humani nil a me alienum puto

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dimanche 19 novembre 2017

marxistes en herbe

« Le jeune Karl Marx » de Raoul Peck avait le potentiel d’une très bonne surprise. D’autant que la brochette d’acteurs — August Diehl (Marx), Stefan Konarske (Engels), Vicky Krieps (Jenny Marx) — y parle aisément trois langues dans la même tirade. Et Olivier Gourmet fait bonus en Proudhon. Mais dès le début, on sent que ça risque d’y aller à la truelle historique. Et ça culmine à la toute fin, avec un résumé historique des plus contestables (dès 1848, le monde aurait donc radicalement changé avec des révolutions partout dans le monde, à commencer par la France…) et le délire final de gloubi-boulga de révoltes populaires (montage vidéo sur du Bob Dylan), vs les méchants puissants au pouvoir, qui oublie évidemment de mentionner quelques centaines de millions de morts de l’application du communisme, en URSS, Chine, Corée du Nord, Birmanie, et on en passe (allez, je fais grâce de Cuba). Bref, grossièrement orienté idéologiquement.

Pourtant, la reconstitution est très jolie : images, costumes parfaits, esprit d’une époque qui transparait, c’est précis. Le problème de la mise en scène vient plutôt des synthèses caricaturales où le but est de caser le plus de choses en le moins de temps possible (la scène avec Proudhon qui se fait tirer le portrait par Courbet en dissertant avec Marx et Engels était du plus grand ridicule) ; ironiquement, le film s’éternise régulièrement sur du trivial qui rend le temps franchement long.

Cependant aussi, le film montre parfaitement bien l’aspect manipulatoire de Marx & Engels, notamment le coup d’État (d’association ?) pour fonder la ligue communiste en déshabillant la ligue des justes. On sent bien que le fruit est pourri dès le début. Quand on a aussi peu de morale, on peut bien se targuer d’être moraliste ! Finalement, c’est bien le pouvoir qui intéresse. La contradiction de ces gens, qui veulent sauver le monde mais passent leur temps à se taper dessus (au mieux symboliquement, par la pensée) et à se faire des coups fourrés, éclate au grand jour. Les relations toujours violentes, verbales, annoncent les futures violences physiques, que le petit groupe finit même par revendiquer.

Donc même si on peut considérer ce film comme globalement mauvais, ou au moins malheureusement raté, on en retiendra au moins une jolie illustration de tous les paradoxes qui gangrènent cette pensée marxiste dès sa construction. L’orientation sous forme de manifeste politique, en bâclant les aspects historiques, peinent cependant vraiment à contrebalancer la joie de voir des dialogues dans trois langues sur la même scène. En revenant à pied, on dit trois fois « désolé » aux différents SDF (et pompiers) qui se présentent sur le chemin…

passé déterré

« Carré 35 » retrace le « drame » personnel d’Eric Caravaca. Le film jouit d’excellentes critiques. Construit comme une enquête ménageant quelques surprises, il s’agit de retrouver la trace d’une grande soeur décédée bien avant la naissance du réalisateur, à l’âge de trois ans. Je disais récemment à ma mère, devant un reportage sur les blessures psychologiques suite à des morts infantiles, que c’était tout de même là des problèmes de riches. Dans nos sociétés modernes, la mortalité infantile est devenue tellement basse que c’est devenu une exception méritant qu’on s’y arrête ; il n’y a pas si longtemps, c’était plutôt le fait de passer le cap des 5 ans qui était remarquable… Bref, ce qui est fort intéressant quand on n’est pas trop émotionnellement sensible, c’est la construction du déni, le refoulement, le tabou, surtout à travers la mère du réalisateur, qui invente, efface, brode, raccommode selon une auto-persuasion fascinante. Que veux nous dire Eric Caravaca en filmant, tout à la fin, la petite Rosalia Lombardo momifiée dans son cercueil transparent des catacombes des Capucins à Palerme ? Regarder la mort en face ? Briser le tabou ? Parler de lui à travers sa mystérieuse soeur du cimetière de Casablanca, Carré 35 ?

