humani nil a me alienum puto

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lundi 3 février 2020

Karinaaaaaaaa

On ne rate jamais Karina Canellakis quand elle revient à Paris. Voilà ma nouvelle devise. Oui, Karina a fait une entrée fracassante dans mon petit cercle de wow-girls. Elle est incroyable. Et le programme de l’Orchestre de Paris (dont elle avait déjà dirigé l’ouverture de saison) était de plus immanquable : Concerto pour violon de Jean Sibelius avec Joshua Bell (qui nous a ajouté une Gavotte en Rondeau de la 3e Partita pour violon seul en Mi majeur, BWV 1006, de J.S Bach), puis la Symphonie n°10 de Dmitri Chostakovitch. À tel point que j’ai repoussé d’une journée mon arrivée à Londres et racheté une place pour le mercredi (galère pour revendre celle de jeudi, alors que concert marqué complet !). J’ai même raté un business meeting de ouf pour Karina. Mais franchement, ça valait le coup. Mon binôme ninja (qui se fait plus rare) ne connaissait pas le talent, l’intelligence et la beauté extraordinaires de Karina — quelques photos plus tard, voilà un nouveau fan. Concert d’autant plus formidable que Karina était elle-même violoniste, dans sa vie antérieure. Quelle est formidable !!

dimanche 26 janvier 2020

22,5 décembre 1808

Et nous voilà donc dans la deuxième partie de la reconstitution toute mélangée (a priori) du super-concert du 22 décembre 1808 donné par Beethoven — à la partition, à la direction et au clavier —, en mode fâché mais quand même quoi. Au passage, j’apprendrai à la rédaction de ce billet que j’ai raté une conférence musicale donnée en intermède. Zut. Ne serait-ce que pour le mystère de l’ordre original des oeuvres. Le Wiener Symphoniker, secondé par le choeur d’Accentus, a une bonne endurance.

Philippe Jordan apparaît toujours très complice avec les musiciens, et il donne beaucoup de sa personne lorsqu’il dirige (de mémoire) ; mouvements amples, il se baisse, grimace, met beaucoup d’énergie. Pour une 5ème symphonie, on roule donc à fond. D’autant que si l’on compte bien, il y a une inflation de +50% de musiciens par rapport à l’orchestration originale (mais il m’a semblé que c’était un plus petit ensemble que lors du premier concert — hors concerto pour piano, forcément intimiste pour ne pas écraser l’ours-tortue).

Ce n’est pas forcément le même public (évidemment les ninjas les plus aguerris ont enchaîné les deux), et il paraît plus mâture. Ça n’applaudit plus entre les mouvements, et aucun téléphone sauvage à déplorer. Replacement juste derrière la barrière, avec deux voisines qui étaient en fait des choristes, donc après l’entracte, j’ai pu me retrouver avec une place libre de chaque côté ! Et une bonne vue sur le clavier cette fois, puisque côté jardin-impair.

Suite de la messe en ut, cette fois pour le Sanctus Benedictus. Les 2 musicologues qui ont écrit le petit programme papier de la doublé-soirée n’ont pas bien accordé leurs violons (l’une parle de grande originalité quand l’autre nous dit que c’était pourtant très classique — par rapport au mauvais accueil à la création quelques mois auparavant —, et pour le Gloria l’une parle de trois mouvements vs quatre pour l’autre), mais sur l’essentiel c’était quand même raccord. Ça décoiffe bien, cette affaire, quand même ! En plus, l’orgue est de nouveau sollicité (je n’avais pas remarqué ce cache, en bas, sous forme de grille blanche semi-invisible : est-ce pour éviter que les spectateurs ne mettent les mains dans les panneaux rotatifs donnant accès aux tuyaux ? La Philharmonie devrait être sponsorisé par Monsieur Bricolage…).

Suit en revanche une Fantaisie pour piano op. 77 (toujours avec Angelich) qui ne marque pas les esprits (Beethoven se faisait-il plaisir, après l’impro d’ouverture, forcément disparue ?). Une mignardise entre les plats. Pour cette fantaisie peu donnée, une partition et tourneuse de page associée s’avèrent nécessaires pour la première fois. Et derrière le piano, je devine que même Jordan a besoin de la sienne pour la première fois aussi. Car on enchaîne la fantaisie pour piano avec une autre fantaisie pour piano, orchestre et choeur, qui est en réalité une esquisse très claire de la future neuvième ! Et cette excellente découverte archéologique nous rend un peu triste sur son occultation par sa descendance, parce qu’en soi elle mérite beaucoup d’attention ! Et donc cette clôture du concert original (et du nôtre) est un vrai feu d’artifice, superbe de bout en bout !

