humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 31 janvier 2017

motion on arrival

Au théâtre des Abbesses, il a fallu recommencer le cinéma du duplicata. Cette fois, j’avais appelé la veille pour sécuriser la chose. Mais au guichet, on me dit qu’il n’y a rien ; puis au bureau des retraits, non plus, et on me renvoie au guichet ; pure bureaucratie. Alors on dégaine le nom de la chef du chef de la chef de la guichetière, qu’on a eu au téléphone, et sans rien vérifier, tout à coup, cela vous débloque une imprimante — non sans râler évidemment. Et l’on découvre qu’il y a même un label « duplicata » apposé au billet, ce qui prouve donc que cette possibilité a toujours été prévue…

Au balcon, de côté, on se dit que ce n’est pas forcément idéal, mais finalement on est bien content : Lucy Guerin a choisi pour Motion Picture de synchroniser sa chorégraphie avec le film noir D.O.A. (Dead On Arrival, en version longue) de Rudolph Maté, un plaisir de cinéphile paraît-il, qui est diffusé sur deux écrans de côté. Donc, nous avions une vue privilégiée à la fois sur l’écran et sur les danseurs, sans trop avoir à se tordre ; tandis que le reste du public n’en apercevait que des bouts, ou même rien du tout. L’expérience est donc radicalement différente selon la position : pour nous, c’était d’observer la continuité scénique, la construction contre une oeuvre, faire des aller-retours ou du simultané. Pour le reste de la salle, c’était à mon avis un peu comme quand j’annote un slide projeté sur un tableau blanc, puis que j’éteins le vidéo-projecteur. Il faudrait tester, pour comparer. Mais je n’ai pas été mécontent de voir le film simultanément… (Et pas seulement l’entendre)

La première moitié de l’oeuvre suit mimétiquement l’action, d’ailleurs — les danseurs recopient, font du playback, miment. Mais ensuite elle s’en sépare de plus en plus, alternant les idées originales (faire la bande-son en chantant par exemple, ou des onomatopées vocales), jusqu’à ce que vers la fin, le film ne soit totalement maltraité (il nous manque donc, à nous spectateurs, la fin de l’affaire… Qui a donc empoisonné — au Polonium ? — notre malheureux héros ?). On a parfois bien ri de l’incongruité. Le travail est au moins des plus original. Et puis on a découvert Lauren Langlois, qui comme Alisdair Macindoe porte l’oeuvre plus particulièrement dans la troupe, et dont la sensibilité est une bénédiction de bout en bout.

letter to a Nijinsky

Toujours avec mon problème non résolu des places disparues (ou jamais apparues ?) du théâtre de la ville, je découvris à mon fort désarroi que l’espace Pierre Cardin est une énième extension de grand luxe de l’institution parisienne. Qui me fit rapidement comprendre qu’on ne rit pas avec le soviet : à la billetterie, la jolie guichetière est inflexible, de duplicata il n’y aura pas. Et de moyen alternatif non plus. Il est toujours agréable, pour un abonné de 10 ans ayant dépensé quelques petits milliers d’euros, d’être suspecté de contrebande. Car c’est bien là la raison de ce refus catégorique des petites gens de la bureaucratie. Fort heureusement, je l’ai assez apitoyé (ça sentait fort le FJ du MBTI, il faut jouer sur l’empathie…) pour obtenir le numéro et le nom de la responsable. Qui évidemment, à l’heure fort tardive de 19h00 passées, n’était plus joignable. Finalement, me renseignant sur qui était responsable de tout le staff auprès d’un ouvreur, je vis une dame plutôt âgée et rationnelle me faire sans soucis un pass, à la main et avec amour, maugréant de ce que les guichetières m’avaient laissé dans un tel embarras (d’autant que, parties, elle ne pouvait plus vérifier ma probité sur l’ordinateur).

Forcément, si la souris avait entretemps revendu sa place, je ne pouvais plus en faire de même. C’est qu’on avait entendu quelques horreurs à propos de ce « Letter to a Man » signant le retour du duo Bob Wilson/Mikhaïl Barychnikov, qui oscille entre le bien et l’horrible. Cette fois, c’était plutôt médiocre, en fait. Arrivé forcément à l’arrache dans cette salle un peu bidon, où l’on voit surtout la tête de sa voisine de devant, j’ai mis un peu de temps à comprendre que c’est du journal de Nijinski à propos de lui-même — ça expliquait tout à coup la camisole du début.

