humani nil a me alienum puto

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dimanche 28 octobre 2018

Arvo Pärt du dimanche

Après avoir donné du poignet à la dédicace tardive de la veille, et alors que l’Estonie avait un peu plus de 100 ans à présent, Arvo Pärt était de retour le dimanche après-midi. Seulement, après La Sindone et Swansong, il est monté sur scène en escaladant, cette fois. Ces deux pièces sont plus classiques, plus passe-partout, mais néanmoins fort jolies.

Le Luzerner sinfonieorchester, avec James Gaffigan à la direction, avait ensuite prévu une Symphonie n°8 "Inachevée" de Franz Schubert et un Mazeppa de Franz Liszt (thématique Franz ?) qui firent passer le temps, avant que Martha Argerich, très probablement responsable du fort remplissage de la salle, n’interprète le Concerto pour piano n° 1 de Liszt. Arrivée en mode expéditif, elle attaque fluide mais pressée. 77 ans, et toujours un sacré caractère… Le public en transe ne lui réserve pas moins une standing ovation qui nous gratifie en retour de deux rappels, Traumes-Wirren de Schümann et la première pièce de Scènes d’enfant (m’apprennent des critiques bien mieux renseignés).

Arvo Pärt du samedi

Imagine-t-on que la dernière fois que l’on vit un concert d’Arvo Pärt avec le compositeur en personne, et dont je me souviens comme si c’était hier, était il y a 3 ans, à la même Philharmonie ? Effroyable.

Pour le nouveau week-end qui lui était dédié, c’est le Tallinn Chamber Orchestra et l’Estonian Philharmonic Chamber Choir, sous la direction de Tõnu Kaljuste, qui ont tous fait le déplacement depuis l’Estonie ; dans la salle, outre Arvo Pärt lui-même, pré-ovationné quand il s’est levé pour saluer depuis le parterre, il y avait aussi l’ambassadeur (et environ la moitié de l’Estonie dans le public : pour le cocktail de rigueur, largement de quoi retarder le retour d’entracte).

Pour Fratres (encore une fois en version sans piano, simplement cordes-percussions), Harry Traksmann, premier violon, s’improvisait en soliste maison. Puis le magnifique Cantus in Memory of Benjamin Britten, dont on ne se lasse pas non plus. La suite était néanmoins plus originale. Déjà, avec un Adam's Lament au choeur très fort. Puis un Salve Regina tout aussi profond. Et enfin un quasi-grégorien Te Deum. Le tout magnifique. Standing ovation. Le compositeur fait tout le tour pour arriver à monter sur scène. Joie et liesse. Et comme il est tard, le chef a réservé une surprise, la berceuse estonienne que Pärt avait composé pour Savall. Splendide.

La file d’attente pour la dédicace a fait une bonne heure.

mardi 23 octobre 2018

Jordi triomphant

Voici un bien étrange horaire : 19h30, à la Philhar. Ça annonçait un Vivaldi de cinq heures. Que nenni : à peine trois ! Jordi Savall avait-il décidé de se coucher tôt ? Pendant un certain temps, la question était de savoir le niveau de remplissage de la salle. Ma binôme de baroque, peu joueuse et stressée de nature, poussa à la prudence. En réalité, malgré les légions de retardataires, non seulement il y avait de la place, mais bien encore plus post-entracte — où nous passâmes simplement de la droite de la vieille dame obèse à grelots autour du poignet, qui notait bruyamment force commentaires sur son programme au crayon, à sa gauche… « Judith triomphante » devrait ainsi nous inspirer dans l’art de la décollation des pénibles — et notamment de ceux qui font tomber des objets lourds et bruyants en plein solo émouvant.

Après deux petites pièces symphoniques de hors d’oeuvre, que Jordi a programmé pour respecter à moitié la tradition (faute de savoir quelles oeuvres exactement étaient réellement jouées), l’oratorio de Vivaldi (seul de ses quatre du genre a avoir survécu) met en scène la tranchante Judith (« alter-ego castratrice » de ma gente accompagnatrice dans un accès de réalisme), Marianne Beate Kielland, face à Holopherne (Marina De Liso), entre leurs conseillers (Rachel Redmond, Vagaus ; Lucia Martin-Cartón, Abra ; Kirstin Mulders, Ozias). Que de la meuf.

