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lundi 9 juillet 2012

gounch et archipied

Quelle idée de coller un brunch à 14h00 ? Sur 13 personnes, deux, peut-être grand maximum trois voulaient cet horaire, et les autres le trouvait inapproprié ou même très mauvais : personne ne réagit à part moi, forcément tout le monde râle dans le vide — et je rappelle à chacun son silence. Il y a des choses assez extraordinaire dans les dynamiques de groupe (même de gens hyper-diplômés & cultivés) qui font penser exactement au Christian Morel "Les décisions absurdes". Surtout que c'était soi-disant pour cause de lobbying de vieille, alors que la doyenne de loin, c'était B#4 (ce qui en rajoute encore plus à son immense beauté, évidemment). D'ailleurs, c'est bien parce qu'elle était là et qu'elle me l'a demandé et que l'on est arrivés une demie-heure en avance (ça faisait presque trois ans que l'on n'avait arpenter ce quartier des Abbesses ensemble !), que j'ai bien accepté de rater un demi-archipieds. M'enfin, les brunchs de balletomanes (néo-tradition, le quatrième de 2012 il me semble), c'est toujours super (avec le p'tit rat à ma gauche et B#4 à ma droite, comment se plaindre ?). Avec cet horaire, c'était seulement plus un gouter-lunch qu'un breackfast-lunch : un gounch, quoi.

Et du coup, après avoir raccompagné un bon bout de chemin ces demoiselles, et passé plusieurs coups de fil à Valerio, j'ai donc pu débarquer avec une bonne grosse heure de retard à Archipieds, en ayant déjà manqué le clou du spectacle, la cité du design & de la mode sur la scène, face à Austerlitz (on peut monter sur le toit !) ; j'irai visiter de l'intérieur pour l'expo de Comme des garçons, de toute façon. Les compères, peu nombreux avec Hugo et deux autres anciens, le tout guidé par notre Denis national, étaient dans un jardin d'immeubles dont je n'ai même pas vu qu'ils avaient été construits cette année, derrière le siège de la RATP. Tout vert, tout riquiqui, avec des balcons tout mélangés, le tout sur pilotis, et avec plus de jardin qu'il n'y a de surface habitable (à Paris...).

En redescendant le quaie de la Rapée, on arrive au ministère de l'économie et des finances aka Bercy (construit dans un style "lourd et puissant qui en impose" pour déloger tout le monde de la rue de Rivoli sans qu'il n'y ait de drame), puis au palais omnisport avec ses pentes gazonnées (la tondeuse spéciale va avec) et sa structure métallique de Jean Prouvé. Dans le grand jardin (Yitzhak Rabin), en direction de la cinémathèque, seule oeuvre de Frank Gehry à Paris en attendant la fondation Vuitton (peut-être, un jour... Ou pas), nous croisons des poneys, et j'essaie désespérément d'envoyer la photo par MMS à B#4, mais comme à chaque fois, impossible de le faire (coucou Free Mobile, vous pouvez réparer ça ?). Sur le bâtiment, que des quolibets ; après une pause boisson (non merci, je sors juste de gounch) et une discussion sur les résultats scolaires des filles (manifestement meilleurs uniquement lorsque l'épreuve est scolaire en privilégiant la restitution "sérieuse et appliquée" au détriment de la réflexion, avec un écart-type beaucoup plus resserré que chez les garçons — ça correspond à ce que j'ai observé de ma propre scolarité), on repart par le derrière de la cinémathèque, ce qui permet à Denis de s'exclamer devant le seul angle droit du bâtiment (au-delà des moqueries, ça vaut p'têtre le coup d'oeil de voir ce qu'il a fait à Bilbao).

Traversée du jardin et passerelle sur la Seine, la fameuse, pour rejoindre la bibliothèque François Mitterrand, que Valerio déteste complètement à cause de son agencement. Il faut dire que Dominique Perrault a un chic pour enterrer ses bâtiments, et le projet de la BNF lui a apporté une renommé soudaine à 36 ans qu'il met à présent au service de l'enterrement de ses nouveautés, comme l'université féminine de Séoul. Comme les futurs bâtiments originaux n'ont pas encore vu le jour, soit en construction, soit parce que les voies ne sont pas encore recouvertes, on repart vers le Nord où, après un bâtiment d'habitation quelque peu remarquable (on suspecte que l'architecte s'est réservé le duplex au sommet), on tombe sur une petite chapelle perdue, en briques rouges. L'ensemble est plutôt simpliste, mais le prêtre nous donne... un dépliant de visite, qui d'ailleurs nous apprend que l'on peut faire une visite guidée les premiers dimanches du mois de 17h à 18h (ça fait dix mètres de long grand maximum... Après St-Pierre, forcément...).

Et c'est ainsi qu'après une descente de la rue Balanchine, on se retrouve station Quai de la Gare, peu loin de la cité de la mode et du design. 18h30 pile poil, il ne reste plus qu'à revenir en arrière pour la séance Hinata-ciné (sécheuse d'archipieds pour cause de thèse) : il faut dire que c'est quand même mon quartier, tous ces endroits-là.

vendredi 18 mai 2012

1er archipieds 2012

Et voilà, Archipieds, c'est reparti ! Toujours sous l'égide de notre berger Denis, en comité très restreint avec Valerio, Hugo et une autre habituée, la reprise de dimanche dernier a été quelque peu corporatiste, sur le terres de notre GO, à Clichy-la-Garenne. Paumée dans le Nord-Ouest sur la ligne 13, la ville compte néanmoins une série de bâtiments auréolés de "l'équerre d'argent", pas moins de trois sur le parcours ! (dont une sur Paris : réhabilitation d'une barre HLM devenue argentée par adjonction sur les flancs) On commence d'ailleurs par le conservatoire de musique, construit sur un bout de trottoir étroit, tout noir, dans le brouhaha d'une artère très bruyante, un métro au dessous, et donc... sur ressorts. Étrange, mais comme c'est technique, une équerre d'argent.

On redescend vers le Sud et le périph, on traverse le cours arboré, pour voir les travaux autour du siège de Loréal, vieux bâtiment qui a encore de la gueule. Passé le périphérique, autour duquel l'urbanisme est fort étrange (comme toujours), voici un vaste terrain vague : c'est là que s'élèveront les tours du palais de justice, 180 mètres. Pour le moment, ça ressemble surtout à rien (qu'y avait-il avant ?), et en faire le tour prendrait un bon bout de temps ; les ateliers Berthier ne sont pas loin (le théâtre de l'Odéon et le stockage des costumes et décors de l'ONP : la première et dernière fois que j'y ai mis les pieds, pour du théâtre, ça faisait très peur, de nuit...). De l'autre côté, c'est le lycée Balzac, dont on ne voit pas le jour — Valerio confirme que pour aller d'une salle à l'autre, les cinq minutes d'interclasse ne suffisent pas, mais les couloirs et les salles sont aussi largement surdimensionnées. À côté, un centre sportif, qui a subi de sacrés aménagement ; à vrai dire, je suis plus intéressé par les entrainements de volley ball féminins, qui n'ont pas grand chose à envier à la danse et à la natation en terme d'émois hétérosexuels.

On longe entre le lycée et le centre sportif, vers le cimetière : il y a là une longue et étroite bande de nouveaux bâtiments, à boire et à manger, commandées par la mairie de Paris pour reloger de très hauts HLM voisins (pas celui réhabilité, qui finalement est gardé, mais d'autres un peu plus loin à l'Est). Un immeuble aux balcons Peez ; des pyramides à degrés ; du tout bois ; du planqué métal (aluminium ?)... Finalement, on retourne à Clichy. Là, on tombe sur un marché, qui est paraît-il très remarquable, et que je trouve très démolissable. On longe le grand parc de la ville, tandis que sur le trottoir apparaît une piste cyclable d'une stupidité sans borne (les travaux ont couté 500K€ d'après Denis, qui ne s'en est toujours pas remis).

Clichy-la-Garenne est une ville assez surprenante, avec autant d'haussmanien que de nouveautés et d'immeubles en briques, une population très mélangée aussi. On passe devant d'anciens ateliers réhabilités en agence de pub, avant la pause syndicale au troquet d'un beau rond-point (effectivement, il y a un excité jeune gauchiste en train de planifier le changement du monde derrière nous : un grand moment de consternation). Puis on reprend vers des immeubles divers et variés, et tout à coup, LA surprise.

Et enfin, retour au point initial. Trois heure trente (presque quatre heures, en fait) de balade : archipieds est de retour, et ça ne rigole pas ! :)

dimanche 15 avril 2012

critique de la critique politique et morale de la pornographie

En ce vendredi 13, toujours de 16h00 à 18h00 (et toujours en léger retard pour ce qui me concerne : Passy, c'est loin...), le séminaire mensuel sur les approches historiques (en réalité sociologiques) des sexualités des XIXe-XXe siècles, était animé par Ruwen Ogien, directeur de recherches au CNRS, principalement sur la philosophie morale ("penser la pornographie", PUF, 2003 ; "L'éthique aujourd'hui. Maximalistes et minimalistes", Gallimard, 2007 ; "La liberté d'offenser. Le sexe, l'art et la morale", La Musardine, 2007 ; "L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale", Grasset, 2011). Le thème : "Qu'est-ce qui ne va pas dans la critique politique et morale de la pornographie ?". De quoi mettre les pieds dans le plat !

