humani nil a me alienum puto

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lundi 11 juin 2018

Wes mordant

J’ai mis pas mal de temps pour me faire à la loufoquerie de Wes Anderson, et si j’étais fort peu convaincu initialement, je pense que The Grand Budapest Hotel a fini de me convertir. Cet Isle of Dogs est dans cette tradition de l’aventure animée (totalement, cette fois) ; de l’aventure insulaire Moonrise Kingdom aussi. C’est à la fois délirant et rondement mené, et on pourrait même reprocher d’être trop parfait/propre (pour une fois Samuel Goldwyn serait content — « Well, this slum cost a lot of money. It should look better than an ordinary slum. »). On se retrouve chez les Japonais (des amoureux des chats, forcément), qui décident de bannir leurs chiens sur une île-poubelle — il y a du complot derrière tout cela. L’ambiance nippone est extrêmement bien rendue, pour grande partie grâce à l’excellente musique rythmée d’Alexandre Desplat. Il y a de très bons moments, sans rien ne se détache trop du lot non plus. Cela donne finalement un sentiment assez étrange entre l’originalité et le produit répétitif. Ça n’empêche pas de passer un fort bon moment, et c’est surtout ça qui compte.

Solo en solo

« Solo: A Star Wars Story » est le 2e épisode intermédiaire et intercalaire : c’est donc le numéro 3.5, si l’on admet que Rogue était 3.25. Il a été quelque peu descendu par la critique, et il a rapidement été relégué dans de plus petites salles. Peut-être parce que tout cela préparait à du modérément raté, j’ai été plutôt agréablement surpris. Et de « pas si pire », je dirais même : franchement bon ! À se demander, en fait, si les critiques s’attendent toujours à des fantasmes projetés. Entretenir un mythe, c’est compliqué. Et pourtant, il y avait Lawrence Kasdan au scénario, celui des épisodes 5 et 6 (et même de retour sur le 8, avais-je remarqué ?), avec ce qui semble être sa progéniture, Jonathan Kasdan (qui côté étoiles s’est déjà fait la main sur quelques Stargate, dans le passé). Et même à la réalisation, c’est Ron Howard : quand même pas le premier venu…

Côté acteurs, on fait le plein côté new faces (à l’exception de Woody Harrelson en Tobias Beckett — le père symbolique à tuer —, et Paul Bettany en Dryden Vos — le méchant de l’histoire), à moins de suivre Games of Thrones et d’y reconnaître Emilia Clarke en Qi'ra, qui n’est probablement pas la meilleure actrice de la galaxie, mais qui a le sérieux avantages d’une bouille SW-compatible. C’est Alden Ehrenreich, de Beautiful Creatures (et quelques autres rôles très mineurs), qui reprend le rôle-titre de Han Solo, et il a la même allure que Harrison Ford junior, poussant le vice jusqu’à refaire les mimiques de ce dernier (essentiellement au début du film).

Comme le scénario a été bien travaillé, tout s’intègre bien dans l’histoire générale de SW, tout en ménageant du suspense, ce qui n’est pas aisé étant donné que l’on sait à l’avance que les deux protagonistes principaux (dont la rencontre fait partie des aspects surprenants), Han et Chewbacca (repris par Joonas Suotamo depuis l’épisode 8), s’en sortiront bien. On attendait par exemple la partie de cartes pour gagner le Falcon Millenium (puisqu’il en est question dans l’épisode 6, avec Lando — repris par Donald Glover), et là encore, le scénario ne cède pas à la facilité linéaire. On a même un petit détail pour ravir les fans de la première heure, avec une prise de position enfin claire qui résout un vieux débat : HAN SHOT FIRST !!! (Accessoirement : en français, on dira définitivement Han et pas Yan)

