humani nil a me alienum puto

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lundi 16 avril 2018

shoot again

« Ready player one » est l’adaptation par Steven Spielberg d’un bouquin à la première personne et à l’écriture un peu facile mais assez épais. Et ça se veut une synthèse de culture geek : on confirme. L’immersion dans la réalité virtuelle est un thème récurrent (qui puise dans de la philosophie bien ancienne…). Le grand public connaît Matrix ; mais concernant le jeu, il faudrait plutôt voir du côté d’eXistenZ (à la différence que les personnages savent bien quand ils sont dans le jeu) ou de Hunter X Hunter sur l’arc narratif Greed Island (la manière de choisir les items stockés est d’ailleurs très similaire dans le film). Mais les références sont extrêmement nombreuses et si une bonne partie est largement explicite, d’autres sont plus subtiles et échapperont à tous ceux nés avant la moitié des années 1980, grosso modo. C’est donc une sucrerie pour trentenaire ou un peu plus (d’où certaines critiques qui parlent d’un revival de l’esprit Goonies, une référence qui ne parle qu’à une certaine classe d’âge précise). Les plus gros hommages sont faits à Back to the future — produit en son temps par Spielberg —, et cela va bien plus loin que la DeLorean, la coiffure du Doc ou le prix Zemeckis. Ce sens de la nostalgie s’était déjà retrouvé dans Super 8, après tout. L’aspect dystopique en moins.

Dans le monde réel, deux acteurs principaux tiennent le film, Tye Sheridan (Wade aka Parzival) et Olivia Cooke (Samantha aka Art3mis). Mais on passe bien plus de temps dans de la pure 3D, et le générique fait la part belle à toutes les petites mains du Unity. C’est bien fichu et efficace, du grand spectacle, comme on dit.

bande d’idiots utiles

La mort de Staline (« The Death of Stalin ») est un film complètement génialement barré sur le soviétisme par le réalisateur Armando Iannucci, d’après une BD française. En pleine purge, le premier cercle du dictateur général prend le relai à la mort de celui-ci. Épisode de l’Histoire entre Nikita Khrushchev (Steve Buscemi) et Beria (Simon Russell Beale) où le pouvoir suprême est en jeu. Mais surtout, affrontement au sein d’une bande d’idiots utiles au sein d’un système qui marche totalement sur la tête. L’humour est noir, le rire jaune. Nageons joyeusement dans l’absurde hyper violent. Jubilatoire. Évidemment les cocos seront choqués et trouveront le tout vulgaire, alors que c’est certainement le meilleur film sur le soviétisme jamais réalisé. Creuset délirant de la raison, comme dirait Pierre Legendre. L’humour tuera-t-il le soviétisme au-delà de Staline ?

lundi 2 avril 2018

sprout Croft

Un reboot de « Tomb Raider ». On échange Angelina Joly et ses mimiques contre Alicia Vikander, certes, mais encore ? Plus qu’un reboot, c’est une sorte de prequel : comment la magnifique Lara est devenue une héroïne de jeux de vidéo. Heu, de l’archéologie façon Indiana Jones — et c’est une référence qu’on trouve clairement plusieurs fois dans la trame de cet opus. Donc, on s’intéresse aux origines de l’héritière qui aurait tout pour se la couler douce, mais qui suite à la disparition de ses parents, ou plus exactement du seul qui restait, son père, va vivre marginalement, s’entraîner, refuser argent et pouvoir qui ne sont pas le sien (oui, c’est du Batman — surtout façon Nolan —, jusqu’à la toute fin et l’annonce de la suite).

C’est ainsi que Lara livre à vélo avec une bande de joyeux drilles. Un vrai garçon manqué, avec son teint halé et sa fine silhouette (elle taille du 12 ans ou quoi, Alicia ? La perfection de cette fille est sans limite — elle vient du ballet, voilà le secret !), à jouer les casse-coût alors qu’elle est simplement brillante (grosse référence à Dark Angel, dont le personnage semble totalement pompé). Lara ne veut pas signer les papiers qui enterreraient son père disparu. Et au dernier moment, elle découvre même que la solution serait en Asie : direction Hong Kong ! (Largo Wynch/Tomb Raider 2) Un HK qui nous rappelle que c’est une fiction : déjà parce que le port à Aberdeen ne ressemble plus à l’image d’Épinal qu’on s’en fait sur fond vert, ensuite parce qu’elle tombe sur les seuls brigands en 150 ans qu’il n’y ait jamais eu là-bas.