Et effectivement, à mon arrivée, ça parle déjà de l'ambiguïté du rejet : sous des accents de critique morale, venue essentiellement du monde féminin, ne serait-ce pas l'exhibition qui est condamnée ? Il suffit de considérer le porno gay ou queer, sans femme ! (ou avec que des femmes) D'ailleurs, l'arsenal argumentaire a évolué : on parle désormais de l'intérêt de l'enfant, dont on se fichait comme d'une guigne avant, et qui a à présent remplacé l'atteinte aux bonnes moeurs, disparue en 1994. Et ce n'est pas tant que l'enfant voie ces images, mais la possibilité hypothétique que cela se produise ; en même tant que l'on considère que cela pourrait le choquer à tel point que son développement tout entier en serait menacé. Bref, l'enfant a bon dos, son intérêt est toujours très relatif, dans une société qui se cherche sur l'homoparentalité (là où il ne faut aucun permis lorsqu'on est alcoolique et/ou violent ; mais les fous ou les crétins sont subrepticement — pas comme en Suède des années 1930 — stérilisés à leur insu, du moins on s'arrange pour qu'ils ne se reproduisent pas), ou encore où des considérations religieuses (catholiques par exemple) vont déterminer le choix de ne pas avorter alors qu'une échographie montre de graves malformations (intérêt de vivre vs intérêt à avoir une vie non douloureuse : l'enfant en soi est en réalité absent). Et la sexualité de l'enfant est un domaine très fluctuant au fil du temps (voir plus loin la remarque sur l'hyper-sexualisation des jeunes filles). On retrouve ces ambiguïtés hypocrites de la société jusque dans la loi : à 15 ans moins une minute, pas touche ; à 15 ans et une minute, on peut participer à des sodomies de groupe (mais de préférence pas avec des majeurs, ça peut poser des problèmes avec les parents), mais on ne peut pas voir de telles scènes ; pour cela, il faut attendre 18 ans.

Il est important aussi de distinguer les pratiques véritables et les représentations qui circulent dans une société. Ce n'est pas parce que les indiens ont des représentations du kama sutra qu'ils n'en ont pas moins des relations sexuelles, en réalité, tout à fait banales. Et ce n'est pas parce que toute représentation est bridée dans les pays musulmans que l'on n'en tolère pas moins la polygamie. La pornographie, et même parmi ses consommateurs, ne traduit pas une vie sexuelle débridée, loin de là : c'est donc très souvent différent, et une bonne question est de savoir comment cela s'articule.

Face aux détracteurs qui souhaitent la disparition de la pornographie, ne faudrait-il pas tout simplement défendre que le genre en soi est une activité culturelle ? Placer une limite entre ce qui en relève ou non est bien présomptueux : que dire de la biographie de Céline Dion si l'on se base sur une absence de valeur artistique ? (Je note d'ailleurs que cela rejoint la question du copyright : légalement, on peut dire que c'est une oeuvre artistique, protégée par le droit d'auteur, si l'on montre l'originalité ; le problème du format du séminaire est qu'il est bâti autour d'une seule personne, et non en table ronde avec des approches différentes, c'est dommage)

En réalité aussi, le partage entre ce qu'il est acceptable de montrer en public ou ce que la société considèrera que cela doit être réservé à la sphère privée ne dépend pas de l'acte mais des préjugés. Pour étayer cette affirmation, Ruwen Ogien donne un exemple : que l'on considère un couple hétérosexuel de belles personnes qui s'embrassent sur une publicité, en gros plan, tout va bien. Mais que l'on fasse la même chose avec des gays, des vieux, ou pire des gens laids : il n'y a plus acceptation (comme l'a montré l'affaire des pubs pour les matelas, dans le métro).

Une fois cette introduction faite, notre conférencier attaque sur la liberté d'expression. La pornographie pourrait s'en prévaloir, surtout dans les systèmes démocratiques. En réalité, même aux USA où l'on peut défiler en nazi dans des quartiers juifs sans soucis, au nom de la liberté d'expression des opinions politiques, la pornographie est considérée comme une exception, jugée comme non vecteur d'opinion. "Pire" encore : ce ne serait QUE pour exciter, de l'obscène, pensez-vous ! Quelle horreur. Pourtant, une comédie n'est faite que pour rire, un film d'horreur que pour faire peur : aucun problème. Mais exciter, ça non ! Dans un régime démocratique, cela pose tout de même quelques questions...

En réalité, aux USA, s'est joué (et se joue toujours) une grande bataille avec des féministes anti-porno, depuis les années 1980 (que l'on me pardonne de ne pas avoir noté le nom de ces hystériques — connues, j'ai vu plusieurs fois leurs noms apparaître). Leur cheval de bataille est la dégradation de l'image de la femme, avec un message politique d'inégalité homme/femme — tout en rejetant totalement la valeur artistique des oeuvres pornographiques (on rappelle au passage l'étymologie, que j'avais oublié me semble-t-il, "écrit/portrait de prostituées"). Digression philosophique au programme. Ça va évidemment loin, une féministe (et pas une pro-sex...) est même allée jusqu'à émettre l'avis que s'il y a beaucoup de fellations dans les films pornographiques, c'est pour bloquer la voix de la femme, qui n'a pas la même parole que l'homme (évidemment, ça ne dit rien sur les cunnilingus, tout aussi incontournables — et il est tout aussi difficile de tenir aussi une conversation dans cette position ; m'enfin, faisons-nous des bisous, au moins ça c'est égalitaire).

Dans leur bataille crétine, les (non-)excitées de service sont allée faire voter des lois (via quelque député/sénateur — mâle, n'est-ce pas — tout aussi coincés du cerveau et d'ailleurs) ; résultat, du procès qui remonte jusqu'à la cour suprême, et en 1985, elles se font avoir comme des bleues : en argumentant que la pornographie porte le message politique d'assouvissement de la femme, la cour les suit et décide donc de protéger les oeuvres par le premier amendement sur la liberté d'expression ! C'est ballot. Et ça passe au Canada, où une loi anti-porno est votée. Résultat : harcelés par la police, les sex-shops et autres revendeurs d'oeuvres pornographiques se recyclent dans le gay et le queer ; il n'est pas très clair si la loi ne visait au début que les hétéros ou si c'est pas extension jurisprudentielle simple que le périmètre de la loi a été étendu (de toute façon, dans un pays de Common Law, ça revient un peu au même, mais j'ai encore pu noter que nos hôtes avaient des lacunes en juridique), toujours est-il que l'application a visé ce type de matériel, et plus largement tout ce qui pouvait avoir trait au plaisir ou au porno au sens large... même pour le dénoncer ! Et c'est ainsi que les féministes (et plus spécifiquement, entre autres, un bouquin de l'une des lobbyistes qui avait fait voter ladite loi) ont été victimes des douanes ; même Duras a été interdite, puisque prônant le plaisir féminin dans ses livres. Du grand n'importe quoi.

Si l'on en revient à l'essence même des arguments des femmes pourfendant le pornographie, c'est typiquement une forme de paternalisme ; cela transparait tout à fait lorsqu'elles considèrent que si des femmes défendent la pornographie, c'est qu'elles-mêmes sont justement aliénées par la pornographie (je remarquerais par ailleurs que c'est le même type d'argumentation qui est opposé aux prostituées) ; imparable, argument rhétorique s'auto-justifiant et coupant toute contre-argumentation logique. Face à cela, on ne peut donc que contre-argumenter sur une position déontologique forte : pas de paternalisme. À chacun de choisir. Cependant, la discussion post-conférence avec le public, et plus exactement avec ma voisine, montre que le chemin à parcourir est encore long : si elle avoue sans détour aimer la pornographie et se casser régulièrement les dents contre ses connaissances qui y sont opposées (d'où sa présence, pour la première fois, à ce cycle), elle émet cependant de fortes réserves sur le fait que les filles se font tout de même exploiter, qu'elles sont faibles, etc., citant pour cela un extrait de la bio de Coralie Trinh Thi, qui à un moment se fait (littéralement) baiser par un producteur lui promettant monts et merveilles, mais n'arrivant pas à le traiter de connard dans son ouvrage, cherchant plutôt à justifier la situation.

Le débat est alors assez intéressant : pour Ruwen Ogien, très libéral, cela pourrait arriver dans tous les milieux (inégalité de traitement homme/femme, patron/chef qui couche avec ses employés en faisant miroiter une promotion canapé, etc.), alors pourquoi viser spécifiquement le porno ? Ne serait-ce pas, là encore, parce que l'on touche au sexe spécifiquement, plus qu'autre chose ? Le type bizarre et hypercultivé (chercheur lui-même ou maître de conf ou les deux, bref), qui n'arrive pas à penser sans parler (ça n'est donc pas qu'il essaie désespérément de participer sans succès à la conversation qui n'en est pas une : même dans la rue il parle tout seul, mais tout va bien, c'est un brave gars...), fait alors remarquer que si la pornographie que l'on nous propose est machiste, il n'en reste pas moins que la pornographie en tant que telle est un genre tout à fait neutre. Mais fermons là cette parenthèse, j'y reviendrai dans mes propres commentaires.

