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vendredi 5 juillet 2019

petit Sellars rusé

Retour à la Philharmonie. Ça n’était plus arrivé depuis le 17 mai et le multi-récital de Philip Glass, qui s’était ponctué par la perte d’un humérus. Depuis, j’ai raté un Rake’s Progress par Barbara Hannighan, une messe en si, deux orchestre de Paris (dont un qui était la dernière de Harding), et au milieu de tout ça, un Lassus mis en scène par Peter Sellars — le tout étant formidable, magnifique, etc. Eh bien il y avait du Peter Sellars de rattrapage avec ce dernier concert de la saison, avec « La petite renarde rusée » de Janacek.

London Symphony Orchestra, London Symphony Chorus (placé en hauteur pour la 2e moitié) et Maîtrise de Radio France (dont une très mignonne fille chétive à tresse qui brûlait la scène !). Et Sir Simon Rattle à la direction. Si on ajoute Lucy Crowe en renarde et Gerald Finley pour le forestier, il ne fallait vraiment pas rater cette séance. un t-shirt par dessus un Dujarrier en lambeaux, et c’est parti pour le plus grand voyage depuis plus de six semaines…

La scène a été repoussée pour pouvoir placer un écran de vidéoprojection. De fait, avant même de pouvoir prendre un pot avec les Amis de la Philhar (2e activité dont je bénéficie depuis mars…), il a fallu échanger nos places — avec mon binôme Hinata-chan en pleine période excitante d’ouverture, tandis que la souris ne veut pas spoiler son souvenir de Bastille. On se retrouve ainsi en « EE », rang qui n’existe pas, et donc ça termine en JJ — côté couloir avec le bras gauche sans voisinage, par chance ! Rangs de chaises ajoutés, donc, tout devant la scène.

Et tout devant les hauts parleurs aussi. On ne pouvait pas rater leur petit bruit strident. Et puis lorsque ça chantait, on entendait trop bien (d’autant que ça chantait dans un peu toute les positions) ; gamines comprises. Ça fait penser à l’opéra d’Astana qui a coûté une fortune mais qui a une acoustique tellement naze qu’on est obligé de sonoriser l’orchestre… Voilà qui est bien dommage. Mais c’était plutôt bien fait, par exemple lorsque ça chantait depuis le parterre, on sentait bien que ça venait de derrière. Peter Sellars a parié sur une mise en espace, sans costume, augmenté de vidéos. C’est illustratif lorsqu’il s’agit de comprendre que tel chanteur est tel animal, mais franchement, on s’y perd un peu, d’autant que les chanteurs cumulent. Le point paroxysmique est lorsqu’on voit Lucy Crowe sur grand écran dévorer assez salement… des brochettes de poulet ! (Évidemment au moment de l’opéra où la petite renarde décime le poulailler qui ne la suit pas dans son communisme anti-patriarcal, car la petite renarde est une SJW).

Bon, clairement, on n’a pas la magie de Bastille. Ça fait toujours plaisir à entendre, mais la mise en scène/espace a plutôt tendance à distraire qu’à souligner ou accompagner. On a quand même bien applaudit. Peter Sellars portait sa plus belle houppette sur crâne semi-dégarni.

mardi 28 mai 2019

war rest in peace bis

Bis ! Jamais un sans deux. Changement d’accompagnatrice : souris mercredi, Hinata jeudi. Sauf que… arrivé à la bourre (saleté de ligne 4 !), ouvreuse stressée (elle a réussi à interdire une demi-rangée en plein centre du parterre qui est restée vide toute la soirée !), SMS obscur de la miss (pas très douées pour les indications fiables et efficaces, les filles, en général…), je me rends compte assez tard de son positionnement près d’une caméra, mais la place voisine est interdite (la sienne aussi, probablement) : voilà comment la guerre déchire. Je me retrouve donc au dernier rang, pas bien calme non plus, avec comme voisin un ami-mélomane qui respire bien plus fort que prévu. Décidément, c’est difficile de réunir toutes les conditions idéales d’écoute, à la Philharmonie… Un voisin âgé plus au centre de la rangée décide même de quitter sa place, au beau milieu de l’oeuvre, pour rejoindre les places des retardataires juste derrière, où l’on peut déployer ses jambes. Et cette fois un sonotone part en sifflement bien fort pendant plusieurs secondes, à tel point que les ouvreurs sont partis en chasse…

Pour la deuxième session de War Requiem de Britten par l’orchestre de Paris et son choeur, je trouve enfin la réponse au mystère du mini-orchestre côté cour : ils ne jouent uniquement lorsque les deux hommes solistes chantent (en anglais). On y trouve, conformément à la configuration voulue par le compositeur pacifique, un Anglais, le ténor Andrew Staples, et un Allemand, le baryton Christian Gerhaher. Excusez du peu. La divine voix d’Emma Bell assure le rôle de soprano au milieu du choeur et arrive à s’en distinguer clairement. On regrette seulement, comme toujours, que la salle de la philharmonie si précise dans le son ne vibre que très peu malgré l’énormité des moyens déployés.