Quel(s) concert(s) ! Filons du pognon à Beethov, il saura quoi en faire, il finira peut-être même par nous faire un hymne européen, qui sait…

22 décembre 1808

Le doublet Vienne-Jordan pouvait être vu comme une opération marketing consistant à vendre deux fois pour ce qui était la reconstitution d’un concert unique… à vocation marketing ! Le 22 décembre 1808, Beethoven a choisi d’en mettre plein les oreilles, en qualité et quantité, au tout Vienne, avant de les envoyer valser parce qu’il se sentait malaimé (à juste titre, à lire les critiques peu amènes qu’il avait récolté). C’était donc un concert unique avec la création des 5ème et 6ème symphonies, et une reprise d’une messe en kit qui lui avait valu une volet de bois vert ; notamment. À la fin, le public fut conquis et il récolta reconnaissance et subsides. Il lâche alors le mic et reste à Vienne. Fortiche le Beethov !

C’était donc ce gros concert qui fut coupé en deux lors d’un samedi — 16h30 puis 20h30 —, avec les mêmes oeuvres mais manifestement pas dans le même ordre. Le tout joué par le Wiener Symphoniker, ce qui ne manque pas de piquant. Philippe Jordan à la baguette généreuse et élégante (il sait valser !) finit de convaincre le public de venir en masse, et il n’est pas aisé de se rapprocher de l’action (mais la science ninja ne se laisse pas surprendre).

Et c’est ainsi qu’une jolie 6ème sautillante commence nos aventures, avec cette évidence que nous sommes bien post-Mozart et pré-Schubert (avec répétition à l’envi). Alors que je suis de 8ème rang côté pair, au loin en face, un gamin manifestement pas bien fini se met brailler, tout en fond de parterre (où s’accumulent beaucoup de femmes voilées et manifestement un patriarche quarantenaire à l’air blasé) ; il finit par être évacué, et après l’entracte, toute la zone sera vide.

Il y a donc plus de sérénité quand on attaque la deuxième oeuvre, Ah ! Perfido, chanté, bien moins connue, une sorte de grand air d’opéra classique. J’ai eu peur, au début, d’un problème de projection de Jacquelyn Wagner, dans cette Philharmonie toujours un peu ingrate, mais finalement ce fut très bien.

Après l’entracte, je remarque que le violoncelliste principal a toujours une tête toute rouge (peut-être le si, finalement ?). Il détonne un peu. On se fait un Gloria de la messe en ut, bien puissant, et on se demande pourquoi ce fut un bide monumental à la création : le programme nous laisse penser que les répétitions n’étaient peut-être pas terribles. Ou alors la salle ? Ou le goût de chiotte ? Ceci étant, ce n’est toujours pas donné tous les jours… Il faut dire qu’il faut avoir un effectif un peu boosté, et quatre solistes (dont notre précédente héroïne recyclée ; plus Miriam Kutrowatz, Anke Vondung, Allan Clayton, Franz Gürtelschmied, Hanno Müller-Brachmann).

On termine sur le super-connu quatrième concerto pour piano. Nicholas Angelich, qui a toujours une allure improbable entre la tortue et l’ours, râle en jouant (ce qui me convaincra de m’éloigner de la scène pour la suite), mais joue superbement, faut-il bien admettre (c’est juste pour le chant qu’il n’est pas terrible). Acclamations, et même si tout le monde s’était déjà serré la main (signe de fin de concert), ça se fait de petits signes entendus entre chef et pianiste, pour décider d’un bis. Mais ça a l’air tellement improvisé que notre bon Nicolas nous déclare : « désolé, mais je vais jouer du Schumann » (le truc super connu, heu, c’était pas du Schubert plutôt ? J’ai pas bien noté, voilà ce que c’est que d’écrire ses billets de blog en vrac dans le temps). Il aurait pu nous faire la lettre à Élise, ça serait resté dans le thème. Résultat : j’ai gardé ce morceau dans la tête pendant un bon moment… J’vous jure. C’est pas tout ça, mais il faut chasser du sandwich en milieu hostile pour la seconde moitié en seconde partie (faut suivre !).

