humani nil a me alienum puto

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lundi 25 juin 2018

cendres opératiques

Je crois que c’est bien la « Cenerentola » de Rossini qui a été interdite d’Opéra de Paris pendant bien des années. J’avais raté sa programmation sous la nouvelle ère de direction (je ne pense pas me tromper), mais pour cette représentation unique et de concert mis en espace au TCE, j’avais mon binôme — et un replacement assez facile. En fait, c’est de l’opéra porno : l’histoire est franchement grotesque, et on pourrait dire très 4ème degré, mode théâtre de boulevard assumé. De la Cendrillon, il ne reste plus grand chose. À côté, Hollywood ou Disney, ce sont des conservateurs très sages. Chercher à comprendre est vain, il faut se laisser porter — mais l’opéra souffre de n’aligner aucun hit.

Le chef de l’Orchestre National d’Ile-de-France (et Ensemble Aedes), Enrique Mazzola, était brillant. Littéralement. Comprendre veste noire à paillettes, effet disco. C’est qu’il fait partie de la fête, tout comme le claveciniste, totalement intégrés à l’action. C’est malin, drôle, savoureux. Plus tard, lors d’une file d’attente à Bastille, j’entendais des lyricomanes louer ce procédé, plutôt que d’avoir des mises en scène vilaines et chères. Là, on va dans l’économique : le peignoir de bain cache tant bien que mal les robes à paillettes pour le bal. Et finalement, tant que ça chante bien, et qu’on se permet un selfie de groupe final, tout le monde est heureux.

Karine Deshayes Angelina (Cenerentola)
Peter Kálmán Don Magnifico
Cyrille Dubois Don Ramiro
Vito Priante Dandini
Luigi de Donato Alidoro
Hasmik Torosyan Clorinda
Alix Le Saux Tisbe

ah qu’elle rit de se voir si belle

Le Faust de Gounod a beau être réputé, il est peu donné d’une manière générale. Déjà, peut-être, parce qu’il dure longtemps — le TCE a dû avancer l’horloge à 19h30, pour finir après 23h. Ensuite, probablement, parce que même avec une belle distribution, ça ne remplit pas la salle. Replacement quelque peu dans la douleur, entre des ouvreuses locales au haut niveau de corruption et d’incompétence, et l’humeur massacrante d’une Hinata en pleine tentative de diversification — et après Debussy, encore raté.

Christophe Rousset à la direction de Les Talens Lyriques (et du Chœur de la Radio Flamande en renfort) pouvait faire un trait d’union original depuis le monde baroque. On comptait sinon un Benjamin Bernheim en très bon remplacement de Faust, Véronique Gens impeccable en Marguerite qui rit de voir si belle, Andrew Foster-Williams en superbe Méphistophélès sur ressort (une grande partie du succès de la mise en espace a reposé sur ses bondissements opportuns), et pour les rôles secondaires, Juliette Mars en Siebel, Ingrid Perruche pour Dame Marthe, Jean-Sébastien Bou en Valentin avec son compagnon Anas Séguin pour Wagner (/un mendiant post-mortem).

Une fort belle représentation avec tous les dialogues non chantés originaux. Car le Faust de Gounod est un opéra comique. Tragi-comique, devrait-on dire…

épouser Karina

Le choc. Elle a deux ans de plus que moi, elle maniait l’archet, et manie à présent la baguette. Il y avait le programme de l’orchestre de Paris qui poussait à prendre cette place à la Philharmonie, mais il y avait aussi cette belle photo intrigante. Un an à attendre. Pour voir Karina Canellakis, à la direction. L’amour fou.

En donc, en plus, ça commençait par la Fantaisie symphonique tirée de La Femme sans ombre de Richard Strauss. On connait usuellement la réduction du Chevalier, mais il y en a aussi une de la Femme. Ça me rappelle quand il était dans la superbe mise en scène wilsonienne à Bastille. Formidable opéra.

