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Tag - comédie musicale

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vendredi 27 juin 2014

le roi et elle

"The King and I" m'inspirait et j'en avais lu d'excellents échos, avant même la critique très positive de Laurent. Et pourtant, j'en ressors avec un avis bien mitigé... Certes la mise en scène de Lee Blakeley est réussie. L'Orchestre Pasdeloup (direction James Holmes) donne une interprétation de qualité — qui commence délibérément avec les lumières éclairées alors qu'il reste pas mal de monde à asseoir... Christine Buffle (Anna Leonowens) compense les déficiences vocales de Lambert Wilson (le Roi), qui de toute façon ne chante pas souvent, étant donné que c'est plus du théâtre parfois chanté que de la comédie musicale. Les autres interprètes — Lisa Milne (Lady Thiang), Je Ni Kim (Tup-Tim), Damian Thantrey (Lun Tha) — et plus spécialement celle que nous surnommerons "Choupinette" (en vert et rose) était très bons ou excellents (et Choupinette, on a juste envie de l'adopter).

Mais voilà, la musique de Richard Rodgers (1951) n'est pas vraiment emballante, et surtout, le problème se situe au niveau du livret d'Oscar Hammerstein II, d'une niaiserie totale. Je n'ai pas lu le roman de Margaret Landon, mais j'ai vu le film, et déjà, on peut constater que toute la partie politique, morale, concernant le pouvoir, dans sa force et sa fragilité, a été escamoté, ou plutôt édulcoré. Fus-je étonné de l'issue de la fuite des amants traitres ? Évidemment qu'à ce compte, préférant miser sur la comédie et le comique de répétition ("et cetera"), le Roi ne fait plus peur, et même un peu pitié... Et le rôle d'Anna est remâché pour un discours ultra-moderne qui n'arrive à se faire oublier que par le sommet de l'occidentalisme exacerbé, la (très, trop longue) pièce de théâtre où le "bon sauvage" réinterprète la cabane de l'oncle Tom : l'Occident qui imagine comment le sauvage peut nous voir. Mise en abyme d'arrogance. Franchement gênant.

Mis à part lorsque pour le porno, où le plus est l'ennemi du bien, j'attends toujours un scénario qui tienne la route, avec un discours intelligent. Pas du Disney sucré des années 1950 (avec les bons vieux clichés qui ne vont pas chercher loin). N'ayant pas même valeur de témoignage historique, il en reste un divertissement, un loisir. Un peu trop léger, surtout avec les prétentions affichées, et le ton adopté.

dimanche 13 avril 2014

promenons-nous dans les bois

« Into the woods » a ravi les amateurs éclairés de comédie musicale, au Châtelet <http://blog.parisbroadway.com/2014/04/into-the-woods.html>. Il faut dire que l’œuvre de Sondheim baigne dans une ambiance jubilatoire de réinterprétation de contes de fées : Cendrillon (Kimy McLaren), le petit chaperon rouge (Francesca Jackson), Jack et le Haricot magique (Pascal Charbonneau — sa mère : Rebecca de Pont Davies) et Raiponce (Louise Alder) se croisent grâce à un nouveau méta-conte, le boulanger (Nicholas Garrett) et sa femme (Christine Buffle). Le but du boulanger : renverser la malédiction d’infertilité qu’a jeté la sorcière (Beverley Klein, mère adoptive de Raiponce) en lui fournissant des objets typiques des autres personnages, le tout se baladant dans les bois.

Le chassé-croisé invraisemblable est narré par un vieux conteur (Leslie Clack) sur le côté de la scène. Première partie : après quelques accès de morales douteuses, les différents contes se terminent comme ils devaient se terminer, la boulangère pourra se reproduire et la sorcière a retrouvé sa jeunesse. On aurait pu le deviner : c’est pour la musique et les décors, plus que le scénario global, qu’on se régale, même si l’ensemble est relevé de petites pépites. Les duos de princes (Damian Thantrey — aussi loup — et David Curry), l’un tombé amoureux (et poursuivant dans les bois) d’une petite souillonne lors du dernier bal, l’autre coursant une blonde à long cheveux des bois, sont vraiment croquignolesques. D’ailleurs, on leur a appris à être charmant, pas sincères, alors qu’ils se mettent à courir la Belle au bois dormant et Blanche Neige : la deuxième partie renverse tout.

