humani nil a me alienum puto

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mardi 15 mai 2018

ménage à froid

Pour ma rentrée fort tardive de saison au TCE, c’était un Pelléas et Mélisande en version de concert. Ça commence par un discours en hommage à Malgoire donné par le chef Benjamin Levy, à la direction de l’Orchestre de Chambre Pelléas. Il n’y avait pas grand monde dans la salle, et il était aisé de se rapprocher un peu plus des chanteurs.

Sabine Devieilhe - Mélisande
Guillaume Andrieux - Pelléas
Sabine Devieilhe - Mélisande
Alain Buet - Golaud
Sylvie Brunet-Grupposo - Geneviève
Jérôme Varnier - Arkel
Camille Poul - Yniold
Virgile Ancely - Le médecin

Heureusement que la distribution était particulièrement de qualité, car il n’y avait point de surtitrage. C’est gênant, surtout quand on découvre l’oeuvre — et l’ouverture d’esprit d’Hinata-chan a ainsi peu duré. Une très belle Sabine Devieilhe et de beaux chanteurs dans l’ensemble, qui ne passent certes pas toujours très bien au dessus de l’orchestre. Dans l’ensemble, une belle représentation du Debussy.

lundi 7 mai 2018

muguetons, transcendons

L'orchestre de Paris avait prévu un programme de toute beauté alliant du Zemlinsky à du Schoenberg. Et plus encore : la nuit transfigurée répondait à la première œuvre, Le Muguet fleurissait partout, qui partage le même poète comme inspirateur. Chez Zemlinsky, on chante du pessimisme, avec Aga Mikolaj, avant d'embrayer sur du plus optimiste (quoique tout aussi romantico-mélancolique ?) chez Schoenberg, en version orchestrale. Le chef James Conlon nous avait debriefé dessus en début de concert : c'est rare de donner ce duo-là. Il faut dire que la salle était bien vide...

Tout cela était déjà bien superbe, mais il fallait compter sur la symphonie lyrique op18 du même Zemlinsky pour atteindre le sublimissime, en complétant la soprano Mikolaj par le baryton extrêmement puissant et ultra-précis dans sa diction Christopher Maltman. Incroyable. Sensationnel – surtout depuis les premiers rangs du parterre ! Quelle soirée. Le public était peut-être peu nombreux, mais c'était le meilleur, et il a compensé par force applaudissements.

dimanche 22 avril 2018

cygnes atmosphériques

Je suis arrivé fort à l’arrache pour ce concert du mercredi de l’orchestre de Paris, pour cause d’une forte intéressante réunion à Station F avec free food que j’ai due zapper. Sur le chemin, je me demandais même si je n’aurais pas dû sécher, pour une fois. Mais arrivé à la philharmonie et replacé d’office sur la place handicapé du parterre (très bien, j’aurais opté pour ça aussi, l’une des rares places à disposer d’espace pour les jambes, même si l’on souffre du bruit des retardataires et autre pompier peu discret), je découvre la merveille au programme : Atmosphères de György Ligeti. Et Christoph von Dohnányi décide de manière fort intelligente d’enchaîner le Prélude de Lohengrin de Wagner : c’est très malin, car le prélude est au bord de l’atonal, et ça marche merveilleusement bien. Il nous fait une interprétation étirée, et peut-être que c’est le grand âge du vénérable chef, mais on sentait bien cette retransmission du chant du cygne. Superbe première partie de première partie, à laquelle succède un fort joli concerto pour violoncelle Schumann, suivi d’un bis du violoncelliste Kian Soltani lui-même, Persian Fire dance. Génial.

Après l’entracte, une très belle symphonie n°7 de Beethov, dirigée sans partoche.

lundi 16 avril 2018

jazzoud

Concert-suprise du dimanche, qui a tout de même coûté 25€ la place. Il faut dire que pour la première venue d’Anouar Brahem pour un concert en France, dans une philharmonie en mode salle de concert (scène reculée à la place de l’arrière-scène et sièges positionnés là où se trouve usuellement la scène), il n’y avait que trois tarifs allant jusqu’à 45€. Pourtant, la salle était bien pleine. Deux catégories : les locaux maghrébins ; et les bobos. On rangera Hinata-chan, qui attira mon attention sur cette date d'après-midi, dans la deuxième. Quelque part, ça réussit là encore la fusion de deux mondes. Car si Anouar Brahem joue divinement bien du oud, avec ses compères Dave Holland (contrebasse), Jack DeJohnette (batterie) et Django Bates (piano), il crée un pont entre jazz et musique arabe des plus intrigant et réjouissant. C’est simplement très beau.

