humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 21 mai 2017

Toulouse d’Orient

Si j’ai bien compris, le week-end avait pour cycle à la Philharmonie les Mille-et-une nuits. Et comme il fallait donc trouver un titre à la soirée du samedi par l’Orchestre National du Capitole de Toulouse dirigé par son Tugan Sokhiev retrouvé, le nom de la première pièce s’est trouvé tout à propos, quoique réducteur. Mais il faut avouer que "Aladdin" de Carl Nielsen est une suite absolument fabuleuse que, si peu de fois données, il aurait été bien dommage de rater. Les première et dernière pièces justifie d’ailleurs de posséder cette oeuvre dans toute bonne discographie : il faudra que je m’y emploie !

Après cette première partie de toute beauté, il fallait une pièce toute aussi ambitieuse : "Shéhérazade", de Ravel, avec le timbre envoutant de Marianne Crebassa, qui remplit bien la salle quand on est de face au parterre — l’inconvénient de cette place du fond étant d’être devant les retardataires, arrivés en nombre juste au début du concert, décidant seuls de trouver leurs places pendant la pause entre deux oeuvres sans rien connaître de la salle, bavassant sans cesse, bref dissipés au delà du possible (Serendipity a cette brillante idée : les interdictions de concert comme il y a des interdictions de stade !). Sur trois poèmes de Tristan Klingsor, Asie déploie une grande musicalité lyrique, La flûte enchantée me semble avoir été réutilisé maintes fois, et L’indifférent est court, en laissant une traine en oreille. Très beau.

Après l’entracte, "la Danse des sept voiles", extrait de Salomé de Richard Strauss, file de manière très à propos la thématique orientale, tout en correspondant au format 10-25 minutes de la soirée. On termine en revanche assez loin de l’Arabie, avec un Oiseau de feu (suite n°2) de Stravinski, qui a certes quelques accents musicaux apparentés — Russie et Islam, en fait l’Oiseau est kazakh ?

Et puis il y a un trio de jeunes filles devant moi, dont un clone de @odette9, avec nez plus court mais légèrement plus retroussé, et des lèvres plus pulpeuses, le tout caché derrière de grosses lunettes. Tugan célèbre alors cette découverte : « Jardin féérique » de Ravel (dernier morceau de Ma Mère L’Oye), annonce-t-il en premier rappel. Très beau. Alors que le public commence à s’enfuir dans le brouhaha, un deuxième bis : Carmen de Bizet, certainement pour nous rappeler que les Maures étaient en midi-Pyrénées.

Délicieuse soirée d’Orient occitan !

mardi 16 mai 2017

Hilary d’amour

L’association entre Leonard Slatkin, l’orchestre de Lyon et Hilary Hahn n’avait rien de forcément très évident pour une tournée commencée à Lyon, enchaînée à Munich puis à Paris, à la Philharmonie, avec une salle assez pleine — accueillis comme des malpropres par un jeune ouvreur connard (de temps en temps, on croise de ces émanations de J des jeunesses hitlériennes en errance, pourvu qu’ils disparaisse rapidement), nous sommes montés, avec la souris, au premier balcon, pour profiter de la vue sur Hilary.

D’abord, un John Adams, « Chairman Dances », avec le retour de Spongex® aux percussions, cette fois en auto-frottement. C’est toujours brillant, on se demande toujours : mais pourquoi aussi peu ?? Puis notre héroïne, qui a pris du tour de taille en devenant une MILF (moins que Julia, mais…), pour un concerto pour violon de Tchaikovski avec de fait un public de n00bs qui s’est mis à applaudir après quelque trille acrobatique (oui oui, en plein milieu), puis comme il ne se doit pas après le 1er mouvement. Bis plus original et dansant que le Bach habituel, Partita n°3 en mi majeur, BWV 1006 (quand même du Bach, donc : faut pas pousser !). Et après l’entracte, une symphonie fantastique de Berlioz que la souris a trouvé beaucoup trop lente, suivie d’un bonus, la barcarolle des Contes d’Hoffmann, parce que belle nuit d’amour avec Hilary, quand même.

