humani nil a me alienum puto

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samedi 28 avril 2012

ballerines courtisanes

"L'histoire de Manon" est la quintessence du ballet pour garnésien : on y voit de très beaux costumes (notamment l'étrange beauté du crasseux, en l'occurrence), de très belles danseuses, en courtisanes (comme au bon vieux temps !), très propre sur soi au final. Forcément, ça en ennuie beaucoup, qui pourtant... reviennent plusieurs fois ! Étrange, n'est-ce pas ? Toujours est-il qu'ayant eu un pass à 19h28, avec le petit rat et la souris, et n'ayant pourtant pas pu revendre ma place d'abo à l'amphi, les 30€ de TCO pour le premier rang impair (à une place de Claire Chazal, mais séparé de la souris en pair central) ont été sans aucun regret — quand bien même Koen Kessels est pénible, de près, à chanter faux pour diriger l'excellent orchestre de l'ONP.

"L'histoire de Manon" raconte l'histoire de Manon — que l'on connait fort bien sans l'avoir jamais lu, même s'il aura fallu me rappeler que cela se termine en Louisiane, tout désemparé devant le décor kitsch de lianes (techniquement : de cordages verts noués) tout droit sorties de "la source". Le chorégraphe Kenneth MacMillan n'étant pas un horrible français ni un horrible russe, la dramaturgie s'entiche peu de scènes inutiles qui habituellement forment la majorité des chorégraphies : la densité de l'action y gagne, pour tout de même 43 minutes de première partie, un peu plus de deuxième, et une miniature fin de 25 minutes (forcément, les entractes ne font que vingt minutes).

Dans le rôle manonesque, Aurélie Dupont ; ah quelle est belle, mais elle est plus crédible en courtisane forte et sure d'elle que dans les galères : je ne l'ai pas vu mourir... Avec elle, la néo-star Josua Hoffalt, en Des Grieux ; les expertes — et Joël — en ont dit qu'il s'améliorait visiblement tout le long, sans être convaincus au début — moi je ne me prononcerai pas, puisque je matais les filles, plus spécialement Muriel Zusperreguy, qui en maîtresse de Lescaut, le frère de Manon par Jérémie Bélingard, était tout de même vêtue en courtisane, et appétissante au possible (même si je suis d'accord avec Fab : elle est certes peut-être trop sage pour un rôle ou la Renavand donne plus de féminité malicieuse). Le méchant de service (le sale con, devrait-on dire) revient à Aurélien Houette, qui a fait baver la souris — une révélation, en somme.

Si les mendiants ont une partie un peu trop convenu (même dans la gaudriole : encore une contradiction de ce ballet certainement trop propre sur lui), les courtisanes (Aurélia Bellet, Sabrina Mallem, Laurence Laffon, Marie-Solène Boulet, Lucie Clément), tout autant que les prostituées (notamment Laure-Adélaïde Boucaud, Juliette Gernez...) sont craquantes à souhait — mais je ne sais plus trop ce qu'elle dansait, en fait, mais c'était bien, hein...

Un ballet à voir, peut-être à revoir. À la fois esthétiquement intéressant, enthousiasmant, mais un peu ennuyeux et pas vraiment hyper-passionnant (enfin, moi je n'ai pas pleuré du tout, et je trouve que le moment le plus dramatique est la scène de jalousie du 2e acte). Contradictoire, ce ballet...

jeudi 12 avril 2012

a few hours in an Anne Deniau's life

Tout remonte à un peu plus de trois ans (déjà !). Je découvrais un petit bout de femme qui se cache derrière son appareil son photo, une artiste artistique, pas facile à suivre mais attachante au possible : Anne Deniau. Après la découverte serendipitienne de l'AROP, la rencontre magique du web, et une fille de plus dans le bestiaire des gens bizarres et magiques de ma vie, de ceux qui comptent même en étant parfois périphériques. Il y aurait beaucoup de choses à dire ce personnage timidement exubérant, et c'est aussi peut-être que cette proximité lointaine m'a permis autant d'observer que de comprendre l'Anne Deniau des bois, au fil du temps, et d'apprécier encore plus son dernier grand oeuvre, dont on avait longuement parlé quelques mois auparavant, alors que la question de faire un nouveau partenariat avec l'AROP se posait : "24 hours in a man's life" était jeudi dernier pour la première fois livré au public, au studio Bastille, après une courte présentation de notre directeur bienaimé Jean-Yves Kaced, et une encore plus courte microscopique présentation de Anne.

