humani nil a me alienum puto

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dimanche 21 mai 2017

retour de l’être aimé

Un étrange film, à la construction « perceptive » (pour un reprendre un vocabulaire très MBTI), où récit et réalité se mélangent bon nombre de fois, l’un dans l’autre et chronologiquement. « Les fantômes d’Ismaël » d’Arnaud Desplechin, avec un Mathieu Amalric brouillon dans le rôle d’Ismaël, ce sont les tourments passés et présents d’un homme un peu trop sentimental pour supporter tout ce qui lui arrive. Marion Cotillard a disparu depuis vingt ans, et Charlotte Gainsbourg a pris sa place depuis deux : on y gagnerait au change si les spectres n’avaient cette désagréable tendance à la réapparition. C’est souvent trop théâtral (notamment chez Laszlo Szabo) pour être parfaitement crédible, et ça sent la biographie microcosmique, abordant peut-être trop de thèmes pour ne pas se perdre un peu (à escient ?), notamment une thématique fraternelle (Louis Garrel rasé, mode ours) entre diplomatie et espionnage qui ne trouve pas d’aboutissement, mais comme c’est intelligent on y trouve son compte, au fil d’un 15ème quatuor de Beethoven qui fait toujours son effet. Il paraît que la version longue est meilleure parce qu’on y est encore plus paumé — les personnages et les spectateurs. Pourquoi pas.

lundi 24 avril 2017

encore l’opéra

Voilà un documentaire diversement apprécié : les uns adorent, les autres détestent. C’est amusant à quel point on peut cliver selon les types psychologiques : les psychorigides, surtout portés sur l’herméneutique à outrance, seront fort déçus ; tandis que les sensibles au picorage de moments savoureux et saugrenus se régaleront. « L’Opéra » de Jean-Stéphane Bron (« L’expérience Blocher » et « les grandes ondes » !) commence avec briefing de communiqué de presse, à l’administration, à propos de « la meilleure compagnie de danse du monde » : « ça on ne dit plus ». Les scènes croquignolesques se suivent ainsi. Le taureau, casté puis shooté au Schönberg, notamment. Et on suit plus précisément un jeune chanteur russe prometteur qui est un excellent client, et que je regrette de ne point avoir vu encore puisque je ne suis plus à l’Arop.

Et puis il y a toute l’administration et le processus de création, qui rappelle un peu plus du Wiseman. Le management du paquebot entre les grèves, les choeurs qui décident que oui mais non ils en ont assez de répéter, et les allers-retours et jeux entre metteur en scène, chef, chanteurs (dont un qui annule à l’arrache parce que voilà-quoi-hein), le choeur, etc. Il y a cette réunion lunaire de la haute administration sur les tarifs, où le directeur Stéphane Lissner et Jean-Pierre Thiellay demandent à Jean-Yves Kaced de combien les tarifs ont augmenté — 90% en 10 ans —, avant que tout le monde ne s’accorde sur le fait que c’est du délire, que ça donne une mauvaise image, coupe la population du lieu (dans la salle de ciné, on approuve tous), mais encore une fois, on se dit que cette bureaucratie se laisse un peu vivre. Qui contrôle, à la fin ? Les évènements naturels comme la hausse annuelle des tarifs ?

Pourtant, l’épisode Millepied (de l’autre côté du téléphone, car il y a toujours un téléphone quand il y a du Millepied) montre un moment de management finalement assez bien géré — « Évidemment que j’ai déjà un remplaçant ! », lui dit Lissner au téléphone, coupant assez court aux atternoiements. À part cela, le documentaire se concentre plus sur le lyrique que sur la danse, pour une fois (et donc beaucoup plus Bastille que Garnier). Regard pétillant, humour, mais aussi émotion, finalement, avec une 7ème de Beethov un peu massacrée par des pioupious-de-banlieues (des minis, même), après un travail formidable de transmission et de dévouement. Un documentaire sans queue ni tête autour de l’opéra de Paris en tranches, juste pour le plaisir.