prophète Matthias

J’avais gardé un souvenir intense mais diffus de Elias de Felix Mendelssohn. Intense au point de retarder d’un jour mon arrivée à Nantes, et devoir prendre le train du samedi matin fort tôt. Diffus car je ne savais plus où et quand c’était : TCE, janvier 2009. Quand même.

Autant dire que quand c’est aussi peu donné, il ne faut pas faire comme le public parisien relativement absent (arrière-scène de la Philharmonie vide !). Elias, c’est un gros choeur (en l’occurrence RIAS Kammerchor), plus le gros coeur de Matthias Goerne, baryton, dieu, pardon, prophète. Le Freiburger Barockorchester sous la baguette de Pablo Heras-Casado est simplement superbe, et les trois autres rôles-titres-tournants, Sophie Karthäuser (soprano), Marianne Beate Kielland (alto) et Sebastian Kohlhepp (ténor) parfaits de bout en bout.

Une très grande oeuvre, pour une très grande interprétation. Ça terminait malheureusement extrêmement tard dans ce trou paumé de Paris où s’est crashé le vaisseau spatial philharmonique, et je n’ai pu applaudir autant que ça le méritait. À savoir énormément.

concert anti-économique

Date unique du jeudi 5 avril, ce concert à la Philharmonie était passablement un gouffre. Trois orchestres, justifiés par le grand nombre de musiciens nécessaires à la dernière pièce. Et donc trois autres pièces avant, pour que chacun puisse participer, sans qu’il n’y ait vraiment de cohérence. En commençant avec du fort méconnu Jean-Féry Rebel, « Les Elémens », oeuvre de maturité fort sympathique, qui monte et descend régulièrement (un seul bémol : on entendait assez peu les flûtes traversières), Paul Agnew ouvrait la soirée en empruntant Les Arts Florissants de bien intéressante manière.

Mais c’est après que ça s’est gâté. Jörg Widmann a eu droit a de la bonne pub de la part de Daniel Harding, qui a finalement préféré être malade et se faire remplacer par George Jackson à la tête de l’Orchestre de Paris. Peu importe : « Echo-Fragmente, pour clarinette et groupes instrumentaux », qui donnait aussi le titre de la soirée, est un magma horrible à l’écoute, au mieux ennuyeux et prétentieux, au pire pénible. L’ami berlinois a beaucoup aimé. J’ai plus que détesté. La souris a souffert. Quand il y a l’ensemble intercontemporain, en même temps, on peut commencer à avoir peur… Jörg Widmann lui-même en solo clarinette, quand même, me rends-je compte à présent. C’est gentil d’être venu. Mais non.

Et après l’entracte, ce n’est pas le machin méga-bof de Jonathan Harvey, « Wheel of Emptiness pour seize musiciens » (titre bien trouvé…), qui a pu arranger les choses. On reste sur de l’inutilement compliqué, où ça ne termine jamais une phrase musciale, ou ça change tout le temps de pied, du faux original vu et revu. Le tout avec un équipement de bricorama. Ça ne laissera pas non plus de trace dans l’histoire, ni dans nos mémoires. Naze, en somme.

Tout cela pour en arriver à Charles Ives, qui justifiait notre venue pour sa Symphonie n° 4. Il y avait donc l’Orchestre de Paris et son choeur, plus l’Ensemble intercontemporain, plus les Arts florissants. Dans cette oeuvre gigantesque qui fait notamment figurer trois pianos, un sous-orchestre se détache de l’orchestre et joue sa propre partition sous la baguette d’un second chef placé au milieu — mais que personne ne semble regarder, tellement la partition est complexe, en tout cas au début, avant de se démêler avec de grandes pages lyriques. Voilà autre chose ! On peut être inventif sans faire de l’horrible. Mais ce n’est pas le meilleur Ives, malheureusement. Pas de quoi sauver la soirée, donc.

dimanche 8 avril 2018

passion selon saint-Jordi

Jordi Savall est le spécialiste ès Jurassic Park de la reconstitution d’oeuvres disparues. Pour la Passion selon saint Marc de Johann Sebastian Bach, le problème est qu’on n’a que le livret, et des sources pas bien directes qui disent à propos des deux fois où ça avait été donné que c’était du recyclage. Avec ça, Jordi rajoute de l’ADN de grenouille, de la levure, et nous fait une Bwv 247 reconstituée.