Ruwen Ogien continue en fait sa démonstration en parlant de la théorie des actes de langage. Là, ça se complexifie gravement — et ça n'a pas l'air totalement sec, en plus on a parlé à la fois de performatif et de perlocutoire, alors que les deux notions se sont succéder sans se recouper entièrement, de quoi se perdre un peu plus, des slides auraient été bienvenues (sinon on se perd dans le discours, pas besoin de théorie du langage pour ça !). Pour faire simple (et sous réserve d'avoir bien compris, parce qu'on a pas mal parlé, comme illustration préliminaire, de condition de félicité soumis au prérequis d'investissement institutionnel — par exemple le non-sens pour lui de me déclaré marié à ma voisine de droite, puisqu'il n'est ni maire ni prêtre —, puis d'illocutoire) : dire (pour nous : montrer du porno, avec son hypothétique message politique) n'est pas faire, est distinct d'une action dans le monde réel (bref, ce n'est pas parce que vous matez du porno que vous devenez une porn star, et ce n'est pas parce que le porno existe que l'on baise ainsi dans la vraie vie).

On repart, juste ne sais plus trop comment (un peu parce qu'on s'est perdu et que le temps disponible se raccourcit : il faut faire des choix dans les notes), sur l'intérêt de l'enfant, dont on peut voir une apparition avec le débat récent de "l'hyper-sexualisation" des petites filles, qui choque, alors que celle des garçons (jouer à la guerre, sport, etc.) est normale (c'est quelque part la même dissymétrie que pour la conception sociétale de la sexualité féminine débridée contre la masculine du même type). Ça relève plutôt de la catharsis de la société : il n'y a qu'à voir le nombre de tournantes que l'on avait au JT (lorsque Ségolène Royal était ministre de la famille, pour resituer), alors que le phénomène était ancien, et que l'on n'entend plus du tout parler depuis quelques années... Outre l'intérêt de l'enfant, le puritanisme a un nouvel argument pour le moins original : le porno déprime, puisqu'on se sent nul devant tant de prouesses et de puissance sexuelle (à tel point que les sexologues ou autres médecins seraient assaillis d'hommes inquiets sur la taille de leur pénis, qu'il faudrait rassurer en leur montant qu'ils sont supérieurs à la moyenne). Ruwen Ogien s'amuse plutôt du fait que si l'on voit toujours des gros sexes en érection à l'écran, cela traduit certainement des désirs homosexuels refoulés — et il n'y a pas de mal à cela !

Puisque l'on est dans le rayon de l'irrésistiblement pertinent, notre conférencier finit son exposé en faisant remarquer que si le simple fait de regarder de la pornographie rendait violent (argument encore des frustré(e)s), les censeurs seraient les plus atteints, puisque ce sont eux qui passent des heures à en vérifier le contenu !

Ruwen Ogien est une certaine célébrité, mais comme la dernière fois, je reste surpris que l'on puisse organiser un évènement où l'on ne retrouve qu'une douzaine de personnes (dont seulement deux ou trois, en plus des organisatrices, se retrouvent d'une séance sur l'autre). L'invitation s'est faite par mail, auprès d'environ 90 personnes, dont 4/5e d'universitaires à en juger par les adresses mail (il y avait au final deux ou trois jeunes étudiantes qui sont venues). Clairement, il y a un problème de diffusion, et ayant raté l'avant-dernière séance sur les sex-toys vintage (en conflit avec un colloque à l'ENA sur le patrimoine immatériel de l'État), il me sera impossible de la rattraper, alors même qu'après tout, un texte plus ou moins lu, en tout cas des notes, pourraient très bien être diffusées (c'est ce que je fais avec mes propres conférences sur mon site personnel). Je rêve d'une systématisation de l'enregistrement audio/vidéo, alors que Youtube ou Dailymotion permettent à présent une diffusion sans aucune difficulté. Prêcher à des convaincus en mini-groupe a tout de même un intérêt limité !

Au-delà de cela, cette séance m'a encore interpelé sur son aspect très théorique. Je veux dire par là que certes la science (sociale, philosophique) travaille sur des concepts, mais ne parle-t-on pas entre bourgeois de ce que l'on ne fait que se représenter ? J'avais fait parvenir l'invitation, via Twitter, à Morgane Merteuil, secrétaire du Strass (syndicat des travailleurs du sexe, qui explique continuellement que oui c'est un choix, non elles ne sont pas des violées de la petite enfance, et que ce serait chouette d'arrêter de les emmerder pour qu'elles puissent enfin bosser convenablement — parce que là, des protecteurs de ce genre, on s'en passe bien), ainsi qu'à Katsuni, divinité vivante  jeune fille de bonne famille reconvertie  pornstar munie de gros cerveau (mais en déplacement aux US). Las, il n'est resté que des bobos universitaires — il faut regarder la réalité en face. De quoi parle-t-on, précisément, alors ?

La discussion sur "le porno est machiste" le montre : nous n'avons aucune étude sérieuse sur cela. On pourrait par exemple objecter que les femmes sont largement plus payées que les hommes dans le milieu du porno (sans que ça ne choque personne, n'est-ce pas ?), et lire celles qui ont (légitimement) écrit dessus. On pourrait aussi faire remarquer que tout acte sexuel impliquant un homme, donc une pénétration (sauf à ce qu'on filme du soft-sex ou du SM où monsieur se fait expliquer la vie par Madame à coups de fouet et de pinces à linge), il y a forcément domination, comme dans la vraie vie réelle (ou alors vous devez bien vous faire chier, et je suggère le suicide) : peu importe que le/la partenaire, incidemment dominé(e), soit un autre homme, une chèvre ou une femme ! (ça n'interdit pas de faire une amazone, hein, c'est très reposant, faut faire travailler mademoiselle quand même !)

Bref, rien à voir, en soi, avec le machisme, qui s'exerce par définition en dehors de l'acte sexuel (donc l'enquête devrait pour cela porter sur ce qui se passe en dehors des plateaux : certes j'ai déjà entendu une actrice se plaignant, une fois, d'un manque total de considération — on ne lui a même pas donné une serviette après une éjaculation faciale, pour s'essuyer —, mais a priori ça a l'air franchement rare, et vu la concurrence, mieux vaut ne pas trop jouer sur ce terrain-là, les actrices trouveront vite leur compte là où elles sont convenablement traitées ! — et d'ailleurs payées plus). Enfin, dernière remarque (je suis sûr qu'on pourrait en trouver d'autres), il y a une tendance naturelle à se concentrer sur la beauté féminine : si sur l'île de Lesbos les demoiselles écrivaient déjà sur le sujet ("sans forcément pratiquer ce que ces messieurs grecs leur prêtaient de leurs propres pratiques", avait dit mon prof de philo), il n'y a qu'à ouvrir un magazine féminin pour se croire dans un magazine masculin, tellement ce n'est qu'un défilé de jolies filles dénudées (avec peu de mâles au milieu), c'est assez incroyable ! Il ne faut donc pas oublier les données de base de notre société avant de tirer des plans sur la commette.

En fait, cette vision biaisée et étriquée trouve son paroxysme dans ce genre d'article moralisateur sans trop en paraître, écrit dans un style ampoulé et suffisant (ponctué de vocabulaire un peu grossier — Marie-Madeleine, que c'est subversif !), assez typique des "penseurs", qui montent des montagnes sur tout et n'importe quoi (et ont souvent un sur-narcissisme qui se traduit par l'emploi abusif du copyright et de la signature, "c'est MA pensée à MOI", vous voyez ?). En l'occurrence, la "sexologue-écrivaine" nous dépeint son archétype de film pornographique, mécanique, qu'elle critique sans trop assumer sa position idéologique. Je lui ai fait remarqué sur Twitter qu'elle a une vision franchement réductrice du genre, très américano-centrée : la voilà qui me répond quelque chose comme "l'Amérique c'est grand", alors que je visais évidemment les États-Unis. Typique de la suffisance dédaigneuse de "l'intellectuel"©® (moi aussi j'use de "©" à outrance quand je veux). Bref, il existe du porno amateur, comme il existe du porno japonais qui n'a RIEN à voir, mais alors rien du tout, un autre monde. Allez voir, encore, le fabuleux travail de John B. Root et osez me dire que ça ressemble à ce qui passe sur PenthouseTV (je vous résume : un type body-buildé qui se tape une petite blonde, parfois brune — mais toujours blonde à l'intérieur ; là, ça ressemble à la mécanique que dépeint l'autre folasse). Roy Stuart publie autant sur Met-Art que dans des bouquins chez Taschen (et ce sont à peu près les mêmes photos, avec plein de poils dedans). Il y a un nouveau site web (x-art) très évanescent (encore plus que Met-Art, avec des filtres blancs appliqués, mode sublimation) qui est à l'exact opposé de Kinky Thaï (ATTENTION : ne lancez pas de recherche sur le net si vous n'avez pas le coeur très bien accroché, je vous aurai prévenu !!!). Toute une diversité, une complexité, une hétérogénéité qui pourrait faire l'objet de longues études (qu'est-ce qui existe ? Qu'est-ce qui est regardé ? Où/par qui ? Pourquoi ? Quelle diffusion, quels canaux, quels supports ? Etc.), mais qui est balayé par... ignorance (et donc pas schématisation/simplification). J'avais déjà fait une remarque en ce sens la dernière fois.

Je ne sais pas trop si c'était notre cas, ici, mais j'en ai parfois eu l'impression — d'un point de vue philosophique, j'étais bien évidemment totalement d'accord, mais prêcher un convaincu libéral n'a pas un intérêt démentiel, si ce n'est filer des billes et aider à structurer un peu plus la pensée. Je suis de ces ingénieurs qui pensent qu'il faut tout maîtriser, expérimenter, connaître de fond en comble pour pouvoir tenir un discours sur quoi que ce soit. Ou alors on annonce clairement où l'on en est dans sa quête. Mais c'est cela qu'être scientifique.

jeudi 15 mars 2012

soirée souliers, matin souliers

Jeudi dernier, c'était soirée PG-Corthay : Hugo de Parisian Gentleman apprécie très particulièrement le travail de Pierre Corthay, tout autant qu'il a manifestement lié une certaine amitié au fil du temps ; il avait tourné un bout d'interview, il y a un an environ, qui n'était finalement jamais sorti ; et puis durant l'été, il y avait eu un évènement particulier, le "Corthay excellence run", en partenariat avec le groupe Edmond de Rotschild.