Il aura fallu attendre jusqu'au bout. Rendez-vous à 19h30, j'arrive bien en avance pour inscrire une surnuméraire, B#4, grande fan-de-Deniau devant l'éternel (pour la petite anecdote, B#4 m'avait dit un jour, il y a fort longtemps : "un jour, je serai Anne Deniau" — depuis, ça n'a pas eu l'air de marcher outre mesure et elle a continué sa mutation naturelle en écureuil, mais son FB me sert de fil RSS au blog d'Anne, ce qui est fort pratique tout de même !). Évidemment, la core team balletomane était présente. Il y avait aussi miss parfaite (que B#4 trouve très masculine, malgré sa silhouette de ballerine et ses cheveux très longs : oui, c'est mon côté gay), dont j'ai enfin pu éclaircir le mystère : elle est lesbienne ("fiat lux !"). Bref, la soirée de tous les mystères.

Un film qui crève l'écran, ou plutôt les projecteurs : une heure d'attente le temps de le remettre en marche ; du coup, on grignote avant, l'ordre naturel des choses (que dis-je, de l'univers !) est inversé. Rien ne va plus. On spotte le héros de l'affaire, Stéphane Bullion ; seule la néo-étoile Ludmilla Pagliero a fait le déplacement, sinon, mais Jérémie Bélingard arrivera en cours de route et se rattrapera sur le reste de la soirée. À 20h30, nous sommes enfin en salle, et après l'introduction, c'est le top-départ pour un peu plus de 45 minutes. Avec B#4, on a pris de la distance, à l'avant-dernier rang. Pas de bol, y'a deux espèces de russes balourds à grosse voix qui commentent (scène un peu surréaliste, stéréotypée), avant de finir par se prendre un coup de patte de B#4.

On sait que j'aime beaucoup les OVNI (ou plutôt les OFNI, objets filmés non identifiables) : en voilà un de beau. Oh, ce n'est pas du grand cinéma, c'est très amateur sur les plans, et c'est même revendiqué à mon sens. C'est de la photo en mouvement. Éclairage splendide, décor énigmatique — une table de bistrot sur une plage, une chaise —, un cahier des charges dramatique — la vie d'un homme en 24 heures, non-stop, avec une humeur par heure —, des angles de vue, une chorégraphie solo multi-thématisée, et un support entêtant : la musique minimaliste et extraordinaire de Michael Nyman (avec de vrais morceaux de leçon de piano dedans, mais surtout ce thème que l'on retrouve dans la bande annonce, ouverture des enfers, baroque, fascinant), et les citations de Paul Auster, "Moon Palace", qui émaillent tout le film (texte original de Alexander Skora, avec les voix d'Anne Deniau herself ça c'est sûr, et de celui-ci aussi ?). Et puis Stéphane Bullion, tout de même, quel travail !