L’idée de répéter à l’envi des bouts de journal (qui a aussi inspiré un autre spectacle, à Chaillot, récemment, avec Bribri, qui apparemment n’était pas une grande réussite non plus), qui n’ont généralement ni queue ni tête, donne une sorte de sous-Philip Glass plutôt moyen, pas vraiment horrible (on ne se fait pas trop agresser visuellement — malgré quelques changements abrupts de lumières —, ni auditivement — par les claps), mais pas palpitant non plus. La plus jolie scène est celle avec du Arvo Pärt, très poétique ; la plus surprenante est celle avec la chaise à l’envers en l’air ; et puis Barychnikov, toujours aussi maquillé, bouge bien. Mais ça ne valait clairement pas le pognon mis dedans. 1h10, fallait pas plus.

mardi 24 janvier 2017

supplice chinois chorégraphié

Prise dans un lot disparu du théâtre de la ville, il fallait duplicater cette place au centre Pompidou, grande salle. Faute d’y arriver, la billetterie m’a simplement fait une entrée gratuite : pour ce que c’était finalement, ça restait encore trop cher. À plus de 14€, prix initial, n’en parlons même pas. Sur 50 minutes de ce spectacle de Tania Carvalho, il y avait environ 45 minutes de trop. En restant optimiste.

Deux danseurs en noir, un homme, une femme, ça pouvait être bien, mais rapidement c’est chiant comme du Cunningham mixé avec du mauvais Forsythe. Et la bande son passe d’un mélange peu heureux d’instruments de cuisine, puis de crissements divers et de hamster nain égorgé (avec amplification) à un dérapage incontrôlé sur du franchement très pénible, souvent hyper aigu, extrêmement agressif, en tout cas insupportable. Apportez vos boules Quies.

Au fond, à gauche, une carpette totem s’agitait un peu, parfois. À 40 minutes passées, la bestiole entre enfin sur scène, alors que les deux autres continuent leurs mouvements décorrelés et répétitifs sans intérêts. La carpette rouge à franges, rayée de noir et d’argentée, toute droit sortie d’un Dr Who sous acide, se promène. Agitation, et puis crac, même la carpette-totem déclare forfait et s’effondre. Rupture d’anévrisme, sûrement.

Fin, personne n’ose trop applaudir dans la salle. On sent plutôt un certain soulagement. Laissons le mot de la fin à ce soupir du voisin de derrière, au milieu du spectacle : « putain !… ».

mardi 3 janvier 2017

Myriam fit cygne

C’est l’histoire d’un Matthias Heymann en collant totalement gay qui convole avec Karl Paquette avant de tomber sur Myriam déguisée en cygne : coup de foudre immédiat, il devient hétéro. Entre les deux, on a Alu qui fait un plan à trois entre Hannah O’Neill et Léonore Baulac. Le lac, c’est érotique. Paraît que j’étais le seul à ne jamais avoir noté que c’est gay friendly au dernier degré. Bah, c’est que déjà, je n’ai jamais eu autre chose que du second balcon, il me semble, et c’est peut-être même la première fois que je n’étais pas tout au fond. Enfin, c’était le fond quand même, quelque part, puisque juste devant la porte (bbbrrrr, courants d’air) dans une place qui montre le niveau de créativité de l’opéra de Paris : un strapontin en travers (ouille le cou) derrière la rambarde, avec finalement une fort bonne vue. Meilleur que les galeries, quelque part (quitte à se tordre le dos et le cou). Heymann, il saute (flotte ?) comme un cabri, s’il y a une vraie étoile masculine dans cette compagnie, c’est bien lui. Mais que serait le monde sans Karl Paquette ? Le jour où il part, il n’est pas improbable que le ballet mette la clé sous la porte — mais peut-être que Alu prendra sa suite ? Et puis MOB. Voir MOB en cygne et puis mourir. Une très belle distrib, avec de la future étoile en plus, et une superbe interprétation de Tchaikovsky en fosse. C’était la soirée immanquable, même si deux autres par la suite on été plein de paillettes et de promotions. La souris a eu le museau creux.

mercredi 28 décembre 2016

Roméo & Preljo & Juliette

Quel ennui ! À Chaillot, le dimanche, c’était Roméo et Juliette, un vieux Preljocaj. Il faut virer tout ce qui n’est pas un pas de deux, grosso modo. Vous voyez les jardiniers du Parc ? Ceux qu’on oublie tout le temps ; et bien là, c’est un peu tout le temps, mais en nazis-de-service (déjà qu’ils sont à l’opéra, ils sont partout !). Les Montaigu sont des manants, les Capulets des fachos. Certes… C’est mou, c’est plutôt grossier, ça ne tient pas debout, c’est souvent inintéressant — et la musique de Prokofiev est aussi modifiée de manière pas terrible.