Peu importe, l’aventure continue, pompe sur Alan Quatermain ou un truc du genre (esclavagisme de tout ce qui traine pour trouver du trésor à la petite cuillère), et dévie enfin, ralalalah, sur du Rambo. Alicia, un arc, des flèches, et des vilains à occire. Que demande le peuple ? On voit Lara tuer son premier méchant gros bras, à mains nues (trop chou !), Lara se suspendre au dessus du vide (j’avais l’index gauche qui restait appuyé sur la touche Shift de mon siège, quelle frayeur !), Lara qui bondit au dessus du vide (control ? En revanche elle ne saute pas encore en arrière — alt ? Je ne me souviens plus bien —, et donc pas de saut périlleux arrière, ma cabriole favorite pour flinguer des dinos — mais les flingues n’arrivent qu’au générique, et les dinos pas du tout).

Ah, j’oubliais : il y a du puzzle et de l’énigme (japonaise) — Lara juste super intelligente. Et la tentation du surnaturel vs le rationnel. Je vous laisse deviner la dernière référence : Sherlock Holmes. Je crois que niveau synthèse, on n’avait jamais fait mieux. Et en plus, il y a Aliciaaaaaaa, qu’on sent lutter, mais qui reste toujours forte (une seule petite larmichette recensée. Pour montrer qu’elle n’est pas aussi insensible qu’Angelina Jolie, non mais).

Lara Croft est le fantasme absolu. Alicia Vikander y est donc parfaite. Roar Uthaug devrait cependant passer la seconde pour la suite, car le ronron que je suis près à largement excuser pour une introduction-apprentissage n’est déjà pas pardonné par une partie de la critique peu patiente ni sensible à Alicia (ils ont tort).

lundi 19 mars 2018

Eva refatale

« Eva » est le dernier film plutôt raté de Benoît Jacquot. Quand on regarde sa filmographie, il y a quelques petites perles qui n’ont rencontré son public qu’à moitié, et puis beaucoup d’anecdotique. Ce film en fait partie. Il essaie de trucs, comme le champ-contre-champ en tournant vivement la caméra (beurk), des TGV qui passent et repassent, ou encore une sorte de ralenti étrange pour signifier la mort symbolique d’un personnage pour l’autre, par deux fois. Dans l’ensemble, c’est assez mal embouti, même si la psychologie, la tension, tout ça tout ça. On y va d’abord pour Isabelle Huppert (qui a un rôle sur mesure) et Gaspard Ulliel ; on y rencontre aussi une intéressante Julia Roy ; et on croise Richard Berry. Et puis voilà. C’est fouillé, mais ça fait un peu toc, et les 1h40 semblent plus longues. Arrivé en retard pour cause de RER pourri et de bus naze, j’ai raté le tout début. Et lorsqu’il m’a été conté, ça m’a rappelé quelque chose. Mais quoi ? Eva, de Joseph Losey, rediffusé en 2014. Ça me revient. Mieux valait ne pas y retoucher…

de la vertu de l’homme qui ne pardonne pas

« L’insoumis » est un documentaire de Gilles Perret qui n’est pas bien resté longtemps à l’affiche, mais reste diffusé dans le cinéma gaucho-coco-engagé de l’espace Saint-Michel. Ça nous parle de Jean-Luc Mélenchon pendant la dernière campagne présidentielle. J’ai voté Mélenchon. Mais certainement pas pour les dernières présidentielles. Et les deux raisons se trouvent dans ce film pourtant assez clairement pensé pour être hagiographique, subjectif en creux, jusqu’à omettre certains « détails » grossiers (notamment post-campagne avec la position sur le FN et le comportement indigne de Mélenchon et de la France insoumise en général, mais aussi avec la disparition étrange de Garrido — qu’on entraperçoit rapidement qu’une ou deux fois — et l’effacement général de Corbière, que l’on voyait pourtant partout à l’époque).

Des nombreux moments croustillants du personnage, on retient par exemple cette saillie sur les anciens Trotskystes devenus les nouveaux vegans. Il faut dire que l’équipe de campagne, c’est la team bonnes consciences, avec beaucoup de jeunes (& jolies) filles. Ça fait quand même un peu asso de la buvette, à faire des plans autour de l’assiette de conté, et à un moment on se demande comment diable s’organise la machine qui gère les salles de meetings (plusieurs en même temps, avec les hologrammes), les bateaux et autres manifs — en fait quand il y a de l’orga de guerre, ça mange du faux japonais à emporter, avec des tables en rond : c’est comme ça qu’on fait la distinction.