Daniel Harding réussit encore à maintenir un silence d’une trentaine de secondes à la fin du chef d’oeuvre. Formidable.

war rest in peace

Le War requiem de Britten est l’une des plus belles oeuvres qui soit. À la fois puissante et toute en finesse, mettant en branle un énorme orchestre (orchestre de Paris survitaminé, dirigé par Harding), figurant même un orgue, on remarque que les solistes sont rassemblés en groupe tout devant côté cour, sans qu’on sache trop pourquoi — j’ai pu trouver le lendemain en observant mieux. La salle de la philharmonie était très pleine le mercredi, et cela reste tout de même surprenant, même si en réalité il s’agit probablement les familles des choristes, fort nombreux, et notamment du choeur d’enfants qui chantait manifestement depuis le couloir côté jardin…

L’oeuvre commence dans le silence et en retard (vers 20h40), d’un seul bloc jusque vers 22h15. Elle réserve d’incroyables moments, avec un texte très fort sur la guerre, l’horreur, la réconciliation. On termine avec trente bonnes secondes de silence — mais le public  était dans l’ensemble plutôt dissipé (notamment un énorme éternuement et un léger sifflement bien pénible).

dimanche 26 mai 2019

Ligeti concertant

Une soirée de concertos de György Ligeti, c’est im-man-qua-ble. Mais je ne m’attendais clairement pas à ce que la salle soit si remplie ! Pas si facile de s’y (bien) replacer ; et plus encore, une retransmission en live ! 

Quatre instruments mis en valeur tour à tour, faisant figurer en soliste le musicien principal de l’Ensemble intercontemporain dirigé par Matthias Pintscher. Concerto pour piano, avec Sébastien Vichard (le plus long et endurant) ; Hamburgishes Konzert - Concerto pour cor, avec Jens McManama (quelle maîtrise !) ; Concerto pour violoncelle, avec Pierre Strauch (incroyable commencement de l’oeuvre à peine perceptible) ; et enfin le Concerto pour violon avec Hae-Sun Kang. En bonus à chaque fois, des ocarinas !

Quelles oeuvres formidables ! C’est encore Bachtrack qui en parle le mieux.

lundi 13 mai 2019

Jacob Solemnis

Il est évident que Missa Solemnis est LE chef d’oeuvre de Beethoven qui revêt une place à part. Quand on René Jacobs à la direction (avec le Freiburger Barockorchester et RIAS Kammerchor), on s’y précipite encore plus. Et pourtant, la salle de la Philharmonie était loin d’être pleine. Polina Pastirchak, soprano ; Sophie Harmsen, alto ; Steve Davislim, ténor ; Johannes Weisser, basse. Étrangement, je n’en ai pas grand chose à en dire : c’était parfait. Un de ces grands moments de musique qui passent, sans laisser non plus de grande trace, parce que c’est l’évidence du chef d’oeuvre qui fait sens. Le spa auditif.

lundi 29 avril 2019

deuxième session du Bach

Deux passions d’affilée — j’irais jusqu’à dire le même jour, avec la fin très tardive du Saint-Matthieu de la veille. Pour la Saint-Jean, c’est William Christie et ses  Arts Florissants qui s’y collent. Ils nous demandent de ne pas applaudir à l’entracte, et de réserver cela pour la fin. L’entracte arrive justement à un moment un peu inattendu, ne coupant pas du tout les 2h10 à l’hémistiche. De fait, panique à bord. Idem au retour des musiciens. Pas facile facile ces requêtes… D’autant que le public faisait SA venue annuelle chrétienne à la Philharmonie. Ça doit être le fameux aspect de service public (que j’appellerais plutôt : marketing). Bref, quelques catholiques bizarres (et bruyants) dans l’assistance, qu’on enverra tout droit en enfer d’un regard haineux.