Le Concert des Nations et la Capella Reial de Catalunya complètent ce très beau casting pour cette confrontation amoureuse entre une Judith contondante et sa future victime assaillante et charmée. Pourtant, cette Judith sonne très chrétienne, avec ses histoire d’âme immortelle et beaucoup de chasteté. Ça ne l’empêchera pas de débouchonner sec, de manière assez expéditive par ailleurs — cela étant suivie de beaucoup de joie (et d’un appel à la vengeance de la part de l'autre bord).

Une très belle découverte, encore une fois.

mammouth en pyjama

21h45, mais quel est donc cet absurde horaire ?!?! Heureusement, le soleil se couche encore un peu tard. Et il faut faire la queue ! « Placement libre », dans une salle de Chaillot dont on n’a jamais entendu parler — en rénovation jusqu’alors —, où l’on accède par l’escalier A puis une série de couloirs. Ce n’est qu’une fois arrivé au bout de la procession que les ouvreurs hurlent que toute sortie est définitive, puis qu’il faut bien suivre les gradins (disposés tout autour), et ne pas mordre sur la scène invisible. Paye ton organisation à la française. Première séance de la série Ohad Naharin.

Et puis on attend, installés tout autour du vide, assez longuement. On repère quelques sièges vides, réservés. Une danseuse finit par arriver, et elle bouge seule un bout de temps, avant que ses acolytes commencent à la rejoindre, habillés de la même manière, en gris : une pyjama party à neuf ! On tient là une partie de la Batsheva. Avec plein de très jolies juives ! (Comme nous le confirmera la séquence du mec-à-poil, le danseur aussi est juif — on apprend aussi au passage qu’on est nu sous le pyjama, mais un pénis de taille réduite n’augmente-t-il pas le frottement désagréable ? Ce prépuce dénudé ne sent donc plus rien ?)

Les danseurs officient généralement sans musique, puis restent immobiles (le plus souvent couchés) lors de séquence de techno intense (de préférence japonaise). De temps à autres, ils viennent s’asseoir au premier rang, tombent (spécialité maison), ou plus rarement nous gratifient de très beaux ensemble de groupe en musique, alternant avec des solos (qui ménagent du repos). On tient peut-être là l’origine du titre de l’oeuvre, « Mammoth ».

Au bout d’une heure quinze, faisant le tour de la salle, trempés de sueur, il serrent aléatoirement des mains dans le public, et puis s’en vont. Pas mal du tout !

… de cette parade sauvage

Jeudi, c’est orchestre de Paris aussi. Changement de demoiselle, le jeudi c’est Souris. Hypollithe et Arycie, encore — JoPrincesse, aussi présente, s’y découvre une passion. Le programme nous parle du clash de l’époque généré par cette révolution. Ça a quand même duré quelques dizaines d’années, avec les répliques. Les dix-huitiémistes, c’est un peu comme les dix-septiémistes.

Évidemment, la Souris venait pour Ian le grand maigre — et pas du tout pour Mendelsshohn. Lubricité féminine partagée, qu’y pouvons-nous. « Un Être de Beauté de grande taille », comme dirait le toujours peu urbain (heu, citadin) Arthur.

J’ai seul la clef de cette parade sauvage.

j’ai seul la clef…

Mercredi, c’est orchestre de Paris. Binôme Hinata. Replacement à l’aise, derrière la barrière, côté cour. On commence donc baroque : Jean-Philippe Rameau, Hippolyte et Aricie / Suite. Brillant. Il nous enterrera tous, disait en substance Campra (qui a quand même tapé du 84 ans).

