humani nil a me alienum puto

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lundi 25 septembre 2017

douée

Il faut bien avouer que traduire « Gifted » en « Mary » était quelque peu nécessaire pour avoir une chance d’être retenu par le public francophone. Le titre est dans tous les cas réducteur, peut-on se dire finalement. Mary (incroyable Mckenna Grace) est une petite fille sur-intelligent et absolument irrésistible, car déconcertante de naïveté bienveillante. Une ode à la reproduction sexuée : on m’en promet une comme ça, je commencerait à y réfléchir vraiment. Mais évidemment, par le biais masqué de tout parent, ici exacerbé par le miroir grossissant : l’enfant comme continuation de soi, de préférence amélioré. Le mythe de l’immortalité par procuration démasqué. La grand-mère de Mary (Lindsay Duncan) n’en avait pas grand chose à fiche de sa petite fille avant de découvrir son potentiel : celui de lui succéder.

Mais aussi celui de succéder à sa fille, la mère de Mary, autodétruite. Car c’est l’autre thème du film : la malédiction de l’intelligence. Les superpouvoirs se paient. C’est toute la vision d’un oncle Frank (Chris Evans) devenu cynique mais (et) bon, en voulant privilégier le développement personnel de sa pupille, plutôt que d’en faire du jus de cerveau pour le bien de l’humanité, une dette implicite qu’aurait tout être muni de pareils moyens, mais à terme destructrice, consumant l’individu sur l’autel du progrès chimérique pour tous. Frank s’est d’ailleurs sacrifié, lui-même, par un choix délibéré salvateur. Il a refusé de vivre à travers autrui et ce que les uns nomment échec ou gâchis, représente pour lui une forme d’accomplissement dont il ne cesse de douter.

Telle est la complexe vie de ce qui sont frappés de l’illumination d’un savoir par essence toujours parcellaire. Le paradoxe de cette équation relevé de manière aussi intelligente que le reste du scénario à la fin du film. Marc Webb (de « (500) jours ensemble » et deux Spiderman) signe de très beaux portraits, dont celui de l’institutrice Jenny Slate, et signe un conte moral pertinent et attachant, humble et intelligent, avec beaucoup d’ironie. La morale n’est-elle pas que tout est vanité ?

mardi 19 septembre 2017

Barbaralibar

Mathieu Amalric invente le biopic fusion comme il y a la cuisine fusion. Pour parler de l’immense Barbara sans tomber dans la biographie balisée usuelle, il se tente à la mise en abyme, qui est à force elle-même devenue une tarte à la crème narrative pour qui veut faire original — la contradiction des originaux qui finissent par faire la même chose, en somme. Et frôlant la métalepse, il intervient dans son propre film pour se perdre et nous perdre, à escient peut-être, mettant en oeuvre l’impossibilité physique d’incarner une telle icône qui forcément se dérobera toujours, comme on doit mettre en scène le vide, mais enfin cela ressemble souvent au final à une agrégation sans queue ni tête, où l’on ne sait plus trop où on est, qui est qui, ce qu’on fait. Déstructuré jusqu’à perdre toute consistance : le biopic fusion. Poétique, cependant, et un peu émouvant car on y devine l’hommage d’un artiste à une autre. Mais une expérience pas forcément bien contrôlée qui divise cruellement la critique : une occasion manquée, quand même. Restera une interprétation franchement formidable de Jeanne Balibar, interprétant elle-même interprétant souvent Barbara, qu’on ne distingue parfois plus des archives que par son nez (et encore, je soupçonne quelques prothèses trompeuses, mais comme je disais, ce film nous perd totalement).