Muti le peintre

Le Chicago Symphony Orchestra allié à Riccardo Muti attire les foules — modulo quelques trous certainement dû à une opération massive de la SG, trous assez comblés en seconde partie. Mutti a l’allure, que dis-je, la classe, il dirige de manière très solennelle, avec une grande prestance et très peu de mouvements. Il aime aussi faire saluer les musiciens et insiste beaucoup pour la juste reconnaissance des méritants, à hauteur d’orchestre, parmi les siens.

L’ouverture du concert se fait, comme cela arrive souvent, avec une ouverture. En grand, wagnérienne. Le Hollandais volant, plein d’embruns et de souffle (gros vents !). J’en profite pour mater l’orchestre. Comme souvent dans ce genre de phalange, les musiciens sont en moyenne plus âgé ; mis à part un « African-American » (aux cuivres), c’est très blanc ; quoique, à y regarder de près, les Asiatiques semblent sur-représentés, tandis que le Mexique doit être beaucoup trop éloigné de Chicago (heureusement que les Asiat existent, quand même…).

Deuxième oeuvre, fort originale, une suite orchestrale sur Mathis le peintre d’Hindemith, que j’avais vu et revu à l’opéra quand il était encore ouvert et qu’il ne faisait pas dans la rediff bon marché (donc il y a très, très longtemps). Ce n’est pas seulement formidable d’avoir choisi de programmer cette oeuvre qu’il ne me semble pas avoir entendu en presque quinze ans (et je suis très attentif à ce genre de détails quand je choisis mes places), l’oeuvre en elle-même est un grand bonheur, qui m’a rappelé… du Messiaen ! Ciel !

Mais ce n’est pas forcément avec ça qu’on remplit les salles. Étrangement pas entendue depuis longtemps, la neuvième symphonie de Dvorak avait une bonne grosse pêche. Il en a résulté une belle ovation (de toute façon, ça ovationnait déjà par anticipation avant même de jouer), une distribution spontanée de bouquet d’un membre du public (fleurs immédiatement transmise à une altiste du premier cercle), et mes voisins enthousiastes en standing ovation se sont fait rouspéter par ceux de derrière leur criant « assis ! ». Ce qui fut le cas à l’annonce du bis, en italien — intermezzo de Fedora de Giodarno. Et alors, mes voisins se sont de nouveau levés à la fin, déclenchant le courroux des privés de vue. La philharmonie…

concert damné

230 choristes et 95 musiciens, paraît-il. Ça remplit bien la scène de la Philharmonie. Tugan Sokhiev était à la tête d’un orchestre de Paris endiablé pour la Damnation de Faust de Berlioz. Damnée a été une partie de la distribution, malade, donc remplacée au pied levée. Ça donne : Paul Groves (Faust), Karine Deshayes (Marguerite), Paul Gay (Méphistophélès), Renaud Delaigue (Brander). Apparemment, on y a bien gagné par rapport à la veille.

Damnés étions-nous aussi un peu dans le public, privé d’éclairage décent, car nous annonce le premier violon Roland Dugareil lors d’un discours déchainant les passions, entre applaudissements et huées (et du « c’est nul ! » ayant pour écho « c’est toi qui est nul ! », du haut niveau français), la vie, c’est dur. Mon impromptue binôme, qui fait des expériences dans la vie (il n’est jamais trop tard, mais ce n’est pas encore bien ça…) était en revanche ravie : la lumière, ça fait fuir les punaises de lit, ses nouvelles amies dispensables (miam, je les comprends).

Mais sinon, ça se tenait très bien. Et même si ça terminait franchement tard (heureusement que les trams circulaient !), dans l’ensemble, nous fûmes plutôt bénis.

lundi 20 janvier 2020

Rossini sous acide

« On dirait du Mozart sous acide ». Mon fidèle binôme de TCE aura ainsi tout simplement résumé avec la perspicacité cinglante qui la caractérise. Déjà, le livret de L’Italienne à Alger de Rossini est un peu perché : un sultan local en ayant mare d’avoir une femme trop docile décide de la refiler à son esclave italien en échange de sa liberté, tandis qu’il rêve d’une femme caractérielle, qu’il va effectivement trouver en l’amante dudit Italien. On rajoute encore quelques rôles et péripéties pour le bordel, et l’affaire est dans le sac. Avec un Jean-Christophe Spinosi surex, bondissant et survolté à la direction de son Ensemble Matheus — et Choeur de chambre Mélisme(s). 