Mais pour les amis béotiens, petit retour en arrière : ancien compagnon et ayant travaillé dans les plus grandes maisons, Pierre Corthay a fondé avec son frère une maison qui a vite gagné une réputation mondiale dans le petit monde de la chaussure de luxe — avec une partie sur-mesure et une partie prêt-à-chausser. La raison : des lignes extraordinaires, une inventivité folle, des patines superbes. Mais gros problèmes : malgré un beau chiffre d'affaire et une belle renommée (entachée quelque peu sur la partie du pàp, cependant), la gestion est chaotique (toujours en légères pertes mais un endettement qui pèse à mesure), c'est le redressement judiciaire, en octobre 2009. Repreneur est cherché, quelques dossiers sérieux sont déposés. Finalement, en mars 2010, c'est Xavier de Royère qui reprend les rênes avec une société ad-hoc, Mage (gonflée à bloc par augmentation de capital à 4 millions d'Euros !! — à noter une seconde société mystérieuse, aussi), qui dépose le nom "Pierre Corthay" comme marque (site INPI tout pourri sur les URL, mais en tout cas c'est passé par un avocat !) tandis que le groupe homonyme dépose le bilan (avril 2010, avec défaillance en février 2011). Le nouveau PDG, qui a fait ses classes chez LVMH (enfin, à l'ESCP aussi) et qui co-dirigeait Loewe, reste fort discret, mais il insuffle un renouveau certain... dans le marketing et la stratégie !

Côté stratégie, c'est notamment l'ouverture d'une boutique en Angleterre, à Londres, là où l'excentricité a bonne presse et très bon public, derrière Harrods, non loin d'une des deux boutiques du concurrent principal, Berluti. Et côté marketing, donc, un renouveau de la boutique rue de Volney (beaucoup trop austère auparavant ! La chance sourit aussi à cette voie désertée entre Madeleine et la rue de la Paix : le centre des Arts ouvre juste en face le mois prochain !), une communication expansive qui remplit à présent les carnets de commande sur six mois avec pourtant toujours les mêmes modèles phare, et des évènements osés. Nous en arrivons donc à notre "Excellence run" : plus qu'une balade dans la montagne suisse avec de très belles voitures des années 60 et 70, c'était aussi l'occasion de faire le tour des tenanciers de belles maisons d'exception, d'artisans extraordinaires, sur un thème proche de celui de la conception de souliers sur mesure, "la beauté du geste". Beau programme !

Et ce coup de maître : en faire un film (bande-annonce), avec peu de moyens, certes, mais suffisamment pro et au contenu bien agencé, bien mis en valeur, à la réalisation impeccable, souffrant de très peu de défauts. Le concours de notre Hugo international (car PG est devenu en quelques temps un truc de méga-ouf, avec des traductions partout, 36K fans sur FB, dingue, dingue, dingue !) est ici décisif : il a une large base d'auditoire, une aura certaine et... son boulot, c'est l'évènementiel. Ça tombe rudement bien : monter des soirées select mais ouvertes, brassant beau (micro-)monde et quidam, autour d'une passion commune, les doigts dans le nez ! Et hop, une première, puis une deuxième soirée ! Pas de bol : j'étais occupé. Mais voilà, encore une redif, jeudi dernier donc, et au 50 avenue des Champs Élysées, s'il vous plaît, sur "la terrasse"... Présent !!  :)

Du monde, que de monde ! Jusqu'à 20h, ça allait encore, on pouvait admirer les superbes jeunes filles (dont une [fausse] rousse photographe flamboyante, ah quelle beauté !) qui faisait concurrence aux superbes souliers en exposition (dont la fameuse vitrine des souliers crocos en dégradés de vert au bleu, que l'on voit en boutique). Du turquoise, de l'aubergine, quel malheur, retenez-moi d'en commander la moitié ! Dans deux coins, des ateliers, l'un de patine, l'autre de conception. La beauté du geste, n'est-ce pas ? Dans le public, des amateurs, des amateurs éclairés, de très bons clients, d'autres qui hésitent à franchir le pas, d'autres encore qui découvraient totalement la chôse, bref, un peu de tout, de l'élégance décontractée chic (ce qui m'a permis de tester une alliance turquoise-aubergine-parme), et surtout cette curiosité et cette passion commune pour le beau, le bien fait, l'excellence en somme.

Débordé, le petit four marchant à plein régime, la table de fromages et de bon pain dévalisée, les séances de projection du film s'enchaînent les unes à la suite des autres ! Dans la petite salle, Hugo présente Pierre, les deux hésitant entre la décontraction et la gêne (ambiguïté entre ostentatoire et modestie qui qualifie de toute façon si bien l'homme élégant dans sa contradiction), et puis c'est parti pour 33 minutes et des poussières.

Le concept est en fait très surprenant ! Nul soulier, si ce n'est quelques plans de coupe (c'est très malin d'un point de vue marketing, n'est-ce pas, Apple fait pareil, mais j'ai déjà fait assez de dissection :)   ). On se promène en Suisse pendant qu'on alterne avec une interview Hugo-Pierre dans la cave-atelier (celle que l'on voyait aussi dans le reportage TF1 — la caméra est quand même assez habituelle dans les lieux, du moins pas étrangère), afin de commenter ce que l'on va voir. Un luthier archi-puriste, un ébéniste aussi fou que génial, une chocolaterie d'Italiennes délurées, un faiseur de coucous, je spoile déjà trop. Et puis Pierre Corthay n'est pas la moitié d'un imbécile : en plus d'être charmant et télégénique, il a une certaine pensée, une philosophie, autour de l'artisanat, de la création, du beau, de la vie, qui séduit, par sa perspicacité, par sa légère dérision, par son sérieux réfléchi. Un homme comme on aime à en connaître.

Et justement, il nous dit quelque chose de très intéressant, à un moment : oui, tout le monde aime le beau et la création, dans les classes aisées (de celles que l'on croisait justement à notre soirée ? Message passé !), mais au final, lorsqu'il faut choisir, on préfère que son gosse fasse khâgne, maths sup' ou HEC. C'est vrai. C'est moche. En Angleterre, disais-je à mon super-retoucheur trop-génial (Evgi, 58-60 rue de Longchamp, Paris 16), j'ai encore croisé le week-end dernier une jeune fille en formation tailleur manifestement après des études supérieures. Mais il est vrai, comme se félicitait Pierre Corthay, que de plus en plus de jeunes se rebellent contre le système, et reprennent un apprentissage après des études dont ils sentaient bien qu'elles n'étaient finalement pas faites pour eux. Réduire l'artisanat aux jeunes en difficulté ou en échec scolaire est terriblement mesquin dans notre société française actuelle : on a besoin de tout ! (d'ailleurs j'ai l'impression très forte que les artisans qui réussissent le mieux sont souvent des "faux positifs" du système éducatif) Vive la formation multiple !

Très chouette soirée, au final, la dernière demie-heure à papoter avec Lorenzo Cifonelli, dont la boutique m'a justement livré un superbe manteau bleu marine la semaine précédente, que je portais pour l'occasion (parce que ça va très bien avec le violet, tout simplement — c'était même commandé pour, à la base). Sacré Hugo !

Le lendemain matin, hasard total du calendrier puisque j'avais réservé cette date bien avant de connaître celle de la soirée Corthay, j'ai pu visiter pour la deuxième fois les ateliers John Lobb. Enfin, pas vraiment les ateliers, cette fois : la pièce secrète, au rez-de-chaussée, derrière la petite pièce où l'on façonne les formes. Celle où sont rassemblées temporairement les paires exceptionnelles des dernières collections : les modèles quasi-uniques, les modèles "Spirit of Capitals" (uniques) et enfin les tout nouveaux modèles spéciaux en édition très limitée, en cuir très fin, à doublure minimaliste. Outre des souliers d'exception, il y avait donc, en provenance de Chine où elles étaient en tournée, les paires dépareillées de chaque capitale : les équipes locales, de taille variable, avaient l'année dernière planché sur ce qui pouvait être l'essence d'un certain nombre de villes européennes (Paris et Londres, en fait, plus Moscou), asiatiques (Beijing, Tokyo, Seoul...) ou encore américaines (New York, promue capitale). J'avais déjà pu parcourir rapidement cette exposition, où le soulier droit et le gauche sont différents, placés sur des supports en bois superbes et eux aussi personnalisés par ville, mais avec les explications précieuses du toujours charmant Patrick Verdillon, que demander de mieux ?

