humani nil a me alienum puto

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lundi 15 octobre 2018

itadakimasu

« La saveur des ramen » (Ramen Teh — du nom du plat-fusion inventé dans le film) n’a pas forcément la trame scénaristique la plus originale qui soit. On peut même dire que c’est du réchauffé. Masato

(Takumi Saitoh), nouvellement orphelin, part à la rencontre de la moitié de ses origines à Singapour, sur les traces de sa mère et des histoires de familles enterrées. Après tout, Eric Khoo a comme co-producteurs des Japonais, Singapouriens et Français. Les blessures du passé ont pour origine, évidemment, les déboires anciens des Japonais dans la région.

Mais le réalisateur sait très bien filmer deux choses : la cuisine, d’abord, puisque c’est un film culinaire (à bons sentiments). Et dans la face B de Singapour, loin des grandes tours et des grands jardins, on se régale ! Ensuite, il sait fort bien filmer les femmes appétissantes. Il y a la mère du héros (mode flashbacks), Jeanette Aw Ee-Ping, 39 ans, sublimissime au dernier degré ; et il y a Seiko Matsuda, 56 ans, qui en fait 20 de moins. Miam miam.

lundi 8 octobre 2018

expérience extraordinaire

Gaspar Noé donne avec Climax dans l’ascenseur émotionnel inversé : c’est d’abord euphorisant, et ça devient totalement flippant. Comme il aime le faire, c’est monté dans tous les sens : un morceau de ce qui sera la fin, un bout de générique, l’interview des danseurs recontextualisés au temps des cassettes vidéos et des téléviseurs cathodiques (1996), encore du générique, et la première partie dansante à fond les ballons, hyper dynamique, techno. Générique de fin. Et puis ça blablate entre danseurs, de plus en plus de sexe. La sangria aide… avant qu’on ne se rende compte qu’il y a un truc bizarre dedans, et que ça perde les pédales. Noé filme dans tous les sens, même à l’envers depuis le plafond, travellings de fou, pendant que les personnages pètent les plombs. « Vivre est une impossibilité collective » et « mourir est une expérience extraordinaire » seront les messages de cette partie (après, de mémoire approximative : « à ceux qui nous ont fait et qui ne sont plus » et « naître est une expérience unique », qui étaient au tout début du film).

Aucun générique de fin. Du pur Noé, tourné en 15 jours pour 95 minutes, et 2,60 millions d’€ qui seront peut-être remboursés dans 20 ans. Certains en disent donc que c’est son meilleur, d’autres que c’est de la rediff qui n’a plus aucun intérêt à force. Résumons : ça part dans tous les sens, on est remonté comme une pendule avant de s’enfoncer d’horreur dans son siège : que demande-t-on de plus, en fait ?

lundi 24 septembre 2018

mademoiselle Isaaz

La bande-annonce de « Mademoiselle de Joncquières » ne donnait pas forcément envie. Mais quand on aime Emmanuel Mouret, on lui laisse le bénéfice du doute. Et on a eu raison — Mouret aurait-il aussi peu l’art du teasing que Rohmer en son temps ? Le film se veut une adaptation de Diderot (plus ou moins large ?). On y trouve Cécile de France (Madame de La Pommeraye), qui enfin séduite par le libertin Marquis des Arcis (Edouard Baer), mais goûtant peu leur rupture que ce dernier pensait en toute amitié, et malgré encore une fois les réticences de son amie (Laure Calamy), met en place une machination vengeresse. Pour cela, elle va utiliser Madame de Joncquières (Natalia Dontcheva, à la très belle patine) et sa fille, la superbe jeune Mademoiselle de Joncquières (et voilà le titre !). Alice Isaaz a 27 ans, et elle est sublime. Pourtant, au civil, c’est le genre de fille très jolie qu’on remarque un peu ; mais avec un corset et un peu de fard, toute en introversion, elle est sensationnelle, du type à épouser sans tarder. Le marquis est de cet avis.