Cf aussi cette fort bonne critique qui me semble aller dans le même sens que moi (et a le bon goût de citer du François Jullien).

mardi 12 septembre 2017

Noomi Rapace puissance 7

« Seven sisters » est la surprise de Tommy Wirkola, un réalisateur qui avait jusqu’à présent pondu des trucs pour le moins un peu étranges et mineurs. Mais le scénario a attiré Glenn Close, Willem Dafoe, et évidemment Noomi Rapace, dupliquée sept fois. Forcément, un scénario qui attire aussi les spectateurs : en 2073, c’est pas terrible, surpopulation, mesures drastiques malthusiennes, et une ambiance très Dark Angel. Et puis il y a sept soeurs planquées, identiques par le physique mais radicalement différentes par la personnalité, qui revêtent la même identité un peu insipide et virtuelle à tour de rôle, chacune son jour, pour échapper à la règle de l’enfant unique. Quand ça va évidemment merder, ça ne sera pas à moitié. Sept vies, c’est presque comme les chats. On se demande si de toutes ces différentes saveurs de Noomi Rapace, il n’en restera plus qu’une…

Efficace, original, stressant et surtout intelligent, c’est dans les films d’anticipation qui n’en font ni trop ni trop peu une fort bonne pioche !

mardi 5 septembre 2017

fine ligne rouge

J’ai vu « The thin red line » à la télé, donc peut-être vers 2002, puisque la sortie était en 1998. C’était « la ligne rouge », en VF. Choc esthétique total. Et ça m’a tellement marqué que j’ai acheté le DVD sans jamais oser le revoir — et donc pas en anglais, ce qui est bien dommage. Peut-être par peur, car on risque toujours d’être déçu quand on revoit les choses. À l’époque, c’était dans mon top 3 avec la liste de Schindler et la Haine — que j’hésite aussi toujours à revoir. Alors certes c’est long (presque 3 heures), mais ce n’est pas forcément la seule raison. Il y a de ces films qu’il faut voir et revoir dans les meilleures conditions, ça se décide, et on peut ne pas décider pendant longtemps. C’était ma première rencontre avec le requiem de Fauré, Annum per annum de Arvo Pärt (que je n’avais pas plus identifié que The Unanswered Question, de Charles Ives), entrecoupé du God Yu Tekem Laef Blong Mi de Zimmer (enregistré par des locaux des Îles Solomon, à Guadalcanal même). Ça marque, ce genre de choses, c’est un tout.

Première rencontre aussi et surtout avec un questionnement métaphysique quasi-mystique qui m’a tout de suite parlé, à mon côté INTP aussi rationnel qu’hypersensible et privé de la facilité religieuse prémâchée occidentale classique, le catholiscisme. L’omniprésence de voix intérieures, y compris hors champs (que je n’associe pas à des voix off, car ce n’est pas un tiers personnage : on peut toujours identifier qui parle, de quel point de vue), me faisait découvrir qu’on pouvait faire ça, au cinéma, « parler » de et par l’introversion, de l’effroi de la mort imminente — particulièrement imminente en temps de guerre, et particulièrement violente et injuste. Depuis, j’ai quand même découvert beaucoup, notamment Tarkovski, et je ne fais plus de classement aussi précis de mes préférences.

Bref, je dois avouer avoir évité (ou refoulé ?) The thin red line sans trop forcer, surtout que depuis, mis à part le superbe The new world (vu au ciné en 2005), Terrence Malick m’a plutôt déçu en forçant trop le trait dans le kitsch et le surquestionnement, lui qui venait de Badlands, qui pourtant malaxait aussi déjà les mêmes thèmes — un peu comme Darren Aronofsky et The Fountain, dans le genre chef d’oeuvre raté obsessionnel. Et puis il y a eu cette rediffusion du film en version restaurée pendant l’été, dans les certes petites salles du quartier latin, mais au moins sur grand écran. The thin red line, adapté du roman de James Jones, commence par cette question : « what is this war in the heart of nature? ». Mais rapidement, on comprend que c’est plus un film sur la mort et la violence que sur la guerre, et l’on aurait sûrement tort de réduire trop rapidement à un bien (les Américains) contre le mal (les Japonais), car dès qu’on rencontre enfin les Japonais, on comprend qu’ils sont tout aussi paumés, et que le réalisateur ne prend pas un parti aussi facile. Et certes il y a la haine (de ce que j’ai pu retenir de mon Japonais… Ça reste non sous-titré), mais elle est de tout côté : le mal transcende les humains en général, et c’est le désir de destruction (attribué par un soldat en plein délire post-traumatique au désir de propriété) qui est le mal sur lequel s’interroge le personnage principal (Jim Caviezel), auquel je m’identifie aussi facilement qu’au personnage de Colin Farrell dans Tigerland (très similaire. Probablement des INTP tous les deux), des sensibles rationnels qui cherchent leurs places dans une absurdité qui leur échappe, se situent plus en dehors qu’en dedans, mais finalement sauveront la situation et le groupe en temps venu.