Et puis Daniel Harding va chercher Ian Bostridge, le ténor de ces demoiselles. À côté de moi, c’est déjà la fonte des glaces. Benjamin Britten, Les Illuminations, sur un texte (respecté mais coupé) de Rimbaud — qui n’a pas beaucoup aimé Londres, un peu comme lorsqu’on n’arrive pas à dormir à New York. Il prononce tellement bien le texte qu’on peut repérer les quelques rares erreurs en lisant le livret simultanément. Britten signe une partition incroyable (comme si souvent), jusqu'à l’épilogue du retour au calme.

Après l’entracte, où l’on aurait presque failli se remettre des émotions fortes si, dans un couloir, nous n’avions croisé Ian (aucune petite culotte n’a cependant volé), Felix Mendelssohn, Symphonie n°5 "Réformation", qui me semble fort peu donnée. J’y reconnais, dans cette oeuvre qui se veut une synthèse de culture germanique, aussi entre classique et romantisme, un bout de Parsifal : le lendemain, étudiant le programme, j’y découvrirai que les deux empruntent en réalité à l’Amen de Dresde.

Dingue.

dimanche 30 septembre 2018

suite-demi-ring : épisode 3

Si la veille on avait tenu le timing de cinq heures pour Siegfried, commencer le dimanche 16h30 pour le Götterdämmerung a mené vers les 22 heures du soir. Bien plus de monde dans la salle, cette fois. Un simple décalage de places au second balcon de côté, bien sage, et de plus en plus central au fil des entractes et des départs — résolvant le problème de savoir quel surtitrage regarder —, a révélé un étrange phénomène : on entend mieux au dessus des tubas wagnériens que depuis des places bien plus chères. Avec les nouveaux réflecteurs, l’équation est encore plus complexe pour connaître a priori les places (probablement plus nombreuses qu’avant) où l’on entend bien, dans cette salle diabolique…

On retrouve évidemment le Mariinsky et Gergiev (avec son cure-dent de circonstance). Il y a encore du mercato sur la distribution : on retrouve la Brünnhilde originale, Tatiana Pavlovskaya (qui déplaît quelque peu à mon binôme découvreuse de Wagner à cause de son yaourt, mais il faut bien avouer qu’elle a un sacré coffre !), et celle de la veille, Elena Stikhina, devient Gutrune : quelque part, en considérant le scénario et le duo amoureux de la veille, ça a du sens… Puisqu’on en est aux chaises musicales, Evgeny Nikitin devient Gunther, Mikhaïl Petrenko prend le rôle de Hagen. Il est vrai que dans le Crépuscule des Dieux, il n’y a déjà plus aucun rôle de Dieu ! On retrouve en revanche les trois Nornes filles du Rhin (Woglinde/Wellgunde/Flosshilde : Zhanna Dombrovskaya, Irina Vasilieva et Ekaterina Sergeeva). Roman Burdenko est le plus stable dans son rôle d’Alberich, et il me semble que c’était aussi déjà Olga Savova en Waltraute.

On retrouve surtout Mikhaïl Vekua en Siegfried, qui n’a pas du tout la tête du rôle (petit chauve) mais le tient très bien. On sent parfaitement l’hubris du succès qui l’amène, un peu simplet qu’il est, à se faire promener par Gunther et Hagen comme une buse. On soupçonne de plus en plus Brünnhilde d’être une INFJ, ce qui expliquerait par ailleurs qu’elle finisse par tout brûler — elle comprise, et même son pauvre canasson qui n’a rien demandé à personne.

C’était formidable.

suite-demi-ring : épisode 2

Après les 2 premiers épisodes en demi-ring d’avril, l’Orchestre du Mariinsky et son Valery Gergiev à la direction étaient de retour pour un deuxième week-end, avec le gros morceau : Siegfried le samedi, Crépuscule le dimanche. Siegfried, c’est très long, et quand on commence à 19h, on est assuré de terminer à minuit passé, ce qui n’est pas bien pratique pour retourner chez soi depuis la Philharmonie. L’épisode est probablement pour les purs wagnériens, et donc la salle était moins remplie : c’était même fort aisé de se replacer au parterre.