Souliers et émotions, en somme.



mercredi 15 février 2012

histoire sociologique du porno

Suite du cycle de conférences de socio à l'université de NY, dans la bulle irréelle du 16ème arrondissement, rue de Passy, la session de vendredi dernier portait sur deux thèmes conjoints : le premier sur le livre porno, le second sur le film porno. Je suis très peu habitué à ces exercices universitaires, mais j'ai noté la singularité de l'exposé, confirmée le soir même par quelques vidéos du collège de France ; je vais me renseigner sur cela, mais en tout cas, voici ma découverte stupéfiante : un orateur, invité à élaborer sur son sujet de spécialité (d'hyper-spécialité, même, on y reviendra) lit le tas de pages préparées, dans un style mi-oral mi-écrit. J'avais déjà remarqué un peu ce procédé avec la conférence de Baptiste Coulmont, mais il montrait bon nombre de slides, je pensais donc à des notes. Cette fois, le vidéoproj était visiblement réticent (je suis arrivé en retard — de toute façon je suis déjà grillé, dans la salle, outre les deux organisatrices et les deux intervenants, on comptait deux personnes de plus de 50 ans, deux jeunes filles et l'intervenant de la prochaine séance : si ce n'est pas de l'endogamie, pour un évènement pourtant totalement ouvert, je n'y comprends plus rien !) ; mais je ne pense pas que le matériel à projeter était bien pertinent (par exemple, nous avons dû nous faire passer un tableau de chiffres, sous format papier de fait, qui n'avait aucune retranscription en graphes, ni frise de temps pouvant expliquer les différences majeures d'une année sur l'autre en fonction des lois adoptées, par exemple).

Donc, notre intervenant lit son pitch, comme on lirait son propre article de journal ou son livre. Tiens, voilà, un peu comme si, lorsque je propose un sujet de conférence, j'arrivais avec mon livre et lisais un chapitre. Curieux. Apparemment, ce serait une sorte de norme dans le micro-monde universitaire que je découvre, et dont j'avais déjà noté le total manque de pédagogie, la totale absence de considération de communication, de passation de connaissances efficace. Car voilà ce qui se passe : le contenu, le texte devrais-je dire, est passionnant, mais comment en tirer quoi que ce soit ? Quelques un(e)s grattent comme des forcenés, d'autres connaissent déjà le sujet par coeur. D'où qu'il se pose la question : pourquoi venir ? Soutenir les jeunes pousses ? Voir les collègues ? Il y aurait un intérêt majeur : faire participer, évidemment ! En business school, ce que j'ai vu, est l'implication du public dans le cheminement de pensée du conférencier. Ce que j'ai vu vendredi, dans la salle, c'est un personnage atypique, du type intellectuel un peu fou que l'on rencontre assez souvent en fait dans ce genre de colloques (parfois ils sont même très pénibles, surtout quand ils accaparent la parole et partent dans des délires incompréhensibles...), qui manifestement en savait énormément, et avait même expérimenté les choses dont on parlait dans les années 70 (comme l'achat de revues à distance via un catalogue parallèle proposé discrètement dans un pack). Bref, le gus un peu ingérable, manifestement connu du milieu (je fais de la sociologie de sociologues, là, hein), mais qui a énormément à donner — et donc dont il serait pertinent de lui extraire des infos sans qu'il absorbe toute l'attention. Le pauvre bougre, exclu comme tout le monde du processus de création de pensée, et donc relégué à celui de l'écoute pure, se manifestait donc très régulièrement par quelques marmonnements plus ou moins audibles, plus ou moins intéressants, pour apporter sa pierre en réaction. Sensation étrange.

Mais revenons-en au fond : voici le programme. Tout d'abord, la jeune et charmante-bourgeoise Anne Urbain, sur le sujet précis "Maurice Girodias, un éditeur pornographe, 1945-1970". Puis en seconde partie, Mathieu Trachman (qui était mon voisin de gauche la dernière fois, il me semble), pour "Des hétérosexuels professionnels. Enquête sur le travail pornographique en France depuis 1975".

Honneur aux dames. Anne Urbain est une fille bien : agrégée de lettres modernes (et prof au lycée), plus une thèse en cours en histoire (ce qui n'est pas la même matière, tiens), sur le sujet thésardesque de "L’édition de curiosa, la censure, les mœurs et la société en France de 1945 à 1970". Mais pour ce qui nous intéressait, ce fut d'Olympia Press dont nous parlâmes (enfin, surtout elle, donc), et de sa figure emblématique, Maurice Girodias. Et là, chers lecteurs, je suis bien embêté : si je vous retranscrit ce que j'ai en mémoire (parce que moi et les notes, comment dire...), je risque de dire des bêtises. Et pourtant, la page wikipedia est désespérément vide, et plus étoffée en anglais qu'en français (un comble !).

C'est à ce moment que j'invective l'universitaire : ami de l'université et payé trois-francs-six-sous pour tes recherches, ton but dans la vie n'est pas d'améliorer TON savoir, mais LE savoir ; ceci implique le PARTAGE, c'est pour cela que l'État a pour prérogative l'université, et donc, ce qui serait bien, c'est qu'au lieu d'écrire un pavé sur un sujet plus ou moins hyper-précis dans une édition de dix exemplaires maximum perdus dans une bibliothèque obscure, tu prennes la parole (comme Baptiste Coulmont, là, exemplaire ! Blog, twitter, articles, livres !), sur ce nouvel outil qui est au livre ce que le livre fut au parchemin, à savoir INTERNET. C'est simple : quand, par exemple et totalement au hasard (mais j'ai aussi en tête des amies-lectrices du même tonneau totalement absentes du web en terme de production, un truc impensable à l'heure actuelle... si l'on cherche du boulot intellectuel dans le privé), tu as rassemblé plein d'infos, déjà rédigées tout bien, sur un Girodias, sur qui trouver des informations est justement une galère, eh bien tu partages ! Hop, une licence libre, ou carrément directement dans Wikipedia, et le tour est joué ! C'est ça qui fait progresser l'humanité, pas les conférences à 12 dans un coin paumé du 16ème arrondissement (même si c'est agréable, je ne dis pas, mais d'ici 6 mois, si je veux me souvenir de ce qui a été dit, retrouver une information, bah je suis cuit !). Merci beaucoup ami universitaire pas-si-universaliste, bisou et fin de la parenthèse.

Maurice Girodias, donc, me fait penser à Sade : il est totalement libre d'esprit et de corps, et ce qui l'insupporte, c'est le contrôle, la contrainte d'État. Il publie et publiera coute que coute ses ouvrages érotico-porno, pauvres d'un point de vue narratif mais riches en rebondissements cochons (de l'aventure, une héroïne salope ou maltraitée — Juliette ou Justine, fait justement remarquer en marmonnant le vieux à queue de cheval de tout à l'heure —, du voyage, mélangez le tout et assaisonnez), malgré les interdictions, les amendes (qu'il paiera jusqu'à la ruine) et les descentes de police dans son gouffre financier de cabaret olé-olé — qu'il s'est payé grâce son coup de maître : avoir repéré "Lolita" et insisté malgré les interdictions. Que d'aventures dans la vie de cet homme, qui finira ruiné et aux USA, quittant la France où il avait hérité de son père, las de devoir toujours braver des moeurs hypocrites.

Le lien avec la deuxième partie conférencière est double : édition littéraire vers visuel, et pré-75 à post-75. Mathieu Trachman est sociologue-ATER (donc doublement pauvre) à Paris 7 et il publie (c'est bien ! Une licence libre peut-être ?) : "Le métier de pornographe. Rhétorique, contrôle et savoir d’une profession discréditée" (Sociologie du travail, 2011). Justement, le sujet portait sur le travail porno ; ce qui brasse beaucoup de choses, et explique qu'en une heure, on a dû faire un mélange de survol et de zooms choisis — par exemple le fameux tableau de chiffres avec le nombre films sortis chaque année ou le nombre de films par réalisateur et producteur (c'est fou le nombre de gus qui se tournent un porno et arrêtent ensuite !). Beaucoup d'évolution entre le cinéma de la loi X, la cassette vidéo puis le DVD (qui passent donc outre la classification pour le cinéma) et finalement internet. C'est fort intéressant, mais une question se pose : quel est l'investissement personnel du sociologue dans le milieu ? Par exemple, des réalisateurs (un, deux ?) ont été interviewés, mais quel est leur représentation véritable, jusqu'à quel point peut-on être sûr que le travail est fouillé, comme juste regard d'une réalité complexe ? (par exemple, le volet étasunien est sauté, on reste concentré en France, alors même que le travail est à présent mondialisé, même pour du contenu à destination de la France) Je partage le très gros de l'analyse, et conçois bien que les évolutions ont bien été cernées (on a notamment parlé du porno féministe/féminin récent), mais d'une part il m'a manqué des éclairages présents sur un documentaire de Paris Première (donc plus du travail de journaliste que de sociologue — en l'occurrence, une remarque très importante : lors de "l'âge d'or du X", on s'amusait avant tout, le sexe fun entre potes, pas la performance, ce qui en dit long ; pas de silicone et du vrai poil, par exemple), d'autre part il y a quelques remarques (surtout lors de la discussion dans la salle) qui m'ont fait tiquer.