Si Saint-Matthieu et Saint-Jean avaient dû témoigner (heu, testamenter ?) dans l’affaire de l’assassinat de Jésus, l’un aurait vu la voiture rouge et l’autre bleue. Rassurons-nous : ils auraient vu tous les deux une voiture. C’est déjà ça. Bref, quand on auditionne coup sur coup, on se rend bien compte des nombreuses petites incohérences dans les récits de l’un et l’autre. Même si on est d’accord, la trame reste la même : Jésus dîne, la maréchaussée vient le cueillir sur dénonciation d’un des douze potes, les Juifs-en-chef sont à la manoeuvre, le peuple veut du sang (Saint-Matthieu est peut-être plus misanthrope, à ce niveau), les Romains sont emmerdés, Jésus se la pète un peu genre il n’est pas concerné et il les snobe tous, mais il fait moins le malin une fois cloué. Bim, il meurt (alerte spoiler !), et pour la toute fin, et bien ça dépend, mais c’est un peu le flou artistique (très beau dans les deux versions).

Cette fois-ci, on récupère :

Rachel Redmond, soprano
Lucile Richardot, contralto
Reinoud Van Mechelen, ténor, (évangeliste)
Anthony Gregory, ténor
Renato Dolcini, basse
Alex Rosen, basse

On remarque Lucile Richardot qui était il y a peu une Junon déchaînée. Très belle réussite là encore, on termine sur un petit nuage.

épreuve du Bach

Jordi Savall était de retour avec un Bach canal historique, cette fois : la grande passion selon Saint-Matthieu, toujours opportunément programmée la semaine de Pâques par la Philharmonie. Je n’étais pas le seul à être accompagné d’une franc-comtoise capable de chanter l’oeuvre sans partition : pour compléter Le Concert des Nations et La Capella Reial de Catalunya, il y avait aussi la Maîtrise de Dole Franche Comté.

Que dire ? Superbe, passionnant de bout en bout d’une soirée commencée avec un peu de retard, et qui malgré un seul entracte a fini à minuit passé. On ne félicitera pas les programmateurs pour ce minutage qui a contraint bon nombre de spectateurs à quitter plus ou moins discrètement la salle avant la fin — et parfois même avant l’apothéose de la toute fin !

Florian Sievers, ténor (Evangéliste)
Matthias Winckhler, baryton (Jésus)
Marc Mauillon, baryton (Judas Iscariote)
Marco Scavazza, basse (Saint Pierre)
Javier Jimenéz-Cuevas, baryton (Grand prêtre)
Markus Volpert, baryton (Ponçe Pilate)

Distribution impeccable, Jordi en bonus au paléo-violoncelle pour le fameux moment, binôme aux anges (placement en hauteur qui aide à l’ascension), que du bonheur. Merci Saint-Jordi !

vendredi 12 avril 2019

if I persist in gazing

Un nouvel Haendel ? Ciel ! Semele (Louise Alder, soprano) est une donzelle promise à un mariage avec Athamas (Carlo Vistoli, contre-ténor), qu’aime en réalité sa soeur Ino (Lucile Richardot, mezzo-soprano), alors qu’elle en bave pour Jupiter (Hugo Hymas, ténor), ce qui énerve fortement Junon (aussi interprétée par Lucile Richardot). Alors une fois enlevée dans les cieux pour être mieux culbutée, mais s’ennuyant fortement, provoquant le rapt de sa soeur pour lui tenir compagnie, Junon décide de prendre les traits de cette dernière (ce qui explique l’usage de la même chanteuse, en tenues différentes), afin d’attiser son péché mignon, la vanité, et provoquer sa chute. If I persist in gazing, myself I shall adore! (Ça me rappelle quelqu’un) Avec une cabriole mythologique on arrive quand même à un happy ending post-chamallow grillé.

Sir John Eliott Gardiner (Monteverdi Choir/English Baroque Soloists) aime bien les mises en espace. Ça donne du relief, et il s’amuse comme un fou. Ici on joue avec les tabourets, un fauteuil et un collier dans sa boîte. Et une bicyclette. Souvent, on se dit qu’il y a quelqu’un qui va se casser la gueule dans les escaliers des différentes estrades de la scène de la Philharmonie ou sur le public. Pas très safe.

Très bonne distribution, qui s’est améliorée au fil des 3h20 d’opéra (avec entracte), de telle sorte que l’anglais Lucile Richardot se fit plus précis (très beau jeu de scène, sinon), la voix de Carlo Vistoli plus portée (heureusement que la salle était moyennement remplie, ménageant des places dans les premiers rangs), et le jeu de Louise Alder, héroïne de la soirée, plus développé — petite ovation méritée. Mentions spéciale pour le basse Gianluca Buratto (Cadmus/Somnus) et le jeune charmant Jupiter Hugo Hymas (comme quoi, il n’y a pas que Macron) — j’ai suspecté mon binôme de vouloir se faire ravir dans les cieux. Très belle partition de Haendel, avec deux ou trois airs cannons.