Astana-Beyrouth

De retour d’Astana, avec assez d’avance inespéré pour repasser chez moi quitter ma valise et retourner à la philharmonie sans avoir à souffrir d’éventuels problèmes de vigipiratage, l’étape suivante étant donc ce Voyage avec Marcel Khalife, et son programme mystère. Une fois sur place, c’est effectivement varié : Les ruines d'Athènes de Beethoven semblent moins peser pour l’Ouverture en elle-même que pour la courte Marche Turque (bien plus rarement donnée !) qui suit.

Quant à « De la ligne à la peau » du relativement jeune Matthieu Lemennicier, après un speech un peu robroratif, c’était plutôt une occasion de caser, pour l’Orchestre national d'Île-de-France sous la direction de Julien Leroy, la pièce lauréate Île de créations. Vraiment rien à voir. L’occasion aussi de constater que décidément, ces pièces contemporaines se ressemblent beaucoup les unes les autres, rendant fort relative la notion d’originalité ou de rupture… On n’en retient donc pas grand chose, si ce n’est pas que ce n’est pas désagréable — mais l’inverse non plus.

En revanche, les géniales Danses de Galanta de Zoltán Kodály annoncent bien mieux la seconde partie que la salle, très libanaise — en tout cas très croissant-fertile, dirons-nous —, attendait bien plus probablement. En effet, après l’entracte, Marcel Khalife et son oud se posent, devant l’orchestre, de côté jardin pour laisser place au piano. Face au parterre, l’acoustique est plutôt pauvre de trois-quarts arrière — mais était-ce bien meilleur avec un tel orchestre énorme derrière ? Oh, Breeze (Ya Nasim el-rih), puis Rise up, Oh Rebel (Enhad ya saer). Je crois que c’est là où il y avait un usage original d’une éponge Spontex sur une timbale.

Ce qui est plus sûr est que Requiem for Beirut de Rami Khalifé, fils du héros-de-la-soirée, a déclenché une alerte cramoisie de la société protectrice des pianos. Celui-ci a en effet été torturé pendant de longues minutes. Avant de revenir avec du pur Marcel Khalife, Peace be with you (Salamon Aleiki). Et quelques bis, dont me semble-t-il Oummi (Ma mère) et Jawaz as-Safar (Passeport), sur les poèmes de Mahmoud Darwich récités avant en arabe puis en Français (mon binôme s’en rappelant fort bien), et un Ya Bahriyi participatif où la salle s’est mise en danser — surtout ces messieurs ! —, laissant libre cours à son exultation qu’on sentait poindre dès la première partie. Revigorant. Et une vraie découverte musicale de grande qualité — c’est même une icône !

dimanche 30 avril 2017

Jukka-Pekka sans Lola

Pour une fois, le replacement s’est fait côté impair, car il y avait du piano : Concerto pour piano n°2 de Chopin (donc le premier, parce que it’s complicated). C’était là le début d’un orchestre de Paris en forme sous la baguette du fort aimé Jukka-Pekka Saraste. Et derrière le clavier, le fort jeune mais néanmoins talentueux et impressionnant Jan Lisiecki, étoile définitivement montante, enfonçant le clou avec une longue nocturne passionnée en rappel.

Après l’entracte, justifiant la prise de distance en seconde moitié de parterre, la tonnutriante Symphonie n° 8 de Dmitri Chostakovitch, sans Lola (toujours l’ersatz made in China pour la remplacer), ce qui est de plus en plus inquiétant, alors que les pouvoirs publics ne s’en préoccupent pas, que le peuple y est aussi indifférent que la montée du fascisme, et que ni l’orchestre de Paris ni le Ministère de la Culture ne daignent ne serait-ce que convoquer une conférence de presse pour nous expliquer en détail les raisons de cette disparition. En attendant, la symphonie était fort bonne, pour compenser cette immense perte.