Et puis Karol Szymanowski, le Concerto pour violon n° 2. Je ne sais pas à quel point le chef influe sur le programme, mais ça pourrait être une raison de plus en faveur de mon rapprochement charnel et émotionnel avec Karina — outre qu’elle est superbe en soi, avais-je précisé ? Ce concerto est tellement riche qu’il y a un piano. Et derrière le violon, une autre wonderwoman, Nicola Benedetti, aka Nicky, avec son Stradi, et cette fille est un concentré Mendelssohn à elle toute seule : origines italiennes et pure écossaise. D’ailleurs, pour le bis, elle annonce une pièce folklorique de chez elle : Auld Lang Syne, de R. Burns — merci @philharmonie de nous fournir tout cela !

Entracte. On perd la violoniste, mais la chef reste. Je me décale un peu plus sur la cour, les occupants légitimes de mon rang de bas de parterre ayant donné signe de vie dans une salle relativement peu remplie (comme d’habitude). Ainsi, j’espère aussi mieux voir Karina, que je suspecte timide, car même lors des saluts je n’arrive pas bien à la photographier, tellement elle ne regarde que très furtivement le public. On reprend avec les Danses symphoniques de Sergueï Rachmaninov. Comme tous les jeunes chefs, Karina fait encore des gestes très amples, perfectionnistes et attentifs. On danse avec Karina, nos coeurs battent à l’unisson, Rachmaninov nous lie à jamais. C’est beau, l’amour.

lundi 18 juin 2018

Paris d’Orient

Cette session du samedi à la Philharmonie (j’ai pas enviiiiiiie) était sous le signe du tapis : au parterre, la moitié contre la scène a été rabaissée et recouverte de tapis, médusant quelqu’ami ninja qui ne l’avait pas vu venir, celle-là. Places à 10€, sympa, mal positionné sur les acariens, mais original — après l’entracte, il y a eu du replacement par là, c’est dire le succès. Avec la souris, on opte plutôt pour un replacement en plein centre de second balcon, séant mieux à notre recherche de confort (certes toujours précaire dans cette salle pour les nains).

Évidemment, le tapis avait une raison : un programme de l’orchestre de Paris, Fabien Gabel, à la direction, concentré sur une période française précise où l’orientalisme était en faveur et vendait du rêve (c’était avant les terroristes et l’immigration, pour remettre en contexte). On commence donc avec les jolies (mais évanescentes) variations symphoniques d’Istar, de Vincent d'Indy, avant de continuer sur la célèbre Shéhérazade de Maurice Ravel (« Asie, Aaaasie » — Measha Brueggergosman comme soprano), puis direction l’Inde avec Padmâvatî (Suite n°2) d’Albert Roussel. On y reste après l’entracte, avec Khamma, musique de ballet que Claude Debussy avait eu bien des peines à accoucher (Charles Koechlin est donc aussi crédité). Avant de terminer tout autre part, mais avec les mêmes sonorités, chez Florent Schmitt et son Antoine et Cléopâtre (Suite n°2), une découverte, et pas des moindres, car c’était excellent (et pourtant pas du tout connu !)

À noter : Lola Descours ne fait plus parti des effectifs listés dans le livret, après un an d’absence (clairement en dispo). Ah Lola ! On devrait écrire un opéra sur ce déchirement, ou quelque chose du genre. Après avoir perdu Mathilde, Paris devient décidément fade, malgré quelques épices sonores de difficile compensation.

lundi 11 juin 2018

Daphnis et Toulouse

Même si c’était Tugan Sokhiev et son Orchestre National du Capitole de Toulouse dont il a fait une référence incroyable, la salle de la Philharmonie était franchement vide. Elle s’est en revanche mieux remplie après la première pièce, une création (commande de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse et de la Philharmonie de Paris) de Bruno Mantovani, « Quasi lento, pour orchestre », très inutile, dans cette mouvance de la musique contemporaine plutôt désagréable à l’oreille, qui semble suivre des aventures cinématographiques sans le support. Bref, je pense que ces spectateurs avaient prévu leur coup. Le temps que le compositeur monte saluer sur scène depuis un rang assez central et de côté jardin, couloir, du parterre (où l’on met usuellement les compositeurs, esseulés du reste de l’ex-rang E, qui se retrouve plutôt au premier rang de premier balcon…), je repère la ch’tite violoncelliste, pile en face de mon remplacement (6ème rang de parterre côté cour) : ça faisait longtemps que je n’avais point vu Sophie, ancienne héroïne de ce blog, tantôt aperçue du côté de l’orchestre de Paris ou de l’opéra.

