humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 16 septembre 2019

super-Zubin, seconde

Round two pour super (vénérable) Zubin Mehta et l'Israel Philharmonic Orchestra, yoda-like, lancer de canne compris. De nouveau trois oeuvres. D'abord la Symphonie n° 3 de Franz Schubert. Mignon, mais pas un méga-hit. En revanche, La Valse de Maurice Ravel correspond plus à cette description ; servie bien puissante. Et après l'entracte, alors que la salle est plus remplie que la veille mais que je repère un peu moins de ninjas (mais je croise l'ami russe en mode Desproges — on m'a dit que des Juifs sont dans la salle ?), la Symphonie n° 6 « Pastorale » de Beethoven. On chantonne bien. Cadeau bonus, Ouverture de Die Fledermaus (La Chauve-Souris), Johann Strauss II. On en sort fort heureux. Quelle belle et longue symbiose d'un chef et son orchestre !

super-Zubin, première

Quand l’Israel Philharmonic Orchestra se déplace, ce n'est pas sans son Zubin Mehta. À  moins que ce soit l'inverse. En tout cas, c'est manifestement la dernière fois, pour le chef de 83 ans, qui arrive lentement avec sa canne, qu'il jette aussitôt à terre une fois assis. Il est comme ça, le chef indien. Et quand il s'y met, ce n'est pas à moitié. Peut-être qu'il n'entend plus très bien, en fait, mais peu importe. Il sait envoyer la sauce.

Ça ne se sentait pas forcément encore avec la première oeuvre ajoutée en ouverture, par Ödön Pártos, ancien alto hongrois de l'orchestre si j'ai bien compris, qui a composé un fort joli concertino for strings. Malheureusement, il n'apparaît donc pas au programme papier, on n'en saura donc guère plus dans l'immédiat.

Puis il y a la très jolie Symphonie concertante de Joseph Haydn avec la pêche, à tel point qu'on oublie l'âge canonique de notre héros, que les applaudissements poussent à revenir, alors que l'orchestre avait concerté son premier violon qui avait décidé de commencer la migration vers les vestiaires, de telle sorte qu'il y eut un conflit sur le chemin entre l'orchestre et son chef — petit moment assez drôle et inédit.

Après l'entracte, je récupère un autre ninja à côté de moi, qui complète la brochette avec l'ami berlinois, plutôt dans le bas du parterre, côté couloir cour. Idéal pour en prendre plein les oreilles, alors que tout comme Maître Mehta, on dirige tout de tête depuis nos sièges. Pour une fois, d'ailleurs, la cloche n'est pas dans les vestiaires au loin mais à l'arrière de l'orchestre. On remarque que les contrebasses sont à gauche, très bien. On est surpris par un hautbois en effet surround, manifestement depuis le second balcon. Et je remarque, pour activer la cloche, qu'il y a le seul Juif orthodoxe du groupe, avec barbe et kippa, cette dernière étant portée par seulement un autre percussionniste.

Après cette fantastique Fantastique, un petit, que dis-je, un grand bis avec la Polka opus 324 de Johann Strauss II. Quelle générosité !

samedi 7 septembre 2019

ciel ma Canellakis !

Je sais enfin bien orthographier son nom du premier coup, mais il va falloir que je travaille encore mieux cela pour nos faire-parts de mariage. Depuis que Lola avait quitté l’orchestre de Paris, nous étions en deuil — surtout moi. Et puis la saison dernière est arrivée Karina. La lumière fut ! Quel chef ! (Cheffe ?) Et quel plaisir de la voir de nouveau programmée à plusieurs reprises, et avant toute chose pour le concert d’ouverture de la Philharmonie et de l’orchestre de Paris pour la saison 19-20 ! Orchestre qui d’ailleurs n’a plus de chef à résidence, et je brûle quelques cierges pour qu’on arrive à rapatrier notre héroïne — d’autres ont eu le nez plus creux avant et nous ont déjà grillé…