Tout construire, et puis tout casser. « Into the woods » se divise bien en deux parties tout aussi longues (1h15 environ). On a droit à une géante en furie (Fanny Ardant, really ? Hors scène, bizarre), homicidaire, une belle métalepse, et alors tout est permis. Trop de tout. Dès qu’on quitte les chemins balisés des bois, on s’égare quelque peu, et ça devient longuet…

Il y a beaucoup de choses dans cette comédie musciale de Sondheim : du brillant comme du décevant. Il y a des décors et une mise en scène (Lee Blakeley) assez génialement trouvée et exécutée. Des morceaux musicaux absolument craquants (direction David Charles Abell). Dans l’ensemble, c’est très bon, mais une version plus courte aurait l’avantage de rassembler une action qui s’égare régulièrement, au milieu des bois…

mercredi 1 mai 2013

dimanche au parc

J'avais lu des critiques dithyrambiques sur "Sunday in the park with George", au théâtre du Châtelet, mais je n'avais point prévu pour autant d'y aller ; c'est donc par un total hasard qu'avec B#2 nous nous y sommes retrouvé, durant presque trois heures, le ventre pas assez prérempli pour cela. Eh bien ça valait le coup : au-delà de la très bonne (quoique non-inoubiable cette fois) musique de Stephen Sondheim, c'était la mise en scène de Lee Blakeley qui valait le détour pour cette dernière.

Quel bonheur ! L'une des plus belles mises en scène jamais vues. L'histoire retrace la peinture du chef d'oeuvre de Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l'Île de la Grande Jatte, 1884. C'est l'invention du pointillisme. George(s) néglige sa maîtresse-modèle Dot (quel nom coïncidentiel !) ; il passe ses dimanches au parc de l'île de la Grande Jatte à peindre la population bourgeoise (ou moins) qui passe, souvent à son détriment ; il essaie de faire valoir son travail auprès du chef-des-peintres-d'avant-garde (mais pas tant que ça) ; et il peint dans son atelier pendant que Dot s'en va se faire pétrir dans les bras du boulanger. Le livret de James Lapine n'est guère excitant, à la vérité, et quoiqu'original dans l'idée, l'histoire est assez plate ; surtout au second acte, où Julian Ovenden passe du statut de Georges à George, l'arrière-petit-fils, qui grosso modo vit une histoire parallèle de rejet de son art nouveau, s'inscrivant dans un hommage de feu Georges disparu à 31 ans, qui commence au musée américain (Chicago ?) et se termine sur l'île de la Grande Jatte (qui comme chacun sait a quelque peu perdu ses espaces verts).

On pourrait couper beaucoup, et garder par exemple l'hilarant début de second acte où les personnages étoffés durant le premier acte se plaignent dans la toile où ils sont représentés. À ce niveau, la mise en scène excelle, avec des visuels à couper le souffle. L'animation des toiles de l'atelier de Georges était aussi absolument magnifique. C'est sur les esthétiques entre le réel et le pictural, limite rendue floue et poreuse, que la mise en scène enchante. À cela s'ajoute le boulot de David Charles Abell à la tête du philhar de Radio France ; et de très bonnes prestations des personnages entourant Georges : Sophie-Louise Dann (Dot / Marie), Nickolas Grace (Jules / Greenberg), Rebecca de Pont Davies (Old Lady / Elaine), Jessica Walker (Nurse / Harriet), David Curry (Soldier / Redmond).

