humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 14 mars 2017

Lola p’tite Japonaise

Je soupçonne Paavo Järvi de choisir ses orchestres en fonction de la contre-bassoniste. Mais avant de m’apercevoir que c’était la plus mignonne de l’orchestre du NHK, un peu par défaut certes, j’étais au dernier rang pour cause d’arrivée un peu tardive (il faut dire que ça bouchonnait sévèrement à l’entrée). Peu importe, mais il y a eu la dame grabataire qui est arrivé après les premières mesures Ô combien délicates du concerto pour violon de Sibelius, interprété par la Ô combien délicate Janine Jansen. Mais c’est surtout vers la moitié de l’oeuvre que je me suis dit que les Japonais ne se départissaient décidément pas de leur fétichisme photographique. Sauf que ce que je pensais être une petite japonaise totalement rivée derrière son imposant objectif à trépied, prenant pensais-je trois portraits de chaque interprète — tous Japonais, l’immigration est toujours quelque chose d’inconnu là-bas —, était en fait Anne ma soeur Anne. Paavo voulait se faire tirer le portrait — de dos ?

Pour se consoler de ce très beau Sibelius où la violoniste a un peu surclassé l’orchestre, faut-il avouer, un Bach-bis règlementaire. Et la robe incandescente de Janine disparut avec elle — et le téléobjectif de Anne aussi. Apercevant Serendipity et Andante con anima au loin, une belle brochette de place idéalement positionnée pour observer des violonistes s’est avérée désertée : occasion idéale de replacement, d’autant qu’un couloir permet d’être moins stressé par la toux naissante. Et d’aussi près, cela donne l’occasion de mieux apprécier un orchestre talentueux avec la 15ème symphonie de Chostakovitch. En tout cas, on serait bien aise chez nous de jouer aussi bien de la musique japonaise ! Le chef peut s’en donner à coeur joie sur les « pom pom pom » — sa spécialité. Aux applaudissements, il tente de faire comprendre par le mime à l’orchestre de se retourner pour saluer l’arrière-scène, mais ça marche moyennement. Finalement, ça donne l’occasion d’un moment de complicité. Tout comme à la fin du rappel, une très belle valse triste de Sibelius. Le public retient religieusement son souffle, pour une fois : le chef nous fait signe qu’on peut respirer.

La souris pensait Paavo Jarvi descendu du toon, mais serait-il en réalité un manga ?

mardi 28 février 2017

concert des disparus

Encore une fois, pas de Lola. Qui a vu Lola ? Je crois que l’ami berlinois suspectait la remplaçante au basson d’être de l’orchestre de chambre de Paris (ses cheveux me disent bien quelque chose…). OÙ EST LOLA ?? Je lance un avis de recherche. Si vous avez des informations, laissez-les moi en commentaires. Sinon, ce sujet grave devrait être au minimum au sujet de la présidentielle qui se profile. Il faut retrouver Lola.

Où est le chef ? Jaap van Zweden a disparu — « raisons personnelles », il ne convole pas avec Lola, quand même ? Suspect. Remplacement par Andris Poga. Heureusement, il restait Truls Mork. J’ai quand même pris un billet de train à l’arrache après mon cours pour revenir à temps — 35 minutes pour faire un Montparnasse-Philhar, défi relevé. Concerto pour violoncelle de Dvorak, forcément ça valait la peine. Un bis mélancolique, la sarabande de la suite pour violoncelle n.2 de Bach.

La salle était bien pleine, et l’étude de marché des places disponibles, en arrivant à 20h34, a été vite réglée : les voisins ne paraissaient pas trop suspects ; mais finalement, les deux avaient des anches aux sinus, surtout le voisin de droite, pourtant plutôt jeune. Déménagement post-entracte, j’attrape l’ami berlinois au vol, « coincé entre deux thons, mais que fait cet architecte ?? Ça gâche le plaisir du concert » — pas faux —, et on se trouve juste après la rambarde sur l’allée centrale deux places. On a plus de place pour les pieds, donc on y voit moins bien. Grosse 5ème de Prokofiev, inventive à souhait, orchestre motivé. Mais la salle ne répond pas ; ça ne vibre pas ; comme souvent, on ressort un peu frustré.