Cet épisode se fait enfin plaisir avec des thèmes féministes, déjà fouillés dans le reboot, tout à la fois avec un personnage féminin qui tabasse (même s’il faut attendre un peu pour la voir en action), et une robote (?) qui est l’élément comique répétitif, dans sa lutte des classes incessante, ce qui relève quand même de beaucoup le niveau par rapport aux gags de Jar Jar (que la lave lui coule sur la tête). Il y a un maniement intelligent du second degré qui n’est pas pour déplaire, en fait. Une dernière surprise pour la route, qui tombe un peu comme ça, tout à la fin, alors que l’exégèse peut totalement exploser avec un truc pareil : il y aurait un autre Sith travaillant pour l’empire, genre petit neveu de Darth Maul. J’ai l’impression que ça travaille déjà sur les épisodes intercalaires entre le 6 et le 7…

mardi 29 mai 2018

aimer à la va-vite

Le dernier Christophe Honoré, « Plaire, aimer et courir vite », retrace les années 1990 où homosexualité rimait avec Sida, mais avec une approche radicalement différente du récent « 120 battements par minute » (l’allusion rapide à Act Up par le personnage principal n’étant pas très tendre), se rapprochant plus de l’autre récent roman d’apprentissage « Call me by your name ». Nous avons trois âges : Pierre Deladonchamps joue un écrivain trentenaire que l’on apprend assez tardivement (spoiler !) comme devant courir assez vite si après avoir plu au jeune breton bisexuel Vincent Lacoste, il veut pouvoir aimer correctement. Denis Podalydès est le voisin tout aussi gay et plus âgé, qui est quelque part lui aussi une figure sage, érudite mais néanmoins libidineuse (et hébéphile) que l’on rencontre souvent dans ce milieu — un autre aspect avec les fameux et disparues rues/voies de berge/fourrés où ça baisait comme des lapins, ce que l’on n’avait aperçu jusqu’à présent que dans « Saint-Laurent », il me semble.

Honoré est vraiment particulièrement bon dans le sentiment. Apparemment, ça ennuie une partie du public, tandis que la critique parisienne, plus sensible au genre, est ravie. Nous aussi.

mardi 15 mai 2018

deux sur cinq

“Senses” est présenté comme la première série au cinéma. Réalisé par Ryusuke Hamaguchi, aussi au scénario, il est question de quatre Japonaises amies à Kobe. On commence par les épisodes 1 & 2, ce qui semble logique, mais tous les synopsis sont déjà sur la suite, qui doit sortir dans la foulée. Bref, on touche aux tabous nippons, comme le divorce. On touche surtout à la sclérose d’une société qui n’a jamais réellement embrassé la modernité dans la tradition, et le paie actuellement très cher. C’est lent, parfois ennuyeux, mais c’est ça, le vrai Japon : une sorte de mélancolie latente de vivre…

lundi 7 mai 2018

Jennifer toute rouge

"Red Sparrow" a été un peu dégommé par la critique alors que ce n'est pas mal du tout. En tant que film d'espionnage, ça tient la route et ça tient le suspense jusqu'au bout. C'est déjà fort bien. Ça donne très ouvertement dans le trash, et certains y ont vu une reprise de contrôle de Jennifer Lawrence sur son corps après la divulgation des photos plus que dénudées sur le cloud associé à son téléphone portable, elle qui n'était jamais encore apparue dévêtue à l'écran, mais enfin, cette fille n'a jamais trop été non plus le perdreau de l'année et ce n'est pas la pudeur qui l'étouffe au naturel. C'est violent, c'est érotique, c'est un peu dégueu, mais c'est aussi intelligent. Et ça danse. Et il y a Jeremy Irons, Charlotte Rampling (en plus du glaçant Matthias Schoenaerts et d'un Joel Edgerton au grand coeur). Alors j'approuve !