On aurait aussi tort de réduire les questions rationnelles et poétiques, élégiaques et métaphysiques, à la forme peut-être insistantes, à du prêchi-prêcha chrétien. Quand bien même on reconnaît des symboles chrétiens dans l’oeuvre de Malick, il ne faut pas oublier que notre vision très occidentale est biaisée, car ces symboles pré-existaient. Et il n’est à mon avis pas étranger à la chose que Malick, dont la vie est très secrète, a passé de longues années à étudier l’archéologie et les civilisations anciennes, lui qui est un philosophe spécialiste de Søren Kierkegaard, Martin Heidegger et Ludwig Wittgenstein, et qui a par ailleurs un grand-père assyrien. Quand on y regarde de près, l’arbre de vie (pour reprendre un film ultérieur de Malick) est par exemple présent dans bien des systèmes mystiques, même au Japon (ce n’est pas un hasard de le retrouver jusque dans Evangelion, qui a certes opté pour une option de représentation judéo-chrétienne par folklore) ; et il est mésopotamien avant tout. Bref, Malick emprunte selon moi essentiellement au zoroastrisme, où « la bonté est quelque chose comme une lumière venant du fond de soi » (repris quasiment en ces termes plusieurs fois, notamment par Sean Penn lorsqu’il se demande où est passé la lumière du personnage de Jim Caviezel, après sa mort). Notons que chez les Perses et les Zoroastres, l’arbre de vie est le gaokerena : les indices concordent sur un schéma élaboré par Malick.

Quand on sort donc de la lorgnette occidentale religieuse, qui a phagocyté le mystique par chez nous, on se rend compte que l’état de nature n’est pas hexagonalement rousseauiste mais avant tout animiste, et qu’en réalité le message universel sur la nature est plutôt nihiliste (l’inverse d’un discours catholique, donc !), ou dans un quasi-gnosticisme que ne sont pas sans rappeler encore les oiseaux charognards dans le ciel, attendant la transformation de la chair humaine en cadavre, pour une inhumation céleste improvisée — le véritable Pairidaēza (et après tout, n’est-on pas In paradisum ? Si l’on veut.).

À Guadalcanal durant la guerre du Pacifique, le casting incroyable (Sean Penn, Jim Caviezel, John Cusack, Adrien Brody, Elias Koteas, Nick Nolte, John Travolta, George Clooney, Ben Chaplin, Woody Harrelson, Dash Mihok, Nick Stahl, John C. Reilly et Jared Leto), représentant des personnalités très différentes, sert à aborder des thématiques bien diverses, comme la peur, plus que le courage (qui arrive d’une manière inattendue, par une sorte d’acceptation du destin, peut-être de pulsion de mort), la folie, qui broie les hommes, la vanité, un peu partout, surtout à travers les récompenses (babioles dérisoires et pourtant socialement et artificiellement majeures, souvent déclinées par les héros de l’ordinaire subissant l’extraordinaire), et la chaîne de commandement, qui décide arbitrairement, presqu’aléatoirement, qui doit vivre ou mourir, dans ce lieu ou se joue la vie et surtout la mort, dans ce paradis naturel souillé, ou le sacrifice est censé revêtir une aura de transcendance ici démystifiée jusque dans les tripes à l’air.