mardi 11 avril 2017

ghost in a Scarlett

Avec ses vues à la Blade Runner, on sent que Rupert Sanders n’a pas fait que repomper Mamoru Oshii pour ce remake filmé de « Ghost in the Shell », pourrait-on dire, ce remake synthétique des deux intrigues des volets de l’animé cinématograhique — les meilleurs, je trouve, n’ayant pas trop accroché à l’animé Stand Alone Complex qui souffrait des mêmes problèmes que cette adaptation, qui après tout revient aussi à l’oeuvre manga originale avec la séquence à caractère lesbo-érotique. On y ajoute un prequel introductif qui explicite un peu trop, travers hollywoodien. Même si ce sont des Chinois qui sont notamment à la prod (eh oui… D’où skylines et rues, et cimetière, à répétition de Hong Kong, et me semble-t-il aussi de Shanghai ?), le reste de Japonais étant incarné par Takeshi Kitano, en VO s’il vous plaît, pour un rôle qu’il sait parfaitement incarner.

Dans la salle, il n’y a pas que des fans de Scarlett Johansson, qui cumule sur son CV les rôles du genre — techno-futuriste, robot-alien, incarnation du désincarné, et évidemment souplesse de bataille. Si vous voulez embaucher un devops, c’est le bon plan : geekland est en virée en grappes au ciné. Il déguste, j’espère, la référence glissée à Avalon (devenu un quartier). Il est probablement déçu que la synthèse du puppet master et du dénouement de « GITS: Innocence » soit aussi coïncidenciel que ça — ça grossit la ficelle, alors que Ghost in the Shell ne devrait être que finesse philosophique. Les questionnements sur l’être ne trouvent résolution que dans un arc moral final (sur fond de Mama morta d’Andréa Chénier par Callas, décidément que de coïncidences !), bien loin de Descartes tant cité dans le second opus, et évacuant les longs moments contemplatifs du premier, tout en étant plus long au final — un peu comme le générique, qui escamote le fameux thème. Il faudrait quelqu’un avec un regard neuf pour tester.

L’exercice est toujours complexe, et avec toute la bonne volonté du monde, même en convoquant Juliette Binoche, même en moulant Scarlett qui quoique non physiquement très crédible en Motoko demeure appétissante même en mode invisible (très beaux effets spéciaux), évitant les écueils d’Avalon et Casshern qui en avaient fait des oeuvres très confidentielles (que j’ai en DVD depuis longtemps après avoir vu au ciné au moins le second), on est peut-être un poil déçu de tenir une certes bonne oeuvre, mais clairement pas un chef d’oeuvre, malgré le matériaux de départ.

lundi 27 mars 2017

quête éperdue

Percival Harrison Fawcett était prédestiné aux quêtes impossibles. Arpentant la terrible forêt amazonienne, où il y a plus de raisons de mourir subitement que d’en revenir entier, il tombe sur un début de mystère qui vire à l’obsession : retrouver une cité mystérieuse qui montrerait définitivement le relativisme de la civilisation occidentale (je crois qu’on a le même type psychologique en fait : je l’ai jugé trop vite extraverti, surtout au milieu du grand rien vert).

Charlie Hunnam interprète le rôle pour le compte d’un James Gray qui sait nous faire de la poésie visuelle. Il nous absorbe dans les aventures entre les Indiens dégénérés de Londres et ceux d’un abord complexes de l’Amazonie (le réalisateur s’en est tenu à la Colombie pour ses plans). On ne se rend même pas compte que Henry Costin est interprété par Robert Pattinson au milieu des piranhas. Plus qu'un film d'aventure (ce n'est pas Indiana Jones !), c'est une exploration psychologique en profondeur, autant que la jungle.