On ressort donc à la fois dubitatif par une histoire inutilement trop longue, mais totalement enchanté par un défilé d'images éblouissantes.

lundi 31 octobre 2011

premier tango à Paris

"Tanguera" bat le pavé du métro, ces temps-ci : impossible d'échapper à la pub faite par le Châtelet. Il faut bien ça pour attirer un public en masse (une représentation par jour environ !!), surtout que c'est un public... nouveau, dirons-nous. OK, pas très cultivé. Summum atteint avec le "oh c'est dommage" lorsque le héros meurt forcément (ça sentait le drame depuis les 5 premières minutes !!). Pas très inventif sur l'histoire-prétexte, mais suffisant pour un public peu habitué du théâtre/opéra/comédie-musicale. De quoi tenir 1h25 à peine, cependant.

Passons donc sur l'histoire passablement nulle qui fait paraître en Argentine une française-pucelle courtisée par des clans rivaux en chapeaux. Nous avons des danseurs absolument extraordinaires, l'héroïne en tête... dont nous n'avons aucun nom !! Ça, faut le faire. Donc la miss est géniale, et en plus elle a un nez bizarre : tout pour me plaire, celle-là.

Du tango, aussi, c'est original. Ça s'apprécie. N'ayant jamais vu danser les balletomanes numérotées paires (B#2 en cours de recyclage, B#4 recyclée depuis longtemps et fan absolue, et que je vais même en Argentine — moi je demande à voir, faut être vif quand même, j'ai du mal avec son image de fille endormie sur la Lune...), voilà qu'il me donne encore plus envie de voir ce que ça donne. Ah c'que c'est sensuel, aussi... (et acrobatiques avec nos pros)

On passe un bon moment mais c'est très démago. La salle du Châtelet, avec son nivellement, est malheureusement bien pénible pour apprécier la danse. Dommage. Reste que pour 20€, c'est un bon investissement (comment ça c'est quatre fois plus cher quand on est pas jeune ?).

samedi 20 août 2011

Oileán

De manière fort amusante, la saison se prolonge encore avec de la danse. Tout est parti du bus : une réclamation de soirée supplémentaire. La guide se débrouille, fouille, la rose de Tralee arrive un poil trop tard en ce mercredi, mais au théâtre local — le National Folk Theatre of Ireland —, il y a de la danse, par une troupe locale (qui se produit nationalement & internationalement), des étudiants amateurs et un peu professionnels dont c'est ici la base, d'âges très divers : Siamsa Tire. La troupe produit son propre répertoire de folklore, avec plusieurs programmes en alternance. Jusqu'au dernier moment, on ne sera pas bien certain qu'il s'agira de "Oileán - Celebrating the Blasket Islands" (Oileán signifiant île en gaélique, et ne se prononçant pas du tout comme ça s'écrit), dont le programme papier nous annonce une intrigue simple, si ce n'est simpliste, sur la vie des îles Basket. En ce lieu de l'extrême pointe Ouest de l'Irlande, la vie autarcique dans des conditions climatiques passablement atroces, isolé du reste du monde quasiment toute l'année, en proie à tous les aléas, des paysans vivotèrent quelques siècles, avant de se faire définitivement relocaliser en 1953, laissant l'archipel abandonné.

Notre troupe du Kerry, comté auquel tout ce beau monde appartient (Tralee en est la capitale-mégalopole-locale de moins de vingt mille habitants), retrace donc la vie paysanne, les récoltes, la pêche, l'école, l'exode vers l'Amérique (malheureusement de la plus jolie fille de la troupe — heureusement, par manque de participants, à savoir 13, on la reverra sous un autre accoutrement après l'entracte), la mort aussi. Et finalement, tout le monde, à grand regret, quittera l'île.

Ces danseurs sont pluri-disciplinaires, ce qui me fait même taguer "comédie musicale" : on chante souvent, on mime, on joue, bref ça dépasse bien le cadre de la danse, qui d'ailleurs s'apparente à un vague mélange de moderne (surtout au début et à la fin, scènes d'encadrement narratif quelques peu difficiles à cerner) et de folklore, dont la technique de jambes est l'intérêt principal. Il est même impressionnant de les voir s'exécuter, quand bien même il s'agit en réalité d'un motif assez répétitif.

