humani nil a me alienum puto

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samedi 10 octobre 2020

symphonie du nouveau masque

Quand on voit un Orchestre de Paris dirigé par un chef du nom de Jakub Hrůša, avec le rond sur le "u" et l'accent à l'envers sur le "s", on sait qu'on aura une interprétation d'Antonín Dvořák AOC. 39 ans, mais je ne pense pas que nous ayons déjà eu à l'entendre. Quid du Edward Elgar avant, plus anglais que tchèque ? Hé bien avec Gautier Capuçon, le Concerto pour violoncelle fut fort bien réussi, et en bonus, la variation Enigma n°9 (Nimrod), en arrangement Jérôme Ducros (qui joue au piano avec Gautier Capuçon, et a donc créé une sorte de violoncelle plus orchestre pour cette variation : malin !).

Précipité légal. La philharmonie n'est pas bien remplie, conformément à la nouvelle politique ; mais surtout, elle est disposée en clusters internes, c'est-à-dire qu'il y a de larges zones totalement vides, mais plein de monde agglutinés aux mêmes endroits. Mais ça chasse la répartition libérale, nouvelle politique aussi. La France, faut vraiment se la taper… En attendant, j'avais une rangée libre devant, une derrière, et j'étais tout seul sur ma rangée. Mais c'est parce qu'on est sympa…

Reprise, et la symphonie n° 9 "Du Nouveau Monde". Forcément, le Hrusa, c'est son rayon, disions-nous. Je pensais à mon paternel qui n'écoute quasiment que ça. C'est quand même autre chose, au concert. Ça dépote. Le spectacle vivant, la vibration, le souffle, le volume, rien à voir. Un grand plaisir.

mardi 6 octobre 2020

covid-19 in pace

On s’est demandé si c’était bien le pianiste Lars Vogt qui était initialement prévu, et si c’était bien aussi l’orchestre de chambre de Paris. En fait seul le choeur a changé : de letton, il est devenu Accentus. La philharmonie a là aussi procédé à des remboursements sélectifs pour les derniers arrivés, ce qui donne une salle étonnamment vide pour un Requiem de Mozart — avec le titre bien kitsch « immortel requiem », pour la soirée. Facile de se replacer à trois, avec Christian et mon binôme retrouvé (elle n’avait pas trop vieilli depuis notre dernière rencontre, mais avec le masque h24, on peut cacher la marchandise).

Mais quand ça commence, on se dit que c’est pas vraiment du Mozart, cette affaire. Ça sent encore l’arnaque. On nous a refourgué une oeuvre contemporaine ! C’est fourbe, surtout pour mon voisin… Alors, ça vaut quoi, sur une échelle de 1 à Covid-19 ? Ma voisine initialement est rassurée en voyant « 2min30 », mais elle n’a pas bien vu que c’est là la deuxième pièce : la première fait 19 minutes. Le masque cache mal l’hilarité. Clara Olivares a 27 ans et Pascal Dusapin semble être son mentor de prédilection. « Lebewohl », marqué inédit, est dans la lignée des trucs contemporains marginalement pénibles, oubliables et sans beaucoup de saveur. N’est pas Ligeti qui veut. Ce n’est pas en tapotant sur les pistons des trompettes sans souffler dedans ou en torturant les cymbales (avec notamment un « bol japonais non accordé », la précision est d’importance) qu’on va révolutionner quoi que ce soit, et encore moins se faire plaisir. C’est le genre de musique un peu prétencieuse par petites touches qui ne mènent nulle part. En revanche, après une petite pause, la Coda pour choeur, qui fait manifestement partie de la même oeuvre, avait bien plus de potentiel. On ne comprend pas bien de quoi il s’agit (il y a un livret caché ou c’est juste des notes ?), mais a cappella, c’est franchement bien maîtrisé. Il y a de l’espoir pour Clara, venue saluer après la première partie, puisque comme une fois précédente, si mes souvenirs sont bons, le requiem a été immédiatement enchaîné (parce que « Lebewohl est donc un espace expérimental, d’inspiration rituelle, dans lequel les textures instrumentales — puis vocales — se veulent être une préparation à l’écoute apaisée du Requiem » — si on veut, on se dit surtout que Mozart, c’est autre chose, mais on le savait déjà).