À titre personnel, je n'ai pas vu passer le temps. C'est digne de "Die Nacht" (sauf que l'émission n'existe plus, c'est bête, pile poil le bon format en plus !). Je ne sais pas trop comment ce sera exploité par la suite, il y a le livre aussi, mais l'idée de le feuilleter après le film (j'aime bien garder les surprises jusqu'au bout...) n'était pas forcément la bonne, puisque le stand avait disparu à la sortie (avec l'inversion de la séance bouffe). Comment fera-t-on pour le voir/revoir ? Mystère... (encore un !) En attendant, il y a aussi l'expo photo à la cathédrale de Reims (jusqu'au 3 juin), ça peut être une idée de sortie (ça va être difficile avec les partiels, cependant...). Au final, je fais tout de même la même conclusion que la dernière fois : ça manque de fille. Je veux la même chose avec une de mes filles en M (Mathilde/Myriam/Muriel) : c'est possible ?

dimanche 18 mars 2012

l'écriture du mouvement dansé

Tel était le titre de cette nouvelle session de la série de Sonia Schoonejans, la 3e partie de "le chorégraphe et la notation", lundi 12 mars à 19h00. Ivités :

* Romain Panassié, danseur-chorégraphe expert ès-Benesh, il nous a expliqué comment ça marche, avec slides et démo en 3D et en chair ;
* Jone san Martin : danseuse symbiotique de Forsythe depuis 1992, après nous avoir fait un rapide exposé théorique de la manière de fonctionner de Bill, à savoir du patchwork grammatical modifié avec forte influence d'improvisation, elle nous montre un exemple de chorégraphie obtenue, des difficultés inimaginables qui en découlent (du genre : recréer la choré en duo, puis se passer du deuxième mais continuer à faire tout comme !), et donc de la nécessité d'une sacrée notation ;
* Myriam Gourfink : danseuse, chorégraphe et directrice depuis janvier 2008 du programme de recherche et de composition chorégraphiques à la Fondation Royaumont (PRCC), elle nous a fait un exposé WTF, croqueuse de cerveau, tout emmêlée, avant de nous montrer un logiciel dont on a eu peine à comprendre quoi que ce soit ; azimuté ;
* Delphine Demont : danseuse, chorégraphe et labanienne, elle a créé une sorte de table de Laban en bois, qu'elle utilise avec des déficients visuels, un peu space (vidéo finale sur du papier-bulle : why not......) ;
* Elena Bertuzzi : l'anthropologue chorégraphe labanienne avait déjà fermé la séance précédente, et étant donné le temps bouffé par les précédents (on a dû finir vers 21h40, tout de même !!), a encore dû se dépêcher ; quoique ; en TP, des volontaires ont appris à danser selon Laban, ce fut difficile, mais le résultat n'était pas trop dégueu (pour quelques pas pas très complexe... Hhhmmm...).

Mats Ek au boulot

Vendredi dernier, enfin, le 9 mars, quoi, puisque j'ai plus d'une semaine de retard dans la rédaction bloguesque, c'était séance de travail Robbins/Mats Ek : la balletomane est nombreuse et de qualité, on forme une belle brochette au premier rang de balcon (non loin se trouve Miss Parfaite, toujours autiste, mais bon sang quelles jambes...). Séance de travail sous forme de quasi-générale ! Seul GROS soucis : les mioches derrière.

Dances at a gathering

Rose    Ludmila Pagliero
Mauve    Isabelle Ciaravola
Jaune    Muriel Zusperreguy
Vert    Agnès Letestu
Bleu    Mélanie Hurel
Marron    Mathieu Ganio
Violet    Karl Paquette
Vert    Benjamin Pech
Brique    Alessio Carbone
Bleu    Christophe Duquenne

Forcément, les mioches se sont ennuyés, et tout mal élevés qu'ils sont, nous ont cassé les pieds tout le long du Robbins. C'est de l'héritage balanchinien, ça fait très bourgeois (surtout avec du Chopin dans la fosse : ambiance salon feutré pastel). Du genre recherché, intellectualisé. Il y a quand même de grands moments d'émotion (notamment les derniers instants de Pagliero), quoique toujours quelque peu retenus. Muriel Zusperreguy est évidemment très épousable.

Ce programme est totalement bizzaroïde : l'association avec "Appartement" de Mats Ek est bien étrange à ce que ça n'a rien à voir avec la (longue) pièce précédente...