Excellente soirée.

lundi 8 avril 2019

immigration hongroise

J’avais hésité à prendre ce concert, part d’un dyptique de week end avec le Budapest Festival Orchestra, et puis finalement, non. Et puis Laurent a manqué de binôme ; et finalement, Laurent a manqué tout court. Bref, voilà comment on se retrouve à l’improviste dans un concert hongrois (Oh ! Voici Klari ! Elle a retrouvé le chemin de la Philhar !). Dans la catégorie remaniements, le chef Ivan Fischer était malade. C’est d’autant plus embarrassant que c’est lui qui avait tout organisé. Alors on a eu droit à un petit mot pour nous expliquer un peu tout de la soirée.

Nouveau chef, donc : le jeune et handsome Gábor Káli. C’est comme ça que les chefs se font des noms : en remplaçant au pied levé. Et on commence par un Mandarin merveilleux violent et sensuel.

Nous voilà bien préparés pour accueillir une délégation de jeunes filles en fleurs. C’est que Bartok a écrit autre chose qu’un Mandarin et un château barbu bleu. Mais c’est clairement moins connu — pour ne pas dire pas connu du tout. En l’occurrence, des chants à cappella pour voix d’enfants, qui était plutôt des ados, avec robes traditionnelles bien kitsch qui piquent. Pour chanter des niaiseries poétiques élaborées — jeunes filles dans les fleurs. « Choeurs d’enfants a capella », cela veut dire que le Choeur d'enfants Cantemus de Nyiregyhaza était disposé un peu partout parmi les musiciens, mais que ceux-ci ne faisaient rien. En attendant la pièce suivante, Sept Choeurs avec accompagnement d’orchestre Sz. 103, où tout le monde pouvait participer — encore des extraits, pour que ce ne soit pas trop long ? C’est spécial, j’aime bien !

Et après l’entracte (et une découverte d’espaces extérieurs et intérieurs dans le bâtiment compliqué), un ludique et épique (et unique !) Concerto pour orchestre — un monument avant une mort prématurée. Une fort intéressante soirée Béla Bartók !

lundi 1 avril 2019

Lettons et Bavarois

Samedi soir, salle à trous : est-ce que le jaune va mal au week-end ? Est-ce que l’idée d’avoir programmé, dans la même Philharmonie, un deuxième sacre du printemps à quelques soirs d’intervalle n’était pas des plus heureuses ? Les invitations n’ont-elles pas cette fois été distribuées au tout venant nationalement lié ? On avait pourtant le choix entre d’un côté les Lettons — Mariss Jansons à la direction et Iveta Apkalna à l’orgue — et les Bavarois — Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise, ils ont combien d’orchestres, là-bas, au juste ?

En apéritif, un Carnaval romain, ouverture de Berlioz souvent donnée en concert, et qui a été admirablement et fort dynamiquement exécutée. Mais c’est surtout pour l’oeuvre centrale que nous venions. Francis Poulenc, Concerto pour orgue. L’organiste Iveta apparaît avec sa couronne de cheveux blonds et son très bel ensemble noir sur mesure : émotion palpable. À cet instant précis, avec cette magnifique musique orchestrale et organique (organistique ?), on se dit que finalement, ça valait bien un demi-milliard. Un peu cher, comme salle, mais vraiment incroyable.

En rappel, elle nous gratifie de Evocation II, de Thierry Escaich, qui commence avec des battements au pied, aussi original et fantastique. On ne voudrait plus la voir partir. Que l’on épouse Iveta ! Immédiatement ! Malheureusement, depuis mardi, en à peine quatre jours, Igor Stravinski n’a pas eu le temps d’intégrer la partie orgue dans Le Sacre du printemps. Ça, c’est bien dommage !

En revanche, l’immense Mariss Jansons se montre beaucoup plus dynamique que le Nagano. On peut même dire que ça n’a rien à voir. En fait, ce chef n’est pas seulement ultra-talentueux, il faut aussi partie de la catégorie des toons. Qui l’eut cru ! Et voilà-t-il pas qu’après un sacrifice violent, il nous gratifie en bis d’un 

Minuet de Boccherini. Comment faire plus opposé ? Il dirige cela sans masquer sa malice, entre des clins d’oeils au public. Et pour terminer sur une standing ovation (une vraie, cette fois, non-sponsorisée), le Liebesbotschaft, Galopp, de Johann Strauss II. Malgré la rediff (certes non inutile), une très belle soirée.

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