lundi 24 avril 2017

orgue du dimanche

L’orgue de la Philharmonie n’est finalement pas des masses sollicité, mais à chaque fois qu’il l’est, je suis au rendez-vous. Cette fois, c’était Michel Bouvard pour du Bach : Orgelmesse, ou plus exactement Clavier-Übung III. Mais salle beaucoup plus vide que la dernière fois (qui était certes fort pleine). Toujours second balcon, face aux tubes. Un très joli moment d’une heure vingt (me semble-t-il), sans sucre ajouté, en passant parfois rapidement quelques pages de la partition (suspect… Avons-eu nous droit à des extraits ? Ce n’était pas dit dans la préface orale un peu trop intellectuelle, peut-être l’était-ce dans la conférence d’avant ? Peut-être que la réponse se trouve dans « l’encadrement par le Prélude et Triple fugue en mi bémol sur la Trinité ».). Cet orgue est décidément la plus belle réussite de la salle.

lundi 17 avril 2017

cors merveilleux de Bruckner

Un concert pas bien rempli de l’Orchestre Philharmonique de Radio France à la Philharmonie de Paris, intitulé Des Knaben Wunderhorn, alors que c’était seulement la première partie qui était constituée des extraits de l’oeuvre de Gustav Mahler — Lied des Verfolgten im Turm, Verlorne Muh, Trost im Ungluck, Das Irdische Leben, Der Schildwache Nachtlied, Wer hat dies Liedel erdacht ?, Der Tambourg’s sell, Rheinlegenden, Wo die schönen Trompeten Blasen, Revelge. Une très belle affiche cependant faisant apparaître la mezzo-soprano Ekaterina Gubanova au côté du baryton Dietrich Henschel, à qui l’acoustique de la salle n’a malheureusement pas rendu justice. Tralali !

Et puis une symphonie n°4 d’Anton Bruckner dirigée encore par Eliahu Inbal, avec lequel, comme le gars au milieu du premier rang de l’arrière-scène, j’étais parfaitement synchrone sur la direction. On approuve.

mardi 11 avril 2017

mortel Brahms

Voilà un très beau deutsches requiem offert par l’orchestre de Paris, dirigé par Thomas Hengelbrock en replacement de Christoph von Dohnányi. En première partie, Concerto pour piano n° 22 de Mozart, avec Emanuel Ax. C’est plaisant, avec un très beau bis (qu’était-ce déjà ?… Chopin ? Doute), mais sans laisser de souvenir impérissable.

De face, l’acoustique est assez honnête pour profiter de la soprano Christiane Karg et du baryton Michael Nagy, mais aussi du choeur, et surtout, de l’orgue, qu’on n’entend jamais assez, et qui ici relevait fort bien le tout. Fort agréable séminaire annuel.

binôme enchantée

Qu’attendre d’une flûte enchantée par Christophe Rousset, ses Talens Lyriques et une troupe d’illustre inconnus soutenus par le choeur de l'Opéra de Dijon ? Pas forcément grand chose : on ne peut donc qu’être ravi quand ça fonctionne. Certes le trombone vintage sonne moins que d’époque pour du Mozart, et les Knaben nous ont fait un peu beaucoup tressaillir. On a eu peur au début pour Jodie Devos en Reine de la Nuit (MILF), mais finalement elle nous a réussi son air-clé. Et la Pamina de Siobhan Stagg, comme le Tamino de Julian Prégardien et le truculent beau gosse Klemens Sander en Papageno, bientôt rejoint par la délurée Camille Poul pour Papagena, fonctionnaient très bien. Les apparitions des trois Dames, Sophie Junker, Emilie Renard et Eva Zaïcik étaient de vraies gourmandises. Le Sarastro de Dashon Burton et le Monostatos de Mark Omvlee parfaitement parfaits. Alors avec tout ça, bien replacés de face dans les premiers rangs (et côté couloir, l’idéal de l’idéal) du parterre de la Philharmonie, de prime abord sceptiques, on n’a pu en ressortir qu’enchantés !