Le bidet    Marie-Agnès Gillot
La cuisinière    Clairemarie Osta
La porte    Alice Renavand
Pink    Amandine Albisson
Sac à dos    Christelle Granier
Hat    Laure Muret
La TV    José Martinez
La cuisinière    Jérémie Bélingard
La porte    Nicolas Le Riche
Romoli    Audric Bezard
Embryon 1    Simon Valastro
Embryon 2    Adrien Couvez

J'en avais beaucoup entendu parler, j'en avais vu des extraits : j'aime beaucoup. Pourtant, avec les deux autres Mats Ek que j'avais vu pour l'instant, j'avais fichtrement du mal. Mais je commence à comprendre son monde absurde. Réglé au millimètre, soit dit en passant : à la fin de la représentation, le chorégraphe lui-même est venu superviser les derniers détails et corriger toute une partie. Quand même : ce n'est pas tous les jours que l'on voit ça !

(les gamins derrière ont été très choqués par la scène où l'on sort le bébé du four : petites natures, au final !!)

samedi 25 février 2012

danser sa life

L'expo "danser sa vie" émeut le monde balletomane à Beaubourg, mais en premier lieu mon porte-monnaie : 13€, bordel ! Et le pire : c'était gratuit pour les chômeurs, mais je n'avais pas ma "carte" (l'espèce de papier A4 qu'on ne peut pas décemment transporter). Gggrrr...

13€, ça le vaut pour la quantité — qui explique d'y passer 3 heures, 15 minutes de vidéo par-ci, 10 minutes de vidéo par-là —, mais pour la qualité, c'est plus compliqué. On est heureux de tomber sur des perles (oh, une notation Laban originale ! Tiens, une vidéo de René Char — ok, elle est sur Youtube aussi), on est impressionné par la recherche d'accumulation (du Rodin dans un coin, du documentaire par Forsythe qui nous explique sa construction chorégraphique de l'autre...), mais quel est le liant de tout ça ? Franchement, le thème est une excuse très vague, et ça donne une impression étrange de hors sujet permanent. Le titre est vague et beau, et hop rangeons- une rétrospective très européenne, très début XXe, avec de gros bouts de danse contemporaine vers la fin, avec des grumeaux et pis vala. Avec la souris, on en est quand même ressortis assez circonspects...

mercredi 22 février 2012

être une femme

Je me demande si un jour je verrai un spectacle, un film, un je-ne-sais-quoi sur "être un homme". En attendant, que de travaux culturels de femmes sur le sujet... "Inanna" en fait partie, ce que je ne savais pas : Carolyn Carlson est un nom qui implique "oui" sans même chercher à savoir ce dont il s'agit, dès qu'on propose des places au rachat (surtout que A. les a eu, un an en avance, en plein centre de la salle — et que ça donne une occasion de blablater dans le froid, derrière Garnier), et que la souris a donné son go. Séance de vendredi dernier, 20h30, palais Chaillot.

Sept femmes, qui parlent, qui dansent, qui bougent, qui courent, qui agissent... On explore, mais on colle beaucoup. Comme l'a dit le type derrière, "je reconnais le travail, mais je n'ai pas été ému outre mesure". Voilà, c'est ça. Il y a des trouvailles, des trucs étranges type théâtre de la ville, des Carlson-touch poétique, des aspects féminins (sans concession, on y pleure tous en coeur aussi), mais je ne suis pas sûr que tout cela me laisse un souvenir bien impérissable. Fallait-il être une femme ?

mercredi 11 janvier 2012

systèmes de choréologie

LUNDI 9 JANVIER 19H AU THÉÂTRE DE LA VILLE : Le notateur : du regard à l’écriture