Très bon cast dans l’ensemble : Margarita Gritskova (Isabella), Veronica Cangemi (Elvira), Peter Kálmán (Mustafà), Maxim Mironov (Lindoro), Christian Senn (Taddeo), Rosa Bove (Zulma), Victor Sicard (Haly). Et une mise en espace costumée qui est finalement bien meilleure que beaucoup de mises en scène, avec un humour omniprésent bien adapté à la pièce légère mais néanmoins solide de Rossini.

travail des seniors

Il y a les grévistes pas encore à la retraite qui rêvent de ne plus bosser, et puis il y a Herbert Blomstedt, 92 ans, qui vient diriger l’Orchestre de Paris à la Philharmonie de sa baguette experte. Comme la veille, on repère Christian Merlin dans le public. La salle est très bien remplie, ce qui est plutôt rare pour l’OdP. Est-ce l’effet Bertrand Chamayou/Concerto pour piano n° 23 de Mozart ? Avec son jeu naturel, ça glisse très bien, un vrai plaisir. Il annonce son bis : « adagio d’une des dernières sonates de Haydn » (en do majeur pour piano n°60). Parfait.

Entracte, et ce pour quoi on est venu. Les vrais savent. La géniale Symphonie n° 4 "Romantique" de Bruckner. Dans la navette du retour, tous les ninjas étaient là. Certains avaient prévu de revenir le lendemain, pour la rediff. Blomstedt dirige de tête ce qui dure plus d’une heure quinze, avec un tempo un peu lent, mais des couleurs extraordinaires. Le travail des seniors, ça a du bon. Toute l’expérience d’un chef d’exception qui magnifie un orchestre.

lundi 30 décembre 2019

messie participatif

Participatif ? Mais non ? Mais si ! Hervé Niquet prend le mic. Devant son Concert Spirituel, il nous explique que le concert de ce soir est participatif. En fait, c’était inscrit sur le programme — comme les dates des trois ateliers de préparation —, mais je n’avais point vu. L’idée, c’est qu’il était frustré quand il était jeune (et moi donc : j’ai trouvé la référence exacte du Messie quand j’avais 18 ans et j’ai dû attendre une commande de trois mois à la Fnac avant de recevoir le CD !). Il ne pouvait point chanter quand il allait faire son pèlerinage annuel en famille. Donc, trois oratorios ont été traduits en français, pour qu’on puisse chanter du Haendel en VF. Le programme a indiqué les passages en question, avec les textes sous partition. Bon, il faut être du cru (anciens petits choristes et culs bénis, grosso modo) ; ça ne fait pas grand monde, d’autant qu’il est difficile d’être juste et pas totalement décalé avec une salle si grande. De surcroît, il ne faut pas se tromper avec les passages qui en réalité étaient réservés aux seuls qui se sont entraînés avant, et ont tous été placés en arrière-scène avec la partition complète. Un peu foutraque, quand même.

Les solistes (Karina Gauvin, soprano ; Sonia Prina, mezzo-soprano ; Rupert Charlesworth, ténor ; Božidar Smiljanic, basse) étaient malheureusement dans l’ensemble un peu trop faibles pour les exigences de la Philharmonie (a priori, certains spectateurs ne devaient pas entendre grand chose. Il valait clairement mieux se replacer de face, même si les opportunités étaient assez réduites — mais un couloir cour derrière la barrière, c’est très bien). En revanche, un allelujah et le tout dernier amen chantés par un ensemble regroupant le petit choeur (agrégé de choristes des choeurs des Grandes Écoles, Sorbonne Université et Oratorio de Paris) augmenté de 250 choristes en civil en arrière-scène, ça reste une expérience awesome qui marque. Je suis souvent injuste avec les chefs de choeur que je ne cite pas, mais pour la peine, on peut supputer que Frédéric Pineau a fait un sacré travail !

mélancoliquement vôtre

L’orchestre d’Ile-de-France s’est spécialisé sur un public du dimanche — venu même depuis la Normandie en bus, ai-je découvert en cherchant désespérément la navette qui n’existait pas, rendant le retour de la Philharmonie épique. En réalité, la phalange ne démérite pas, et l’ami berlinois les trouve même bien meilleurs que le national (que je ne pratique plus, en fait). Ce positionnement marketing leur donne une communication particulière, et notamment une étrange habitude de nommage des programmes. En l’occurrence : amicalement vôtre. Certes. C’était en tout cas d’une excellente cohérence, en plus de belles prestations.