Et puis les pas de deux, fabuleux parfois. On enlève une heure sur les 1h30, au moins, et on a un quasi-chef-d’oeuvre. Si ce n’est que ça termine en se découpant au coupe-chou, un ridicule final. Il y a des oeuvres qu’il ne faut surtout pas hésiter à remodifier quand on gagne en expérience (sauf quand on s’appelle Spielberg ou Lucas, là au contraire on ne touche pas !!). En plus, Preljo était là, aux saluts.

mardi 20 décembre 2016

danser sur un volcan

Le théâtre de la ville peut se targuer d’être le seul théâtre au monde à ne pas faire du duplicatas. Et puis cette année, c’est aussi sûrement bien le seul à être « itinérant » : heureusement, à la Villette, squattée pour l’occasion, on est rudement moins con (et arriéré). Je n’étais d’ailleurs pas le seul dans ce cas-là, à me retrouver avec un billet « fait à la main » pour un Akram Khan qui tapait dans les 32€ de l’heure, tout de même. C’était la première fois que j’allais sous les halles — la souris aussi —, une arène fort adaptée mais pas vraiment chauffée, avec des sièges très précaires et fort mal alignés. 32€. Je ne dois pas vivre sur le même plan d’existence, il faut que je perce ce mystère.

Trois danseur. Le premier, j’ai mis longtemps à deviner que c’était une première ; la souris a pensé l’inverse ; j’avais raison, c’est bien une fille (le bassin a quand même fini par un peu me la trahir). Christine Joy Ritter. En regard, Ching-Ying Chien n’avait aucun doute sur sa féminité : dieu quelle beauté (non que la précédente ne soit pas aussi magnifique dans son genre androgyne, d’ailleurs). Pas bien grande, musclée au dernier degré sans en paraître, à peine moins désarticulée que la précédente, impressionnante de bout en bout. Et le troisième larron, Akram Khan himself, pour nous raconter un extrait du Mahabharata, donc une histoire incompréhensible par essence. On a compris qu’il y avait une figure tutélaire, un gros macho, une opposition, un volcan qui s’ouvre et qui finit par engouffrer le pénible de service. Grosso modo. « Until The Lions », sans lions.

C’était rudement bien, entouré de chanteurs-musiciens, le tout en mode oumbah-oumbah — surtout avec des lances en bois partout. Dommage qu’ils n’aient pas fait un vrai feu sous le faux volcan, pour se réchauffer un peu.

mardi 29 novembre 2016

foutue dans les tutus

« Polina » retrace la naissance d’une artiste. On la voit toute petite (et méga mignonne-choupi Veronika Zhovnytska, dont on n’oubliera pas le nom), gigoter, avoir du naturel, mais se faire (dé)form(at)er dans le non-naturel de la danse classique, qui enseigne rigueur et discipline. Et en Russie, on ne rigole pas. Quelques années plus tard, Polina (cette fois devenue Anastasia Shevtsova, une vraie danseuse du Mariinsky), visage triangulaire et yeux vitreux, a acquis la technique, un peu de mordant et d’envies sexuelles (avec le français de service Niels Schneider). Mais elle sent bien qu’il y a un truc qui ne va pas. Elle veut suivre son coeur, quelque part. Alors même prise au Bolchoi, enfin, son rêve (ou plutôt celui de ses parents ? Compliqué la vie de famille chez les Russes pas bien riches), elle décide de suivre le Frenchy jusqu’à Aix, pour aller voir le co-réalisateur du film (avec sa compagne, Valérie Müller, un peu plus créditée), Angelin Prejlocaj.

