humani nil a me alienum puto

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mardi 11 avril 2017

ghost in a Scarlett

Avec ses vues à la Blade Runner, on sent que Rupert Sanders n’a pas fait que repomper Mamoru Oshii pour ce remake filmé de « Ghost in the Shell », pourrait-on dire, ce remake synthétique des deux intrigues des volets de l’animé cinématograhique — les meilleurs, je trouve, n’ayant pas trop accroché à l’animé Stand Alone Complex qui souffrait des mêmes problèmes que cette adaptation, qui après tout revient aussi à l’oeuvre manga originale avec la séquence à caractère lesbo-érotique. On y ajoute un prequel introductif qui explicite un peu trop, travers hollywoodien. Même si ce sont des Chinois qui sont notamment à la prod (eh oui… D’où skylines et rues, et cimetière, à répétition de Hong Kong, et me semble-t-il aussi de Shanghai ?), le reste de Japonais étant incarné par Takeshi Kitano, en VO s’il vous plaît, pour un rôle qu’il sait parfaitement incarner.

Dans la salle, il n’y a pas que des fans de Scarlett Johansson, qui cumule sur son CV les rôles du genre — techno-futuriste, robot-alien, incarnation du désincarné, et évidemment souplesse de bataille. Si vous voulez embaucher un devops, c’est le bon plan : geekland est en virée en grappes au ciné. Il déguste, j’espère, la référence glissée à Avalon (devenu un quartier). Il est probablement déçu que la synthèse du puppet master et du dénouement de « GITS: Innocence » soit aussi coïncidenciel que ça — ça grossit la ficelle, alors que Ghost in the Shell ne devrait être que finesse philosophique. Les questionnements sur l’être ne trouvent résolution que dans un arc moral final (sur fond de Mama morta d’Andréa Chénier par Callas, décidément que de coïncidences !), bien loin de Descartes tant cité dans le second opus, et évacuant les longs moments contemplatifs du premier, tout en étant plus long au final — un peu comme le générique, qui escamote le fameux thème. Il faudrait quelqu’un avec un regard neuf pour tester.

L’exercice est toujours complexe, et avec toute la bonne volonté du monde, même en convoquant Juliette Binoche, même en moulant Scarlett qui quoique non physiquement très crédible en Motoko demeure appétissante même en mode invisible (très beaux effets spéciaux), évitant les écueils d’Avalon et Casshern qui en avaient fait des oeuvres très confidentielles (que j’ai en DVD depuis longtemps après avoir vu au ciné au moins le second), on est peut-être un poil déçu de tenir une certes bonne oeuvre, mais clairement pas un chef d’oeuvre, malgré le matériaux de départ.

lundi 27 mars 2017

quête éperdue

Percival Harrison Fawcett était prédestiné aux quêtes impossibles. Arpentant la terrible forêt amazonienne, où il y a plus de raisons de mourir subitement que d’en revenir entier, il tombe sur un début de mystère qui vire à l’obsession : retrouver une cité mystérieuse qui montrerait définitivement le relativisme de la civilisation occidentale (je crois qu’on a le même type psychologique en fait : je l’ai jugé trop vite extraverti, surtout au milieu du grand rien vert).

Charlie Hunnam interprète le rôle pour le compte d’un James Gray qui sait nous faire de la poésie visuelle. Il nous absorbe dans les aventures entre les Indiens dégénérés de Londres et ceux d’un abord complexes de l’Amazonie (le réalisateur s’en est tenu à la Colombie pour ses plans). On ne se rend même pas compte que Henry Costin est interprété par Robert Pattinson au milieu des piranhas. Plus qu'un film d'aventure (ce n'est pas Indiana Jones !), c'est une exploration psychologique en profondeur, autant que la jungle.