Pas de fosse, mais quelques musiciens à côté de la scène : violon, flûte, bandonéon, cornemuse irlandaise, synthé. Musique typique, envoutante, dansante ou tragique. Un regret : la sonorisation, peu utile étant donné la taille modeste du public, et surtout désagréable. Un autre regret : l'absence de surtitrage. C'est que le gaélique, c'est une langue dont on peut s'apercevoir à l'écrit comme à l'oral qu'elle se rattache à peu près à rien ; l'impression de se retrouver en Lettonie. Même les Irlandais ne parlent pas si bien que ça leur langue officielle (avec l'Anglais). Donc c'est mignon, mais on ne comprend rien (certes, l'histoire ne casse pas trois pattes à un canard) ; au moins on entend du gaélique (irlandais, à différencier de l'écossais — c'est même encore plus localisé que ça, et celui des îles Blasket était fort réputé pour sa rareté particulièrement imagée, inspirant Synge pour son théâtre), c'est déjà ça.

Côté performance technique, c'est pas mauvais en ce qui concerne la danse "moderne" revisitée, même si ça a du mal à décoller avec des fessiers pareils. C'est plutôt en terme de scénarisation, avec des moments de claquettes (qui mettent parfois la tête en pastèque, c'était sonorisé aussi il me semble) ou d'autres de chant (en groupe ou individuel) très réussis, que le spectacle montre toutes ses qualités. La dramaturgie a eu beaucoup d'effet sur le bus, aussi (mais à entendre les commentaires, je ne suis pas bien persuadé qu'il ne s'agissait pas là du seul spectacle dansant depuis deux ans pour 90% de la population concernée).

Ça se regarde bien, c'est juste, c'est consistant. Quoique 30€ est cher payé, mais c'était intéressant comme concept. Aucune chance de voir la troupe débarquer en France : aucun marché ou presque. Trop typiquement irlandais.

mardi 3 mai 2011

on rase gratis

Hé bien c'est exactement le contraire, au Châtelet : c'est couteux, mais absolument pas rasant, ce "Sweeney Todd" est un vrai régal -- et le spécialiste dira même une grande réussite.



À côté du (futur) palais de justice, Fleet Street (c'est très sympa à visiter, au passage)

Le Châtelet continue donc sa métamorphose : on a un public qui se sadler's-wellsise (ça ramène des verres durant l'entracte, ça continue de parler au début de la musique -- en haussant le ton, parce que ça commence tout d'un coup et fort), on n'a plus droit à un programme (sérieux ??), mais en échange, c'est West End at home ! Problème pour cette production : elle peine à trouver son public. L'ami berlinois s'est fait inviter pour sa seconde fois : c'est superbe, me dit-il, mais on a du mal à vendre les places, le directeur est peiné. Je pense que la standing ovation spontanée aux saluts est le signe que le public parisien attend les critiques avant de se décider : jeunes gens, il faut se dépêcher, pour le moment on gratte de la place à 20€ très bien placée ; personnellement, j'ai pu me remplacer au rang M très central. Idéal pour embrasser toute la scène, tout en pouvant se référer régulièrement aux surtitres (une bonne moitié de ce qui est chanté est compréhensible, ainsi que toutes les parties parlées).

Côté distribution, nous avons : Rod Gilfry en Sweeney Todd, un solide gaillard à très grosse voix ; Caroline O’Connor pour Mrs. Lovett, avec une voix parfois rauque et parfois claire, étrange mais super-jeu ; Nicholas Garrett pour Anthony Hope et Rebecca Bottone et Johanna (très jolie), beau couple, très belles voix (la demoiselle est très dans les aigus) ; Pascal Charbonneau en Tobias (on aurait pu faire plus jeunot, mais qu'importe) ; Damian Thantrey pour le Judge Turpin et John Graham-Hall pour The Beadle (l'huissier), très bien dans leurs rôles tout deux ; et encore David Curry (Pirelli) ou Rebecca de Pont Davies (Beggar Woman -- la mendiante), pour compléter le tout. C'est pas hyper-parfait, mais presque. C'est surtout la sonorisation qui m'a un peu gêné, du moins au début, il y a peut-être une adaptation progressive. Le livret de Hugh Wheeler est particulièrement réussi.