« The lost city of Z », adapté de la biographie (romancée ?) de David Grann, c’est l’histoire de quêtes qui dépassent la raison pour entrer dans la passion. La passion du mystère extérieur qui trouve un écho interne. Mais le seul mystère insondable, c’est comment quitter par autant de fois Sienna Miller (Nina Fawcett) ? On ne voit pas passer les 2h21 qui s’étalent sur vingt années de vie — et peut-être de mort, car le mystère est bien total.

humoristisch finois

« L’autre côté de l’espoir » d’Aki Kaurismäki mêle du contemporain et de l’ancien, comme le téléphone portable et filaire des années 80 alors que les migrants ont un portable, et ce parti pris n’est pas que la seule bizarrerie : en fait le Finlandais, c’est comme l’Allemand. D’ailleurs, y’a la même tapisserie, et la même bouffe atroce. Ça fait aussi une sort de conte moderne hors du temps, mais pourtant ancré dans le concret du conflit syrien exporté. Deux histoires parallèles se rejoignent tout aussi étrangement, lorsqu’un migrant sympathique qui attire pourtant les coups de poings et se fait toujours rejeté, rencontre un vieil entrepreneur qui a revendu son stock de chemise pour acheter un resto local. Un peu fagoté de travers, mais pourquoi pas. Cependant, à manier l’absurde, peut-on réellement avoir un discours moral : on ne sait plus très bien sur quel pied danser.

dimanche 19 février 2017

mélancolie de l’ordinaire

Manchester by the sea de Kenneth Lonergan a été étiqueté « très bon film qui fout le cafard ». Ça méritait d’aller vérifier avant qu’il ne disparaisse. Certes, ça commence par un mort : Kyle Chandler ne verra plus demain à la Une. Justement, on suit les Chandler, et donc le frère restant, incarné par le mutique Casey Affleck, dont on dit beaucoup plus de bien que son frère (qui semblerait réussir sa reconversion derrière la caméra, mais je manque de temps pour tout voir ces derniers temps), et qui n’a pas à trop à forcer sur son introversion. On sent en lui une violence dont on ne trouve l’explication dramatique que plus tard. Il y a de l’épaisseur psychologique et du refoulement particulièrement bien étudié dans tout ce drame du très ordinaire — montrer ce qui est caché par la pure suggestion, on imagine bien le talent qu’il faut. Lucas Hedges tient un rôle qui lui permettra sûrement de continuer une belle carrière.

Très belle bande originale à base de Haendel et de Bach, pour parfaire l’ambiance plombée.

lundi 13 février 2017

wanna be stooge

« Gimme danger » est le documentaire de Jim Jarmusch (encore lui !) sur les Stooges et plus particulièrement Iggy pop. On revient sur la formation du groupe, le grand n’importe, la drogue, les morts, le temps qui passe. On évite de trop trop passer « I wanna be your dog », parce qu’ils ont fait d’autres trucs, certes avec un champ lexical assez réduit, mais on comprend pourquoi, faut que ça percute, comme les coups de pieds au cul que se donnent les Three Stooges à qui ils piquent le nom. L’aventure d’un groupe de trubillons qui fout la panique, que personne ne sait gérer, qui vont s’autodétruire avant de grandir enfin (l’un d’entre eux va même devenir ingénieur à la Nasa…), mais qui vont inspirer plus ou moins tous les groupes de rock à venir.

Beau montage pour un bel hommage.

mardi 7 février 2017

lalalalalalaland

To be honest, je me demande combien de spectateurs sont venus à cause du tapage aux Oscars, où l’on adooooooore, en bons nombrilistes, tout ce qui tourne autour d’Holywood. Parce que des comédies musicales où ça chante à moitié, comme au bon vieux temps de Fred Astaire (et encore, ça chantait plus !), ça faisait longtemps qu’on n’en voyait plus, et je n’aurais pas naturellement parié qu’il y avait encore un public autre que d’aficionados pour cela, même à Paris. Entre des films qui ne passent que sur TCM Cinéma à pas d’heure, et quatre salles simultanées dont les deux plus grosses au MK2, je me demande combien de temps La La Land va tenir à l’affiche à ce rythme.