L’orchestre est de moins en moins masqué (avec le petit logo Orchestre de chambre de Paris !). L’interprétation du requiem est sympathique sans forcer, du soft-Mozart, tout doux. Requiem in pace. Côté solistes, la soprano Mari Eriksmoen a une voix claire, précise, et une robe totalement improbable ; le vibrato de la mezzo Aude Extrémo n’a pas emballé ma voisine ; le ténor Sébastien Guèze a plutôt bien assuré aussi, malgré quelques imprécisions. Mais c’est surtout de Yannis François, la basse, qu’on est fan. Je l’avais déjà remarqué, mais mon binôme en émoi me glisse lors d’une pause qu’il est fantastique et qu’il était danseur avant (découverte après avoir fouillé dans mon programme). « On ne voit que lui ! » (je suggère que l’effet cravate rose sur costume noir quand on a soi-même la peau très sombre a dû un peu jouer aussi). En plus, lis-je, il a été sélectionné par Barbara Hannigan, avec qui il est fort en cheville. J’hésite donc avec la jalousie la plus totale (mais comme, d’après la grande tradition des crushs de la demoiselle, il doit être gay, il serait donc pour moi dans le cadre de ma reconversion pour l’autre bord).

Clairement, ce n’était pas le meilleur requiem de Mozart auquel on ait assisté. Mais en ces temps troubles, on prend tout ce qui passe avec grande joie. Même ma partenaire a vu son humeur s’améliorer, et ça, après les annonces de la journée, ce n’était pas rien !

lundi 5 octobre 2020

la Covidtchina

L'espoir qu'une oeuvre de 3h30, nécessitant un entracte, un choeur, de nombreux solistes et un gros orchestre, puisse se tenir en fin d'après-midi de dimanche à la Philharmonie aurait du être maigre. Plus tôt dans la semaine, un premier Gergiev avait déjà été annulé. Mais parmi les fidèles des fidèles, tous présents, on sait que le chef a le bras long, et si un orchestre allemand ne peut venir, l'orchestre et le choeur russes du Mariinsky le peuvent. Ah, ces Russes…

Ceci étant, les fidèles étaient présents aussi parce que non sacrifiés : avec les nouvelles restrictions en nombre de spectateurs autorisés, il faut écrémer sévèrement. La philhar a choisi de sacrifier les derniers inscrits, peu importe la catégorie, et de replacer les plus anciens en surclassant. Ou comment je me suis retrouvé sur un premier rang de parterre quasi-vide, certes de côté. Comme il n'y avait quasiment personne, je me suis donc positionné juste derrière le chef, légèrement impair (A3, puis A5 après l'entracte, pour avoir un meilleur angle — une dizaine de sièges libres de chaque côté). On voit mal les chanteurs solistes, les surtitres sont praticables modulo un petit mal au cou, mais on peut étendre les jambes et ça protège des réverbérations dans la salle vide qui ont gêné mes camarades mélomanes. En fait, c'est une expérience intégrée, comme partie de l'orchestre, lorsque le son n'est pas encore bien fusionné, et que l'on ressent toutes les vibrations (ce qui n'est pas donné, dans cette salle).

La Khovanchtchina, c'était manifestement ma première fois. C'est dire si cet opéra de Modeste Moussorgski, dont il a écrit le livret et la partition piano, bien plus tard réorchestrée par Dmitri Chostakovitch, est peu donné. Dans le genre fresque russe, on mélange politique, religion, histoires d'amour marginales, et tout le monde zigouille tout le monde. Ah, ces Russes, c'est quelque chose… Ça n'a souvent ni queue ni tête, et il ne faut pas se tromper : on reste très premier degré. Le niveau d'arrogance, d'égocentrisme et d'orgueil est proprement ahurissant, on se dirait qu'un Français, en face, ferait très modeste. La séquence #metoo du deuxième acte, aussi, est quelque chose. Tout ça pour terminer dans un grand bûcher suicidaire façon marshmallow.