Dans la fosse, on joue du Stephen Sondheim, et c'est effectivement proche de l'opéra, sans en être. L'ensemble Orchestral de Paris, dirigé par David Charles Abell, est assez fourni, beaucoup même pour une comédie musicale. Il se complète d'une batterie et d'un synthé, certainement pour les parties à l'orgue, car la partition est décidément très riche et inventive ! Un régal.

Le choeur n'est étrangement pas crédité. C'est très embêtant, parce que d'une part il est très bon, et d'autre part il y a une très jolie rousse, dans la bonne trentaine, qui joue très efficacement. Je suis preneur d'information pour savoir de qui il s'agit (j'ai dû me contenter de mes jumelles, comme je disais le texte est assez compréhensible pour se le permettre).



La mise en scène de Lee Blakeley est un régal, et il est nécessaire d'être aussi expert que Laurent pour en détecter les quelques failles. C'est vivant, c'est rythmé, c'est travaillé, chorégraphié. C'est intelligent, surtout. La première partie dure 1h30, la seconde presque 1h, avec seulement 20 minutes d'entracte, et pourtant on ne décroche pas (ou presque). J'ai trouvé que la seconde partie avait un peu moins de souffle vers le milieu, mais les personnes derrière moi l'ont trouvé encore meilleure dans l'ensemble.

Avec des spectacles pareils, impossible de classer la comédie musicale comme un sous-genre de l'opéra. Et puis, ça fait tellement de bien d'avoir une histoire qui nous évite les poncifs habituels, qu'ils soient moraux ou romantiques. Un rasoir, et hop, on tranche ! (avec beaucoup d'hémoglobine) Très, très recommandable.



jeudi 23 décembre 2010

mea pulchra puella

23h15 ! À croire que personne ne sait faire court, ces temps-ci. Après une journée-pompier achevée prématurément et deux heures à attendre dans le froid puis dans le hall, avec un sac lourd sur le dos, j'aurais préféré que "My fair lady" dure moins longtemps : d'autant que ça n'aurait pas été bien dur de faire plus court, même si heureusement on ne s'ennuie pas. La première partie de 1h40, avant 20 minutes d'entracte et 1h d'épilogue, pourrait vraiment aller plus vite à l'essentiel, tout de même ; à force de collectionner les airs, 30 heures après la représentation, j'en ai presque tout oublié...

La musique de Frederick Loewe n'en reste pas moins très sympathique, et elle est fort bien rendue par une fosse assez pleine dirigée par Kevin Farrell. Les paroles et livret d'Alan Jay Lerner (en 1956) sont fort pertinentes et amusantes à la fois, toutes inspirées qu'elles sont de la pièce "Pygmalion" de George Bernard Shaw et du film de Gabriel Pascal, sachant que je ne connais évidemment ni l'un ni l'autre. L'humour y est souvent acide, et l'on rit de très bon coeur des pointes misogynes de ceux que l'on soupçonne dès le début d'être de futurs arroseurs arrosés.

Au Châtelet, on trouve à ma corbeille, au premier rang aussi mais bien mieux placé en plein centre, un Bertrand Delanoë accompagné d'amis (de quoi remplir avec quelques autres un ridicule enclos à riche dressé dans un coin du hall) ; on trouve aussi de très nombreuses jeunes filles très majoritairement en très-mini-jupes, ce qui est à la fois ravissant et choquant (parfois, mieux vaut la burqa) ; pas loin du maire, une ado rousse sur le tard (avec grand-mère et petite soeur ? Impossible de déterminer...) nous montre le début de son fessier à de nombreuses reprises, je pense que malgré cet aspect vulgaire elle mérite la médaille de la ville, mais je ne suis pas certain que son voisin de gauche y ait été très sensible. Salle comble en tout cas.

La mise en scène de Robert Carsen donne dans le classique, comme le fronton en latin l'indique ; colonnes, façades, c'est très blanc, et même le Covent Garden avec ses pauvres est proprement stéréotypé. Il n'empêche que faute d'être transcendant, c'est agréable à regarder, et les transitions sont toujours bien menées.