mardi 14 novembre 2017

Нелюбовь

Le titre du dernier film d’Andreï Zviaguintsev a été traduit par « Faute d’amour » (faisant écho au « loveless » anglais). « Нелюбовь » se traduit plutôt par aversion, antipathie ou inimitié. C’est-à-dire ce qui délie les deux personnages incarnés par Maryana Spivak et Alexeï Rozin, ce couple plutôt CSP+ russe très déchiré après 12 ans laborieusement passé ensemble, à la suite de la naissance inopiné d’Aliocha. L’enfant encombre quelque peu, depuis sa naissance, et encore plus lors du divorce : erreur, il fait l’objet du ressentiment de sa mère qui lui montre peu d’affection et reconstruit sa vie avec un autre homme, tandis que son père taciturne a déjà commencé à fonder un autre foyer. Et puis il disparaît.

Cette fable moderne dramatique, qui a remporté grand prix du jury à Cannes, jouit de la nouvelle participation du scénariste Oleg Neguine et du directeur de la photographie Mikhaïl Kritchman, après Elena (2011) et Léviathan (2014), que j’avais malheureusement raté. Pourtant, j’avais été marqué par Le bannissement (2007) et avant cela par Le retour (2003), dont je ne me souviens cependant plus des histoires, sinon que d’en être sorti assommé — la critique avait moins apprécié. C’est que la sensibilité russe de Zviaguintsev, dont j’oublie régulièrement le nom, me rappelle celle de Tarkovski. Les images de ce film sont superbes, d’une cruauté et violence de l’ordinaire, et vont bien au-delà de la critique de la Russie qu’on a voulu lui prêter : c’est le rapport humain de la filiation qui est touché du doigt. La scène avec la grand-mère montre l’abîme reproduit. Les déchirements s’opposent à la générosité des bénévoles qui recherchent ce qui ne peut plus être retrouvé, dans les décors glaciaux moscovites. Un très beau film.

mardi 7 novembre 2017

tête au carré

« The square » est la satyre du boboïsme aigu moderne, et en cela, ne peut parler qu’à une catégorie de spectateur spécifique — parisienne, par exemple —, et encore, faut-elle qu’elle soit réellement ouverte d’esprit. Certes l’art contemporain y occupe la première place de l’oeil acéré, acide et auto-parodique de Ruben Östlund. Mais le personnage de Claes Bang, sur qui repose tout le film, sert à montrer toute la contradiction de cette catégorie intellectuelle de gauche qui veut sauver le monde entre deux petits fours. On ne la connaît que trop bien, à Paris — comme à Stockholm, manifestement. On en fait tous plus ou moins partie. Le saynettes fusent, parfois sans réel lien logique (tout spécialement la scène dont est tirée l’affiche, qui est une parabole déconnectée dont l’absurde relève finalement du fantasme, mais qui arrive très bien à instaurer un grand malaise). « C’est la Tesla de base » sera par exemple une réplique à dimension culte. Ou bien l’interview d’ouverture. Ou le dialogue avec Elisabeth Moss (du type : « tu étais dans moi, ça ne veut rien dire pour toi ? »). Bref, le CSP+ intello-bobo, l’aristocratie qui se cherche un alibi culturel et puis la classe pauvre, où l’on va parfois en safari, tenter de retrouver un téléphone volé. C’est virevoltant, pas forcément toujours structuré, toujours mordant, et pour qui aime la dérision — dans un carré bienveillant et humaniste, bien sûr !… —, c’est à voir non sans gourmandise. Mais cette palme (ah ?) n’est clairement pas pour tous les esprits.

mardi 31 octobre 2017

hommes du roi et de l’État

J’ai découvert Kingsman très récemment à l’hôtel à Tours. Un machin quatrième degré avec un nombre de morts à la minute qui n’épargne aucun personnage. Donc, pour le vendredi soir, Kingsman 2 semblait bien. Toujours délirant, toujours autant de morts plus ou moins absurdes, avec un scénario qui autorise un peu tout et surtout n’importe quoi. En revanche, la progression est très similaire au premier opus, ce qui enlève de la surprise et donc ça marche moins bien. Mais pour un vendredi soir, ça reste parfait.