Il y a du gros volume dans tout cela. De la grosse voix, du gros orchestre, du gros chanteur (physiquement… De près c'est encore plus impressionnant, je pourrais habiter dans la moitié d'entre eux). Valery Gergiev dirige tout cela avec son talent et cure-dent usuel — la main gauche servant à être secouée comme un poulpe à moitié mort qui se contracte parfois de manière erratique. La distribution est pléthorique, et avec le bordel ambiant, a été modifiée en dernière minute façon chaises musicales. Yulia Matochkina en Marfa est le personnage féminin fictif qui encadre le drame sinon tout à fait historique. Yevgeny Akimov joue le Prince Andrei Khovansky, qu'on voit essentiellement pour essayer d'abuser, voire violer (second choix au pire : tuer), Emma (Violetta Lukyanenko). Son père, le Prince Ivan Khovansky, a une partition bien plus généreuse pour un Mikhail Petrenko qui de fait a l'air plus jeune que son fils fictif. Il tient la dragée autre à un autre prince, plus au pouvoir, Prince Vasily Golitzin, Oleg Videman. D'ailleurs il y a tellement de princes dans les environs qu'il y en a même un qui s'est reconverti en ecclésiastique (équipe conservatrice-réac, mais difficile de faire la différence sur le terrain : ils sont tous fous pareil, lui un peu plus sage, ceteris paribus), Dossifeï — Stanislav Trofimov et sa grosse barbe, tête de l'emploi lui aussi. Et puis citons encore : Evgeny Nikitin (Shaklovity), Larisa Gogolevskaya (Susanna), Efim Zavalny (Le Clerc), Andrei Popov (Le Scribe). Et quelques autres bien plus mineurs. Aucune défaillance, tout excellent.

C'est long mais c'est bon, comme on dit. L'entracte devait arriver après l'acte II, qui s'achève brutalement — ça aurait donné un effet "pub sur TF6", couic. Mais finalement, il a été repoussé avec l'acte III, que le livret décrit très extensivement en deux phrases : "Marfa se reproche son amour pour Andreï, qui l'a trahie, quand Dosifei la console. Arrivent des streltsy ivres." Une bonne demi-heure. On va dire que c'est peu équilibré. En acte IV, il y a une sorte de ballet, du moins d'intermède, de bien 10 ou 15 minutes, dont on se demande à quoi ça se rattache dans l'action (manifestement un prince est taillé en pièce pendant que l'autre rival est banni — ça aurait plus de sens en se disant que ça arrive au milieu du bloc 3-4-5), mais qui est là encore exceptionnel sur le plan musical. Le finale, à l'acte V, est d'une impressionnante puissance.

Fin vers 21h50, finalement pas si éloignée de la prédiction du programme que l'on raillait un peu tous. Improbable et magnifique soirée, très copieusement applaudie, alors qu'aucun artiste n'était masqué.

dimanche 27 septembre 2020

danse avec Esa-Pekka

Ce devait être Tugan Sokhiev à la baguette, mais manifestement il n'a pas dû se confiner en France : impossible pour lui de venir, toute une série de concerts annulés, mais seulement pour lui. En remplacement : Esa-Pekka Salonen. On ne perd pas au change, cette fois, avec l'orchestre de Paris ! Arrivée masquée, comme pour le premier violon, serrage de coude, on ne lève le masque qu'une fois en place.

Au programme : deux Ravel et un Prokofiev, le tout sans entracte (mais pas sans pause), pour deux heures au total, avec une jauge de public autour de 75% (peut-être un peu moins). On commence avec un beau Tombeau de Couperin, qui annonce les commentaires dithyrambiques de Laurent sur Instagram/Twitter sur la diffusion de la veille. Il est vrai que le Concerto en Sol juste ensuite était incroyablement sublime. Lukas Genusias au piano nous a servi un mouvement lent central (adagio assai) qui lui aurait valu un 2e prix Chopin (2010) ou Tchaikovski (2015). Je crois qu'il ne vient à peu près jamais en France (Christian non plus n'en avait souvenir), il serait bon de le confiner chez nous une bonne fois pour toute. En bis, un extrait de la bande sonore du film « Moscou », L. Desyatnikov ; heureusement que le compte Twitter de la Philhar est là, pour la peine…

Et puis Salonen, qui nous fait des merveilles, où tout est évident, clair, fort, résonne, sans bavure, attaque après la petite pause de redistribution des sièges et partitions son mégamix de suites Roméo et Juliette. Chaque chef fait sa tambouille, mais je pense qu'il a eu le temps d'imposer le sien ; la "danse du matin" en 5ème mouvement (suite 3, n°2) me semblait ainsi assez inconnue, du moins rare. Là encore, quelques images de ballets dans la tête (je pense que j'ai surtout entendu le Concerto en sol sous forme dansée, mais moins pour Roméo & Juliette). Danse avec Esa-Pekka.