On nous avait annoncé au début de la représentation une trachée très encombrée chez Alex Jennings, mais finalement, cela ne s'est qu'assez peu entendu, et a même eu un effet positif, étant donné que le rôle est plus interprétatif que lyrique (avec des micros partout, de toute façon), ce qui a donné une épaisseur intéressante, une espèce de rendu-vérité. C'est en tout cas un artiste extraordinaire, sachant s'attirer la sympathie en étant toujours odieux mais juste. Son expérience socio-politique sur Eliza Doolittle (pétillante Sarah Gabriel), partant d'un pari avec son nouvel ami le Colonel Pickering (Nicholas Le Prevost), lui aussi linguiste, selon lequel il pouvait transformer la jeune fille des rues en duchesse en lui apprenant à s'exprimer correctement, constitue le coeur d'une oeuvre ne tombant jamais dans la facilité, et s'il est évité de tomber dans le pur politique, on nous épargne aussi le sentimental-mélo, en adaptant une position intermédiaire.

Une oeuvre longue mais clairement réjouissante. Avec une meilleure place qu'un coin de corbeille casseur de cou et un mioche forcément pas content et le faisant savoir puisque ne voyant rien (et ne comprenant pas grand chose : séance de questions au paternel.... -- bon sang, c'est pourtant interdit à cet âge-là, c'est à la fois scandaleux et irresponsable de la part du théâtre, et ce n'est pas la première fois que ça m'arrive !), ça aurait été parfait. Grosse ovation de fin, Bertrand a essayé de lancer une standing d'ailleurs.

samedi 16 octobre 2010

spectacle à l'eau

Privé de mini-livret (c'est la crise !), je pique l'en-tête de crédits de Laurent (profitons du fait qu'il soit à jour !) :

Musique : Jerome Kern (1927). Livret et lyrics : Oscar Hammerstein II, d’après le roman d’Edna Farber.
Mise en scène : Janice Honeyman.
Direction musicale : Albert Horne.
Avec Malcolm Terrey (Cap’n Andy), Diane Wilson (Parthy), Janelle Visagie (Magnolia), Blake Fischer (Gaylord Ravenal), Otto Maidi (Joe), Miranda Tini (Queenie), Angela Kerrison (Julie), David Chevers (Steve), Dominique Paccaut (Ellie), Byron-Lee Olivato (Frank)…

Me suis un peu franchement ennuyé avec ce "show boat" au théâtre du Châtelet. Y'a de beaux moments, y'a des moments très drôles, mais ça ne colle pas. Je rentre pas dedans. OK, j'étais explosé, 1h30+55 minutes un vendredi soir après le boulot, c'est gore. N'empêche, en lisant enfin la critique de Laurent, je comprends mieux...

Déjà, c'est trop long, pour ce qu'il y a à dire, d'autant que c'est décousu. Apparemment, ce serait la version du livret qui n'est pas terrible. Ensuite, c'est trop sonorisé, ça donne un peu mal à la tête (en plus pour la très grosse voix de Otto Maidi, mon préféré, c'était inutile !). Enfin, ça manque de relief, alors que pourtant, y'a plein de choses. Trop, de choses.

Oh, j'ai pas compris non plus : pourquoi une phrase sur deux n'est pas sous-titrée après l'entracte ? (seconde partie encore plus décousue que la première, d'ailleurs) Une découverte (y'a du hit !), mais moyen bof, quoi. Le public (avec des trous clairsemés chez les riches, malgré les très nombreux derniers-minutards, et toutes les places de pauvres libres !) a adoré.

jeudi 1 juillet 2010

miserables in a nutshell

C'est très hétéroclite, mon agenda de ces temps-ci (il était censé y avoir Anne Sophie von Otter, lundi, mais c'était archicomplet de touristes !). Mais comment pouvais-je savoir que la dernière comédie musicale de la saison au Châtelet était... ça ? "Les Misérables", ça commence alors que la lumière est encore éclairée ; et au galop, s'il vous plaît (même prise par surprise à la fin de l'entracte, pour confirmer). Et tout de suite, c'est pop-rock symphonique.