"Les quatre systèmes de notation les plus utilisés aujourd’hui, s’ils possèdent des modes de symbolisation différents, musical dans la notation Conté (1931), pictographique dans la notation Benesh (1955), abstraite dans la notation Laban (1928) et dans celle de Eshkol-Wachman (1958), rendent tous compte du mouvement dans le temps et dans l’espace, ainsi que des qualités et des paramètres sous-jacents du mouvement. Leur complexité a donné naissance à un nouveau métier, le notateur ou choréologue. Ce sera le sujet de notre prochaine séance et il sera développé par un représentant éminent de chacun des systèmes. Parmi eux, Jacqueline Challet-Haas pour la cinétographie Laban, Dany Lévêque pour la notation Benesh et Michèle Nadal pour l’écriture Conté. Quant au système Eshkol-Wachman, un petit film nous en dévoilera les principes fondamentaux." Sonia Schoonejans

Suite de la conférence précédente, nous avons tout de même eu un moment de doute avec la souris : mais non, c'était bien la suite, et sur un mode très différent. Une table ronde ! Bon, chacun parle l'autre (ou plutôt chacune : où sont les hommes ? Ah oui, ils parlent de numérique, c'est pas au même endroit), pas vraiment de débat, mais une suite d'exposé très intéressants, où, accrochez-vous, il y avait... des slides ! Oui, mesdames et messieurs, un véritable support pédagogique ! Les temps changent. Notons que quasiment tous les invités ont changé.

Après l'introduction de notre animatrice préférée, Sonia Schoonejans, transformée en modératrice, on commence justement par du pédago avec une présentation du Benesh Movement Notation (trade mark !), par Eliane Mirzabekiantz (qui remplaçait Dany Lévêque, notatrice de Prejlo et absente pour cause de remontage en Espagne), notatrice et prof de notation Benesh au Conservatoire de Paris (CNSMDP). Au départ, on n'y comprend rien. Mais en fait, le principe est simple : le corps est représenté de face sur une partition dont les lignes correspondent aux axes du corps (tête, bras, genoux, pieds, ce genre de chose), dont on ne représente, pour plus de clarté, que les éléments qui changent. Malin, il suffisait d'y penser. Cependant, on ne s'attarde pas trop sur les subtilité : ainsi, j'ignore comment on note une rotation ou une marche. Dommage — mais quatre personnes en 1h30/2h, il faut faire dans le synthétique !

Il y a ensuite un long exposé d'une dame assez âgée (sans slides), Jacqueline Challet-Haas, sur la notation Laban. On apprend des éléments biographiques, l'évolution de cette méthode, mais il faudra attendre encore pour voir à quoi ça ressemble et ce que l'on peut en tirer. On apprend en tout cas que l'apprentissage est particulièrement long. En attendant, c'est Anne Abeille qui nous fait un retour d'expérience sur les notations des ballets Bagouet dont elle est issue : la compagnie a, à la mort de son fondateur, créé une association de sauvegarde qui a décidé de conserver par la notation les oeuvres de leur ancien maître chorégraphe. Les problématiques à gérer sont diverses, et notamment celle du temps : il sera plus tard confirmé qu'il faut compter huit heures de travail pour compulser 10 minutes de danse... Travail énorme qui pourtant peine à trouver un financement. Une remarque très pertinente est faite : la notation, contrairement à la vidéo (en outre imparfaite de par son axe de captation, quand ce n'est pas une vidéo d'auteur qui pratique le hors-champ à tout va), permet le renouveau de l'interprétation, en tirant la substance de l'oeuvre sans en imposer une vision trop précise et analytique.

Dernière présentation, celle de Elena Bertuzzi, italienne francophone et universitaire qui ne manque pas d'humour et sait mener son affaire. Elle expose les principes de Laban sur le positionnement du poids du corps. La pensée Laban est fort différente. En fait, elle apparaîtrait bien complémentaire, et la question qui me taraudait a été posée plus tard par ma voisine : en fait, Laban n'est-il pas une vue de dessus là où Benesh est une vue de face ? Étrangement, pas grand monde ne s'était posé la question, qui a même carrément surpris. Une vidéo nous est montrée, où une chorégraphie a été à la fois transmise par la notation pure et oralement à différents danseurs, en plus du créateur de la pièce, les séquences étant mises en parallèle : on n'arrive pas à distinguer vraiment qui est qui et a travaillé avec quoi. CQFD.