Mais voilà, Emma Stone ne se boude pas. Emma Stone, même, se vénère. Emma Stone rend stone. Et Ryan Gosling a décidément la classe. Le jeune Damien Chazelle (dont j’avais raté Whiplash, qui avait une excellente critique) a un fluide de caméra absolument bluffant, dès la première séquence. Je me souviens avoir écrit à mes sous-traitants indiens de vidéo que la différence entre une bonne vidéo et une excellente vidéo, c’est la maîtrise de la transition entre les plans. Hé bien là, c’est parfaitement parfait. Le scénario est aussi bien construit et évite autant le pathos que la tarte à la crème romantique. Et puis plusieurs jours plus tard, on a encore la rémanence des chansons dans la tête. Tout y est, et pourtant, il y a un petit quelque chose qui nous dit que, si on aura plaisir à le revoir de temps à autre, on ne tient pas un chef d’oeuvre qui fera date. Mais on ne peut être qu’heureux que cela tombe au bon moment au bon endroit, quand il ne se passait plus grand chose.

mardi 31 janvier 2017

motion on arrival

Au théâtre des Abbesses, il a fallu recommencer le cinéma du duplicata. Cette fois, j’avais appelé la veille pour sécuriser la chose. Mais au guichet, on me dit qu’il n’y a rien ; puis au bureau des retraits, non plus, et on me renvoie au guichet ; pure bureaucratie. Alors on dégaine le nom de la chef du chef de la chef de la guichetière, qu’on a eu au téléphone, et sans rien vérifier, tout à coup, cela vous débloque une imprimante — non sans râler évidemment. Et l’on découvre qu’il y a même un label « duplicata » apposé au billet, ce qui prouve donc que cette possibilité a toujours été prévue…

Au balcon, de côté, on se dit que ce n’est pas forcément idéal, mais finalement on est bien content : Lucy Guerin a choisi pour Motion Picture de synchroniser sa chorégraphie avec le film noir D.O.A. (Dead On Arrival, en version longue) de Rudolph Maté, un plaisir de cinéphile paraît-il, qui est diffusé sur deux écrans de côté. Donc, nous avions une vue privilégiée à la fois sur l’écran et sur les danseurs, sans trop avoir à se tordre ; tandis que le reste du public n’en apercevait que des bouts, ou même rien du tout. L’expérience est donc radicalement différente selon la position : pour nous, c’était d’observer la continuité scénique, la construction contre une oeuvre, faire des aller-retours ou du simultané. Pour le reste de la salle, c’était à mon avis un peu comme quand j’annote un slide projeté sur un tableau blanc, puis que j’éteins le vidéo-projecteur. Il faudrait tester, pour comparer. Mais je n’ai pas été mécontent de voir le film simultanément… (Et pas seulement l’entendre)

La première moitié de l’oeuvre suit mimétiquement l’action, d’ailleurs — les danseurs recopient, font du playback, miment. Mais ensuite elle s’en sépare de plus en plus, alternant les idées originales (faire la bande-son en chantant par exemple, ou des onomatopées vocales), jusqu’à ce que vers la fin, le film ne soit totalement maltraité (il nous manque donc, à nous spectateurs, la fin de l’affaire… Qui a donc empoisonné — au Polonium ? — notre malheureux héros ?). On a parfois bien ri de l’incongruité. Le travail est au moins des plus original. Et puis on a découvert Lauren Langlois, qui comme Alisdair Macindoe porte l’oeuvre plus particulièrement dans la troupe, et dont la sensibilité est une bénédiction de bout en bout.

Paterson in Paterson

« Paterson » n’est pas que le nom du dernier film de Jim Jarmusch ou du personnage principal : c’est aussi celui de la ville fort calme qui a inspiré William Carlos Williams, poète à la Bukowski (en prose rythmée), dont un homage indirect lui est ainsi rendu, ainsi qu’à la poésie ordinaire, mélancolique et triviale du quotidien. Paterson, poète amateur, conduit son bus dans les rues de Paterson, et il ne se passe rien. À un moment, c’est le bouleversement le plus total : le bus tombe en panne ; mais tout rentre rapidement dans l’ordre. Le ménage à trois des personnages principaux du film s’établit avec la femme de Paterson, sorte d’antenne empathique qui colorie tout ce qu’elle trouve en noir et blanc, et le mini-bouledogue Marvin (auquel le film est dédié, donc « feu la chienne » serait plus correct), qui établira à la fin une allégorie de la disparition et de l’éphémère grâce à son appétit pour les belles lettres et le carnet qui les contient. Autant dire que c’est aussi contemplatif qu’un Jarmusch ordinaire. Il faut se laisser bercer.

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