Ça bouge tout le temps. Et ça fait beaucoup de bruit. La sonorisation (utilisée intelligemment : quand ça tire, on entend l'impact des balles derrière) est en effet poussée franchement fort. Dans la fosse, verrai-je à la fin (pendant l'espèce de générique, toutes lumières allumées), on a quelques violons, un bon nombre de cuivres, deux synthés, et une batterie protégée sous verre (ceci dit, on voyait mal) ; bizarre, j'aurais dit qu'il y avait une guitare normale et une électrique, mais c'était peut-être les synthés. Ça fait une musique rythmée qui alterne avec de courts plagiats de Bach, Pergolèse et Prokofiev. Oui, ça change beaucoup, et ça m'a un peu filé la nausée.

Côté chant, bah, ça chante. Loin du genre opéra. Gênant, pour moi, malgré une technique souvent impressionnante (mais qui a eu tendance à me taper un peu sur le système). Côté mise en scène, de très belles images trop léchées pour faire vrai (de fait, à faire trop beau, je perds totalement en émotions), des trouvailles fabuleuses avec la vidéo en fond (la scène dans les égouts...), des successions de scène intelligentes, mais ça bouge trop, nauséeux aussi. On passe notre temps à zapper, pour caser les principaux épisodes de l'oeuvre remasterisée de Hugo. Et puis parfois, on perd inutilement du temps pour vraiment, mais alors vraiment rien : du burlesque Thénardier, on s'en tape deux ou trois fois. On peut aussi gratter du temps par-ci par-là, histoire de réduire (quitte à zapper...) les 1h40+1h05. Qui deviennent pénible d'ennui.

Pas très convaincu par la scène des barricades, trouvé étrange d'avoir des chanteurs qui chantent la France en Anglais, avec des têtes d'anglosaxons. Épaté par les performances des interprètes de petite Cosette et de Gavroche. Mais terriblement déçu dans l'ensemble. Le public a littéralement a-do-ré (Laurent, très fin connaisseur, aussi). Il reste apparemment bon nombre de places de dernière minute, à en juger par la queue qui allait jusque dehors. Au final, je pense que ce qui m'a essentiellement déplu est l'aspect spectacle pur.

vendredi 21 mai 2010

Magdalena

Était-ce la concurrence des autres scènes parisiennes (notamment un RF au TCE) ou ce "Magdalena" (1949) de Heitor Villa-Lobos (1887-1959) n'a-t-il attiré aussi peu de monde pour toutes les séances (tous les soirs du 18 au 22 mai) ? Toujours est-il que malgré les scolaires, les balcons d'en haut étaient vides, tout comme les places de côté sans trop de visibilité. Et pourtant, malgré mes talents de ninja, je me suis fait siffler mon replacement par des débutants zélés (qui dinent dans des tuperwares sans bouger de leurs places pendant l'entracte !) ; c'est pas de bol. Parce que du côté pair, en corbeille, on ne voit pas vraiment la statue de la Madonne autour de laquelle tourne quelque peu l'action ; et pire encore, on ne peut pas photographier lors des saluts la super-méga-jolie danseuse qui s'est positionnée juste dans ce coin-là (et vraiment pas de bol du tout, comme ce n'est ni Magali Lesueur, ni Theodora Valente, que les autres semblent toutes blanches, ce serait Liliett Mareville par élimination, puisque la seule pour laquelle google sèche totalement, ce qui est très hautement étrange).

Il ne faut cependant pas sous-estimer cette comédie musicale. Comme ça commence de la même manière que la dernière bon-dieuserie du théâtre (Lea a sorti son gros marteau), j'ai bien eu peur que ce soit reparti pour un tour, dans le fameux genre cul-cul la praline. Nous avons cette fois des Indiens de Colombie (près du Rio Magdalena), et à leur tête une jeune femme (fille, la pucelle de service) débordant d'amour et de religion, Maria (ça pour une coïncidence...). Amoureuse pas forcément bien auto-avouée (la religieuse est frustrée) d'un beau jeune homme fort et noir (c'est très ethnique, cette histoire, mais ça manquait d'Indiens ceci dit). Elle enjoint tout le monde a prier la Madone de ci, Madone de là. Une vraie illuminée.