Je vois beaucoup d'application à ces notations. Pour le moment, Benesh a été adapté par des étudiant(e)s à un certain nombre de disciplines un peu distantes de la danse, comme le trapèze. Mais bon sang, l'animation 3D, la robotique ! (une autre voit l'architecture et la scéno : pourquoi pas, mais ça reste artistique) Décrire le mouvement est extrêmement complexe (ne serait-ce que la marche !) : on tient là des notateurs entrainés à comprendre, déchiffrer et noter le corps (compter dans les quatre ans pour maîtriser UNE notation : lorsque Anne Abeille a dit s'être penché pendant un an sur Laban, Jacqueline à côté a un peu ri tellement c'est pas assez pour commencer), donc une expertise forte (et rare : très peu de notateurs sont formés). Une fois noté, ces personnes sont aussi capables de traduire dans l'autre sens, mais cette étape de traduction, à mon sens, peut aussi être automatisée, par une traduction informatique : il suffit de sortir la sémantique du code de la notation. Cependant, il y a beaucoup de "zigouigouis" autour des "partitions" : les petits traits indiquent les mouvements, en fait. À ce niveau, Eliane Mirzabekiantz m'assure qu'elle peut utiliser déjà l'informatique... via un logiciel de dessin. Or, les développements devraient se porter sur un outil qui permette de sémantiser les entrées, directement (en XML par exemple, selon un langage reprenant les différentes rotations d'axe du corps). Énormément de choses à tirer en terme de valeur, mais manifestement, pire que de ne l'avoir jamais vu : ne pas même arriver à entrevoir l'énorme potentiel quand l'expose. Drame des mondes clos : pourtant, personne n'est prophète en son pays.

dimanche 8 janvier 2012

petites sirènes sur zéros pointés

Nous tenons actuellement un record, salle Garnier : celui du spectacle le plus nul jamais présenté. Ça a commencé dans le catastrophique ; heureusement, ça a fini dans le médiocre, dans une belle entreprise de sauvetage de meubles. Il aura fallu importer cela du Danemark : le ballet royal est en effet invité quelques temps, et par un mystère inconnu, a rempli toutes les dates avec un ballet de leur meilleur cru. Un truc très local qui se passe... à Naples. Non, pas de petite sirène, en fait — après tout, les russes nous avaient bien fait une révolution française kitschounette...

"Napoli" est un vieux bidule d'August Bournonville ; la compagnie l'a fait dépoussiérer par Nikolaj Hübbe, qui transpose dans la ville des années 50, mais ne parvient pas à sauver le naufrage artistique d'un ballet qui nous propose en guise d'introduction une bonne demie-heure de pantomime pur, dans un tableau certes bien fait, quoique statique, mais infiniment chiant au possible. Impensable. C'est alors que l'on a dix minutes de danse. Avant de reprendre... sur de la pantomime inutile, pour une histoire d'une simplicité aberrante. Et quelles dix minutes ! Premier pas de deux des artistes principaux, on assiste à un phénomène inédit : à la fin de leur prestation, alors que l'orchestre effectue une courte pause, aucun, je dis bien aucun applaudissement. Et le pire : la scène du travesti. D'une nullité affligeante. Un spectateur tombe de sa chaise ; avec la souris, on se tape un fou rire. Du coup, on se dit qu'on devrait quand même rester. N'empêche que c'est la première fois que j'entends quiconque lancer des "bouh !" à la fin d'une première partie.