Le premier mouvement, classiquement Montaigus et Capulets, version 2 n° 1 (que le programme, à récupérer à présent par soi-même, catégorise avec la chevauchée des walkyries) est donné fortissimo avec une précision épatante, tout est au bon endroit, parfait. La suite est à l'avenant. J'ai fortement souri sous mon masque lorsque j'ai reconnu "Masques" (suite 1, n°5). Surtout, la mort de Tybalt a dû dépasser les 100dB, et là encore, une référence absolue ; suivait pourtant "Aubade", toute ciselée de légère beauté. Avant une fin tellement dramatique, qu'on en est restés tous bêtes. Non, vraiment, Salonen est un génie.

dimanche 13 septembre 2020

philhar de reprise masquée

Reprise à la Philharmonie ! Certes il y avait eu un concert spécial en juin ou juillet, mais je ne pouvais pas en être, j'avais un conseil municipal. Donc, j'ai patiemment attendu la 1ère de la saison, sans trop savoir quelles seraient les conditions dans la salle — mis à part les masques. Finalement, seulement les masques. Replacement tranquille avec Serendipity au parterre — après une arrivée à l'arrache en tram post-rendez-vous, et un changement de place qui ne bippait pas pour être replacé manu-militari en arrière-scène. Ça n'empêche pas d'avoir des voisins qui font "gling gling" avec les bijoux et respirent un peu trop fort par alternance, mais étrangement, je n'ai pas du tout entendu tousser ; en même temps, j'avais fait la même remarque l'an passé, à la même période. Le temps dira.

L'ouverture de saison se fait traditionnellement par l'orchestre de Paris. Comme l'an passé, ils ont fait venir une "cheffe", moins sexy que Karina cependant : Marin Alsop. Il y avait Chichestre Psalms de Leonard Bernstein, mais comme le choeur, c'est pas possible, ça a été supprimé d'un trait de plume de mail, sans remplacement, et effacé silencieusement du site web et du programme papier (ça explique peut-être aussi le replacement ? Une sorte de vague compensation ?). Restaient le joli Concerto pour piano n° 1 de Beethoven par Khatia Buniatishvili non masquée et avec les cheveux bien plus fixes que d'habitude (mais toujours autant de pédale, et un nuageux Adagio du Concerto in D Minor BWV 974 de J.S Bach, très joli).

Et surtout la symphonie n° 5 de Chostakovitch, après une longue pause comme un précipité infini, parce que pas d'entracte (mais on termine quand même à 22h30 avec ces bêtises : pénible, ça donne du 23h30 chez soi en ayant zappé les applaudissements). Très bien, mais manque un peu de cette magie qui fait les très grands Chosta.

mardi 17 mars 2020

Mahler de Jukka-Pekka de Paris

L’Orchestre de Paris accueillait le chef Jukka-Pekka Saraste pour un programme double-Mahler. D’abord, Lieder eines fahrenden Gesellen : le jeune Mahler est très Schubert-like, et quand on lui brise le coeur, il écrit la boîte à outil de ses futures oeuvres. Mais Stéphane Degout, baryton fort réputé, y met malheureusement peu de trippes : c’est très mélodieux, mais ça manque de puissance romantique. Dommage.

L’entracte est une bonne occasion de fuir la saleté de sonotone qui a pourri une partie de la première partie — manifestement le vieux du rang devant, au parterre, qui avait enlevé l’appareil au tout début du concert. La Philharmonie a décidément l’art d’attirer les pénibles. Fuite de l’autre côté, donc, où je trouve une place (il n’y en avait plus des masses !), assez devant, pour mieux profiter encore de la superbe 6ème symphonie "Tragique" de Mahler — celle avec les cloches de vache et le gros marteau (particulièrement grand à l’OdP ! Bam !). La 6ème est dépourvue de mouvement vraiment particulier qui permette d’en garder un souvenir vif, mais il y a quelques phrases musicales typiques de Mahler (qu’on retrouve aussi dans d’autres oeuvres), et le tout est, comme toujours, fabuleux. De grands bravoooooooo ! (Et encore un départ à la retraite)

mardi 10 mars 2020

nous et Marcel

« Mahmoud, Marcel et moi », tel était l’intitulé de la soirée dominicale marquant le retour quasi-annuel de Marcel Khalifé, au oud et chant. Le « moi » étant le fils de la star libanaise, Bachar Mar-Khalifé (piano, chant, conception), tandis que l’autre fils, Sary Khalifé, est au violoncelle. Pour compléter le groupe : Nenad Gajin (guitare électrique), Anthony Millet (accordéon), Aleksander Angelov (contrebasse) et Dogan Poyraz (percussions) ; Pologne, Hongie, Serbie, France…