mardi 24 octobre 2017

réplique de film

Denis Villeneuve prend la direction de la suite d’un mythe, très longtemps restée à l’état d’hypothèse. Blade Runner 2049 est produit par Ridley Scott, qui décidément capitalise sur sa jeunesse des années 1980. Le problème est que le futur des années 1980 était japonais et électromécanique — outre qu’il était en 2019, ce qui nous laisse assez peu de temps depuis notre futur actuel décevant. Qu’à cela ne tienne, le film s’embarque dans une sorte de réalité alternative et joue des codes de son auguste aîné : si l’on garde la pub pour Coca et qu’on y rajoute de manière fort ostentatoire Peugeot (rires dans la salle), un géant Atari a certainement été intégré pro bono pour le clin d’oeil aux fans. Il y a même un ballet soviétique de l’URSS (doublement sous-titré CCCP pour être sûr) : la réalité parallèle doit recoller à 2019 en partant de 1982 (mais avec cette fois-ci des caractères coréens et arabes en plus du Japonais-Chinois). On reste dans un univers très électromécanique mais on est équipé de mouchards miniatures et autres technos qui ne se correspondent pas, opérant d’étranges mélanges… Le scénario arrive à malaxer tout ça et à désamorcer quelques contradictions en faisant un usage un peu facile d’un blackout qui aurait tout effacé (un monde à la Dark Angel paraîtrait plus crédible, à mon avis, mais comme il y a des colonies extra-terrestres, on suppose que finalement, il devait y avoir quelques sauvegardes).

Le début, fort léché, est tellement clair qu’on craint un peu un remix à la Alien. Effectivement, on se tape du gros contraste, entre le numérique total et l’ancienne esthétique sombre ou il fait tout le temps nuit (et pluvieux). Il n’en reste pas moins que tout est très joli, presque trop léché. Le problème aussi avec le futur, même alternatif, c’est qu’il faut trouver du nouveau. La voiture volante, c’est déjà le futur du passé (même si dans 200 ans, on n’y sera pas encore, étant donné le niveau de recherche sur l’anti-graviton). Alors on passe aux hologrammes, avec au début une technique de projection par le plafond fort intéressante, mais qui après devient de la pure magie en se promenant aux côtés du héros : Ana de Armas assure la touche féminine du film, assez peu charnelle (mais très miamesque — ce qui la distingue totalement de la beauté sophistiquée et singulière de Sean Young, numériquement convoquée). On se demandait si les androïdes rêvaient de moutons électriques, et il sembleraient qu’ils veuillent forniquer avec des IA hologrammes.

Côté scénario, on continue dans le thriller. Cependant, quelques sauts (pour ne pas dire vides) étranges et quelques coïncidences un poil trop nombreuses, probablement par volonté ne pas trop perdre le spectateur, font craindre une prochaine director’s cut avant une final cut, comme le veut la tradition. Ou au moins une version augmentée, alors même que le film dépasse déjà les 2h40 : quand on veut trop en faire, et multiplier les fausses pistes, on court ce risque. Tout cela tient réellement difficilement debout. Heureusement que les fondations étaient solides (ironiquement).

On passe d’ailleurs d’un conte métaphysique sur la vie et la mort sous forme d’enquête-parabole, dans l’original, à un thriller où la question philosophique est un peu plus évacuée, plus sous forme de prétexte, quoique toujours présente (IA incorporelle, répliquants de générations diverses, et ce thème de la filiation qui résoudraient quelques problèmes moraux… ou en créerait bien plus). Le tout en essayant de garder l’ambiguïté sur le statut de Rick Deckard — l’affiche spoile déjà la présence d’Harrison Ford, car manifestement tous les répliquants n’avaient pas la même durée de vie. On ajoute une ambiguïté forte entre Ryan Goslin et Sylvia Hoeks (miam miam), les deux faces des répliquants esclaves. Robin Wright au milieu dans un type de rôle qui commence à être un peu récurrent.