Vingt minutes de pause pour se remettre de toutes ces émotions, et retour à nos si confortables places de l'amphi (un autre scandale du lieu). Et là, quelque chose d'assez impensable encore : changement total d'ambiance, avec une partie totalement nouvelle, ajoutée sur commande de la compagnie. On passe d'une musique de 1842, pompier, patchwork, franchement molle (orchestre Colonne anémique sur le seul passage intéressant dramatique de la fin du premier acte, mais on ne leur en veut pas trop, c'est tellement pénible toute cette partition), à une oeuvre contemporaine de 2009 (orchestre bien plus à l'aise ! Percus originales, un peu dessin animé cependant) : ambiance "sous l'océan". Pour que ça ne fasse pas trop collage, quelques mouvements chorégraphiques d'époque sont intégrés. Raté : ça fait totalement pièce rapporté. Mais étrangement, c'est le plus intéressant (même si l'impression d'amateurisme ne disparaît pas totalement — et les lumières étaient totalement ratées pour parfaire le tout). C'est même le moment où l'on découvre un vrai danseur, Andrew Bowman. Mais dès que les deux héros Susanne Grinder (très jolie au demeurant) et Ulrik Birkkjær reviennent, c'est le drame, bonjour mollesse le retour. Et accessoirement, pour l'acte 3, on revient à la pièce originale.

Heureusement pour nous, deux places nous tendaient les accoudoirs au tout premier rang du parterre. De là, la succession de variations, puisque ça c'est décidé à danser, est moins pénible, et même en s'ennuyant passablement, la technique est un peu plus au rendez-vous (ça fait plus pro déjà !), sans émotion certes, dimension artistique réduite, et le tout qui a du mal à décoller. Les danoises sont en tout cas beaucoup moins jolies de près dans l'ensemble (c'est, je pense, un croisement entre l'Allemagne et la Scandinavie). Notre héroïne est toujours mignonne, mais totalement effacée. Celle qui remporte tous les suffrages de fascination, c'est l'invité mystère, en robe volante bleue, une espèce d'apparition, qui n'est que très mal créditée, et n'apparaît pas même lors des saluts (Josephine Berggreen ?). Quelle tuerie ! Évidemment, elle ne danse pas non plus... Lors des saluts, le poisson Andrew Bowman est toujours maquillé, et le public qui applaudit mollement lui réserve à chaque fois qu'il s'avance des acclamations méritées.

Au final, c'est plutôt nul dans l'ensemble. Médiocre est un bon qualificatif. Si l'on considère que la première catégorie est à 92€, arnaque ne semble pas être trop fort... Comment une telle chose a pu arriver sur la scène de Garnier ? C'est presque à croire à une conspiration... Grosse déception que ces Danois ; on ne peut pas être bons partout, ils restent, au moins, la nation la plus civilisée du monde. Mais pour la danse, c'est du foutage de gueule caractérisé.

mercredi 21 décembre 2011

Cédric Andrieux

Il faisait bien moche, ce lundi, dans le Sud parisien tout mort de la cité universitaire... Le théâtre de la cité internationale est tout petit mais on n'y est que mieux. Là, Cédric Andrieux, danseur contemporain qui a passé la majorité de sa carrière dans la troupe de Merce Cunningham, qu'il a quitté peu avant la mort du maître, donne un one-man-show monté par Jérôme Bel, le même Bel qui avait commencé avec Véronique Doisneau (2004, à Garnier), réadapté en Isabel Torres (2005), et avait continué avec la plus confidentiel "Pichet Klunchun and myself" (danseur thaïlandais, 2005 aussi). Avant de donner ce nouvel épisode en 2009, au fruit d'un échange d'interviews biographiques qui avaient suivi une rencontre du hasard à Lyon, pour "The show must go on".