« The lost city of Z », adapté de la biographie (romancée ?) de David Grann, c’est l’histoire de quêtes qui dépassent la raison pour entrer dans la passion. La passion du mystère extérieur qui trouve un écho interne. Mais le seul mystère insondable, c’est comment quitter par autant de fois Sienna Miller (Nina Fawcett) ? On ne voit pas passer les 2h21 qui s’étalent sur vingt années de vie — et peut-être de mort, car le mystère est bien total.

humoristisch finois

« L’autre côté de l’espoir » d’Aki Kaurismäki mêle du contemporain et de l’ancien, comme le téléphone portable et filaire des années 80 alors que les migrants ont un portable, et ce parti pris n’est pas que la seule bizarrerie : en fait le Finlandais, c’est comme l’Allemand. D’ailleurs, y’a la même tapisserie, et la même bouffe atroce. Ça fait aussi une sort de conte moderne hors du temps, mais pourtant ancré dans le concret du conflit syrien exporté. Deux histoires parallèles se rejoignent tout aussi étrangement, lorsqu’un migrant sympathique qui attire pourtant les coups de poings et se fait toujours rejeté, rencontre un vieil entrepreneur qui a revendu son stock de chemise pour acheter un resto local. Un peu fagoté de travers, mais pourquoi pas. Cependant, à manier l’absurde, peut-on réellement avoir un discours moral : on ne sait plus très bien sur quel pied danser.

dimanche 19 février 2017

mélancolie de l’ordinaire

Manchester by the sea de Kenneth Lonergan a été étiqueté « très bon film qui fout le cafard ». Ça méritait d’aller vérifier avant qu’il ne disparaisse. Certes, ça commence par un mort : Kyle Chandler ne verra plus demain à la Une. Justement, on suit les Chandler, et donc le frère restant, incarné par le mutique Casey Affleck, dont on dit beaucoup plus de bien que son frère (qui semblerait réussir sa reconversion derrière la caméra, mais je manque de temps pour tout voir ces derniers temps), et qui n’a pas à trop à forcer sur son introversion. On sent en lui une violence dont on ne trouve l’explication dramatique que plus tard. Il y a de l’épaisseur psychologique et du refoulement particulièrement bien étudié dans tout ce drame du très ordinaire — montrer ce qui est caché par la pure suggestion, on imagine bien le talent qu’il faut. Lucas Hedges tient un rôle qui lui permettra sûrement de continuer une belle carrière.

Très belle bande originale à base de Haendel et de Bach, pour parfaire l’ambiance plombée.

lundi 13 février 2017

wanna be stooge

« Gimme danger » est le documentaire de Jim Jarmusch (encore lui !) sur les Stooges et plus particulièrement Iggy pop. On revient sur la formation du groupe, le grand n’importe, la drogue, les morts, le temps qui passe. On évite de trop trop passer « I wanna be your dog », parce qu’ils ont fait d’autres trucs, certes avec un champ lexical assez réduit, mais on comprend pourquoi, faut que ça percute, comme les coups de pieds au cul que se donnent les Three Stooges à qui ils piquent le nom. L’aventure d’un groupe de trubillons qui fout la panique, que personne ne sait gérer, qui vont s’autodétruire avant de grandir enfin (l’un d’entre eux va même devenir ingénieur à la Nasa…), mais qui vont inspirer plus ou moins tous les groupes de rock à venir.

Beau montage pour un bel hommage.

mardi 7 février 2017

lalalalalalaland

To be honest, je me demande combien de spectateurs sont venus à cause du tapage aux Oscars, où l’on adooooooore, en bons nombrilistes, tout ce qui tourne autour d’Holywood. Parce que des comédies musicales où ça chante à moitié, comme au bon vieux temps de Fred Astaire (et encore, ça chantait plus !), ça faisait longtemps qu’on n’en voyait plus, et je n’aurais pas naturellement parié qu’il y avait encore un public autre que d’aficionados pour cela, même à Paris. Entre des films qui ne passent que sur TCM Cinéma à pas d’heure, et quatre salles simultanées dont les deux plus grosses au MK2, je me demande combien de temps La La Land va tenir à l’affiche à ce rythme.