C’est un peu bancal mais ça se laisse bien voir, surtout si l’on est amateur du genre. On pouvait espérer mieux, honnêtement, mais on est déjà heureux que ce ne soit pas un naufrage. Ça sera historiquement plus ou moins dans la même veine qu’un « 2010: The Year We Make Contact », la suite de 2001.

management festif

« Le sens de la fête » est un très bon film sur… l’entrepreneuriat — le management plus généralement. Cela a manifestement échappé à beaucoup de monde qui n’est pas chef d’entreprise. Pourtant, pour ceux-là, il est facile de s’identifier au personnage incarné par Jean-Pierre Bacri, qui a chaque nouvelle mission avec des clients parfois (souvent !) bien farfelus risque sa tête, qui dépend elle-même d’une myriade de bras cassés, heureusement au grand coeur. Il suffit d’un mauvais enchaînement de circonstance, par exemple à la suite d’un quiproquo de nouvelles technologies mal maîtrisées, et un petit incident commence à tirer la pelote des emmerdes qui volent en escadrille. Quand on est chef d’entreprise, on doit compter sur tout le monde, mais surtout sur soi. À la fin, il faut être de tous les fronts, et notamment face au client. Benjamin Lavernhe, le marié, est un parfois miroir : il est exigent, il zappe, il micro-manage, il a de hautes attentes et ne laisse rien passer. Et pourtant, parfois, il faut laisser un peu aller, et c’est là où va se nicher, si on a bien fait son travail en amont, un moment de poésie philanthropique. Et quand du désastre on est sauvé de justesse par un miracle qui relève autant de la chance que du talent et du travail… on recommence à peine plus tard.

Le film de Eric Toledano et Olivier Nakache est un drame comique, en une journée, où se joue la vie et la mort (symbolique) : on rit de bon coeur et souvent jaune ou nerveusement, c’est acerbe mais bienveillant, et c’est un talent très anglais qui est ici mis en branle, aidé par une troupe d’acteurs brillants (en plus : Gilles Lellouche, Jean-Paul Rouve, Vincent Macaigne, Alban Ivanov, Eye Haidara, Suzanne Clément et la très très jolie Judith Chemla qu’on aimerait tous marier). Hautement recommandable, qu’on soit entrepreneur ou non.

mardi 3 octobre 2017

oh bonne mère !

Mother! est le dernier ratage en règle de Darren Aronofsky, réalisateur qui est toujours sur la corde raide. Il nous sort une tarte à la crème de l’horreur, où la seule originalité est de changer l’usuelle solitude effrayante par un cauchemar de l’extraversion (invasion des nuisibles humains), surtout pour une IJ (une introverti qui range tout, vs le monde qui met la panique). Mais les problèmes s’accumulent : rapidement, plus rien n’est cohérent ; on devine du symbolisme biblique franchement lourdingue ; on multiplie les pistes qui ne mènent à rien (ça m’a fait penser aux bêtises lassantes de Lost), comme la maison organique qui saigne, très à l’image de la nature hostile de The Fountain, qu’on finit par classer dans les symboles ratés.

Ça commence comme Fenêtre sur Pacifique (avec le couple-incruste-pervers Ed Harris/Michelle Pfeiffer), avant de bifurquer vers le thriller psychologique. Mais le comportement incohérent du personnage de Javier Barden commence à faire vaciller dangereusement la crédibilité déjà entamée de l’œuvre. Dès que le nawak est consommé et vire au fantastique débridé, on perd totalement pied, de sorte qu’on ne croit plus en rien, et que ça ne marche plus du tout. Même plus les ambiguïtés de l’hallucination comme dans Black Swan, même plus les techniques d’étouffement par gros plans de Jennifer Lawrence, qui certes donne une très belle performance, et porte le film quasiment à elle toute seule par son interprétation. Mais ce conte métaphysique à deux sous qu’on voit venir d’assez loin sombre dans l’échec.

Mit souris.