Un beau programme, mais une salle plutôt vide pour la deuxième session du jeudi — je ne sais pas trop pourquoi je n’avais pas pris le mercredi comme à l’accoutumée, mais comme il était diffusé en direct sur mezzo, je regrette moins (notons que Karina a donc été capturée en HD, et qu’aucun pixel n’est alors jamais de trop). Plutôt vide, donc, mais pourtant, avec trop de monde : à peine 3 secondes après le début de le prélude de Lohengrin, qu’elle nous sert émouvant à souhait (on imagine bien ce que donnera l’ouverture du 3e acte à notre mariage), un faux « clic-clac » d’appareil photo numérique sur téléphone retentit. Puis ce fut le vibreur bruyant de mon voisin (plusieurs fois, y compris après lourde manipulation…). Et lors des Wesendonck-Lieder, avec la soprano Dorothea Röschmann au chant (très bien ! Belle amplitude, beaux graves !), le public s’est mis à applaudir entre les mouvements ! Damnation. Je passe sur la vague odeur de saucisson à l’ail qui régnait aussi dans mon coin…

Mais rien, rien ne pourra entamer mon amour immodéré pour la grande et parfaite Karina (1m68, taille 36 ? C’est pour la robe. Quoique, cet ensemble noir sur mesure qu’elle porte est déjà magnifique). Pas même le fait qu’elle place les contrebasses à droite, bref les aigus à gauche et les graves en miroir, ce qui est une vilaine habitude qui tend pourtant à disparaître. Hormis ce détail qui la distingue de la perfection (elle est blonde, aussi, mais qu’y pouvons-nous ?), elle nous offre un tel Daphnis et Chloé (Suite n° 2) de Ravel, avec le petit choeur qui murmure au dessus, qu’on ne peut qu’être au bord de la pâmoison. Elle se paie un beau finale qui claque, comme pour répéter avant le concerto pour orchestre de Bartok, après l’entracte, qu’elle termine aussi tout en beauté et fracas. L’affreux public est conquis et ovationne. On n’imagine pas la rupture spatio-temporelle si jamais Lola était encore dans l’orchestre et aussi proche de ma nouvelle chouchoute d’amour, Karinaaaaaaaaaaa (Canellakis).

vendredi 5 juillet 2019

petit Sellars rusé

Retour à la Philharmonie. Ça n’était plus arrivé depuis le 17 mai et le multi-récital de Philip Glass, qui s’était ponctué par la perte d’un humérus. Depuis, j’ai raté un Rake’s Progress par Barbara Hannighan, une messe en si, deux orchestre de Paris (dont un qui était la dernière de Harding), et au milieu de tout ça, un Lassus mis en scène par Peter Sellars — le tout étant formidable, magnifique, etc. Eh bien il y avait du Peter Sellars de rattrapage avec ce dernier concert de la saison, avec « La petite renarde rusée » de Janacek.

London Symphony Orchestra, London Symphony Chorus (placé en hauteur pour la 2e moitié) et Maîtrise de Radio France (dont une très mignonne fille chétive à tresse qui brûlait la scène !). Et Sir Simon Rattle à la direction. Si on ajoute Lucy Crowe en renarde et Gerald Finley pour le forestier, il ne fallait vraiment pas rater cette séance. un t-shirt par dessus un Dujarrier en lambeaux, et c’est parti pour le plus grand voyage depuis plus de six semaines…

La scène a été repoussée pour pouvoir placer un écran de vidéoprojection. De fait, avant même de pouvoir prendre un pot avec les Amis de la Philhar (2e activité dont je bénéficie depuis mars…), il a fallu échanger nos places — avec mon binôme Hinata-chan en pleine période excitante d’ouverture, tandis que la souris ne veut pas spoiler son souvenir de Bastille. On se retrouve ainsi en « EE », rang qui n’existe pas, et donc ça termine en JJ — côté couloir avec le bras gauche sans voisinage, par chance ! Rangs de chaises ajoutés, donc, tout devant la scène.

Et tout devant les hauts parleurs aussi. On ne pouvait pas rater leur petit bruit strident. Et puis lorsque ça chantait, on entendait trop bien (d’autant que ça chantait dans un peu toute les positions) ; gamines comprises. Ça fait penser à l’opéra d’Astana qui a coûté une fortune mais qui a une acoustique tellement naze qu’on est obligé de sonoriser l’orchestre… Voilà qui est bien dommage. Mais c’était plutôt bien fait, par exemple lorsque ça chantait depuis le parterre, on sentait bien que ça venait de derrière. Peter Sellars a parié sur une mise en espace, sans costume, augmenté de vidéos. C’est illustratif lorsqu’il s’agit de comprendre que tel chanteur est tel animal, mais franchement, on s’y perd un peu, d’autant que les chanteurs cumulent. Le point paroxysmique est lorsqu’on voit Lucy Crowe sur grand écran dévorer assez salement… des brochettes de poulet ! (Évidemment au moment de l’opéra où la petite renarde décime le poulailler qui ne la suit pas dans son communisme anti-patriarcal, car la petite renarde est une SJW).