Mais voilà, Emma Stone ne se boude pas. Emma Stone, même, se vénère. Emma Stone rend stone. Et Ryan Gosling a décidément la classe. Le jeune Damien Chazelle (dont j’avais raté Whiplash, qui avait une excellente critique) a un fluide de caméra absolument bluffant, dès la première séquence. Je me souviens avoir écrit à mes sous-traitants indiens de vidéo que la différence entre une bonne vidéo et une excellente vidéo, c’est la maîtrise de la transition entre les plans. Hé bien là, c’est parfaitement parfait. Le scénario est aussi bien construit et évite autant le pathos que la tarte à la crème romantique. Et puis plusieurs jours plus tard, on a encore la rémanence des chansons dans la tête. Tout y est, et pourtant, il y a un petit quelque chose qui nous dit que, si on aura plaisir à le revoir de temps à autre, on ne tient pas un chef d’oeuvre qui fera date. Mais on ne peut être qu’heureux que cela tombe au bon moment au bon endroit, quand il ne se passait plus grand chose.

mardi 31 janvier 2017

motion on arrival

Au théâtre des Abbesses, il a fallu recommencer le cinéma du duplicata. Cette fois, j’avais appelé la veille pour sécuriser la chose. Mais au guichet, on me dit qu’il n’y a rien ; puis au bureau des retraits, non plus, et on me renvoie au guichet ; pure bureaucratie. Alors on dégaine le nom de la chef du chef de la chef de la guichetière, qu’on a eu au téléphone, et sans rien vérifier, tout à coup, cela vous débloque une imprimante — non sans râler évidemment. Et l’on découvre qu’il y a même un label « duplicata » apposé au billet, ce qui prouve donc que cette possibilité a toujours été prévue…

Au balcon, de côté, on se dit que ce n’est pas forcément idéal, mais finalement on est bien content : Lucy Guerin a choisi pour Motion Picture de synchroniser sa chorégraphie avec le film noir D.O.A. (Dead On Arrival, en version longue) de Rudolph Maté, un plaisir de cinéphile paraît-il, qui est diffusé sur deux écrans de côté. Donc, nous avions une vue privilégiée à la fois sur l’écran et sur les danseurs, sans trop avoir à se tordre ; tandis que le reste du public n’en apercevait que des bouts, ou même rien du tout. L’expérience est donc radicalement différente selon la position : pour nous, c’était d’observer la continuité scénique, la construction contre une oeuvre, faire des aller-retours ou du simultané. Pour le reste de la salle, c’était à mon avis un peu comme quand j’annote un slide projeté sur un tableau blanc, puis que j’éteins le vidéo-projecteur. Il faudrait tester, pour comparer. Mais je n’ai pas été mécontent de voir le film simultanément… (Et pas seulement l’entendre)

La première moitié de l’oeuvre suit mimétiquement l’action, d’ailleurs — les danseurs recopient, font du playback, miment. Mais ensuite elle s’en sépare de plus en plus, alternant les idées originales (faire la bande-son en chantant par exemple, ou des onomatopées vocales), jusqu’à ce que vers la fin, le film ne soit totalement maltraité (il nous manque donc, à nous spectateurs, la fin de l’affaire… Qui a donc empoisonné — au Polonium ? — notre malheureux héros ?). On a parfois bien ri de l’incongruité. Le travail est au moins des plus original. Et puis on a découvert Lauren Langlois, qui comme Alisdair Macindoe porte l’oeuvre plus particulièrement dans la troupe, et dont la sensibilité est une bénédiction de bout en bout.

Paterson in Paterson

« Paterson » n’est pas que le nom du dernier film de Jim Jarmusch ou du personnage principal : c’est aussi celui de la ville fort calme qui a inspiré William Carlos Williams, poète à la Bukowski (en prose rythmée), dont un homage indirect lui est ainsi rendu, ainsi qu’à la poésie ordinaire, mélancolique et triviale du quotidien. Paterson, poète amateur, conduit son bus dans les rues de Paterson, et il ne se passe rien. À un moment, c’est le bouleversement le plus total : le bus tombe en panne ; mais tout rentre rapidement dans l’ordre. Le ménage à trois des personnages principaux du film s’établit avec la femme de Paterson, sorte d’antenne empathique qui colorie tout ce qu’elle trouve en noir et blanc, et le mini-bouledogue Marvin (auquel le film est dédié, donc « feu la chienne » serait plus correct), qui établira à la fin une allégorie de la disparition et de l’éphémère grâce à son appétit pour les belles lettres et le carnet qui les contient. Autant dire que c’est aussi contemplatif qu’un Jarmusch ordinaire. Il faut se laisser bercer.