Le « Mahmoud » en question est Mahmoud Darwich, le poète palestinien qui a écrit les textes des principaux hits — et dont le WE entier était dédié à la philharmonie. Textes vidéoprojetés, par dessus des animations bien faites. La construction des différents morceaux est généralement similaire : d’abord une longue montée purement instrumentale, puis le chanter, en ajoutant toujours du volume, crescendo, culminant alors dans une sorte d’orgasme, avant une redescente assez rapide.

Il faut voir le public, à fond. Toujours bien présent pour ce soirées, connaissant par coeur les chansons dans les multiples rappels (faisant passer le concert de 1h15 à quasiment deux heures). Mon binôme attend Rita (et le fusil) (comme la dernière fois ?), et ça chante là encore. Le groupe est plusieurs fois rappelé, d’abord avec du succès, mais à un moment, il faut bien arrêter. Public déchainé.

Marcel Khalifé le communiste a réussi à mondialiser une musique où il excelle, sans y avoir apporté grand chose de bien original diront les spécialistes (si ce n’est quelques hérésies pianistiques, rajouteront les mêmes grincheux ?), comme tant d’autres restés dans l’anonymat. Il y a évidemment une sorte de contradiction qu’il ne lui est pas propre — les rockeurs anarchistes qui finissent dans l’industrie musicale et n’ont pas le bon goût de faire une overdose sont de cette eau-là. Il n’empêche qu’en prêchant ce style musical typique au quatre coins du monde, amenant la joie dans les coeurs d’une diaspora très probablement fantasmé (le mélange palestinien n’y étant probablement pas pour rien), le rôle du musicien est bien tenu. Il serait dommage de bouder son plaisir.

lundi 2 mars 2020

NHKhatia

Une fois par an, Paavo Järvi revient avec son NHK Symphony Orchestra Tokyo à la Philharmonie. Paavo le toon et ses sérieux Japonais pas mangas du tout. Pour le folklore local, on commence avec du Toru Takemitsu, « How Slow the Wind ». J’ai eu l’impression de l’avoir déjà entendu. En réalité, c’est là où le blog est bien pratique, c’est mon cinquième Takemitsu (une seule fois réellement apprécié), mais première fois pour cette oeuvre, qui utilise une grammaire musicale contemporaine devenue tellement classique qu’on a l’impression de l’avoir déjà entendu plein de fois. Phrases courtes, suraigus de temps à autre, base de percussions, c’est une sorte d’impressionnisme musical visuel — ce qui est peu étonnant étant donné le CV de musiques de films japonais du compositeur nippon.

Mais l’astuce pour bien remplir la salle, bien plus que d’habitude, outre les habituels nombreux Japonais, c’était de faire venir Khatia Buniatishvili au piano, pour le fort classique troisième concerto de Beethoven, dont on oublie régulièrement la teneur. Khatia romantique arrive avec une robe à sequins multicolores, et regarde régulièrement le plafond pour l’inspiration (capillaire). C’est quand même beaucoup de cinéma. Khatia dérive, je trouve, et j’en ressors un peu déçu, outre que l’orchestre n’était pas forcément des plus inspiré (« en creux », comme dira l’ami berlinois). Pas fou fou. 

En bis, l’Impromptu No. 3 in G-Flat Major (Op. 90, D. 899) de Schubert, qu’elle joue toujours très bien, un grand classique khatiesque. Entracte. Décision est prise de fuir les pénibles. Mais en fait, les pénibles fuirent d’eux-mêmes. L’occasion de s’avancer plus, avec plusieurs sièges libres tout autour, et même un couloir. Bref, c’était blindé d’invitations et de gueux venus seulement voir Khatia, qui ne vont pas se taper un truc inconnu de plus d’une heure pour terminer après 23h !