Il prend le Choeur d'enfants Amics de la Unio, La Capella Reial de Catalunya et Le Concert des Nations, mais en fait c’est plutôt réduit comme ensemble. Il sélectionne aussi Marta Mathéu (soprano), Raffaele Pé (contre-ténor), Reinoud Van Mechelen (ténor), Konstantin Wolff (basse et accessoirement Jésus, timbre auquel il a fallu s’acclimater) et enfin Dávid Szigetvári (ténor, Evangéliste — das Beste, maître du show).

Bon, c’est intéressant mais pas transcendant. On reconnaît des choses, mais forcément, il ne peut pas piquer le meilleur et faire un best of, ça ce serait trop voyant. Le livret est intéressant, entre Jean et Matthieu, avec tous ces témoignages recoupés (et un peu approximatifs), on finira bien par trouver qui est le coupable (avec le chandelier). Ça s’écoute bien, mais ça fait un peu Bach d’ascenseur. Ça peut être pas mal pour ne pas se sentir coupable en faisant autre chose en même temps.

En bis, Jordi Savall redonne le choral « Ich will hier bei dir stehen ». Nous aussi, Jordi, nous aussi.

clémence de Mahler n°23

L’orchestre de Paris par Thomas Hengelbrock, ça donne un programme chargé, qui commence par un apéritif, donc une ouverture : La Clémence de Titus K 621, Mozart. Avant d’enchaîner sur plus intéressant, le Concerto pour piano n° 23 ultra-connu avec son passage qu’on attend tous, superbement rendu par Nelson Goerner, l’équivalent de Yuja en terme de proximité physique avec les pédales. Mini-pianiste mais maxi-fortiche. Il nous fait même un bis superbe de dix bonnes minutes, le Prélude livre 1 n°4 de Debussy. Un vrai poète.

Après l’entracte, on enchaine sur la symphonie n° 4 de Mahler, celle où il faut changer de violon (c’est Roland Daugareil qui s’y colle), et où ça reprend le chant des petits anges bouchers-boulangers-charcutiers du cor merveilleux — c’est Camilla Tilling qui s’en charge, et j’ai trouvé que sa merveilleuse voix avait du mal à passer (elle était en cour et moi jardin, au parterre), mais apparemment la veille et au premier balcon, ça allait très bien.

lundi 2 avril 2018

demi-ring : épisode 1

La Walküre suit logiquement dès le lendemain, dimanche après-midi, mais ça s’arrêtera là. Même casting orchestral, Gergiev-Mariinsky. Mais du gros changement côté voix. Normalement, on a le public wagnérien, plus ceux qui avait séché la veille. La version de concert, c’est l’occasion de voir le moteur. À Bayreuth, on planque les musiciens, et l’art total implique une mise en scène, qui avec un livret si compliqué, provoque un déferlement de n’importe quoi chez les démetteurs en scène de service. Donc, comme on connaît tous l’histoire alambiquée et les leitmotivs associés (sauf Hinata-chan, mais rompue aux intringues complexes de l’art baroque, ce n’est pas cela qui l’arrête), a-t-on réellement besoin de cuvettes de chiottes ? Là, au moins, on voit l’engin, huilé par Valery Gergiev, vrombir (surtout quand on est plein cour juste au dessus les tubas wagnériens), un peu s’épuiser, et même s’enrayer sur la fin, avant de donner le dernier coup de jus.