Benjamin Britten, Four Sea Interludes ; j’adore cette oeuvre. Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto pour clarinette, avec Paul Meyer (top !). On sent qu’on est dans la thématique mélancolique-suave. Avant l’entracte, Meyer relance d’un Send in the clowns, de S. Sounheim (merci le CM Twitter). Après l’entracte, nos places tout devant (peut-être cinquième rang, couloir cour) fut pris, et nous dûmes nous éloigner plus au fond du parterre. Ah oui, c’était un concert avec la souris ! Avec un programme pareil… Et un Arvo Pärt : le magnifique Cantus in Memory of Benjamin Britten. Que c’est beau ! Qu’on était trop loin déjà pour que ça résonne comme ça aurait dû…

Pour finir, Edward Elgar, Variations Enigma. Le jeune Joshua Weilerstein à la direction (prometteur !) fait une pré-annonce au micro, parce qu’il trouve le programme papier trop chiche : il explique donc quelques unes de ses variations préférées (la femme d’Elgar qui sifflote, un pianiste qui joue mal, son chien…), avec un accent et un sens du second degré qu’on devine tous britanniques qui emballe la salle très bien remplie. Vraiment, une interprétation au poil.

Et puis encore un départ à la retraite (le hautbois solo Jean-Michel Penot, qui a 42 annuités d’après le discours de sa voisine flûtiste). En cadeau, en plus des embrassades lorsque le chef fait saluer chaque pupitre, l’orchestre lui joue le thème du film « Mission » (de Morricone), ce qui reste bien jusqu’au bout dans la même thématique sonore.

Ne pas sous-estimer les concerts du dimanche aprem.

le concert français

Soirée Debussy-Stravinski par l’orchestre de Paris à la Philharmonie (un vendredi), avec Gergiev au cure-dent. Il faut toujours une petite touche russe à la France. Au programme, une seconde partie qui est très à la mode en cette saison, l’oiseau de feu. On venait donc surtout pour l’originalité de la première partie : Le Martyre de saint Sébastien. Jamais entendu parler, et pourtant contemporaine (à un an près) du volatile enflammé.

De ce que j’en comprends, c’est en réalité la suite orchestre par Claudio Abbado qui est jouée, et si on la trouve copieuse, il faut savoir que sinon c’était cinq heures (!!) initialement (même livret de D’Annunzio ?), sur une commande de la danseuse Ida Rubinstein. Il faut tout de même un effectif important, un choeur (de l'Orchestre de Paris) et deux sopranos (Julie Fuchs et Sandrine Piau, excusez du peu). Une fantastique découverte, disons-le. « Énigmatique » est un qualificatif tout aussi approprié.

Malheureusement, le public était d’humeur pénible. Après avoir été replacé tardivement, j’ai déjà mal calculé que la salle était truffée de gamins (effet vendredi soir) ; les retardataires sont venus combler les trous sans montrer un grand intérêt à la soirée ; et les autres ont tripoté leurs programmes, leurs doudounes synthétiques (infernal ce truc !! Il y a un âge où c’est indécent de ne pas être habillé en matières naturelles ! Ils sont beaux les écolos bobos !), ça a commencé à bavarder (au secours !), les toussements généralisés se sont accentués tandis que les gamins s’agitaient de plus en plus. Par ennui. Une oeuvre exigeante et un public qui teste un vendredi soir, ça ne donne rien de bon.

Pour la seconde partie, j’ai donc rejoint l’ami berlinois, de l’autre côté du parterre. Bien mieux — modulo de nouveaux voisins devant, un homme au milieu de deux femmes qui sans cesse se tripotaient et bavardaient des deux côtés ; puis une belle grosse sonnerie, au loin…

Le zozio était sinon tout feu, tout flamme. L’ami berlinois, émerveillé, loua la vision (d’ensemble) d’un chef maniant le cure-dent comme nul autre. On se demandait quand même toujours si la salle assez pleine n’était pas le signe d’un grand nombre d’invités. On avait repéré, dans le programme, un hommage au saxo solo qui sentait le départ à la retraite ; à la fin tardive de la soirée (vers 23h, de quoi revenir chez soi après minuit avec la galère des transports), on a eu un petit discours, des embrassades, et un bon cinquième du parterre, de mèche, qui s’est levé en ovation avec un panneau « bravo ! Bravo ! » rouge sur blanc qui a circulé dans les rangs.

Le concert français.

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