Evgeny Nikitin, reprenant le rôle du Wanderer, était bien plus à l’aise cette fois — il avait marqué les esprits par son déraillement en fin de Walkyrie. Andreï Popov fait du Mime, mais c’est son interlocuteur Mikhaïl Vekua en Siegfried qui assure surtout le show (ça tombe bien, il est de quasiment toutes les scènes). Il y a eu un peu de mercato, mais c’est bien Roman Burdenko qui reprend le désormais petit rôle d’Alberich ; on retrouve aussi à nouveau Mikhaïl Petrenko et sa grosse voix généreuse pour Fafner, comme dans l’Or du Rhin. Je n’avais pas noté si Zlata Bulycheva avait déjà le rôle d’Erda. Ce qui est certain est que Elena Stikhina fait une superbe Brünnhilde — alors qu’elle était Sieglinde la fois précédente. Son duo d’amour final était sublime. Et quelle belle femme !

Mais LA révélation, c’était le zozio (aka Waldvogel), Anna Denisova : déjà, elle est vraiment gaulée comme un moineau, mais en plus elle chante avec une voix puissante et cristaline. Un grand Wagner comme on aime.

lundi 24 septembre 2018

ouverture 18-19

La Sérénade pour violon, cordes, harpe et percussions, aka « Serenade, after Plato's Symposium » de Leonard Bernstein a ouvert ma saison 2018-2019, faute d’avoir pu obtenir une place pour le concert de la veille (une symphonie n°3 de Mahler d’exception, apparemment — quoique certains y ont trouvé un tempo trop aléatoire). Bref, le dimanche, c’était le second concert du Boston Symphony Orchestra avec Andris Nelsons à la direction, et c’était loin d’être plein. Je n’ai pas trop retrouvé le banquet, à titre personnel, dans cette (rare) oeuvre très diverse, qui s’apparente plutôt à une sorte de concerto pour violon (Baïba Skride comme soliste), aux accents américains et de plus en plus proches d’un West Side Story quand on s’approche de la fin de la demi-heure que ça dure. Mais on en tire bien du plaisir musical.

Vient ensuite la Symphonie n°4 de Dmitri Chostakovitch. Ça tabasse, dès la fameuse entrée vents-xylophone. Comme ça dure une bonne heure, pas de bis. Cette saison commence très bien !

lundi 25 juin 2018

cendres opératiques

Je crois que c’est bien la « Cenerentola » de Rossini qui a été interdite d’Opéra de Paris pendant bien des années. J’avais raté sa programmation sous la nouvelle ère de direction (je ne pense pas me tromper), mais pour cette représentation unique et de concert mis en espace au TCE, j’avais mon binôme — et un replacement assez facile. En fait, c’est de l’opéra porno : l’histoire est franchement grotesque, et on pourrait dire très 4ème degré, mode théâtre de boulevard assumé. De la Cendrillon, il ne reste plus grand chose. À côté, Hollywood ou Disney, ce sont des conservateurs très sages. Chercher à comprendre est vain, il faut se laisser porter — mais l’opéra souffre de n’aligner aucun hit.

Le chef de l’Orchestre National d’Ile-de-France (et Ensemble Aedes), Enrique Mazzola, était brillant. Littéralement. Comprendre veste noire à paillettes, effet disco. C’est qu’il fait partie de la fête, tout comme le claveciniste, totalement intégrés à l’action. C’est malin, drôle, savoureux. Plus tard, lors d’une file d’attente à Bastille, j’entendais des lyricomanes louer ce procédé, plutôt que d’avoir des mises en scène vilaines et chères. Là, on va dans l’économique : le peignoir de bain cache tant bien que mal les robes à paillettes pour le bal. Et finalement, tant que ça chante bien, et qu’on se permet un selfie de groupe final, tout le monde est heureux.

Karine Deshayes Angelina (Cenerentola)
Peter Kálmán Don Magnifico
Cyrille Dubois Don Ramiro
Vito Priante Dandini
Luigi de Donato Alidoro
Hasmik Torosyan Clorinda
Alix Le Saux Tisbe

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