Un film sensible, intelligent et châtié. Du Mouret tout craché.

mardi 18 septembre 2018

traitement de cheval

Avec « Première année », on s’est demandé si Thomas Lilti ne faisait pas un prequel de son très bon Hippocrate. Première année de médecine — la fameuse, l’éprouvante, la terrible. On y retrouve en effet Vincent Lacoste, mais cette fois ci en duo avec le tout aussi bon William Lebghil. Ce n’est pourtant pas le cas, mais y retrouve des traces narratives. En revanche, avec 1h32, pour attirer le public — essentiellement jeune, on aurait dit la sortie des classes de Paris 7, au MK2 —, il a dû spoiler dans les grandes largeurs à coup de matraquage de bande-annonce. Et c’est ainsi que le cinéphile qui a vu plusieurs fois le très bon teaser, ne trouve plus grand chose à se mettre sous la dent : un peu éventé. Les grandes salles d’examen évoquent de la nostalgie chez les étudiant(e)s franciliens du public, on a de beaux moments Bourdieu, ça fonctionne très bien dans l’ensemble, mais il manque un petit quelque chose. C’est en tout cas entre le mélodrame (avec des dimensions de destinée/vocation et d’amitié) et la comédie, ce qui en soit est toujours une réussite appréciable. Et un fort bon moment à passer.

la fabrique des nurses

Avec « De chaque instant », Nicolas Philibert, produit par les films du Losange, fait un peu du Wiseman : je pose ma caméra et je ne dis rien, je rassemble beaucoup de matériel pendant une longue période puis je raccourcis le tout dans l’ordre chronologique. Le tout dans un milieu très particulier, et en s’attachant plus particulièrement à quelques personnages. Nous sommes donc dans une école d’infirmiers et d’infirmières (on respecte bien la parité !). On y apprend les gestes, la déonto, les bases de la médecine aussi. Il y a des jeunes mais aussi des personnes déjà aide-soignantes ou que l’on soupçonne en reconversion. C’est déjà fort intéressant de voir comment cela se construit, ces petites mains indispensables, ces besogneux à qui l’on confie les tâches les plus diverses, les plus importantes au quotidien du patient, et parfois aussi les plus éprouvantes.

Mais au-delà, ce qui frappe, c’est le bain d’humanisme. Voire d’humanité, avec une pointe d’idéalisme quelque part. Mais on se trouve au niveau du moule. Quand on immerge les pioupious dans des services, certains en ressortent transformés, subjugués ; d’autres sont traumatisés, lessivés plus par la mauvaise ambiance qu’ils ont pu subir que par le travail lui-même — et encore, la séquence de debrief d’un infirmier stagiaire dans un service cardiaque où il a partagé les derniers moments de quelques personnes est déjà assez éprouvant à entendre, alors on n’imagine pas quand on le vit. Ça pleure. Étrange paradoxe de ces personnes sensibles qui doivent se montrer encore plus fortes que tout un chacun.

Un reportage très sensible, avec des moments qui donnent le sourire — on remarque l’humour qui les unit dans l’adversité. C’est vivant.

Kurosawa et les 3 bouts de ficelles

Kurosawa, c’est le type à qui tu donnes un budget maigrichon, même pas du maquillage, et il te fait n’importe quel film à tendance fantastique-flippant. C’est presque du théâtre filmé, mais avec 3 ou 4 localisations de vrai décor. Il faut trouver de très bons interprètes, en revanche, parce qu’il n’y aura pas les effets spéciaux et la post-prod pour venir corriger ou réécrire le truc.

N’empêche que ça marche. Je ne sais pas si « Invasion » est lié aux films américains du même nom (original et remake), mais il semble reprendre la même idée : quelque chose qui ne tourne pas rond chez de plus en plus de personnes, trahissant une invasion prochaine d’extraterrestres. Ceux-ci mènent en fait une étude anthropologique préliminaire, à travers le langage et les concepts associés (ce qui est passionnant d’un point de vue philosophique, noterons-nous au passage !).

Well done.

mardi 11 septembre 2018

fenwick et manitou

L’affiche de « valse dans les allées » (In den Gängen) fait clairement référence à Toni Erdmann, dont on reconnaît l’actrice principale Sandra Hüller. Et c’est ainsi que le film pose cette épineuse question : peut-on remplacer le cupcake par le chariot élévateur ? Sacré challenge.