Certes le DVD puis Internet rendent la profusion d'oeuvres très difficiles à cerner a priori. Dans les années 70, il y avait beaucoup de films (bien moins après 75, avant la cassette — mais là encore, ce dont on dispose, c'est du classement X par le CNC, qui n'est plus pertinent puisque shunté), de l'ordre de plusieurs centaines à la centaine, mais on comptait le nombre de tickets vendus. Sur le net, on a des millions de bouts de film. Mais on dispose de bien autre chose : le nombre de vues et le classement des utilisateurs ! Et ça, c'est géant : on dispose d'un crowdsourcing de popularité selon les deux axes quantitatif et qualitatif ! Plus encore, sur les sites de streaming toujours (sinon, il faut compter les abonnés des sites payants, ça se fait aussi, et l'accès aux logs est tout aussi précis — sauf que là, il faut faire des demandes, alors que pour youporn/redtube/madthumbs/autres du même genre, il suffit de coder en python du crawler et le tour est joué !), il y a une indexation précise des pratiques au sein de chaque vidéo (ça permet de se placer à n'importe quel endroit du film pour avoir une fellation, une sodomie, etc. : hyper-pratique quand on y pense !). Donc si je veux avoir un vrai aperçu de ce qui plaît à la population, c'est tout à fait possible à présent ! Alors qu'auparavant, on partait du principe que le marché offre au consommateur ce qu'il souhaite, et que donc ce qu'il souhaite dans les années 90, c'est du musclé qui bourrine la petite blonde dans un ballet de positions stéréotypées et acrobatiques, alors que dans les années 70, c'était des hyppies en orgie sympa ; sauf que c'est oublier que le marché a été totalement faussé par des contraintes économiques extérieures (taxations, interdictions diverses, relèguement, etc.) au seul choix des clients finaux, qui doivent prendre ce qu'on leur donne ! (et aussi, faussé par l'émergence de talents artistiques : des John B. Root, on n'en compte qu'un seul, s'il n'était pas là, il n'y aurait donc pas d'offre, alors qu'il y a une demande — demande qui elle-même est très mal informée, donc marché encore une fois faussé)

À mon sens, l'offre pléthorique en accès libre, qui recoupe absolument tout (ou presque, manque de nos jours les gosses — oups — et les animaux — parce que c'est souvent pas légal, compliqué, donc assez planqué), permet de pouvoir mesurer exactement le succès de telle ou telle pratique, de telle ou telle ethnie (eh oui !), etc. Et ça, se serait rudement intéressant ! (il resterait à connaître aussi les ratios homme/femme) Par exemple, on faisait remarquer qu'il y a toujours des scènes lesbiennes dans les films, mais pas de gay (qui est un marché séparé) ; il serait pourtant intéressant de savoir si un site de streaming voit la même IP visionner des films hétéros et des films homos ; il faut se souvenir que dans les années 10 à 30 (avant l'interdiction de l'homosexualité de 45 à 82, notons !), pour les films tournés dans les bordels avec des putes un peu épaisse, plus ou moins vieilles, et des messieurs à moustache, on s'enculait joyeusement entre hommes sans aucun soucis ! (donc pas de ségrégations de pratiques) Je diverge quelque peu, mais ces questions me sont venues à l'esprit. J'ai d'autant plus été surpris des jugements, en filigrane, de valeur sur des pratiques (la fameuse recherche absolue et unique du plaisir masculin dans le porno, étant entendu qu'une femme ne peut pas trouver de plaisir dans telle ou telle pratique — pensons à l'éjaculation faciale, omniprésente dans les films des 20, 30 dernières années — avant pas forcément, de ce que je peux en juger, parce que c'est rudement difficile à trouver tout de même ce contenu vintage pourtant fascinant, mais éjaculation extérieure quand même —, jugée comme dégradante par la morale publique/à sens unique). Je vous jure qu'il y a un très gros sujet d'introspection de psycho-sociologie des sociologues... (et donc des biais qui peuvent être impliqués dans leurs travaux, à leur propre insu)

La prochaine fois (16 mars, ce qui rentre en conflit avec un colloque à l'ENA — où l'on lit des discours longs d'une heure aussi, une vraie maladie, mais les tables-rondes sont plus vivantes ensuite), on parlera du godemiché en France de 1850 à 1930. Pas en 1931, là c'est plus pareil. Ils m'amusent bien, les sociologues...  :)

(et si vous pouvez venir, n'hésitez pas, il restait encore quatre ou cinq places libres !)

mercredi 18 janvier 2012

sexshops des sixties

Cela faisait un bout de temps que je souhaitais rencontrer Baptiste Coulmont, dont j'ai découvert le travail autour de la sexualité il y a un petit bout de temps. Twitter aidant, j'ai pu depuis un peu plus d'un an mieux cerner le sympathique sociologue passionné de sexshops et de prénoms. Pour la rencontre, il aura fallu attendre vendredi dernier : un petit tweet pour annoncer sa participation à un cycle de conférences (dont je ferai attention à ne pas louper les suivantes !), organisé par je ne sais trop qui (Paris 1 ? CNRS ? Deux femmes, en tout cas), à la NYU Paris, dans cet espace interdimensionnel qu'est le coeur du 16ème arrondissement, rue Passy. "Approches historiques des sexualités, XIXe-XXe siècles Erotisme et pornographie" : comment résister à un tel programme ?

Arrivé en retard du fin fond de la cambrousse (là où se planquent mes clients...), l'intitulé de la session était donc : « Un marché invisible : le petit commerce pornographique sous l’œil de la police, 1965-1971 ». Genèse des sexshops dans un temps où la police des moeurs traquait les allusions sexuelles... qui étaient partout et nulle part. Il n'y avait que peu de sexshops (il n'y en a toujours qu'une centaine, en constante baisse), ouvrant et fermant sans cesse, tenus par des gens tout à fait stéréotypés années 70, coincés entre libération des moeurs et répression. Quel était leur organisation sociale, leur rapport à la société de l'époque, le rapport de la société avec les objets sexuels (interdits, mais ne manquant pas d'inventivités : jouant sur la parodie, sur les excuses — "pas à moi", "volé", "j'allais le jeter"), avec aussi les revues pornographiques (à une époque où l'on envoie des lettres polies totalement désarmantes à propos de quelques problèmes de livraisons illicites sur du contenu zoophile, si ce n'est pédophile...). Comment la mondaine agissait dans ce monde, où entre fournisseurs, détaillants et clients une organisation à base d'intermédiaires se formaient dans les lieux subversifs du Nord parisien. Comment encore le phénomène s'est étendu sur le territoire — une ville devient importante dès lors qu'un sexshop s'y implante.

La revue des jurisprudences, ou plutôt des PVs de police (difficile de recontacter les personnes autrefois mise en examen ou condamnées, parfois lourdement, les données étant confidentielles), est un moment assez savoureux. Une époque hypocrite, à n'en pas douter — sommes-nous différents ? Le travail du sociologue n'en est que plus intéressant encore.

dimanche 16 octobre 2011

3e salon du livre juridique

J'avais raté le premier, mais j'étais bien au deuxième. Avec une troisième session sur le même modèle, aucune raison de ne pas se rendre au Conseil constitutionnel, avec le club des juristes comme hôte : 3e salon du livre juridique. S'y rendre de préférence dès le matin, cette fois, histoire de pouvoir assister à la remise du prix associé. J'aurais dû rater cet épisode, à 11h30, mais lorsque j'arrive, rumeurs de couloir, c'est pour bientôt : en effet, il y a quelques minutes de retard, peut-être par rapport au rugby, un grand écran étant installé en bas (s'ils l'avaient dit plus tôt, sur twitter en l'occurrence, j'aurais pu agréger la demoiselle avant). Bref, à 11h45 environ, c'est Jean-Louis Debré qui se saisit du micro, à la place du ministre de la justice, définitivement fantomatique dans ce pays. Debré est un sacré discoureur comme il n'y en a malheureusement plus beaucoup en France : même s'il est écrit, il est fluide, naturel, bien balancé, rigoureux sur le français, plein d'esprit (plus que d'humour, mais tout de même), et assez spontané pour draguer quelque peu la gente féminine l'air de rien. Admirable.

On apprend donc que le match de rugby est remporté, et qu'étant donné le monde présent sur le salon, il ne nous aura pas vaincu. On apprend aussi que le jury comporte les présidents de Paris I (Jean-Claude Colliard) et de Paris II (Louis Vogel) pour éviter tout litige, mais aussi qu'il vise au plus large rassemblement de disciplines, des publicistes, des pénalistes, des... spécialistes du droit social (là on est plusieurs à bien rire, "socialistes") et même, c'est dire, un représentant des notaire. Bref, il sait y faire, le Debré, avant de nous annoncer quels sont les deux lauréats ax-aequo parmi la quarantaine de bouquins soumis par les éditeurs qui ont été revus (ça fait beaucoup, tout de même) : Introduction générale au droit de Pascale Deumier (LGDJ) et Droit de la peine de Evelyne Garçon et Virginie Peltier (LexisNexis).

Le premier m'inspire bien : après tout, je m'y mets officiellement, au droit. Bein oui, me voilà étudiant en L1 à Paris I — du moins dès que j'aurai fini de renvoyer la seconde partie du dossier, l'inscription administrative, je découvre les joies de l'absurdité du système faqueux, au passage. Ce qui tombe rudement bien est que l'auteur est assise juste à côté de Bernard Stirn, croisé la veille à l'autre remise des prix, celle de l'AROP pour la danse, et dont je devais justement acheter son ouvrage sur les sources constitutionnelles du droit administratif (Montchrestien, tout juste sorti du four ce mois en sa 7e édition — à noter que son autre ouvrage sur les libertés publiques est sorti l'an dernier, en sa 7e édition aussi, avec la burqa, ce qui n'était pas le cas de la 6e que je lui avais fait dédicacer lors du 2e salon). Une fois passé à la caisse, je peux donc me faire dédicacer les deux ouvrages simultanément. Mais juste avant, à ma droite, qui vois-je ? Authueil ! Le monde est p'tit (aucun ami avocat/juriste, cependant).