Gergiev-Trifonov-München

Retour de Gergiev, cette fois avec le Münchner Philharmoniker. Au programme, prélude à l’après-midi d’un faune, qu’il avait déjà fait en bis la fois dernière. Il a le sens du marketing, le bougre ! Joué encore une fois en version ralentie, avec toutes les couleurs. Au fond de parterre — beaucoup de monde, on entend des choses étranges venues de derrière à gauche, mais il s’avère que c’est le chef qui marmonne un peu fort, et qu’il n’est pas aidé par l’acoustique de la salle…

Ce sera pire ensuite, avec le concerto pour piano n°3 de Rachmaninov, et le jeune Daniil Trifonov derrière un clavier à la fluidité et la musicalité qui n’avaient d’équivalent que les cheveux de notre jeune héros (surtout pour la fluidité…). Avec sa forte respiration qui ressemblait à un râle, il a failli nous gâcher le plaisir immense qu’il nous procurait, mais finalement, il a rapidement arrêté. Il y a un moment où de toute façon, il était tellement déchaîné qu’il n’avait plus le temps de rien faire d’autre. Nottung, qui avait déjà vu ses doigts glisser sur les claviers du TCE où il est récemment passé en récital, a repéré un certain stress : ceci explique sûrement cela. C’est qu’il est jeune, même si le blind test le donnerait deux fois plus âgé. En regardant dans mes archives, je vois que j’avais apprécié sans plus en 2012 (et noté qu’à l’époque personne ne le connaissait), renoté vite fait en 2012 et 2013, et manifestement raté en 2015. À présent, il remplit les salles et se paie même une standing ovation. En bis, deuxième mouvement de la première sonate pour piano de Rachmaninov — merci @Philharmonie.

Au retour de l’entracte, il faut quitter Haydn (de dansomanie, oui) comme voisin du dernier rang parterre pour rejoindre une autre place plus devant mais de côté (et à deux) : une Titan titanesque comme Gerviev sait les faire, avec fort effets de huit contrebasses à gauche, et sept cors à droite qui se lèvent à la fin. Mais l’acoustique de la salle dessert les vibrations corporelles qu’on aurait pu espérer.

dimanche 19 février 2017

petit coréen rusé

Mais où donc est passée Lola ? J’ai l’impression de ne plus l’avoir vu depuis des mois. Elle me manque terriblement. Certains ont émis une hypothèse affreuse, concernant une MST qui entraîne une inflation non-contrôlée abdominale. Je n’espère pas. Bref, orchestre de Paris sans Lola, encore. Alors qu’il y avait en plus une version en suite (remix revu par le critique Mackerras) de La Petite Renarde rusée de notre bienaimée Leoš Janácek — mais j’ai eu du mal à la reconnaître, à vrai dire. Orchestre de Paris en forme.

Et puis juste ensuite, de quoi expliquer que toute la Corée parisienne était dans la salle, exultant en mode introverti : un petit génie tout petit, 23 ans, avec un très, très beau doigté, nous a régalé d’un Concerto pour piano n°1 de Chopin. Seong-Jin Cho. On va essayer de retenir. En bis, il nous a fait un Debussy, ou un truc du genre — j’aurais dû mieux noter, le CM de la Philharmonie n’a pas bien mis à jour le site web cette fois.

Il ne restait plus qu’au chef Tomas Netopil de nous faire après l’entracte (où j’ai pu rester en plein centre de parterre, le couloir pour mettre les jambes : meilleur plan) un Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss du tonnerre. Parce qu’enfin on a un orgue, un vrai. Bah c’est frissonomètre garanti de A à Z (je dois faire la remarque à chaque fois, mais il y a bien un morceau de rosenkavalier et/ou de Don Quichotte, bref des auto-citations dans tous les sens, dedans, non ?).

Que d’orgue, que d’orgue !

mardi 7 février 2017

Barbe-Bleue à l’orgue

La philharmonie, on a de cesse de le dire, est une déception architecturale de premier plan. C’est ainsi qu’on a à présent quelques agents (type pompiers) qui font la circulation devant les escalators, à cause du tournant de la mort, où les personnes s’entassent mollement et finissent par se chevaucher violemment. Il faut dire aussi que l’intelligence aurait commandé de mettre les deux petits escalators post-tournant en mode ascensionnel, afin d’écluser le petit vieux mou au plus vite. Mais rien d’intelligent ne peut être aperçu Porte de Pantin (ni vraiment ailleurs, quand on y pense…).

Première mission : se repositionner de face. Cette fois, et pour une représentation ex-cep-tion-nel-le, avec la souris. L’ami berlinois a eu peine à masquer sa surprise — nous croyait-il donc divorcés ? C’est que le programme, voyez-vous, attirait tous les désespérés du classicisme, et en ce samedi soir, la salle était étonnamment remplie, surtout au parterre (où quiconque a déjà testé l’acoustique auparavant sait qu’il valait mieux acheter).