lundi 16 avril 2018

shoot again

« Ready player one » est l’adaptation par Steven Spielberg d’un bouquin à la première personne et à l’écriture un peu facile mais assez épais. Et ça se veut une synthèse de culture geek : on confirme. L’immersion dans la réalité virtuelle est un thème récurrent (qui puise dans de la philosophie bien ancienne…). Le grand public connaît Matrix ; mais concernant le jeu, il faudrait plutôt voir du côté d’eXistenZ (à la différence que les personnages savent bien quand ils sont dans le jeu) ou de Hunter X Hunter sur l’arc narratif Greed Island (la manière de choisir les items stockés est d’ailleurs très similaire dans le film). Mais les références sont extrêmement nombreuses et si une bonne partie est largement explicite, d’autres sont plus subtiles et échapperont à tous ceux nés avant la moitié des années 1980, grosso modo. C’est donc une sucrerie pour trentenaire ou un peu plus (d’où certaines critiques qui parlent d’un revival de l’esprit Goonies, une référence qui ne parle qu’à une certaine classe d’âge précise). Les plus gros hommages sont faits à Back to the future — produit en son temps par Spielberg —, et cela va bien plus loin que la DeLorean, la coiffure du Doc ou le prix Zemeckis. Ce sens de la nostalgie s’était déjà retrouvé dans Super 8, après tout. L’aspect dystopique en moins.

Dans le monde réel, deux acteurs principaux tiennent le film, Tye Sheridan (Wade aka Parzival) et Olivia Cooke (Samantha aka Art3mis). Mais on passe bien plus de temps dans de la pure 3D, et le générique fait la part belle à toutes les petites mains du Unity. C’est bien fichu et efficace, du grand spectacle, comme on dit.

bande d’idiots utiles

La mort de Staline (« The Death of Stalin ») est un film complètement génialement barré sur le soviétisme par le réalisateur Armando Iannucci, d’après une BD française. En pleine purge, le premier cercle du dictateur général prend le relai à la mort de celui-ci. Épisode de l’Histoire entre Nikita Khrushchev (Steve Buscemi) et Beria (Simon Russell Beale) où le pouvoir suprême est en jeu. Mais surtout, affrontement au sein d’une bande d’idiots utiles au sein d’un système qui marche totalement sur la tête. L’humour est noir, le rire jaune. Nageons joyeusement dans l’absurde hyper violent. Jubilatoire. Évidemment les cocos seront choqués et trouveront le tout vulgaire, alors que c’est certainement le meilleur film sur le soviétisme jamais réalisé. Creuset délirant de la raison, comme dirait Pierre Legendre. L’humour tuera-t-il le soviétisme au-delà de Staline ?

lundi 2 avril 2018

sprout Croft

Un reboot de « Tomb Raider ». On échange Angelina Joly et ses mimiques contre Alicia Vikander, certes, mais encore ? Plus qu’un reboot, c’est une sorte de prequel : comment la magnifique Lara est devenue une héroïne de jeux de vidéo. Heu, de l’archéologie façon Indiana Jones — et c’est une référence qu’on trouve clairement plusieurs fois dans la trame de cet opus. Donc, on s’intéresse aux origines de l’héritière qui aurait tout pour se la couler douce, mais qui suite à la disparition de ses parents, ou plus exactement du seul qui restait, son père, va vivre marginalement, s’entraîner, refuser argent et pouvoir qui ne sont pas le sien (oui, c’est du Batman — surtout façon Nolan —, jusqu’à la toute fin et l’annonce de la suite).

C’est ainsi que Lara livre à vélo avec une bande de joyeux drilles. Un vrai garçon manqué, avec son teint halé et sa fine silhouette (elle taille du 12 ans ou quoi, Alicia ? La perfection de cette fille est sans limite — elle vient du ballet, voilà le secret !), à jouer les casse-coût alors qu’elle est simplement brillante (grosse référence à Dark Angel, dont le personnage semble totalement pompé). Lara ne veut pas signer les papiers qui enterreraient son père disparu. Et au dernier moment, elle découvre même que la solution serait en Asie : direction Hong Kong ! (Largo Wynch/Tomb Raider 2) Un HK qui nous rappelle que c’est une fiction : déjà parce que le port à Aberdeen ne ressemble plus à l’image d’Épinal qu’on s’en fait sur fond vert, ensuite parce qu’elle tombe sur les seuls brigands en 150 ans qu’il n’y ait jamais eu là-bas.