Bon, clairement, on n’a pas la magie de Bastille. Ça fait toujours plaisir à entendre, mais la mise en scène/espace a plutôt tendance à distraire qu’à souligner ou accompagner. On a quand même bien applaudit. Peter Sellars portait sa plus belle houppette sur crâne semi-dégarni.

mardi 28 mai 2019

war rest in peace bis

Bis ! Jamais un sans deux. Changement d’accompagnatrice : souris mercredi, Hinata jeudi. Sauf que… arrivé à la bourre (saleté de ligne 4 !), ouvreuse stressée (elle a réussi à interdire une demi-rangée en plein centre du parterre qui est restée vide toute la soirée !), SMS obscur de la miss (pas très douées pour les indications fiables et efficaces, les filles, en général…), je me rends compte assez tard de son positionnement près d’une caméra, mais la place voisine est interdite (la sienne aussi, probablement) : voilà comment la guerre déchire. Je me retrouve donc au dernier rang, pas bien calme non plus, avec comme voisin un ami-mélomane qui respire bien plus fort que prévu. Décidément, c’est difficile de réunir toutes les conditions idéales d’écoute, à la Philharmonie… Un voisin âgé plus au centre de la rangée décide même de quitter sa place, au beau milieu de l’oeuvre, pour rejoindre les places des retardataires juste derrière, où l’on peut déployer ses jambes. Et cette fois un sonotone part en sifflement bien fort pendant plusieurs secondes, à tel point que les ouvreurs sont partis en chasse…

Pour la deuxième session de War Requiem de Britten par l’orchestre de Paris et son choeur, je trouve enfin la réponse au mystère du mini-orchestre côté cour : ils ne jouent uniquement lorsque les deux hommes solistes chantent (en anglais). On y trouve, conformément à la configuration voulue par le compositeur pacifique, un Anglais, le ténor Andrew Staples, et un Allemand, le baryton Christian Gerhaher. Excusez du peu. La divine voix d’Emma Bell assure le rôle de soprano au milieu du choeur et arrive à s’en distinguer clairement. On regrette seulement, comme toujours, que la salle de la philharmonie si précise dans le son ne vibre que très peu malgré l’énormité des moyens déployés.

Daniel Harding réussit encore à maintenir un silence d’une trentaine de secondes à la fin du chef d’oeuvre. Formidable.

war rest in peace

Le War requiem de Britten est l’une des plus belles oeuvres qui soit. À la fois puissante et toute en finesse, mettant en branle un énorme orchestre (orchestre de Paris survitaminé, dirigé par Harding), figurant même un orgue, on remarque que les solistes sont rassemblés en groupe tout devant côté cour, sans qu’on sache trop pourquoi — j’ai pu trouver le lendemain en observant mieux. La salle de la philharmonie était très pleine le mercredi, et cela reste tout de même surprenant, même si en réalité il s’agit probablement les familles des choristes, fort nombreux, et notamment du choeur d’enfants qui chantait manifestement depuis le couloir côté jardin…

L’oeuvre commence dans le silence et en retard (vers 20h40), d’un seul bloc jusque vers 22h15. Elle réserve d’incroyables moments, avec un texte très fort sur la guerre, l’horreur, la réconciliation. On termine avec trente bonnes secondes de silence — mais le public  était dans l’ensemble plutôt dissipé (notamment un énorme éternuement et un léger sifflement bien pénible).

dimanche 26 mai 2019

Ligeti concertant

Une soirée de concertos de György Ligeti, c’est im-man-qua-ble. Mais je ne m’attendais clairement pas à ce que la salle soit si remplie ! Pas si facile de s’y (bien) replacer ; et plus encore, une retransmission en live ! 

Quatre instruments mis en valeur tour à tour, faisant figurer en soliste le musicien principal de l’Ensemble intercontemporain dirigé par Matthias Pintscher. Concerto pour piano, avec Sébastien Vichard (le plus long et endurant) ; Hamburgishes Konzert - Concerto pour cor, avec Jens McManama (quelle maîtrise !) ; Concerto pour violoncelle, avec Pierre Strauch (incroyable commencement de l’oeuvre à peine perceptible) ; et enfin le Concerto pour violon avec Hae-Sun Kang. En bonus à chaque fois, des ocarinas !