Au passage, je glane quelques infos sur l'édition juridique : c'est bien ce que je pensais. C'est la première fois qu'un auteur ne médit pas de son éditeur : au contraire, dans l'édition juridique, on est carré comme les auteurs, on comprend le contenu des livres, et on a des méthodes particulières, comme la numérotation des paragraphes, de telle sorte qu'on peut mettre des renvois partout. Vous auriez dû voir la tête horrifié de Pascale Deumier lorsque je lui ai dit que pour mon bouquin de 550 pages, pour lequel on me donne une semaine de relecture des épreuves avant le bon à tirer, la quasi-totalité des 600 notes de bas de page ont dû être réintégrées dans le texte, car interdites sinon. Oui, j'ai raté une vocation... Ah, chez les juridiques, on s'est mis à fond dans le livre numérique ; certes quelques gros ouvrages ne sont pas encore disponibles, mais c'est bientôt prévu me promet-on.

Sur le salon, 17 éditeurs : le stand le plus large est celui de Dalloz, sur lequel un auteur m'alpague quelque peu pour son best seller, Les grands arrêts de la jurisprudence administrative (18e édition, la première étant de 56, ce qui explique l'âge de l'auteur). Certes ça m'intéresse au plus haut point, mais voilà, ma bibliothèque n'est pas extensible à l'infini et je ne sais déjà plus depuis quelques mois où ranger les ouvrages (là j'ai une pile "compta" qui fait 20 cm de haut, une pour le droit des sociétés qui dépasse 15 cm, et encore une pour l'éco et le management qui doit faire à peu près la même chose ; le tout en bordel). Alors en numérique, je préfèrerais, en fait. Justement, un peu plus loin sur le stand, on me présente une offre pour les étudiants : 90% des bouquins présents sur une offre en ligne pour un abonnement de 9€ par mois ! On ne peut pas télécharger, les liens internes ne sont pas (encore) gérés, mais à ce prix-là pour cette quantité, c'est tout de même une aubaine. Mieux encore : les universités ont des accords, il se pourrait bien que j'y aie accès une fois mon inscription achevée !

Alors que je mate quelques mini-bouquins Dalloz qui résument les locutions latines, les principaux textes pénaux ou la constitution (je finirai pas prendre les trois, pour 7,50€), une jeune fille demande s'ils auraient le code du travail — non. Sur le salon, 80% des visiteurs sont des étudiants, la publicité ayant été très large en ce début d'année scolaire, dans les facs. Il y a des VIP, qui se cachent, mais finalement il y a assez peu de praticiens. Bref, notre jeune fille se met au droit social (je crois que c'est L3 ou M1), et cela ne me surprend pas qu'on lui fasse attaquer la matière directement avec cette abomination qu'est le code du travail en lui-même (même recodifié en 2008, les exceptions aux différents articles sont souvent deux ou trois articles plus tard ; une partie n'est que de la jurisprudence, comme les clauses de non-concurrence ou les requalifications ; l'inspection et les prud'hommes sont dans les codes civil et de procédure civile), sans même lui avoir parlé du Lefebvre social — indispensable —, ni du dictionnaire social de la Revue Fiduciaire, qui en tant que secrétaire du CE m'a fait sauver de nombreuses vies (avec les 80 procédures du droit du travail, et la revue des IRP). Pis encore : elle ne connaissait pas du tout la Revue Fiduciaire — qui, il est vrai, est très orienté entreprises, fisca/compta. Et donc, elle ne savait pas que c'était dans cette honorable maison (qui m'a d'ailleurs filé un accès pour tester leur portail en ligne — pas eu le temps, j'ai honte) que l'on trouve le meilleur code qui soit, ce qui m'a été par ailleurs confirmé par mon avocat il n'y a pas très longtemps.

Je retraverse vers les éditions de Paris II. Là se trouve un ouvrage très intéressant, Essai sur l'émergence d'un droit européen de la représentation collective de Benjamin Krief, qui attire mon attention. Mais comme la miss arrivait, ce n'est pas avant l'avoir retrouvé à l'entrée du salon (dans les deux sens du terme) que j'ai pu m'entretenir de droit social, de droit international (trop absent des cursus, nous étions bien d'accord — un espoir en L3 apparemment, avec les bonnes options) et du croisement entre les deux — j'avais déjà un peu regardé ces histoires, autant dire qu'une thèse sur le sujet n'est pas de refus tellement les sources du droit sont diffuses (et bordélique, bonne chance aux délégués des entreprises avec filiales...). Quelques minutes plus tard, je me rend compte que la demoiselle a disparu : c'est l'heure de sandwicher devant l'opéra (Bernard Stirn ne m'a-t-il pas dédicacé "à mi-chemin entre l'opéra et le droit" ?).

À notre retour à 14h, à peine une heure plus tard, une file d'attente passablement immense attend devant la porte : cette année, les visites du CC ont été séparées du salon, pour éviter l'engorgement fatal de l'année dernière. Oui mais : pendant qu'on fait la queue durant une heure, on ne flâne pas dans le salon, qui reste assez vide de fait, bien plus que le matin ! Effet secondaire regrettable, je pense que la meilleure solution reste une préinscription sur Internet, par tranche horaire, couplé à une inscription sur place le matin même, avec une dernière part, mineure, de derniers-minutards. En tout cas, la formule était la même : le beau Marc Guillaume dans la salle du conseil et le show théâtral bien rodé de J-L Debré dans son propre bureau. Pour ma part, je m'attarde sur le stand de Paris I Panthéon-Sorbonne ("chez moi", donc), qui possède aussi sa propre maison d'édition, irjs, et plus spécifiquement sur le tome 31 par Dirk Baugard : La sanction de requalification en droit du travail. C'est évidemment extrêmement intéressant : par exemple, une succession de CDD peut être requalifiée en CDI, et tous les droits rattachés appliqués rétroactivement à titre de sanction. Las, pas de bol, impossible de trouver la requalification du lien de subordination ou du délit de marchandage en contrat à durée indéterminée : c'est pourtant ce qui m'intéressait le plus, et de loin...

Un peu désappointé, je passe à côté : Lefebvre. Mon Social 2011 ! (il me manque, j'avoue) Je parle avec la jeune tenancière de la maison, qui me présente l'offre en ligne : une tuerie, comme toujours chez eux. Et le prix ? Une tuerie aussi : 1300€ (heu, TTC, je crois). Ça calme... Je pense que je prendrai le fiscal 2011 papier, tant pis. La RF est quand même bien moins chère et modulaire : tout est dans la discrimination tarifaire ! Un dernier livre attire mon attention : Pratique de l'écrit juridique et judiciaire (24€) ; j'ai bien envie de l'embarquer, mais voilà, il n'y a pas de lecteur de carte bancaire. Avec le moindre bouquin à 130€ sur le stand... Bon... (on me propose de m'envoyer la facture pour régler plus tard : sans façon, je me suis déjà pris la tête avec LGDJ, que j'ai envoyé paître l'année dernière, parce qu'ils pensaient que j'avais embarqué un bouquin s'en payer) Je discute un tout petit peu avec un auteur (non, je n'écrirai pas une auteure, bbrrrr), à côté, d'un ouvrage sur l'environnement, sujet qu'elle porte depuis bien longtemps (c'est ce qu'il y a d'effroyable, avec le droit : des carrières extrêmement longues concentrées sur un seul sujet — moi au bout de 5 ans à faire la même chose, je m'ennuie comme pas permis...) ; je me souviens, au conseil d'État, avoir croisé une bibliothèque entière de ce droit typique de la surlégislation actuelle...

Dernier petit tour : on trouve une star, François Terré, qui signe à tour de bras son introduction générale au droit, sur le stand Dalloz, celle-là même que Debré invoquait le matin même pour notre héoïne ex-aequo, qui aurait pu tenter de lui faire de l'ombre — apparemment le Terré est l'alpha et l'oméga de plusieurs générations de juristes, un monument historique indéboulonnable, un père spirituel ou quelque chose du genre. J'oublie de regarder le second ouvrage lauréat, sur les peines, il aurait été intéressant de le positionner face à la philosophie historique de Michel Foucault, je pense (voire Beccaria). 15h20 : il est l'heure de se rendre à Pleyel, je salue une dernière fois Bernard Stirn, tout en regrettant ne pas avoir remis la main sur mon directeur de Paris I, ni d'avoir reconnu Guillaume Deroubaix, ni d'avoir pu bouquiner Droit d'Auteur de Michel Vivant ni Droit international économique de Dominique Carreau (dont on trouvait un ouvrage sur le droit international chez la concurrence : étrange, Dalloz n'en a pas voulu ?) ; en attendant la sortie prochaine promise de Droit des sociétés de Le Cannu/Dondero chez Montchrestien (pitié, en livre numérique les 1000+ pages !). Parce que cette année, je ne vais non plus qu'être étudiant (du dimanche)...

petits fours et danseuses légères

Chaque année, le monde de la balletomanie et les balletomanes mondains se joigent pour la grand messe de l'AROP : la remise du prix de la danse. Remis à l'issue d'un vote des adhérents — du moins de ceux qui y ont réussi, je soupçonne par ailleurs les jeunes d'être quelques peu exclus —, ce prix est souvent la première étape d'une très brillante carrière ; du moins quand on ne s'appelle pas Fanny Fiat (ou Mathilde Froustey ?), bref à condition d'être dans les petits papiers de la direction — ça peut toujours servir, on ne peut pas toujours faire des nominations par SMS, on est en France, que diable !