Ligeti, Kurtag, Bartok. Avec les accents : György Ligeti, György Kurtág, Béla Bartók. Full hongrois par les as. Jusqu’au clap de fin, Ligeti nous promène à San Francisco (Polyphony) et son vallonnement. On voit du paysage. Kurtag opte dans Stele (ΣΤΉΛΗ) pour les vagues sonores qui nous emportent, toujours avec le gros orchestre d’un ensemble intercontemporain boosté aux petits jeunots du conservatoire — dirigé par Matthias Pintscher, qui malheureusement a placé les contrebasse côté cour et fusionné les premiers et seconds violons, mauvaise habitude qui avaient tendance à disparaître ces derniers temps. Et puis le Chateau de Barbe bleue…

Tiens, une console d’orgue ! Il y a un orgue ? Les machins sur haut parleur, ça ne laissait pas beaucoup de souvenir. Mais là, Michelle de Young, John Relyea (quelle grosse voix !), l’orchestre vrombrissant et l’orgue de la Philharmonie qui souffle — ou l’inverse, ou les deux —, on a les cheveux en arrière et les oreilles débouchées pour longtemps. On n’entend pas cela tous les jours — faut dire que sinon, bonjour les acouphènes, peut-être. Ouch. Une sacrée expérience…

mardi 31 janvier 2017

Haendel en trois actes incompréhensibles

Rodelinda est un opéra en trois actes aussi long qu’incompréhensible de Haendel. Parfois on se dit qu’il faut être un p’tit vieux surentraîné à Santa Barbara pour pouvoir suivre du baroque, avec ses intrigues hyper compliquées à tiroirs, avec des personnages aux noms alambiqués, et l’absence de mise en scène aide autant que le fait d’être placé de côté (donc on ne sait pas trop qui chante, parfois). Si les microbes n’avaient eu raison d’Hinata, partie se réfugier dès la première quinte de toux non maîtrisable, je pense qu’elle aurait achevé une boîte d’aspirine. J’ai pris le pari de suivre à moitié, de me replacer de face pour la seconde moitié, de tenter de raccrocher les wagons, et finalement, ça se termine de manière assez compréhensible — et seul un mécréant est occis, sinon ça aurait été compliqué pour le choeur final. On remarque que David DQ Lee (Unulfo) a une super jolie veste sur mesure très asymétrique, et ventilée sur les manches. C’est probablement ce qui marquera le plus de la soirée, même si la direction de Maxim Emelyanychev depuis son clavecin d’Il Pomo d’Oro, et les prestations des chanteurs (Karina Gauvin en Rodelinda, son mari Bertarido par Marie-Nicole Lemieux, Romina Basso pour Eduige, Konstantin Wolf en Garibaldo à ne pas confondre avec Grimoaldo par Juan Sancho) étaient aussi au niveau.

Un jour il faudra que je fasse un bingo-Haendel pour voir si je les ai bien tous cochés…

anniversaire tout en choeur

40 ans, ça se fête. Alors on fait même venir les potes pour faire un énooooorme choeur. Mais il faut un apéritif, et ménager des cordes vocales : alors comme c’est l’année Dutilleux, en hommage, l’orchestre de Paris en colle un assez original (comme le reste de la soirée), avec timbales devant et clavecin en renfort, Deuxième Symphonie, « le Double », mais qui se trouve malheureusement totalement écrasé, malgré sa demi-heure, après l’entracte, par les deux oeuvres suivantes.

Parce que si l’orchestre reste tout aussi fourni, se ramène un choeur dément, avec les gosses qui remplissent une bonne partie des places des deux côtés, trois rangées encore sur l’orchestre alors que l’arrière-scène est déjà bondée, bref de quoi faire décoller les décibels, pour une création d’oeuvre, spécialement commandée par l’orchestre pour l’occasion, dont on se demande bien ce que ça pourra être — « La Lumière et l’ombre ». Qui est ce Philippe Hersant ? D’ailleurs, il était dans le public, indétectable. Ça commence par des cadences de violoncelle et contrebasse qui posent une atmosphère grave, empruntée à du Wagner ou à un requiem de Brahms, et puis très rapidement ça devient fabuleux pendant douze minutes à peine, sur un texte mystique alambiqué en allemand. On en est totalement retourné. Une expérience extraordinaire.