Évidemment que Malick en fait beaucoup à travers ses plans contemplatifs sur la nature, qu’il tourne un peu en rond sur son approche cosmogonique, à force, mais subjectivement, il m’a fallu presque une journée pour retrouver une voix normale (je m’en suis aperçu le lendemain, de ma gorge encore serrée). Ce film est l’un des rares à me mettre KO debout. Ça s’explique difficilement. À revoir une fois tous les quinze ans, pour que la sensibilité ne devienne pas ordinaire. Parce que quelque part, devenir insensible à cela, c’est-à-dire ne plus trouver un échos à mes propres questionnements, avec cet habillage métaphysique et épique, élégiaque et vainement esthétique, je ne sais pas si ce serait une bénédiction ou quelque chose que je voudrais éviter, pour ne pas tomber définitivement dans mes propres impasses nihilistes.

en proie au remake

Un remake d’un film très côté, et sans trop le citer nulle part, voilà qui était osé de la part de Sofia Coppola, qui s’est attirée quelques foudres par là-même des plus cinéphiles — et de ceux, plus rares encore, qui ont lu l’original de Thomas P. Cullinan (1966). Mais la presse féminine comme Cannes qui a décerné un prix de la mise en scène ont été bien plus séduits par ce nouveau « The Beguiled » (Les Proies), cependant alors sans faire référence au Don Siegel de 1971, que j’avais vu un an auparavant sur Arte, par un heureux hasard.

De cette nouvelle version lissée et ambigüe par son manque d’ambiguïté, je dirais que c’est pas mal (qualificatif honni par ma prof de développement personnel), mais on est effectivement loin du film noir brutal, chargé, cynique, violent, porté par Clint Eastwood. Colin Farrell fait beau gosse un peu disputé par un gynécée d’exception — Nicole Kidman, Kirsten Dunst et Elle Fanning aux avant-postes —, en mode fleur-jupon éthéré et gazeux, à qui Coppola semble toujours trouver un contre-poids quelconque à leurs actions, histoire de ne pas trop prendre parti, et adopte d’ailleurs plutôt le point de vue féminin en général (on ne se refait pas !), tout en suivant pourtant bien strictement le déroulé des évènements.

Comme tout le monde est doué, qu’on a une Kidman à la fois magnifique et statique (attaque au botox…), une Dunst qui a mûri (dans tous les sens du terme), une voluptueuse Fanning sous-employée, et quelques gamines prometteuses, l’allégorie magnifiée dans un bain de lumière et une grande bâtisse blanche donne quand même quelque chose.

Mais clairement, ça ne fait pas vraiment le poids face à l’original…

lundi 28 août 2017

guerre des peluches

Les deux premiers épisodes de la dernière mouture de la Planète des singes étaient surprenants : l’intelligent Matt Reeves remettant le couvert pour une dernier volet de trilogie, allons-y gaiment. « War For The Planet Of The Apes » s’avère être un traité de géopolitique entre pas des gens bien malins, mais après tout dans un monde post-apocalyptique ravagé par un virus, où des singes qui n’ont toujours pas tous appris à parler — ce qui nous vaut un vague langage des signes tout le long, ou un signe peut donner 3 lignes de texte à lire en dessous — tentent toujours de trouver leur place. Et si on a du mal à deviner Andy Serkis une fois sous les poils numériques de César (très belle réalisation de singes !), on reconnaît sans peine Woody Harrelson en Colonel, homme impitoyable un peu fanatisé, mais rudement intelligent. Et d’ailleurs, ça fait un peu supémaciste-blanc sur les bords, cette affaire (on remarque qu’il y a encore moins de non-blancs que dans Dunkerk), et c’est un peu étrange, quelque part, ce point de vue racial. Pourquoi pas, après tout…

Mais il y a déjà l’espoir d’une entente avec les humains, sous la forme d’une petite fille récupérée suite à bévue (au moins, on est assez clair que les signes peuvent être aussi cons que des humains, ce qui était déjà évoqué dans le 2e épisode, et là aussi à travers la traitrise de l’ancienne faction extrémiste). C’est donc Amiah Miller, qui devait avoir 11 ou 12 ans au moment du tournage, qui s’y colle sans trop de dialogue puisque muette (mais pas si imbécile, petite incohérence du scénar ?), et sur elle on dira surtout : pedobear loves this. D’ailleurs, cette petite morveuse chez les monstres qui va éveiller une humanité perdue par les humains eux-mêmes, ça m’a franchement rappelé très très fort l’arc Chimera Ants de Hunter X Hunter : non ?