Ah non, c’est pas ça, c’est Juliette Binoche qui tient son rôle. Mais on a compris. Alors Polina, elle plaît bien, mais on n’arrive pas à en faire ce qu’on veut, on l’a trop formaté. Retournera-t-elle à Moscou retrouver son Bojinsky-tuteur ? Elle a été touchée, puis un peu humiliée, elle va de nouveau s’acharner, mais cette fois dans l’autre sens, pour se dé-former. Ou se re-former. Et pour ça, il va falloir vivre. Parce que pour « danser sa vie », comme le dit niaisement le sous-titre, encore faut-il avoir vécu en espace non protégé : c’est un peu le paradoxe, son père avait mouillé la chemise jusqu’au cou pour justement la protéger autant qu’il le pouvait. Oui mais technique n’est pas grâce. Elle ne met pas de mot dessus — elle ne met pas de mots sur grand chose, et ce n’est pas par manque d’intelligence, c’est par russisme et par discipline technique de la danse classique à haut niveau —, mais elle a l’intuition.

C’est Jérémie Bélingard (oui oui…) qui va la faire éclore. Parce qu’il la bouscule et la couve en même temps, il la récupère de la perdition pour catalyser ce qui a été accumulé dans le désordre (et qui à un certain point risquait peut-être de la détruire). Et on voit enfin naître, d’une froide interprète en quête de perfection du geste, une artiste assurée du mouvement qui a (re)découvert le plaisir et le doute, l’expression d’une personnalité propre, enfin originale et unique. Quelque part, peut-être plus que la BD originale de Bastien Vivès, au-delà du roman d’apprentissage en tant que tel, c’est peut-être un plaidoyer artistique qu’ont livré Valérie Müller et Prejlocaj (Benjamin Millepied est dans les remerciements — seulement pour avoir prêté un Bélingard qu’on ne voit sinon jamais ?).

Dans tous les cas, un film où ça sait danser, sans en rajouter des tonnes (aucun effet comédie musicale), c’est tellement rare qu’on peut presque se demander si ce n’est pas la première fois. De quoi faire frissonner les balletomanes.

dimanche 13 novembre 2016

trois fois Balanchine

Le triple-bill Balanchine de Garnier, en hommage à Violette Verdy (l’occasion fait le larron), c’est comme @odette9 qui m’avait pris la place avec elle (mais pas dans la même loge : regroupement familial post-entracte). C’est certes très joli, parfois ennuyeux (on s’en tiendra à « parfois ») et on aimerait bien rentrer dedans, mais décidément, ça veut pas. Ça n’empêche pas de remettre le couvert pour tenter d’avoir de bons souvenirs, un jour — c’est pas mauvais non plus, alors ça justifie de s’acharner un peu.

Mozartiana, qui entrait au répertoire, c’est mignon tout plein, comme une oeuvre de jeunesse qui est pourtant la toute dernière chorégraphie de Balanchine, deux ans avant sa mort : il paraît que la vie est cyclique, quand on est vieux c’est comme lorsqu’on est bébé. Ça se regarde bien, mais en faisant autre chose. Dorothée Gilbert, Josua Hoffalt et Arthus Raveau (Arthus, pas Arthur, mais c’est le même, en différent).

Venait ensuite une rediffusion de Brahms-Schönberg Quartet, au cas où on l’aurait raté il y a 4 mois (l’ironie veut aussi que j’avais acheté une place essentiellement motivée par @odette9, et qu’on était aussi séparé mais proches… Relation asymptotique). C’est toujours pareil, mais les costumes de Lagerfeld, notamment le rose-moche, choquent moins : la plus petite et pompeuse salle de Garnier aurait-elle un effet bénéfique ? Les danseurs s’accordent qu’il est plus facile d’y danser cela. Nous avions au 1er mouvement : Dorothée Gilbert, Ida Viikinkoski, Mathieu Ganio. Au 2ème mouvement : Hannah O'Neill (miam), Florian Magnenet. Au 3ème mouvement : Sae Eun Park (toute promue, joie intérieure intériorisée), Fabien Revillion. Et pour le 4ème mouvement : Valentine Colasante et Alexandre Gasse.

Pour finir, le meilleur de la soirée, Violin Concerto (celui de Stravinsky). Avec Alice Renavand — évidemment, sinon ce ne serait pas le meilleur. 1er pas de deux avec Amandine Albisson et Stéphane Bullion, 2ème pas de deux avec Alice Renavand et Karl Paquette, et une myriade de danseurs tout autour, pour une demi-heure de tableaux. J’ai essentiellement retenu que c’était le meilleur, et que ça méritait d’être revu un jour. Voilà. Et pas de Sonatine (donc trois fois Balanchine, pas quatre), parce que c’était pas le bon jour ou qu’on n’a pas été gentils (quel bordel, cet opéra…).