D’une manière générale, transparaît la sympathie inhérente du personnage, drôle, plutôt attachant, fort instruit, mu d’une vraie volonté, avec un sentiment sincère, non feint, toujours entier, amateur de lait fraise (ah !) mais toujours intransigeant. Et pourtant apparaît aussi la colère, qui le mène à la haine même, et c’est là le côté obscur d’un personnage qui n’aime finalement réellement que des gens qui l’aiment, ou une certaine idée des gens qu’il se fabrique. Ceci est ainsi particulièrement vrai des journalistes, dont il a raison de relever l’indigence générale et particulière, mais qu’il conspue d’une manière détestable même lorsqu’ils sont, en fait, dans leur rôle de miroir — certes biaisé. Cet immense mépris auquel se résume sa réponse est peu à propos pour les fonctions qu’il vise. Déjà parce qu’il n’incarne pas, ni ne cherche vraiment à rassembler — il en est de même lorsqu’il se plaint des réactions qu’il a pourtant cherché à déclencher, par exemple en voulant la révolution économique bolchévique à lui tout seul, puis à voir que les journaux spécialisés s’alarment. Un Macron, qu’il conspue par son hypocrisie du système-anti-système, se montre à l’inverse beaucoup incisif et machiavélique dans sa gestion des médias (ce qui est largement plus le signe d’un homme de pouvoir). Mélenchon, c’est surtout un sentimental émotif ; il faut se méfier des émotifs au pouvoir comme de la peste.

Et ainsi, lorsqu’on parle de sa bibliographie ou de sa pensée (très NIH, un peu du Kant remâché), on se surprend à parler de vertu peu après avoir évoqué l’absence de pardon pour tout un tas de faits. Il y a des choses comme cela qui coincent, et il ne se rend même pas compte, trop occupé à regarder ce que l’on pense de lui. Et ce n’est pas la moindre contradiction pour celui qui assume avoir « été surpayé » comme parlementaire durant de nombreuses années, et avoir tout mis de côté (se moquant au passage à juste titre de Fillon, car il est un très bon commentateur — mais un stratège assez médiocre) : il a une certaine conception de l’économie qui ne semble pas avoir beaucoup de relation avec le réel, même dans sa propre vie privée (dont on ne saura absolument rien du tout)… Mais le plus fort reste sur la nature de ses adorateurs, sur lesquels on se penche peu : il parle beaucoup du peuple, dont il se veut le tribun (référence connue par coeur qu’il recase souvent), mais ce n’est pas les « nigauds » qui iront voter pour lui après être allé se fourvoyer chez Fillon, car le peuple de base vote en réalité extrême droite. Impensé total, tant chez LFI en général que dans le documentaire. La lutte des classes, en réalité, ce sont des fonctionnaires intellectuels un peu déclassés qui se rachètent une conscience sociale à peu de frais (et qui n’ont rien appris des « révolutionnaires » du passé, par un aveuglement typique — idiots utiles ?). Les ouvriers ne mangent pas bio et encore moins végan.

Le documentaire échoue totalement dans cette analyse. Il assume à moitié sa subjectivité, s’essayant à une sorte d’objectivité en concédant une part d’ombre du personnage — et encore, on se demande si c’est bien volontaire. En cela, les incisifs « Le Président », « L’expérience Blocher », ou même « Edouard mon pote de droite » étaient bien plus pertinents, parce que réalisés de l’autre côté, par des réalisateurs curieux de ce qui se passe de l’autre bord de leurs pensées ou valeurs. Gilles Perret est beaucoup trop à gauche pour s’insoumettre lui-même. Dommage, il y était presque. Il n’empêche que ça vaut d’être vu pour tout amateur de l’anthropologie politique.

xénaquaphilie

Je ne me suis laissé spoiler par rien avant d’aller voir « la forme de l’eau » (The shape of water — traduction littérale facile, pour une fois), de telle sorte que je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en allant voir le dernier Guillermo del Toro, qui semble déclencher bien des louanges. Il faut dire que outre son esthétique sépia fantasmée des années 1950, comme une BD, certaines diront à la Amélie Poulain (mais en plus sombre), d'autant que l’histoire fantastique contée tourne autour d’une mignonne introvertie réglée, il y a ce travail fabuleux de l’actrice Sally Hawkins, en langage des signes, et en langage corporel. Étrangement cependant, j’ai aussi l’impression que c’est moins original qu’il n’en paraît. Ce qui n’enlève rien aux mérites de ce mélange de mystère et de malice dans cette rencontre de la belle muette et de la bête aqueuse. Il y a bon nombre de séquences qui ne manquent pas de gourmandise — et valent un petit avertissement à l’attention des jeunes spectateurs. Mais on se régale bien, immergé dans la sentimentale poésie incongrue.