Fort bien.

Bunuel de chambre

Cet été, il y a une rétrospective Tarkovski et une autre Buñuel qui tournent dans les cinémas parisiens d’art et d’essai, surtout du quartier latin, mais aussi au MK2 Beaubourg (le tout avec des horaires pas terribles). Et c’est là que pour une fois, la souris a détecté le « journal d’une femme de chambre » dont elle avait par ailleurs oublié que nous avions vu il y a peu une interprétation par Léa Seydoux. Dans deuxième adaptation française de Mirbeau (après celle de Renoir), c’était la récemment regrettée Jeanne Moreau, ce qui assure d’une interprétation splendide, dans un jeu très fin de nuances et d’ambiguïtés. Mais Jean-Claude Carrière, au scénario en 1964, force le trait de la satire sociale et politique, pour parler plus de l’antisémitisme, lever quelques doutes quitte à tomber dans le manichéen, et sauve quelque part son héroïne, beaucoup plus ambigüe et attirée par le côté obscur de la force autant chez Mirbeau que chez Jacquot (apparemment le Renoir est aussi très libre… Mais avec Paulette Goddard…). Bref, à un moment, ça commence à devenir un peu étrange, plus soft, moins dérangeant moralement. Ça restait à voir.

mardi 15 août 2017

passager amateur

« Profession : reporter » est une traduction bien aléatoire du film hispano-franco-américano-italien « The Passenger », qui porte bien plus de sens. Si l’on a récemment dit qu’il n’y a rien qui ne ressemble plus à un Besson qu’un autre Besson, je crois qu’on peut dire la même chose d’Antonioni… Lascivité de bout en bout, étirement à l’infini, dissolution de l’intrigue dans quelques méandres, et mouvements de caméra subjectifs à l’avenant qui regarde tout autour et manie le hors champ, on se demande toujours tout du long où cela va nous mener — et ce n’est pas totalement sûr que ça finira pas nous mener quelque part, en fait. Jack Nicholson en ayant marre de crapahuter dans les chauds cailloux africains, il se fait passer pour mort en échangeant son identité contre son voisin fraichement décédé dont il ignore encore que c’est un marchand d’armes. Fuyant son passé (pourtant assez glorieux) et maintenant son présent, arrivera-t-il à construire un avenir avec une regrettée Maria Schneider (trois après le tango au beurre) qui passait par là à 23 ans (1975) et toujours égale à elle-même ? On en doute un peu…

Très antonionesque, tout cela. Une lente esthétique qui ravit toujours autant mon binôme du quartier latin.

mardi 8 août 2017

797ème semaine

La guerre est le lieu où se joue la vie et la mort, on ne saurait le traiter à la légère, comme dirait Sun Tzu. Pourtant, de légèreté, le grand Christopher Nolan, qui a prouvé par sa cinématographie être certainement le réalisateur-scénariste le plus intellectuel qui soit, s’en fait clairement taxer pour avoir omis de montrer dans son dernier film « Dunkirk » les bataillons coloniaux, Indiens en tout premier lieu — du « white-washing ». Certes, on aura remarqué quand même qu’à vue de nez il n’y avait pas 500.000 personnes représentés, et comme le faisait remarquer un commentaire sous l’article, on n’y voit pas non plus les 49 destroyers impliqués, mais à peine un seul (ou deux). On est même allé jusqu’à chercher du côté du Brexit, à plusieurs reprises. Ouais.