Peu importe, l’aventure continue, pompe sur Alan Quatermain ou un truc du genre (esclavagisme de tout ce qui traine pour trouver du trésor à la petite cuillère), et dévie enfin, ralalalah, sur du Rambo. Alicia, un arc, des flèches, et des vilains à occire. Que demande le peuple ? On voit Lara tuer son premier méchant gros bras, à mains nues (trop chou !), Lara se suspendre au dessus du vide (j’avais l’index gauche qui restait appuyé sur la touche Shift de mon siège, quelle frayeur !), Lara qui bondit au dessus du vide (control ? En revanche elle ne saute pas encore en arrière — alt ? Je ne me souviens plus bien —, et donc pas de saut périlleux arrière, ma cabriole favorite pour flinguer des dinos — mais les flingues n’arrivent qu’au générique, et les dinos pas du tout).

Ah, j’oubliais : il y a du puzzle et de l’énigme (japonaise) — Lara juste super intelligente. Et la tentation du surnaturel vs le rationnel. Je vous laisse deviner la dernière référence : Sherlock Holmes. Je crois que niveau synthèse, on n’avait jamais fait mieux. Et en plus, il y a Aliciaaaaaaa, qu’on sent lutter, mais qui reste toujours forte (une seule petite larmichette recensée. Pour montrer qu’elle n’est pas aussi insensible qu’Angelina Jolie, non mais).

Lara Croft est le fantasme absolu. Alicia Vikander y est donc parfaite. Roar Uthaug devrait cependant passer la seconde pour la suite, car le ronron que je suis près à largement excuser pour une introduction-apprentissage n’est déjà pas pardonné par une partie de la critique peu patiente ni sensible à Alicia (ils ont tort).

lundi 19 mars 2018

Eva refatale

« Eva » est le dernier film plutôt raté de Benoît Jacquot. Quand on regarde sa filmographie, il y a quelques petites perles qui n’ont rencontré son public qu’à moitié, et puis beaucoup d’anecdotique. Ce film en fait partie. Il essaie de trucs, comme le champ-contre-champ en tournant vivement la caméra (beurk), des TGV qui passent et repassent, ou encore une sorte de ralenti étrange pour signifier la mort symbolique d’un personnage pour l’autre, par deux fois. Dans l’ensemble, c’est assez mal embouti, même si la psychologie, la tension, tout ça tout ça. On y va d’abord pour Isabelle Huppert (qui a un rôle sur mesure) et Gaspard Ulliel ; on y rencontre aussi une intéressante Julia Roy ; et on croise Richard Berry. Et puis voilà. C’est fouillé, mais ça fait un peu toc, et les 1h40 semblent plus longues. Arrivé en retard pour cause de RER pourri et de bus naze, j’ai raté le tout début. Et lorsqu’il m’a été conté, ça m’a rappelé quelque chose. Mais quoi ? Eva, de Joseph Losey, rediffusé en 2014. Ça me revient. Mieux valait ne pas y retoucher…

de la vertu de l’homme qui ne pardonne pas

« L’insoumis » est un documentaire de Gilles Perret qui n’est pas bien resté longtemps à l’affiche, mais reste diffusé dans le cinéma gaucho-coco-engagé de l’espace Saint-Michel. Ça nous parle de Jean-Luc Mélenchon pendant la dernière campagne présidentielle. J’ai voté Mélenchon. Mais certainement pas pour les dernières présidentielles. Et les deux raisons se trouvent dans ce film pourtant assez clairement pensé pour être hagiographique, subjectif en creux, jusqu’à omettre certains « détails » grossiers (notamment post-campagne avec la position sur le FN et le comportement indigne de Mélenchon et de la France insoumise en général, mais aussi avec la disparition étrange de Garrido — qu’on entraperçoit rapidement qu’une ou deux fois — et l’effacement général de Corbière, que l’on voyait pourtant partout à l’époque).