mardi 13 mars 2018

demoiselle pioupiou

Quand on voit un film de Greta Gerwig (quasiment le premier réalisé, mais aussi forcément écrit, mais pour une fois pas joué), qui est d’une intelligence remarquable, on y va. C’est comme ça. On regardera de quoi ça parle après. En l’occurrence, d’une jeune fille qui passe un cap de sa vie adolescente — et il y a encore Timothée Chalamet dans le coin, dans une succession de films qui ne manque pas de piquant. Saoirse Ronan incarne cette fille originale, qui s’est auto-renommée « Lady Bird », coincée dans un Sacramento (dont vient Gerwig…) dans lequel elle se reconnaît peu. Elle rêve d’évasion culturelle. Forcément, une certaine classe de la population parisienne échappée va fortement s’identifier — moi en premier. Les autres verront un énième film un peu sentimental et bien fait sur un apprentissage féminin de la vie. Ils passeront à côté des subtilités sur ce déchirement entre les origines et l’image que l’on a et que l’on veut donner de soi. La contradiction entre le futur qu’on veut se bâtir en s’extrayant, et toute la reconnaissance que l’on doit à cette base. La relation mère-fille décrite est une émanation de cela. Mais peut-être faut-il l’avoir vécu pour pleinement le comprendre. Et aussi aimer les filles un peu jetées et brillantes, trop sous-estimées parce que n’ayant pas été au bon endroit au bon moment. Les ladies peuvent voler un jour, pour devenir elles-mêmes, qui sait.

pêche et abricot

Quel était donc ce film de Luca Guadagnino qui passait bien inaperçu, si ce n’est en affichant une critique insolante et unanime, plutôt rare ces temps-ci ? « Call me by your name » se dévoile aussi tardivement que son titre, même si l’on sent qu’il doit y avoir anguille sous roche entre l’américain Armie Hammer, en vacances intellectuelles chez les Perlman (Michael Stuhlbarg et la toujours sublime Amira Casar), et le jeune fils de la famille, par Timothée Chalamet. Le tout en anglais, italien, français, et parfois même un peu d’allemand. C’est cosmopolite.

On peut donc encore arriver à faire des films d’apprentissage, de sentiments, d’amour et d’adolescence qui soient encore originaux. C’est fou. Et c’est rudement très bien, intelligent et sensible à la fois, drôle et cruel.

mardi 6 mars 2018

cueillir des champignons

Le problème avec Paul Thomas Anderson, c’est qu’il réalise trop peu de films pour qu’on puisse durablement l’identifier… Et pourtant : Magnolia, There will be blood, Punch-drunk love, il a un style raffiné, intelligent, pertinent, psychologiquement fouillé. Et il sait décidément transformer Daniel Day-Lewis, cette fois un artiste couturier créateur conservateur dans « Phantom thread ». Ça existe, ces sortes de gens totalement contradictoires, et généralement ça n’est pas très stable. Reynolds Woodcock use de stratagèmes : il se cache derrière le travail, la rigueur, la routine, la psychorigidité, et enfin son binôme de toujours Cyril (Lesley Manville, toute aussi guindée). Il apparaît fort, maître de lui et de son entourage. Mais une nouvelle venue dans sa vie de célibataire zappeur par intermittence, interprétée par Vicky Krieps, va bien voir les failles. L’équilibre est instable, on est toujours sur le fil. Lorsqu’il semble rompre, c’est la surprise : le film appuie sur le champignon.

C’est précieux, c’est recherché, c’est beau, c’est fascinant et révoltant, ça provoque autant l’admiration que le dégoût pour ce personnage central aussi naïvement égocentrique et insupportable qu’une personne à la fois sensible et rigide peut l’être, ce type de personnage cyclothymique entre mauvais caractère, moments de grâce et totale dépression, générosité et misanthropie, soufflant le chaud et le froid, où il faut parfois s’accrocher entre deux orages pour profiter de l’éclairci. Le secret du momento mori vaniteux se trouve donc dans le champignon. Je note.

obsession

« Les Amants diaboliques » est une traduction lamentable du titre original choisi par Luchino Visconti: « Ossessione ». Alors que le premier film du réalisateur reparaît dans le quartier latin, on ne se doute pas qu’on est en 1942, que la sortie quasi-miraculeuse, malgré la censure fasciste en 1943, fut pour le moins tumultueuse, et que le mouvement néo-réaliste commençait ainsi. On reconnaît la trame du facteur sonnera deux fois, non cité au générique, car adapté à l’arrache.

Massimo Girotti (qui a eu une carrière de dingue, mais qu’on ne reconnaît à peu près jamais) campe le vagabond qui tombe amoureux de la fatale Clara Calamai (carrière beaucoup plus éparse). Le film de 2h20 est plutôt lent, avec une violence émotionnelle contenue qui craquelle peu à peu. On se promène dans l’Italie provinciale avec ces personnages pas bien tranquilles, qui finiront forcément dans le ravin.

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