Ces interprétations biaisées et fort sentimentales, pas bien analytiques et encore moins rationnelles, m’ont fortement rappelé les reproches faits à Swan Lake, sur le fait que la vie des danseurs, ce n’était pas ça. « Dunkirk » n’est pas plus un documentaire sur la guerre, même s’il s’inspire d’un fait historique. C’est une expérience d’immersion, un first person shooter où l’on se fait le plus souvent shooter. Le personnage principal essaie tout le long du film de chier tranquillement — et n’y arrive pas. C’est l’histoire de jeunes gens à peine pubères qui se retrouvent embarqués comme chair à canon et qui veulent surtout sauver leur peau — d’où la peur et l’incompréhension quand il rentrent chez eux. Alors peut-être que finalement, le plus gros défaut du film de Nolan, c’est justement son réalisme, qui fait qu’on lui reproche ce qu’on ne reprochait pas à d’autres films de guerre (je voyais peu après sur TCM Cinéma Le Pont de Remagen, qui retrace les deux côtés américain et allemand, auquel on n’a pas fait ce genre de critique, par exemple). Les partis pris sont en plus assez évident dans un film qui ne montre pas un visage allemand, où l’on ne personnalise point trop, où l’on meurt toujours en un seul morceau et où dans une scène de groupe au fond de la cale d’un petit bateau, on finit de tuer toute illusion d’héroïsme (et il ne valait mieux pas qu’il y ait un Indien dans le groupe, si l’on ne voulait pas recevoir des accusations de racisme…).

Bref, oublierait-on qu’un film est un film, parmi notre intelligence collective éduquée ? Petite astuce : dans un film, par exemple, il y a de la musique de film — particulièrement oppressante chez Nolan —, alors que dans la vraie vie, non. Avec les contresens extraordinaires réalisés sur The Circle, sur la même période estivale, on se pose de grosses questions sur les capacités de compréhension. C’est quelque chose que de faire des critiques, mais encore faut-il que ce soit un minimum légitime. Faire dire quelque chose qui n’est pas dit, puis trouver que ce quelque chose est absurde, voilà une méthode pour le moins curieuse, pour ne pas la qualifier de bien pire en terme de malhonnêteté intellectuelle… Heureusement, les commentaires du Guardian sont autrement plus intelligents (une constante différence, d’ailleurs, entre les journaux en ligne français et leurs homologues britaniques, ai-je remarqué).

cité des mille Cara

« Valerian et la Cité des mille planète » a occulté Laureline du titre pour mieux la faire paraître sur l’affiche : car Luc Besson a mis la main sur Cara Delevingne, pour remplacer Milla Jovovich, et il faut bien avouer que ça claque plus que le Dane DeHaan à jeune tête (pour 31 ans), rescapé bouffon vert du Amazing Spiderman 2, et certes meilleur acteur (les mauvaises langues le disent cependant tout aussi épouvantable). D’ailleurs Clive Owen, embarqué on ne sait comment dans l’aventure, fait office de figure paternelle un peu étrange… Heureusement, les relations Valérian-Laureline (aucune idée de si ça retrace la BD originelle dont je n’ai pas forcément grand chose à faire…) sont très second-degré dans la séduction débridée de la donzelle récalcitrante à sale caractère. Je trouve que c’est plutôt sur la fin qui donne dans le sentimental-mielleux qu’on se perd totalement (et c’est en contradiction avec le caractère des personnages — et leur registre de jeu certes fort limité dans le sentiment).

Le problème Besson, c’est qu’il est devenu une caricature de lui-même au fil du temps, en tournant encore et toujours le même film. Même lorsque Rihanna débarque, c’est pour un moment de show incongru qui ressemble fortement à un mix de la femme en bleu du 5ème élément et de la série de déguisements de Natalie Portman dans Léon. Les bataillons armés jusqu’aux dents tournés en ridicule, les mercenaires, les grands-chefs, on va retrouver tout le bingo bessonien de A à Z. Heureusement, c’est loin d’être aussi mauvais que Lucy — qui péchait avant tout par son message pseudo-philosophique enflé. Mais même à grands renforts d’effets spéciaux made in ILM et autres, faisant exploser la facture (200 millions, record français), et malgré des complications extravagantes de l’environnement scénaristique (qui patauge régulièrement), on est devant le grand calme plat du pop corn, en contradiction avec les efforts d’Alexandre Desplat à la baguette. On ne se fait pas chier, c’est ludique, mais on ne palpite pas non plus. C’est trop réchauffé, je crois. Ça ne marche pas. Alors on passe un bon moment, et comme c’est l’été, qu’on nous fait espérer que Cara est hétéro, qu’il y a des personnages attachants (la moitié du cast étant débauché d’Avatar ?) et qu’on n’en demande pas trop, ça passe

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