L’orchestre s’étoffe, se reconfigure, un piano au centre, Nicholas Angelich derrière le clavier (démarche Droopy maladroite), et un Concerto pour piano n° 3 de Prokofiev super punchy comme on les aime. Top. On se demande si les applaudissements répétés ne vont pas avoir raison du pianiste qui titube de plus en plus, et fini par nous offrir un rappel beaucoup plus calme que le pyrotechnique Proko précédent : Mazurka Op.22 de Chopin. Problème : après quelques secondes, il se fait accompagner d’une machine à vent/aspirateur/machin bruyant, qui agite les ouvreurs à la recherche de l’origine du bruit soudain, alors que le directeur Laurent Bayle (au 1er balcon, donc) était en mode ¯\_(ツ)_/¯. Voilà voilà…

Entracte, j’envoie un petit SMS à la ch’tite violoncelliste, qui sociabilise déjà avec de jeunes gens du balcon. Tout à coup, appel : c’était sa mère, qui avait récupéré sa carte SIM ! Il y a fort longtemps, manifestement… Hhhhmmm… Oups. Bref, nous serons heureux d’apprendre qu’elle avait beau être marquée parmi les musiciens de l’orchestre, elle est toujours en mode surnuméraire éternelle (par choix), faisant des allers-retours en pleines grèves. Donc, toujours parisienne.

Reprise des festivités sur une sublime La Mer de Debussy, pendant qu’au parterre juste derrière moi, ça finit de s’engueuler entre un monsieur et une dame, que ça se parle à voix haute encore derrière, bref que c’est le bordel chez les gens propres sur eux (à 50€ la place, certes). Fatigue, ce public, fatigue… On finit sur super sympathique Daphnis et Chloé / Suite n° 2 de Ravel, qui donnait d’ailleurs son nom à la soirée (« Daphnis »). Traditionnellement, Sokhiev nous gratifie d’un bis. Et puis il n’était que 23h, avec une demi-heure de retard, alors bon… L’Arlésienne, Suite (Farandole), de Bizet évidemment. Un peu de Sud. Tandis que la ch’tite violoncelliste finit de transmettre autant la joie et la bonne humeur autour d’elle, comme l’orchestre du Capitole.

vibrations sans vibrato

L’orchestre de Paris dirigé par Sir Roger Norrington, c’est à la bonne franquette. On commence par une Musique funèbre maçonnique de Mozart, une pièce assez courte qui s’avère géniale, avec notamment une partie hautbois/violons centrale magnifique. Si le vieux chef tournicotait sur sa chaise, ne voit-il pas qu’à la fin il se retourne totalement vers le public qui applaudit et nous dit quelque chose comme (en Français) : ce Mozart est fabuleux mais un peu court, j’ai bien envie de le réécouter. Et bis.

On continue avec le Concerto pour violoncelle d’Antonín Dvořák, par Jean-Guihen Queyras et son Goffredo Cappa de 1696.  Extraordinaire (mais le chef fait applaudir entre les mouvements, pourquoi donc ?). On commence sérieusement à se demander pourquoi il y a si peu de monde dans la salle. Le violoncelliste prend la parole lors des applaudissements, pour annoncer le rappel, dédié à son père, dans la salle qui fête son anniversaire — il demande pardon à l’orchestre, car la veille, c’était dédié à sa tante. Il nous gratifie donc tous d’une extraordinaire 4e suite pour violoncelle de Bach, la préférée de son paternel. Évidemment, ça applaudit encore. Et là, il reprend la parole, pour… faire la publicité du disquaire dans le hall qui vend son enregistrement ! On aura tout vu.