L’Allemagne, c’est quand même un autre monde — celui du komische. Comment classer cette romance dramatique à caractère social ? Ni vraiment dans l’un, ni vraiment dans l’autre. « Film de chariot » ? (Le chariots élévateurs de feu, ça aurait pu être un chouette titre, aussi) L’action (ou l’inaction, c’est selon) se déroule essentiellement dans un grand magasin d’entrepôt, type Metro (chaîne allemande, d’ailleurs). Notre héros bourru (rares lignes de texte, marmonnées dans un germain incompréhensible — déjà que l’accent de l’Est est à couper au couteau d’une manière générale), Franz Rogowski, apprend le métier du rangement des allées de victuailles sur palettes avec Peter Kurth (à pleine plus bavard), et s’amourache d’une mystérieuse fille pas simple — rayon confiserie, un vrai challenge entre classes sociales silotées.

Ça interloque. Pourquoi pas. On ne pourra pas reprocher un manque d’originalité. Avec 2h05, Thomas Stuber aurait peut-être pu faire un peu plus court. Un film à portraits (bien ancré en ex-Allemagne de l’Est, ce qui ne manque pas d’intérêt).

les serres en plastique brulées

« Burning » est adapté d’un bouquin de Murakami — « Les granges brûlées » —, et apparemment ça se sent, même si l’on est transposé en Corée (où le titre est : « Buh-Ning » — c’est suspect !) : lorsque l’élément perturbateur arrive tardivement, l’ambiance suspicieuse étant déjà plus ou moins installée, alors qu’il ne se passe pas grand chose, les hypothèses se multiplient jusqu’à générer un biais ambigu. Et la fin tranchante, pourtant du côté du plus probable, laisse dans un état de doute définitivement inconfortable, savamment noué durant 2h28 d’une réalisation qui se doit d’être impeccable pour ne pas susciter l’ennui. Le mérite revient donc autant au réalisateur Lee Chang-dong et à sa co-scénariste Oh Jung-mi, qu’au triangle d’acteurs : Yoo Ah-In, Jeon Jong-seo (très mignonne) et Steven Yeun (très beau). Un beau film assez inconfortable, quand on y repense.

mardi 4 septembre 2018

à consommer avant expiration

C’est la souris qui a repéré et insisté pour aller voir Chesil beach, et j’ai bien compris qu’elle avait dû lire le livre de Ian McEwan avant. Si l’écrivain signait aussi la fidèle adaptation cinématographique, à un changement de fin près, ni la réalisation de Dominic Cooke, ni les prestations de Saoirse Ronan et Billy Howle n’ont semble-t-il emporté l’’enthousiasme de la critique, et le film semble rapidement se diriger vers la sortie des salles — reproche étant fait au classicisme du réalisateur, plus qu’au talent indéniable des interprètes. Pourtant, avec une longue première partie sous forme d’une succession de flashbacks pendant que les deux héros endurent leur nuit de noce, suivie de deux épilogues très espacés dans le temps, ce mélo est une très bonne came pour coeurs d’artichaut. Autant dire qu’on approuve vigoureusement.

infiltration interposée

« BlacKkKlansman » (sous-titré « J’ai infiltré le Ku Klux Klan » en version française, pour qu’on y comprenne quelque chose à cet étrange titre-valise) est le dernier Spike Lee, réalisateur bien connu dont les nombreux films ne passent pourtant pas si souvent que cela la barre du succès critique et commercial. Il signe même là une sorte de mini-blockbuster, alliant enquête policière et comédie sur un sujet on ne peut plus sérieux et grave — le racisme endémique aux USA —, où l’on rit régulièrement jaune. Voir John David Washington (fils de Denzel) insulter la race noire au téléphone devant un Adam Driver médusé restera une scène d’anthologie. Le film fonctionne ainsi comme une sorte d’exutoire. Les pieds nickelés du racisme en prennent pour leur grade, tandis que les deux compères policiers infiltrés, l’un afro, l’autre d’origine juive, en rajoutent quatre couches pour faire plus vrai que vrai. De l’autre côté, les associations noires assez bornées reçoivent aussi un petit lot de critique larvée — la SJW en chef est cependant extrêmement mignonne : Laura Harrier, qu’on l’encense !

Spike Lee nous inflige tout de même un très explicite tract politique final. Passage abrupt du fait-réel-biographique (improbable) du début des années 1970 aux heurts contemporains et à de la politique américaine. Il en avait peut-être marre d’être trop subtil — mais son public savait déjà à quoi s’en tenir.

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