Christian, avec qui j’ai pu me replacer, me fait cette remarque intéressante : c’est beaucoup mieux que Dutilleux, on peut quand même faire des choses de nos jours qui sont très belles. Cette comparaison me semble néanmoins un peu hâtive : ça n’a rien à voir ; mais justement, Dutilleux créait du nouveau, alors que Hersant recycle (magnifiquement) de l’ancien. Et on peut se demander : l’Histoire le retiendra-t-il ? Ce serait dommage de perdre ce chef d’oeuvre objectif, qui n’apporte cependant rien de clivant à l’existant (dans ma constance, je note que j’avais déjà fait des remarques en ce sens il y a 8 ans !). Et cette question est d’autant plus pertinente, à mon sens, quand on considère ensuite le fantastique « Te Deum » de Berlioz qui suivait, pendant plus d’une heure, mais qui comme originalité disruptive se résumait à l’emploi de trois tambours, et que je découvrais donc totalement. L’Histoire est peut-être injuste — mais parfois, au fil des siècles, on redécouvre des choses et une centaine d’années ne sont plus rien, vue de loin. Je ne connaissais pas donc pas cette oeuvre, et c’était un tort. Réellement magnifique, sur 50 minutes, c’étaient là aussi des conditions d’écoute idéale, qui pour une fois (encore, mais ça reste rare) ont justifié la Philharmonie.

mardi 24 janvier 2017

Schnittke-lovers

TCE, Antoine Tamestit à la direction, son amie B#4 (à cheveux courts) dans le (rare) public. Avec la souris, on a senti le Schnittke. Alors c’est sûr que le Mozart n°4, symphonie d’enfance (9 ans…), n’a de réel intérêt qu’historique, mais constitue le petit saucisson d’apéritif qui ne se refuse pas.  C’est pour le Monologue, pour alto et orchestre, de Schnittke, qu’on venait. Et pas pour rien. Quelle splendeur.

Un Concerto pour alto et orchestre en sol majeur de Telemann pour se remettre baroquement en jambe — avec ce petit goût de camembert, cette fois, quand les cuivres peinent à suivre, parce que les instruments d’époque, c’est traitre. Et enfin de nouveau du Mozart, symphonie concertante pour violon, alto et orchestre K. 364, où Tamestit dirige encore de la génuflexion et du rare archer, avec Deborah Nemtanu au violon. Exercice peu facile…

Il a alors cette idée splendide, pour le rappel, annoncé à l’issue d’un petit discours : finir par une Polka de Schnittke. Ou comment se mettre le public dans la poche.

sirène de Paris

Cornelius Meister est un jeune chef mime à longue veste de velour noir fort élégant. Un de ces chefs qui va compter — s’il ne compte déjà. En ouverture, celle de Weber, du Freischütz, toujours efficace. Et puis Elisabeth Leonskajaaaaah, pour l’un des beaux Beethoven, concerto pour piano n° 5 "L'Empereur". Et un bis qui ressemblait à du Listz selon Wagner, mais allons savoir quoi.

Le gros oeuvre de la soirée venait juste ensuite : « La Petite Sirène » (Die Seejungfrau) d’Alexander von Zemlinsky, dirigé sans partition malgré ses 45 minutes, s’il vous plaît. Fantaisie pour orchestre d'après le conte d'Andersen, version critique Beaumont, 2e mouvement dans la version révisée, précise le programme. Il ne manquait plus que Lola.

jeudi 12 janvier 2017

bruckner 3

Toujours avec les caméras coupées pour le Mozart syndical (concerto pour piano n° 22), une troisième de Bruckner pour un troisième concert d’affilée, du samedi, et une fin de cycle d’intégrale (à l’exception de la rare symphonie n°0, que je n’ai donc jamais entendue). Cette fois, il y avait quelques zones libres, mais décidément je n’ai clairement pas compris selon quelle logique les différents concerts se sont remplis. Parce que la 3e, je la dirige de mémoire, moi aussi. Tout en jetant quelques regards haineux derrière moi, à mes bruyants voisins — je trouve que le public vieillit encore plus qu’avant à Pleyel, avec des croulants dans tous les sens, etc.

Dernière symphonie mouvementée, s’il en est : à la fin de la 1ère partie, Barenboim s’enfuie en coulisse. Plus rien pendant cinq minutes, durant lesquelles une partition arrive de l’autre côté de la scène et remonte jusqu’au 1er pupitre des seconds violons qui procède à un échange. Barenboim revient enfin. Apparemment, c’est à ce moment qu’il porte un pansement au pouce (non remarqué jusqu’alors, et je ne pense pas qu’il ait joué au piano avec). Et puis juste après la reprise, bim, le contrebassiste côté jardin s’enfuie à son tour un peu vite, en grand fracas (avec quelques difficultés pour fermer la porte, ce qui occasionne plus de mouvements encore). RAS jusqu’à la fin, si ce n’est une perte de bâton de timbales — le concert de tous les dangers. Un très beau concert final malgré tout.

- page 1 de 79