Sauf que son village est en grève : il ne peut plus souffrir l'exploitation subie par le général corrompu local, dans ses mines d'émeraudes. Alors ce dernier, mis au courant par son premier sbire, revient précipitamment de Paris, suite à quelque pittoresque scène, avec dans ses bagages sa maîtresse favorite, qui l'appelle affectueusement "biggie" ("patapouf" à la traduction). Plusieurs niveaux de trames se mettent alors en place : la tragi-comique est celle du général et sa maîtresse (qui finit par commettre un homicide par gastronomie française : ne pas sous-estimer la femme jalouse) ; la politique se noue dans les combats opposés sur la forme de Magdalena (pieuse naïve) et de son amoureux Pedro (courageux téméraire) en faveur des Indiens Muzos, contre le général ; l'histoire d'amour occupe une place finalement assez mineure (d'autant qu'elle frise toujours la trahison, et que Marie est coincée du cul), et ne prend de la profondeur que par le dernier niveau ; à savoir le religieux.

**** <spoiler> ****

N'arrivant pas bien à comprendre avec la (fort bonne) mise en scène si Pedro meurt ou non à la fin, je regarde le programme, qui dit : "Entre alors Pedro, blessé mais en vie. La jeune femme lui saute au cou, vouant dans sa survie le miracle quelle avait demandé à la Madone d'exaucer. Tandis que la jeune femme et son peuple sont réunis pour un chant d'action de grâce, Pedro revient en portant la statue de la Vierge [ndlr: qu'il avait faite voler, pour que les Indiens cessent de s'en remettre au spirituel pour reprendre leurs responsabilités et leur destin en main]. Bouleversée par cet acte d'amour, Maria comprend que le jeune homme est prêt à mourir pour elle. Pedro s'effondre dans ses bras. Le peuple chante un 'alleluia'".

Or, ce n'est pas du tout ça que je vois : il revient ensanglanté, elle lui saute dessus, lui sort sa rengaine, l'exhorte à rendre la Madone, il refuse (à ce moment, on comprend que leur opposition sur ce sujet les rendra toujours incompatibles, mais pourtant ils s'aiment, du moins lui le sait, elle le refuse, préférant faire n'importe quoi, comme d'accepter le mariage de raison du général : grand classique), elle le repousse (et le plante là !). Pendant la messe, il revient, en pire état, tombe dans ses bras, et elle essaie alors de lui mettre une croix au cou : il la repousse, mais lorsqu'il s'évanoui, elle réitère et réussi. Totalement différent comme interprétation ! Et les paroles tendent plutôt à corroborer cette version. Les témoignages sont les bienvenus en commentaires.

**** </spoiler> ****

Un peu de name dropping : Marie-Ève Munger en Maria (et une bonne tête de l'emploi), Mlamli Lalapantsien pour Pedro (quel bel homme), Aurélia Legay en Teresa (qui déménage !), François Le Roux en Général Carabana (on y croit à fond), Harry Nicoll pour le vieil homme (air émouvant), Vincent Ordonneau en Zoggie et enfin Matthew Gonder en major Blanco ; plus le choeur, la Maîtrise de Paris, et les danseurs, donc. On ne se moque pas du monde ; notons aussi que la VO est anglaise. Dans la fosse, l'orchestre symphonique de Navarre, dirigé par Sébastien Rouland. Très jolie mise en scène de Kate Whoriskey, intelligente, parfois surprenante. Très bonne et intelligente utilisation, aussi, pour l'affiche, d'une très belle photo d'Indiens (de la rivière Xingu) dans un bus (Pedro est chauffeur de bus, et plusieurs chansons tournent autour de ce thème), se rendant à une manifestation.

Agréable soirée, au final.


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