lundi 17 octobre 2016

femme voilée

« La danseuse » est l’histoire d’une vachère théâtreuse qui tombe dans la danse par hasard, va la révolutionner, et être éclipsée de l’histoire — mis à part une mention rapide entre balletomanes. Il faut bien comprendre qu’en Occident, la danse est institutionnalisée, elle est rationalisée. Le pas (donc le pied) est numéroté. Tout est légalisé. Il n’est pas question de s’exprimer en dehors du dogme établi et immuable. La danse dite « moderne » va bouleverser cela — pour tout simplement revenir au fondamental de l’expression déliée, qui n’a jamais quitté les sociétés dites « sauvages », où l’on tourne, où les bras s’agitent. Loïe Fuller a ainsi été à l’articulation du music hall des folies bergères et de la danse du palais Garnier (qu’elle ne semble en revanche pas avoir approché, mais le film recherchait mieux que l’exposition universelle à montrer), extrêmement fameuse en son temps, oubliée, puis rentrée dans l’histoire des spécialistes — mais moins mentionnée qu’Isadora Duncan et sa vie rocambolesque.

Stéphanie Di Giusto choisit de faire une sorte de condensation romancée de son histoire. Cela l’amène à créer un personnage d’aristocrate décadent fictif (joué par Gaspard Ulliel) qui correspond plus ou moins au véritable mari éphémère de Loïe, dont l’homosexualité latente est rapidement évoquée dans la relation ambiguë qu’elle lie avec Isadora (la génétiquement avantagée Lily-Rose Depp, à peine 17 ans, mais doublée pour les scènes de danse érotiques), et le fait d’être remarquablement interprétée par Soko. On sent dans le film une relation possible avec Gabrielle (Mélanie Thierry, qui n’arrête pas de devenir de plus en plus belle), sans que cela soit exploité (alors que dans la réalité, c’est avec elle qu’a vécu fort longtemps Loïe) : les intentions dramatiques du scénario en ont commandé autrement.

Le choix du film est donc clairement plus la romance que l’acuité historique. Nous n’en saurons donc guère plus sur ces lourds poids que doit porter Loïe et qui minent sa santé (alors qu’on ne parle que de voiles et de bâtons tenus par les mains à faire voltiger), et cela est bien peu de choses pour une carrière jusqu’à ses 40 ans, tout à coup concentrée sur quelques rapides années sur pellicule (avec une santé très déclinante dans le film qui nous laisse présager peu de choses). L’oeuvre semi-fictive cinématographique n’en est pas moins réussie et contribuera sans doute à la (re)naissance d’un mythe, ou tout du moins à sa redécouverte mystifiée. Il n’en pouvait aller qu’ainsi d’une inattendue précurseur qui dansait avec de longs voiles illuminés.

Sae au travail

Sae Eun Park et Fabien Revillon étaient de séance de travail samedi après-midi pour la prochaine soirée Balanchine, où ils danseront “Mozartiana”, dernière pièce du chorégraphe, avec l’ancienne principal du NYCB Maria Calegari, bras armée du souvenir du Balanchine Trust. De fait, cette séance était aussi une séance d’anamnèse sur ce que voulait Balanchine, comment dirigeait Balanchine, etc. Le Balanchine Trust est à la fois une bénédiction et une malédiction. Il fige l’art comme le tableau ancien qu’on admire des siècles plus tard, inaltéré. Mais il fige aussi un art vivant, et pour le moins améliorable, en tout cas réadaptable, au minimum réinterprétable par nature — mais c’est aussi le paradoxe de la danse occidentale d’une manière générale.

Sae Eun Park commence par un petit morceau, puis ce sont les quelques corrections à apporter. Idem avec Fabien Revillon et une gigue bondissante. Et enfin, les deux ensemble, après une séance de questions pour un peu de repos. Durant cette heure, on aura compris les intentions et la pensée Balanchine, qui éclairent sa fameuse froideur habituelle (quoique cette oeuvre a l’air meilleure sur ce point). Et de même, on aura pu voir de très près Sae Eun Park, dont on sait qu’elle laisse bon nombre de balletomanes pantoise, par son absence d’expression. Nonobstant son incroyable beauté d’aussi près, on ne peut qu’être touché de cette timidité toute asiatique, où lorsqu’un sourire pointe, il en vaut des milliers d’autres. J’aimerais beaucoup connaître et comprendre cette fille.

- page 1 de 35