120 BPM

120 battements par minute est le film le plus apprécié à la fois de la critique et des spectateurs en ce moment. Il faut dire que Robin Campillo, spécialiste du reportage-fiction depuis Entre les murs (Palme d’or en 2008, quand même), sait mener sa barque, et qu’il est aidé par une belle brochette de gay comédiens, dont une Adèle Haenel au naturel (c’est-à-dire garçon manqué un peu grunge aux cheveux longs). Dans les années 1990, Act-up (soutenu par feu Pierre Bergé, remercié au générique) est une bande d’activistes dans toute sa splendeur, qui passe autant de temps à se bouffer le nez qu’à faire des actions à l’utilité assez contestable. C’est que le Sida est quelque peu passé sous silence, à l’époque, tandis que le « cancer gay » sévit encore. Alors on ouvre la chasse au Big Pharma — totalement puéril. On intervient à l’incruste dans les écoles — très bonne idée, mais on est à peine à quelques années du brain washing que j’ai pu subir, donc pas bien certain que c’était là bien déterminant. Et puis on a quand même la vraie raison du problème : la communauté LG (on n’a pas encore les -BT en suffixe) ne veut pas entendre raison, résiste, refoule, et fait n’importe quoi. Après tout, dans les revendications, ne sort-on pas de manière bien naturelle qu’on « aimerait connaître les effets des extas sur la thérapie » ? C’est la quête du droit subjectif opposable à la vie à tout prix, quand elle commence à s’échapper après avoir merdé — on peut comprendre la colère quand on était si peu informé, certes, mais une forme d’irresponsabilité émane de cette jeunesse qui ne veut pas vieillir, qui vit dans la contradiction permanente.

La colère, la révolte, et puis l’inévitable mort qui frappe. Un film un peu long mais fort bien rendu par ses acteurs (trio Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois et Antoine Reinartz), représentant l’acte militant avec ses forces et faiblesses intrinsèques, et la justesse du sentiment. La projection a connu une interruption de plus d’une demi-heure (coupure de courant dans le quartier) : dans la salle, on a accueilli les nouvelles comme les militants dans leurs assemblées nocturnes, avec des « sssshhhh » et des claquements de doigts. Claquements de doigts pour le film, donc.

Mit souris

à bord du redoutable

Le redoutable retrace à travers les yeux d’Anne (Wiazemsky, qui en a écrit le bouquin adapté), un peu Jean-Luc (Godard) et beaucoup Michel Hazanavicius, l’autodestruction par le paradoxe de l’encensé Godard : celui qui passa avec brio du génie au sale con inutile. Il y a une époque bien marquée, les années 1960, où l’absurde inventif fuse de tous côtés. Godard, suite au bide de la Chinoise, sûr de la révolution qui s’annonce, entame son autocritique qui tourne de plus en plus à la détestation de soi et des autres — une habitude chez ceux qui veulent sauver le monde. Hazanavicius arrive à faire ressortir toute l’ironie des situations — comme ce moment où, en plein blocage, Godard trouve ahurissant qu’il n’y ait plus d’essence, cette chose si naturelle… Il dresse un portrait aigre des révolutionnaires hors sol tout évitant le procès antistalinien. Il va jusqu’à remercier Godard dans le générique, alors qu’apparemment il n’a pas tenté de le contacter — ce qui aurait de toute façon été un échec.

Et surtout, le réalisateur exploite impeccablement Louis Garrel et Stacy Martin — nue, en gros plan, etc., un régal oculaire. Ces deux-là, complétés de Bérénice Bejo et Gregory Gadebois, mènent tout le film. Godard voulait inventer un nouveau cinéma qui ne soit pas celui, bourgeois, de la nouvelle vague, dans son idéologie gauchiste extrémiste : échec total. Hazanavicius, sans doute le réalisateur le plus éloigné qui soit du révolutionnaire politique (parlons-lui droit d’auteur pour voir…) multiplie les inventions de mise en scène et les pieds de nez. L’ironie est ainsi autant sur le fond que sur la forme, dans ce portrait croisé d’un couple en décomposition, dans ce portrait d’une époque vintage en carton pâte. Slogans sur la forme, mais au final, si on s’empêche d’avoir du plaisir parce qu’il y a des souffrances dans le monde, si on s’embourbe dans les fameux juifs nazis, si on se coupe du monde pour se couper de soi-même, on reste bien jaloux de sa jeune et jolie femme comme un vieux con. C’est l’histoire d’un sentimental névrosé par sa culpabilité d’exister. Ce n’est pas courant de voir une nécrologie du vivant ; on ne sait pas trop si c’est un hommage à un mythe déchu avec un ton décalé. Mais en tout cas on s’amuse bien.

Mit souris.

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