En l’occurrence, nous, les vrais, on ne venait que pour ça : la septième de Bruckner. Alors bon, c’était pas toujours bien synchro ni propre, mais il y avait de la volonté, de l’huile de coude et des moments-frissons. Pas la meilleure interprétation (ça ne vaut pas les Allemands, les Hollandais, les Londoniens…) mais quand même de la bonne. Et puis il y a le plaisir de voir la petite japonaise à frange au tuba wagnérien qui balance du gros son.

En bis, le spleen nippon en action, très beau, la Valse triste de Sibelius. Et si c’était ce répertoire qui correspondrait le mieux, comme les Japonais se sont révélés redoutables avec du Bach ?

victoroncelle

Pour la 2e session du Grand week-end violoncelle au TCE, la nouvelle étoile montante Victor Julien-Laferrière, précédemment entendu assez difficilement sous une chaleur étouffante et un soleil brulant au parc floral. Cette fois, dans une salle peu remplie où l’on pouvait se replacer assez aisément avec sa souris, c’était plus agréable.

Au programme, quatre pièces. D’abord, Beethoven, Douze variations pour piano et violoncelle, sur un air super connu… de Mozart ! Que je n’avais point reconnu, un morceau de Flûte. Ça alors ! Puis Mendelssohn, Sonate pour violoncelle et piano n° 2 op. 58, c’est plus sérieux, mais aussi moins passionnant — reposant, dira-t-on. Justin Taylor, au piano vintage (pianoforte ? Pas totalement sûr), laisse alors place à Jonas Vitaud, sur un piano Steinway plus classique. Plus invisible : Victor a aussi échangé son violoncelle, passant des boyaux au cordes modernes.

Et c’est ainsi qu’on attaque la seconde partie intéressante, avec Britten, Sonate pour violoncelle et piano op. 65 : très beau et d’une grande originalité, qui n’est dépassée que par Thomas Adès, Lieux retrouvés, pour violoncelle et piano. Un feu d’artifice d’inventivité, avec un mouvement désynchronisé, suivi d’un mouvement qui chuchote à peine… Une sacrée découverte !

En bis, une pièce avec violoncelle et piano à quatre mains, dont je crois me souvenir que c’était du Brahms, mais je ne retrouve l’information nulle part et j’ai oublié de noter… Au dehors, dans le hall, une petite exposition de violoncelles — mode luthier en kit — et d’archets, et puis notre héros qui signe. Je ne doute pas qu’avec nos connaissances communes, je finisse bien par pouvoir lui demander quelle était cette dernière pièce du programme.

lundi 24 février 2020

ombre pour autrui

Cela faisait très longtemps que je n’avais vu de femme sans ombre. Die Frau ohne Schatten, du duo bénéfique Richard Strauss/Hofmannsthal, c’est un mix entre La flûte (parcours initiatique), Faust au féminin (le contrat avec les petites lignes damnées) et la gestation d’ombre pour autrui. Un livret métaphorique un peu dingue, et une composition superbe. Mais cette fois sans la mise en scène de Wilson, seulement quelques disposition de chanteurs dans la salle, de temps à autre, pour donner du relief.

Le TCE, où tous les ninjas de la création ont convergé pour l’occasion, et où Laurent, ne pouvant arriver pour 18h30, a pu upgrader nos places (avec mon binôme baroque en mode découverte et absolument ravie) pour un premier rang de première loge dans le tournant pair (j’en ai profité pour donner ma propre place à une revenante opportune, Léa !), a programmé une distribution sans faille. L’Impératrice par Elza van den Heever, l’Empereur par Stephen Gould et Michaela Schuster comme Nourrice ; Lise Lindstrom pour la Teinturière et Michael Volle pour Barak, son mari. Et Katrien Baerts, la voix du faucon. Les renforts (Bror Magnus Tødenes - L’apparition d’un jeune homme ; Andreas Conrad - Le Bossu ; Michael Wilmering - Le Borgne ; Thomas Oliemans - Le Messager de Keikobad ; Nathan Berg - Le Manchot) sont eux aussi impeccable, tout comme le Rotterdam Symphony Chorus agrégé de la Maîtrise de Radio France.

La baguette de Yannick Nézet-Séguin (qui est vraiment minuscule, quand il embrasse le cast féminin il est à hauteur de seins !) est à la hauteur de sa réputation. Je ne sais pas si j’avais déjà entendu le Rotterdams Philharmonisch Orkest, mais force est de constater que la partition de Strauss a été sublimée. Une soirée très attendue et superbe comme espérée.

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