Bref, redistribution de distrib, avec pour commencer une récupération du Loge de la veille, Mikhail Vekua, en Siegmund. On se dit que c’est un peu étrange (surtout qu’il n’a pas le look, cette fois). Et puis il commence à surprendre, et puis il lance un « WäÄäÄäÄäÄäÄäÄäÄälse » de dingue, et là on se dit qu’on va p’têtre même le garder après qu’il se fait zigouiller par l’autre tanche de Hunding (Mikhail Petrenko, quand même). La Walkyrie, c’est surtout le duo entre Brünnhilde & Sieglinde, ici superbes, surtout la seconde, Elena Stikhina. Tatiana Pavlovskaya a quelque chose d’un poil gênant (d’après les experts : défaillance de graves ; effectivement, dans les aigus, et notamment mon passage préféré de tout le Ring, qui me sert à tester les enceintes, c’était nickel).

L’orchestre s’essouffle un peu dès le second acte, mais au 3e pour la chevauchée, les Walkyries (dont Oxana Shylova de la veille) tentent de passer les 120dB — un petit plaisir wagnéro-geek, certes. C’est surtout Wotan, par Yevgeny Nikitin (donc pas n’importe qui), qui souffre. Certes il était déjà avant en désavantage face à Ekaterina Sergeeva (Fricka qui lui fait toute une scène). Mais surtout, dans son long solo, il déraille, se tenant l’oreille. Si on nous avait annoncé qu’il fallait ne pas trop tousser pour éviter de gâcher l’enregistrement (mais les wagnérophiles savent mieux qui quiconque se tenir à carreau !), la malédiction commençait dès le CHTONG d’une corde de harpe suicidée. Avec Wotan qui vit son crépuscule avant l’heure, ou peut-être des trémolos en condamnant sa fille, c’est sûr que ce ne sera pas gravé. Apparemment, il a été ramené (avec Laurent) de la veille de Baden-Baden où il faisait du Parsifal ; et même Laurent avait du mal à tenir, alors c’est dire quand on enchaîne tout ça, de la folie. D’un côté, ça gâche forcément pas mal de chose, mais en même temps, on a tous souffert ensemble, pendant qu’il se tenait l’oreille droite et refusait la bouteille d’eau de sa fille (heu, Pavlovskaya), alors qu’il allait invoquer Loge. Même les dieux sont humains, et faillibles. Il n’y a que les orthodoxes religieux et fâcheux pour oser huer aux saluts, alors même qu’à la toute fin, à 50 mètres de l’arrivée, tension palpable dans le public, il a réussi à sauver en donnant tout — le métier, tout simplement.

Alors dans l’ensemble, même si on est tous d’accord que c’était mieux la veille, ça méritait d’être applaudi. En bout de rangée, il y avait une magnifique jeune longiligne fille fort apprêtée qui vivait chaque note complètement à fond, et qui était visiblement submergée de bonheur. C’est ça, l’effet d’un bon Wagner !

demi-ring : épisode 0

Un Rheingold à la Philharmonie, ou le stress test d’une salle. Ne prenons pas de risque : replacement de face, un peu vers le fond, avec Notung à gauche et Hinata-chan à droite (qui a décidé de faire des découvertes ; la sagesse guette), ce qui constitue donc l’armement le plus redoutable du guerrier pour attaquer quelques heures de filles du Rhin désargentées (enfin, dédorées ?). Valery Gergiev à la direction du Mariinsky, on s’attend déjà à ce que ça dépote — on ne sera pas déçu. Et un casting sinon que je ne connaissais point. Dans l’ordre de préférence : Oxana Shylova en Freia très puissante et claire (dommage que ce ne soit qu’un second rôle !) ; Andrei Popov le super Mime (qui intervient peu dans cet épisode, mais le seul à tout jouer, sans partition sous les yeux) ; Yuri Vorobiev, un Wotan très bien dans le rôle (malgré un look un peu inattendu) ; Roman Burdenko et Mikhail Vekua, Alberich & Loge, top ; Anna Kiknadze pour Fricka, qui assure le rôle. Mikhail Petrenko et Vadim Kravets sont les Faffner et Fasolt de service, qui grondent fort bien. Les germanophones ont apparemment parfois souffert le yaourt — même si le Ring, c’est de l’allemand qui sent la fermentation, dans l’absolu.

Trois heures sans bouger à la philhar, c’est aussi risquer le syndrome classe éco. Comme quoi, ils auraient dû mieux écouter Wagner : les partenariats public-privé finissent mal, en général.

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