Quelles oeuvres formidables ! C’est encore Bachtrack qui en parle le mieux.

lundi 13 mai 2019

Jacob Solemnis

Il est évident que Missa Solemnis est LE chef d’oeuvre de Beethoven qui revêt une place à part. Quand on René Jacobs à la direction (avec le Freiburger Barockorchester et RIAS Kammerchor), on s’y précipite encore plus. Et pourtant, la salle de la Philharmonie était loin d’être pleine. Polina Pastirchak, soprano ; Sophie Harmsen, alto ; Steve Davislim, ténor ; Johannes Weisser, basse. Étrangement, je n’en ai pas grand chose à en dire : c’était parfait. Un de ces grands moments de musique qui passent, sans laisser non plus de grande trace, parce que c’est l’évidence du chef d’oeuvre qui fait sens. Le spa auditif.

lundi 29 avril 2019

deuxième session du Bach

Deux passions d’affilée — j’irais jusqu’à dire le même jour, avec la fin très tardive du Saint-Matthieu de la veille. Pour la Saint-Jean, c’est William Christie et ses  Arts Florissants qui s’y collent. Ils nous demandent de ne pas applaudir à l’entracte, et de réserver cela pour la fin. L’entracte arrive justement à un moment un peu inattendu, ne coupant pas du tout les 2h10 à l’hémistiche. De fait, panique à bord. Idem au retour des musiciens. Pas facile facile ces requêtes… D’autant que le public faisait SA venue annuelle chrétienne à la Philharmonie. Ça doit être le fameux aspect de service public (que j’appellerais plutôt : marketing). Bref, quelques catholiques bizarres (et bruyants) dans l’assistance, qu’on enverra tout droit en enfer d’un regard haineux.

Si Saint-Matthieu et Saint-Jean avaient dû témoigner (heu, testamenter ?) dans l’affaire de l’assassinat de Jésus, l’un aurait vu la voiture rouge et l’autre bleue. Rassurons-nous : ils auraient vu tous les deux une voiture. C’est déjà ça. Bref, quand on auditionne coup sur coup, on se rend bien compte des nombreuses petites incohérences dans les récits de l’un et l’autre. Même si on est d’accord, la trame reste la même : Jésus dîne, la maréchaussée vient le cueillir sur dénonciation d’un des douze potes, les Juifs-en-chef sont à la manoeuvre, le peuple veut du sang (Saint-Matthieu est peut-être plus misanthrope, à ce niveau), les Romains sont emmerdés, Jésus se la pète un peu genre il n’est pas concerné et il les snobe tous, mais il fait moins le malin une fois cloué. Bim, il meurt (alerte spoiler !), et pour la toute fin, et bien ça dépend, mais c’est un peu le flou artistique (très beau dans les deux versions).

Cette fois-ci, on récupère :

Rachel Redmond, soprano
Lucile Richardot, contralto
Reinoud Van Mechelen, ténor, (évangeliste)
Anthony Gregory, ténor
Renato Dolcini, basse
Alex Rosen, basse

On remarque Lucile Richardot qui était il y a peu une Junon déchaînée. Très belle réussite là encore, on termine sur un petit nuage.

épreuve du Bach

Jordi Savall était de retour avec un Bach canal historique, cette fois : la grande passion selon Saint-Matthieu, toujours opportunément programmée la semaine de Pâques par la Philharmonie. Je n’étais pas le seul à être accompagné d’une franc-comtoise capable de chanter l’oeuvre sans partition : pour compléter Le Concert des Nations et La Capella Reial de Catalunya, il y avait aussi la Maîtrise de Dole Franche Comté.

Que dire ? Superbe, passionnant de bout en bout d’une soirée commencée avec un peu de retard, et qui malgré un seul entracte a fini à minuit passé. On ne félicitera pas les programmateurs pour ce minutage qui a contraint bon nombre de spectateurs à quitter plus ou moins discrètement la salle avant la fin — et parfois même avant l’apothéose de la toute fin !

Florian Sievers, ténor (Evangéliste)
Matthias Winckhler, baryton (Jésus)
Marc Mauillon, baryton (Judas Iscariote)
Marco Scavazza, basse (Saint Pierre)
Javier Jimenéz-Cuevas, baryton (Grand prêtre)
Markus Volpert, baryton (Ponçe Pilate)

Distribution impeccable, Jordi en bonus au paléo-violoncelle pour le fameux moment, binôme aux anges (placement en hauteur qui aide à l’ascension), que du bonheur. Merci Saint-Jordi !

- page 1 de 88