jeudi 12 janvier 2017

kimi no na wa

Malgré mon amour du manga, je ne connaissais pas Makoto Shinkai (pour ma défense, cela fait quelques années que je vis en hermitte…). Et c’était un tort. Je pense que depuis le très regretté Satoshi Kon, dont ce « Your name » m’a rappelé « Millenium actress », avec sa narration fort originale, je n’avais jamais vu ça. Alors que ça commençait de manière aussi mystérieuse, presque brouillonne, qu’un Evangelion, et malgré un générique plutôt typique d’un anime en série plutôt qu’en film, rapidement, les personnages attachants et l’atmosphère aussi bien rendus qu’eux captent l’attention, jusqu’à ce que toutes les pièces se mettent en place et que l’on découvre quelques retournements réellement inattendus. Tout est si bien ficelé ! Plus de 10 millions d’entrées au Japon et une salle 4 remplie à ras bord aux Halles : à ça je ne m’y attendais pas non plus. D’autant que les références sont très clairement nippones. Que d’excellentes surprises !

mercredi 28 décembre 2016

SW 3.5

Premier spin-off sous forme cinématographique de Star Wars — puisqu’il y avait déjà eu les Clone wars en animé, auxquelles je n’ai pas beaucoup accroché —, « Rogue One: A Star Wars Story » est aussi la marque d’une nouvelle exploitation extensive par Disney. Une équipe de nouveaux héros jetables, menés par une Felicity Jones irrésistiblement mignonne (quoique hors de mes critères hétérosexuels), et un effort désespéré des scénaristes de rattacher les wagons, avec bon nombre de références (essentiellement à SW4) pour faire plaisir aux fans, mais je pense quelques problèmes de continuité tout de même — à vérifier (toujours pas eu le temps…), de ce que je pense relever, la nature opérationnelle de l’étoile de la mort (Tarkin laissait penser que ça n’avait jamais été testé avant, de mémoire — les scénaristes se rattrapent sur le fait qu’il n’y a que des essais préliminaires, certes), l’évocation sur la manière dont les plans ont été volés (plutôt de l’espionage que THE bataille intergalactique), et un problème de hiérarchie (Darth Vader directement sous l’empereur comme à partir de l’épisode 5, alors que le 4 est assez clair sur le fait qu’il est sous Tarkin). Mais ça aurait pu être pire (il n’y a qu’à lire la Bible pour voir le bordel de l’exercice). Ils n’ont pas oublié que le Sénat existait toujours, c’est bien.

En fait, j’avais même un instant craint la catastrophe, avec la sortie des scénaristes Chris Weitz et Tony Gilroy, qui faisait craindre un manichéisme de bas étage (j’ai arrêté de noter le nombre de contre-sens qui ont suivi ces déclarations…). En fait, on a des extrémistes chez les rebelles, qui ne font pas trop dans le détail, entre l’assassinat et le massacre de civils au milieu des échauffourées. Donc, on peut trouver que les rebelles, c’est sale. Quelque part. Bref. L’Empire est tout de même vraiment trop décrit comme un bordel de psychopathes ; c’est un peu dommage. Pas la peine de forcer le trait outre-mesure, les loulous.

Au final, c’est formaté mais ça fait le job. Très bien, même. Star Wars a été décliné en tellement de choses qu’on n’est plus forcément à un film près, et si l’on suit la route, on ne peut pas se rater (repensons avec émotion à SW1… Non.) Mais du coup, notre réalisateur Gareth Edwards et ses six précédents films totalement inconnus au compteur, il sert peut-être bien à rien. Le seul risque qu’il prend par rapport à la tradition, c’est l’absence de résumé préliminaire (on a quand même un vaisseau qui arrive), pour nous mettre une séquence d’introduction (qui doit se dérouler juste après SW3), avant de faire un bond 15 ans plus tard (juste avant SW4, avec une belle transition finale, et une Leia numériquement reconstituée comme Tarkin — on n’y voit que du feu).

Alors ça se regarde aussi bien qu’un énième épisode Star Trek, avec grand plaisir, mais sans révolution.

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