacité innée de générer des passions, si ce n’est des mythes.

renflouer Molly

« Le grand jeu » est un biopic en abyme d’Aaron Sorkin, qui nous avait déjà écrit d’excellents Steve Jobs, Le Stratège et Social network. Ça partait d’autant bien que Jessica Chastain est en tête d’affiche — avec Idris Elba et Kevin Costner (oui !). Mais forcément, quand on dégaine une telle rousse alors que l’originale Molly Bloom est une brune-cagole-artificielle, ça sent l’hagiographie. Whatever. L’histoire à l’écran semble suivre la vraie, à quelque ordre près peut-être. On garde pudiquement le voile sur le trou-du-cul hollywoodien « joueur X » (apparemment Tobey Maguire, IRL), et le film s’épanche d’ailleurs sur la rigueur morale de Molly qui ne trahira jamais son ancienne clientèle, coûte que coûte. Car aux « Molly’s game » (titre VO), on flambe au poker entre gens du beau monde. En toute clandestinité légale — up to a certain point. Aventures et mésaventures de Molly qui au bord du volcan finit par se brûler — et ruinée, écrit un bouquin qui ne rapporte pas assez, mais fini sur la toile : renflouons Molly !

C’est jubilatoire comme du Sorkin, même si ça appuie trop pour être tout à fait subtil. Le personnage principal est assez captivant, elle interroge les limites bien-mal à l’insu de son plein gré. Un véritable entrepreneur, en somme. Sorkin est aussi assez malin pour imbriquer les niveaux de narration (et éviter que la voix off personnalisée de l’héroïne ne soit trop pesante), là où une chronologie trop linéaire aurait probablement suscité l’ennui sur les 2h20 que ça dure. Première réalisation non exempte de maladresses ampoulées, c’est un bon film de spectacle vivant, finalement.

dimanche 31 décembre 2017

projet Malthus

« The Florida project » est un film-projet de Sean Baker (46 ans, plutôt inconnu au bataillon) sur la contraception. Pourtant, à voir la gentille bouille de Brooklynn Prince, on penserait que tout va bien se passer. C’est mésestimer sa lignée : Bria Vinaite, actrice sortie d’on ne sait où mais qui n’a pas l’air de trop forcer pour incarner une fille grunge à la ramasse totale, et donc mère célibataire. Ensemble, elles habitent un motel semi-glauque à l’américaine dans la ceinture d’astéroïdes de Disneyland, managé tant bien que mal par un Willem Dafoe (toujours sur les bons coups expérimentaux, et probablement à l’origine de la diffusion de ce film pas forcément bien fignolé dans l’ensemble) qui en voit de toutes les couleurs. On découvre aussi une petite Valeria Cotto très rousse qu’on espère revoir plus tard, mais ce genre de film reste souvent une première et dernière — mais parfois, on ne sait jamais… Bref, c’est « pas mal », comme on dit, mais le générique à filmer le mur violet annonçait une fin toute aussi WTF où l’on a senti le manque de budget (tourné en caméra amateur, je ne pense pas que le réalisateur avait pu demander l’autorisation à Disney de filmer…). Curiosité, certainement oubliable, se laisse quand même bien regarder. On est en faveur de l’euthanasie et de l’avortement y compris post-naissance, à la fin.

SW8.2

Deuxième Star Wars 8, The Last Jedi. Cette fois en France, au MK2. Plus grand écran, moins confortable, binôme à ne pas enrhumer. Pourquoi diable cette traduction française en « dernierS JediS » ? À la revoyure, ça passe très bien (même les Porgs ! Alors que Jar Jar Binks fout toujours la honte, lui), et pourtant, nombre de critiques acerbes et fort négatives se sont accumulées, au point qu’on en arrive à 2,9/5 sur Allociné. Alors que l’épisode 2 repassait sur TF1 la veille, la comparaison avec le 8 est pourtant très en faveur de ce dernier, et pas seulement parce que les effets spéciaux ont très bien évolué (sauf cette scène où Snoke tend le bras de manière si peu naturelle, je ne comprends pas comment ça a pu passer…).

 Il y a toujours ce problème de la relecture : quand on se relit, on prévoit ce que l’on a voulu dire, et on voit très mal ses erreurs. Il en va certainement des films. On voit mieux les petites erreurs, mais reprendre la trame de fond est plus complexe. Il y a aussi ce que se repasse très bien, et ce qui ennuie quand on redécouvre ; et inversement, ce qui passe pas très bien au premier coup, mais embellit avec l'âge. Prenant tout cela en compte, je subodore que la déification des précédents Star Wars mène à un phénomène d’attente complètement irrationnel de la part d’une population en réalité devenue fort jeune (impressionnant de constater que nous étions les plus anciens de la salle, à croire que le 4 ne sortait pas il y a 40 ans et que le dernier épisode de la première trilogie datait de notre naissance !), fort inexpérimentée et gavée aux scénarios prémachés qui marchent à tous les coups, et que même si un travail complexe aurait pu rendre ce 8ème épisode « acceptable » au premier regard (c’est sous-estimer le nombre de remix de films devenus cultes — prenons Blade Runner, par exemple…), il s’agit très probablement d’un film qui vieillira très bien.

Et ce déjà parce qu’il refuse de servir la soupe. Mark Hamill a fait part de son désarroi sur l'évolution de son personnage (pourtant très similaire à celle d'Obi Wan Kenobi). Tout comme les « fans » qui ont reproché tout et son total contraire, notamment que leurs théories prospectivistes (d’où vient Rey, d’où vient Snoke, que va faire Luke, etc.) sont non vérifiées (d’où frustration par l’inattendu), tout en reprochant un manque d’originalité, sur un exercice convenu ! Il faut savoir… La réalité est que sur une trame très identique (jusqu'à Kylo Ren qui reprend l'idée d'un Anakin/Darth Vader du 3e épsiode que comme rien ne va plus, il faut faire un tabula rasa et ramener l'ordre par la force), le « shift » est assez fort pour faire balancer et sortir du ronronnement. C’est un geste aveugle créateur, et pour une saga à son 8ème opus, c’est franchement nécessaire pour ne pas s’embourber (il y a des Star Treks hautement anecdotiques pour illustrer ce propos). C’est donc bien couillu. À mon avis, c’est un grand cru. Le temps décidera.

En tout cas, je le reverrais bien encore. Ne serait-ce que pour cette scène incroyable à la Matrix de Luke qui débarque en mode messie, qui aurait pu être ridicule, mais qui est trop bien filmée pour cela.

mardi 26 décembre 2017

banlieue corrompue

George Clooney s'allie aux frères Coen — dont il fait depuis longtemps partie de la bande — pour ce "Suburbicon" qui divise quelque peu la critique, et aussi la mienne. C'est que ça manque clairement de rythme, même si voir Matt Damon en connard fini, au milieu des petits blancs des années 1950 qui se targuent d'une hauteur morale qui craquèle devant le racisme, et alors qu'à leur porte sévit le crime ignoble d'une famille qu'on découvre corrompue jusqu'à la moelle. Bref, c'est une allégorie américaine sur la décrépitude morale, une bonne grosse charge avec de l'absurde mais pas tellement d'humour, plutôt bien mené mais à qui il manque quelque chose pour emporter. En deux-tiers de teinte.

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