À force d'attendre le petit rat dans le hall, agrégeant la twitteuse PrincesseJo au passage (aka l'ogre sexy, alliance improbable du rugby et de la danse), on rate le tout début du discours, et on arrive à la fin du discours de notre président bienaimé Jean-Louis Beffa, pour introduire la lauréate. Ce qui veut donc dire que nous avons raté la semi-blague habituelle sur le chèque ; mais après prise de renseignement, cette fois, aucune bourde de ce côté : tout se perd, vraiment.

C'était donc bien Héloïse Bourdon, que l'on aime très fort depuis bien longtemps, et que les rumeurs donnait comme gagnante depuis quelques jours déjà. La jeune Héloïse (j'évite "nouvelle", n'est-ce pas) est introduite par un discours à-la-Bribri dont elle seule a le secret — impossible d'en faire une contrefaçon. Après donc quelques bourdes légendaires (mais plus légères, tout de même, tout se perd aussi), c'est à Héloïse de prendre le micro, pour un discours appris par coeur ; il ne manquait que la paix dans le monde à l'appel. Héloïse, elle est mignonne, mais elle est Colgate. Arf.

Du coup, lorsque ça vient à Fabien Révillon, qui commence par un modeste "la danse est un art muet" pour s'excuser de ne pas aussi bien discourir que sa collègue, il est bien plus touchant. Surtout qu'au lieu de sortir la brosse à reluire sur Bribri (elle ira loin, Héloïse...) il rend un hommage appuyé à ses mentors (dont une bonne partie ne sont plus là, comme Legris), en finissant par Karl Paquette, qui était justement tout à côté. Et bien ce jeune tout maladroit nous a touché, il était bien plus juste, il était vrai.

Bon, halte au sentimentalisme, la course au petit four est ouverte. Malgré un avantage certain à être arrivé dans les derniers, donc plutôt du côté de la table Fauchon, le vieux aropeux fait valoir ses années d'expérience. L'agglutination est impressionnante, imparable. Heureusement, il y a quelques balletomanes pour s'occuper en attendant — on récupère le p'tit rat et une amie à elle. La foule se dissipe un peu (on est à un niveau de densité comparable à Singapour, mais sans l'aspect gratte-ciel : tout le monde sur le même mètre carré) : c'est que le petit four devient rare, puis se tarit. Il revient de manière aléatoire, le petit four est fourbe. Puis, il vient tout à coup en nombre, sucré : fini de s'appuyer sur l'amie japonaise pour arriver à chopper quelques uns, nous élaborons une vraie supply chain (après tout, y'en a une qui fait un mastère à l'ESCP, hein, faut bien que ça serve à quelque chose), qui approvisionne en temps et en heure les macarons et les petits gâteaux au chocolat. Mission accomplie (bon, on finira avec ramen à côté, avec trois filles moins la souris).

Il n'y a pas énormément de motivation pour aller à une remise des prix de la danse : on veut voir ses ami(e)s, mondaniser (serrer la main de Bernie, rater J-Y, se faire présenter à un vieux monsieur au Jean d'Ormesson spirit), manger de la free food, et évidemment, voir de la jolie fille en robe. Outre miss parfaite et son amie encore plus jolie (oui mais moins parfaite, soutiens-je : la bourgeoisie ne remplace pas la sensualité naïve), il y avait évidemment de la danseuse. Pas de Mathiiiiilde (ou alors j'ai vraiment pas vu), mais quelques quadrilles (et sujets pas tabous ? — pour reprendre un mot involontaire de Bribri) qui valaient le coup d'oeil. Et la belle Héloïse ? Cinq kilos, je pense ; j'aime beaucoup les longues maigrichonnes, mais le port d'omoplate ne convient pas à tous les visages ; va falloir remplir un peu mieux la robe taille 34, quand même, avant de risquer la crise cardiaque (on va me faire croise qu'elles ont un suivi médical, ces jeunes filles ? On ne me la fait pas trop — les anciens s'en souviennent, pour les autres c'est janvier 2007 sur ce blog).

Ah, et il y a les photos. Le photographe ne sait pas trop à qui les envoyer : comme je sais qu'on me lit à l'AROP, et qu'on y connait mon vrai nom, vous serez hyper-sympas de m'envoyer celle où je suis avec cinq filles (violet-chapeau noir, s'il y avait un autre harem ambigu du genre), et celle où la souris (en rouge) pose avec Jo (qui doit taper dans les 1m80, à priori c'est pris en panoramique portrait). Merci ! (sinon, z'aurez doit à un mail)

samedi 24 septembre 2011

archipieds floc floc

Après le sud du 11ème, le nord n'était que plus logique. Le sud du 19ème et le nord du 20ème, de fait. Mais en ce temps pluvieux, peu de participants : une habituée, un Hugo-nouveau, votre serviteur et enfin notre guide à tous, Denis.

Ces quartiers sont parmi les plus pourris de Paris, si ce ne sont les plus pourris : une rue composée de derrière d'immeubles, des zones en semi-destruction, même les bâtiments remarquables sont spéciaux : moches-délirants, bizarrement encastrés dans des terrains impensables, tombant comme un cheveux sur la soupe, cet archipieds de 7 km environ, dans les quartiers autour de Belleville (Hugo a pisté le parcours, partagé sur Google maps, je suis sûr qu'il meurt d'envie de laisser ça en commentaires ;)  ), aura été avant tout sociologique.

C'est que l'endroit est aussi pauvre que divers : arabes, juifs, étudiants-bohèmes-pauvres, noirs, chinois, chacun dans son coin, sans se mélanger, on passe d'une couche à l'autre. Dans certains endroits, le taux de scooters devient délirant ; dans d'autres, on taggue en plein jour ; on croise une église protestante chinoise (un marché de niche !), des bouibouis à profusion, des commerces improbables (des bédés encadrées vintages, un réparateur de poupée unique à Paris...).

Et puis c'est le retour à Oberkampf, porte de ce monde étrange — et pourtant intra-muros — où nous faisions autrefois des Paris-Carnet (on se rappelle de mes photos de prêt-à-porter de burqa ou autre littérature pour faire sortir le diable du coeur de sa femme). Cet endroit de Paris où l'on monte et descend sans cesse, où l'on croire horreurs et bonheurs (mais surtout horreurs), surprises inattendues, curiosités. Et un peu de pluie, mais pas tant que ça, au final.

lundi 11 juillet 2011

archi11pieds

La session de juillet d'archipieds se tenait ce dimanche : peu de monde présent, du moins aucune compagnie féminine pour moi, ce qui est à la fois déplorable et scandaleux. Un Valerio, un Aymeric & friend & family (dont une agréable surprise greffée en fin de parcours), et évidemment, Denys, notre berger.

Départ depuis un coin de la gare ; je n'ai pas compris par où ils sont passés, avec mes deux minutes de retard, j'ai rejoint le petit groupe une rue derrière. Les immeubles de ce quartier ne sont pas forcément les plus intéressants qu'ils nous aient été donnés d'admirer. Depuis tout ce temps que je vis à Paris, je n'ai jamais vraiment arpenté ce quartier, derrière la gare, autour de la ligne 8, sous Charonne (que je traverse en 78 de temps en à autre, depuis notre prochain rendez-vous de septembre : le père Lachaise). Il faut dire qu'il n'y a un peu rien : il faut aller vers Bastille pour retrouver la vie, et des gens qui ne soient pas d'affreux pauvres.

C'est pourtant surprenant que ces parcs, ce gymnase, immenses, en plein Paris, et ces immeubles parfois abandonnés, sur deux étages, comme dans un quartier marseillais autour de la porte d'Aix. Et pourtant, on est derrière le pont de arts : incroyable avec ce prix du mètre carré. Ledru-Rollin marque, du côté de Charonne, au dessus du faubourg St-Antoine et de ses petites ruelles héritées d'un temps où le quartier était indépendant de la capitale mais protégé de l'octroi, la limite entre bobos et déshérités. Comprendre une population fortement immigrée d'une manière générale (du côté St-Bernard, surtout).

Diderot, Daumesnil, Crozatier, je découvre la place d'Aligre (et un grand marché couvert tout pourri), cet archipieds ressemble plus à une rencontre du coeur parisien ignoré, où le HLM est de qualité (à savoir : il faut devenir pauvre ou se reproduire à outrance pour devenir Parisien sans s'endetter sur trois ou quatre générations ; n'importe quoi). On peste contre le bois qui pourrit, on trouve quelques bâtiments intéressants. Denys nous fait rire en invectivant le pauvre opéra Bastille, une fois la désagréable rue de la Lappe (où se trouve un immeuble remarquable) traversée (quand on pense au 10K€ du mètre carré, aussi...). En revanche, en face, le nouvel immeuble sur une parcelle encore une fois ridicule, pas encore achevé, est couvert de louanges.

Comme d'habitude aussi, les noms et les cabinets d'architectes se succèdent dans la plus grande confusion. On retient que le commissariat du XIIème (que Valerio à testé de l'intérieur, une nuit qu'il roulait de travers en vélo) et l'immeuble rue de Lappe, avec aussi des bidules inutiles sur le toit, partagent le même concepteur au nom à coucher dehors. Il faudrait des fiches pour les participants aussi...

Quartier des Quinze-Vingt, rue traversière pour un dernier délire architectural discret, et notre petite société est enfin dissoute à 18h30 passés : mine de rien, ce fut une sacrée balade ! (on comprend mieux pourquoi on n'est pas passé par la rue Sedaine, pourtant juste au dessus, pour essayer de s'incruster dans l'ancien loft de Kenzo ; tant pis)

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