Comme on est à l’aise, après l’entracte, une Symphonie n° 1 d’Edward Elgar. Une soirée parfaite.

Mozart en ut

Avant la « messe en ut », au TCE, il y avait un Haydn qui tournicote, avec un passage lent très beau : symphonie n°48. Haydn, c’est quand même toujours une réussite, et l’orchestre du Bach Collegium, par le légendaire Masaaki Suzuki, lui rendait bien justice pendant cet échauffement . Car il faut bien avouer qu’on venait pour le plat de résistance, une messe en ut de Mozart qui envoie qui envoie du bois, à tel point qu’on se demande si c’est vraiment une messe… Ah oui, Osanna tout ça, on reconnaît… Carolyn Sampson (soprano), Olivia Vermeulen (mezzo-soprano), Zachary Wilder (ténor), Dominik Wörner (basse). Parfait.

La salle était fort vide. Le public n’aurait-il pas identifié LE Suzuki de Bach pour du Mozart ? Mystère.

mardi 29 mai 2018

concertgebouw de compète

Le Royal Concertgebouw Orchestra assure toujours d’excellents concerts. Avec Daniele Gatti à la direction, ça ne peut jamais trop être mauvais. On commence par… un discours. Personne de malade : juste pour annoncer (comme indiqué dans le mini-programme) que dans l’orchestre se cachent de jeunes musiciens agrégés, et qu’ils vont donc participer à la courte Ouverture d'Euryanthe de Carl Maria von Weber. L’orchestre fait cela tout le long de sa tournée européenne, dans chaque ville. C’est mignon tout plein — l’ouverture aussi. Ça explique aussi au passage la réservation de places au parterre interdites aux ninjas.

La première pièce d’importance est ensuite le Concerto pour piano n° 3 de Prokofiev, interprété par un Daniil Trifonov splendide. Forcément extrêmement applaudi, il remet le couvert (ce qui n’est point aisé après la bravoure que nécessite le Proko d’avant), avec une Sonate n°3 de Bach. Et je pense bien qu’il comptait s’arrêter là, mais quand on est trop bon, on est trop sollicité, et on doit bien ne pas décevoir le public bien chauffé. Alors il joue le génial Sarcasm op.17, aussi de Prokofiev, et c’est là très malin de sa part, surtout qu’il interprète cela avec sarcasme, si l’on peut dire. Les applaudissements ne le rappelleront plus. Repos du guerrier.

Après l’entracte, la grande oeuvre : Gustav Mahler, Symphonie n° 1 "Titan". Sublimissime.

recréation

« La Création » de Haydn, en version allemande, c’est très bon. Voilà une redécouverte qui en valait la peine. Surtout lorsqu’on a Les Arts Florissants par William Christie, Sandrine Piau en Gabriel & Eve, Hugo Hymas en Uriel, et Alex Rosen en Raphaël & Adam. Très belle distribution, qui aura nécessité deux replacements à deux, pour une très bonne soirée.

mardi 15 mai 2018

sirène de mer japonaise

L’Orchestre Philharmonique de Radio France proposait un programme assez intéressant pour ne prendre un déplacement au Canada que le lendemain du concert. Avec Vasily Petrenko à la direction, il s’agissait de faire suite, à la Philharmonie, aux Zemlinsky de la semaine précédente. Mais pas sans avoir dans une première partie fait découvrir le fort intéressant et original Toward the sea, pour flûte et harpe, de Toru Takemitsu. Michel Rousseau à la flûte, Nicolas Tulliez à la harpe. Ça se réécoutera pour en dire plus.

Et puis le plus connu Poème de l'amour et de la mer d’Ernest Chausson, où l’on attendait Anna Caterina Antonacci (pas entendue depuis trop longtemps !), finalement remplacée par Marie-Nicole Lemieux. C’est le temps de roses et le temps des lilas. Etc.

Et enfin, après l’entracte, La Petite Sirène (Die Seejungfrau) d’Alexander von Zemlinsky. Superbe. Zemlinsky est probablement le compositeur le plus sous-vendu du répertoire.

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