Des nombreux moments croustillants du personnage, on retient par exemple cette saillie sur les anciens Trotskystes devenus les nouveaux vegans. Il faut dire que l’équipe de campagne, c’est la team bonnes consciences, avec beaucoup de jeunes (& jolies) filles. Ça fait quand même un peu asso de la buvette, à faire des plans autour de l’assiette de conté, et à un moment on se demande comment diable s’organise la machine qui gère les salles de meetings (plusieurs en même temps, avec les hologrammes), les bateaux et autres manifs — en fait quand il y a de l’orga de guerre, ça mange du faux japonais à emporter, avec des tables en rond : c’est comme ça qu’on fait la distinction.

D’une manière générale, transparaît la sympathie inhérente du personnage, drôle, plutôt attachant, fort instruit, mu d’une vraie volonté, avec un sentiment sincère, non feint, toujours entier, amateur de lait fraise (ah !) mais toujours intransigeant. Et pourtant apparaît aussi la colère, qui le mène à la haine même, et c’est là le côté obscur d’un personnage qui n’aime finalement réellement que des gens qui l’aiment, ou une certaine idée des gens qu’il se fabrique. Ceci est ainsi particulièrement vrai des journalistes, dont il a raison de relever l’indigence générale et particulière, mais qu’il conspue d’une manière détestable même lorsqu’ils sont, en fait, dans leur rôle de miroir — certes biaisé. Cet immense mépris auquel se résume sa réponse est peu à propos pour les fonctions qu’il vise. Déjà parce qu’il n’incarne pas, ni ne cherche vraiment à rassembler — il en est de même lorsqu’il se plaint des réactions qu’il a pourtant cherché à déclencher, par exemple en voulant la révolution économique bolchévique à lui tout seul, puis à voir que les journaux spécialisés s’alarment. Un Macron, qu’il conspue par son hypocrisie du système-anti-système, se montre à l’inverse beaucoup incisif et machiavélique dans sa gestion des médias (ce qui est largement plus le signe d’un homme de pouvoir). Mélenchon, c’est surtout un sentimental émotif ; il faut se méfier des émotifs au pouvoir comme de la peste.

Et ainsi, lorsqu’on parle de sa bibliographie ou de sa pensée (très NIH, un peu du Kant remâché), on se surprend à parler de vertu peu après avoir évoqué l’absence de pardon pour tout un tas de faits. Il y a des choses comme cela qui coincent, et il ne se rend même pas compte, trop occupé à regarder ce que l’on pense de lui. Et ce n’est pas la moindre contradiction pour celui qui assume avoir « été surpayé » comme parlementaire durant de nombreuses années, et avoir tout mis de côté (se moquant au passage à juste titre de Fillon, car il est un très bon commentateur — mais un stratège assez médiocre) : il a une certaine conception de l’économie qui ne semble pas avoir beaucoup de relation avec le réel, même dans sa propre vie privée (dont on ne saura absolument rien du tout)… Mais le plus fort reste sur la nature de ses adorateurs, sur lesquels on se penche peu : il parle beaucoup du peuple, dont il se veut le tribun (référence connue par coeur qu’il recase souvent), mais ce n’est pas les « nigauds » qui iront voter pour lui après être allé se fourvoyer chez Fillon, car le peuple de base vote en réalité extrême droite. Impensé total, tant chez LFI en général que dans le documentaire. La lutte des classes, en réalité, ce sont des fonctionnaires intellectuels un peu déclassés qui se rachètent une conscience sociale à peu de frais (et qui n’ont rien appris des « révolutionnaires » du passé, par un aveuglement typique — idiots utiles ?). Les ouvriers ne mangent pas bio et encore moins végan.

Le documentaire échoue totalement dans cette analyse. Il assume à moitié sa subjectivité, s’essayant à une sorte d’objectivité en concédant une part d’ombre du personnage — et encore, on se demande si c’est bien volontaire. En cela, les incisifs « Le Président », « L’expérience Blocher », ou même « Edouard mon pote de droite » étaient bien plus pertinents, parce que réalisés de l’autre côté, par des réalisateurs curieux de ce qui se passe de l’autre bord de leurs pensées ou valeurs. Gilles Perret est beaucoup trop à gauche pour s’insoumettre lui-même. Dommage, il y était presque. Il n’empêche que ça vaut d’être vu pour tout amateur de l’anthropologie politique.

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