Cette fois, le spectacle dure 1h20 (contre environ 30 minutes pour Doisneau). Le danseur parle aussi lentement, fait de longues pauses, et se livre tout entier. Par des touches biographiques sur des détails, incongrus, touchants. Sa mère qui pensait la danse contemporaine comme source égalitaire ; avant qu'il ne se confronte au CNSM de Paris et sa doctrine élitiste. Les professeurs qu'il a eu et qui n'ont jamais cru en lui ; alors qu'il s'en sort avec les honneurs. Ses amours avec des danseurs américains qui ont influencé sa carrière, dans une première troupe où il doit cumuler les petits jobs, avant de tomber sur Merce Cunningham et de tomber amoureux de sa danses si particulière (on avait déjà eu du Cunningham dans Doisneau). "Merce" dont les exercices matinaux lui ont assez vite paru pénibles et très répétitifs, outre que la grammaire particulière du chorégraphe et son âge avancé impliquent une méthode de travail poussive à base de mouvements des jambes, puis du buste et enfin des bras (selon 18 positions), avec des positions improbables modélisées sur ordinateur sans trop de considération des réalités physiques.

Mais ce manque de confort n'était-il pas une question de maturité non-acquise ou de formation initiale ? Dès qu'il comprend que Cunningham ne cherche pas le mouvement parfait mais au contraire pousse à l'absurde impossible pour flirter avec les limites et trouver ce qui l'intéresse, il se détache du perfectionnisme qu'on lui a inculqué pour trouver le sens de l'art par l'essai... et de l'équilibre personnel. Mais avec la lassitude, au bout de bien des années (sept, si je compte bien), avec le désir aussi de retourner en France et d'interpréter d'autres rôles, à l'approche d'une fin de carrière, il s'engage à Lyon et fait de nouvelles découvertes.

Le monologue est émaillé de courts extraits de ce qu'il a pu danser, des exercices de Cunningham, des explications sur sa manière de travailler, d'autres chorégraphes, le tout sans musique, et cela se finit sur du Jérôme Bel, lorsque dans "The show must go on" c'est au tour du danseur de regarder le public (ou du public de se faire regarder ?), cette fois en musique. On est toujours surpris par la présence scénique, par la maîtrise du danseur dès qu'il se met à bouger. C'est touchant, c'est drôle — ah, la combinaison orange atroce... Il a vite fait de l'enlever pour revenir au jogging —, irrésistible même avec ce parti pris de détachement monocorde, et finalement, c'est extrêmement pertinent. Le danseur contemporain dans tous ses états.

Une excellente soirée.

lundi 19 décembre 2011

Onéguine Dupont

Entre Cendrillon et Onéguine, sur la même date par deux abonnements jeunes différents, le choix était vite fait, outre la présence de la souris cette fois, au paradis. Le paradis, c'est l'enfer ! L'enfer des lombaires. Mais au moins, on n'a pas eu chaud, cette fois. Au balcon (et croisé au grand foyer avant la représentation), il y a le sympathique président Bernie qui était lui aussi présent mercredi ; deux fois à deux jours près, c'est un vrai balletomane de compétition ! Mais attention : Noël au balcon, Pâques au tison — et le tison, c'est le paradis.

Muni de mon duplicata 100% fait main (collector...) et de ma souris, c'est depuis le lointain mais central 5ème rang que l'entreprise de comparaison débute : cette fois, c'est Aurélie Dupont qui est face à un Evan McKie de remplacement (de Nicolas le Riche), tandis que Josua Hoffalt est face à la ravissante Myriam Ould Braham.

La Dupont est toujours poétique, peut-être un peu trop âgée, mûre pour le rôle ; McKie est remarquable, il est le rôle, il est Onéguine ; Hoffalt est quelque peu effacé, on devrait pleurer à sa mort, normalement ; Ould Braham rend mieux en russe, mais est-elle assez insouciante pour déclencher le combat entre Lenski et Onéguine, c'est une autre histoire. Il y a de très belle chose, mais on n'est pas comblé par cette représentation du vendredi, pour des raisons différentes de l'épisode du mercredi. Mais ne boudons pas notre plaisir, d'autant que l'orchestre Colonne a fait de très belles choses dans la fosse, oui oui, j'en ai encore la musique dans les oreilles.

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