mardi 4 avril 2017

liberté et patates

Andrea Chénier, c’est la révolution à l’opéra pour le XVIème en goguette : 175€, 150€, 110€, 60€, 10€ et enfin 5€ pour rien-voir-rien-entendre. Sans mise en scène. Même à l’opéra de Paris on n’ose pas ça. Et pourtant, salle comble. Bon, au moins, tout le monde connaissait son texte par coeur, à ce prix. Ce qui est appréciable, même si je suspecte que la coprod Bayerische Staatsoper justifiait un investissement au-delà de cette seule représentation. Comme on suspecte que ce n’est ni Omer Meir Wellber à la direction, ni vraiment le Bayerisches Staatsorchester (et pas forcément le Chor der Bayerischen Staatsoper non plus, même si ça commence à faire cher en transport) qui ont mangé le ticket, on se penche plutôt sur les cachets des chanteurs.

Quelle distribution, faut-il avouer !

Jonas Kaufmann - Andrea Chénier

Anja Harteros - Madeleine de Coigny

Luca Salsi - Carlo Gérard

J’nai Bridges - Bersi

Doris Soffel - La Comtesse de Coigny

Elena Zilio - Madelon

Andrea Borghini - Roucher

Nathaniel Webster - Pietro Fléville

Christian Rieger - Fouquier Tinville

Tim Kuypers - Mathieu

Kevin Conners - L’incroyable

Ulrich Reß - L’abbé

Anatoli Sivko - Schmidt / Il Maestro di casa

Kristof Klorek - Dumas

Han, Kaufmann, haaaan Anja Harteros ! Surtout la deuxième, honnêtement. M’enfin, le premier n’est plus malade, c’est déjà ça — c’est un habitué salué du rôle, par ailleurs. La mamma morta par Harteros était sublime, couronné de plusieurs minutes d’applaudissements — et révélant enfin pourquoi mon binôme baroque verse tout à coup dans le vérisme, tu parles d’une soudaine envie de variété dans la programmation !

Que dire de ce mal aimé, ou peut-être simplement oublié au fond d’un tiroir (mis à part un air, grâce à la Callas, et un autre du héros pas si présent sur scène), opéra d’Umberto Giordano de 1896, à propos du poète révolutionnaire qui n’en survivra pas entier ? Hé bien… Sans rien révolutionner, on entend du Puccini et même parfois un zeste de pré-Wagner qui ne fait pas de mal aux oreilles, mais il manque quelque chose pour passer un certain cap. Ça souffre des mêmes problèmes que du Auber ou l’un des autres compositeurs du quartier d’opéra qui ont bien compris et synthétisé la musique de leur temps, mais n’ont pas apporté grand chose — mis à part des noms de rues et quelques bustes bien incongrus. Le livret est très romancée (alors que la vraie de Coigny avait l’air franchement géniale IRL), comme toujours. On y parle révolution, liberté et patates. Ça se passe très bien, au final.

Khatia in blue

La salle du TCE était blindée de chez blindée, comme rarement. Qui l’eut cru ? Serait-ce pour la voluptueuse et envoutante Khatia Buniatishvili ? Ou pour le Rotterdams Philharmonisch Orkest ? Certes Yannick Nézet-Séguin, mais… Ou alors, c’était le programme.

Bernstein, On the waterfront, avec des percussions endiablées au début, puis des couleurs vives, un vrai régal, mais injustement méconnu, non ? Plutôt le Gershwin, Rhapsody in blue, voilà le secret ! Khatia in blue. Khatia rhapsodique. Vue de dos, miamesque. Un bis endiablé (indéterminé).

Et puis Rachmaninoff, Danses symphoniques op. 45, celui qu’on oublie tout le temps, que rapidement on se dit « ah mais ouiiii », puis qu’on laisse filer, et qu’on ré-oublie un peu (mêmes les gongs finaux)… Un plaisir constant de redécouverte, dirons-nous. Et en rappel gourmand, Candide, très bon ! Très belle soirée, malgré les ouvreuses particulièrement poissonnières.

- page 1 de 80