humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 21 mars 2017

jeune ballet mortel

Il faisait chaud, très chaud même, à Chaillot, et sombre, avec une voisine qui refoulait un peu : idéal pour dormir à moitié devant la chorégraphie sans queue ni tête à la Prejlo des ballets de Montréal. Cette Jeune fille et la Mort de Stephan Thoss était surtout mortelle. Un abus de Glass — mixé avec du Nick Cave et Warren Ellis, Alexandre Desplat, et j’en passe… —, pour arriver enfin tardivement sur Schubert (remix Mahler). À boire et à manger. J’ai aperçu des trucs très bien, dissout dans beaucoup d’inintéressant. Les danseuses ont les cuisses épaisses typiques de contempo mais sont fort jolies. Dans l’ensemble de bons danseurs qui souffrent d’une oeuvre vraiment pas passionnante. Une soirée bof, perte de temps dans l’ensemble.

samedi 4 mars 2017

silence pas si silencieux

Ballet du dimanche à Chaillot, place plein centre et devant : heureusement parce que sinon, si ça avait été le soir et loin, j’aurais certainement dormi de bout en bout dans la pénombre. 1h40 de Teshigawara dans le noir, c’est dur. Surtout que si au début on avait du Messiaen (Fête des belles eaux, 1937) avec force ondes Martenot, ça a ensuite dévié vers du Toru Takemitsu qui est, grosso-modo, du Varèse (Air, And then I knew t’was Wind, Toward The Sea, Les Yeux Clos, For Away, Rain Spell). Je ne déteste pas en soi mais au bout d’un moment, c’est assez fatigant. La souris a failli devenir folle, c’est une fille épidermique, quand même (pléonasme ?). Bref, la deuxième partie était d’autant plus longue que si au début c’était assez rapide et fun au niveau des mouvements des 5 danseurs (pour une quinzaine de musiciens de l’ensemble intercontemporain), c’était ensuite beaucoup plus lent et contemplatif, une sorte de butô remixé. « Flexible silence » est censé être le reflet d’une réflexion métaphysique entre la musique et le silence (qui n’arrive qu’une seule fois au final, déclenchant des applaudissements précoces : échec…). Mitigé.

mardi 28 février 2017

Monchichi

Le duo Wang & Ramirez était cette fois-ci au théâtre du Rond Point, mais sous le label théâtre de la ville itinérant (et toujours mon problème de duplicata, mais qui n’est pas du tout un problème en ce lieu civilisé). Ça parle identité dans ce duo, entre l’Allemande d’origine coréenne (pas chinoise !) et le français d’origine espagnol. Plaisant. C’est la souris qui en parle le mieux.

mardi 31 janvier 2017

motion on arrival

Au théâtre des Abbesses, il a fallu recommencer le cinéma du duplicata. Cette fois, j’avais appelé la veille pour sécuriser la chose. Mais au guichet, on me dit qu’il n’y a rien ; puis au bureau des retraits, non plus, et on me renvoie au guichet ; pure bureaucratie. Alors on dégaine le nom de la chef du chef de la chef de la guichetière, qu’on a eu au téléphone, et sans rien vérifier, tout à coup, cela vous débloque une imprimante — non sans râler évidemment. Et l’on découvre qu’il y a même un label « duplicata » apposé au billet, ce qui prouve donc que cette possibilité a toujours été prévue…

Au balcon, de côté, on se dit que ce n’est pas forcément idéal, mais finalement on est bien content : Lucy Guerin a choisi pour Motion Picture de synchroniser sa chorégraphie avec le film noir D.O.A. (Dead On Arrival, en version longue) de Rudolph Maté, un plaisir de cinéphile paraît-il, qui est diffusé sur deux écrans de côté. Donc, nous avions une vue privilégiée à la fois sur l’écran et sur les danseurs, sans trop avoir à se tordre ; tandis que le reste du public n’en apercevait que des bouts, ou même rien du tout. L’expérience est donc radicalement différente selon la position : pour nous, c’était d’observer la continuité scénique, la construction contre une oeuvre, faire des aller-retours ou du simultané. Pour le reste de la salle, c’était à mon avis un peu comme quand j’annote un slide projeté sur un tableau blanc, puis que j’éteins le vidéo-projecteur. Il faudrait tester, pour comparer. Mais je n’ai pas été mécontent de voir le film simultanément… (Et pas seulement l’entendre)

La première moitié de l’oeuvre suit mimétiquement l’action, d’ailleurs — les danseurs recopient, font du playback, miment. Mais ensuite elle s’en sépare de plus en plus, alternant les idées originales (faire la bande-son en chantant par exemple, ou des onomatopées vocales), jusqu’à ce que vers la fin, le film ne soit totalement maltraité (il nous manque donc, à nous spectateurs, la fin de l’affaire… Qui a donc empoisonné — au Polonium ? — notre malheureux héros ?). On a parfois bien ri de l’incongruité. Le travail est au moins des plus original. Et puis on a découvert Lauren Langlois, qui comme Alisdair Macindoe porte l’oeuvre plus particulièrement dans la troupe, et dont la sensibilité est une bénédiction de bout en bout.

letter to a Nijinsky

Toujours avec mon problème non résolu des places disparues (ou jamais apparues ?) du théâtre de la ville, je découvris à mon fort désarroi que l’espace Pierre Cardin est une énième extension de grand luxe de l’institution parisienne. Qui me fit rapidement comprendre qu’on ne rit pas avec le soviet : à la billetterie, la jolie guichetière est inflexible, de duplicata il n’y aura pas. Et de moyen alternatif non plus. Il est toujours agréable, pour un abonné de 10 ans ayant dépensé quelques petits milliers d’euros, d’être suspecté de contrebande. Car c’est bien là la raison de ce refus catégorique des petites gens de la bureaucratie. Fort heureusement, je l’ai assez apitoyé (ça sentait fort le FJ du MBTI, il faut jouer sur l’empathie…) pour obtenir le numéro et le nom de la responsable. Qui évidemment, à l’heure fort tardive de 19h00 passées, n’était plus joignable. Finalement, me renseignant sur qui était responsable de tout le staff auprès d’un ouvreur, je vis une dame plutôt âgée et rationnelle me faire sans soucis un pass, à la main et avec amour, maugréant de ce que les guichetières m’avaient laissé dans un tel embarras (d’autant que, parties, elle ne pouvait plus vérifier ma probité sur l’ordinateur).

Forcément, si la souris avait entretemps revendu sa place, je ne pouvais plus en faire de même. C’est qu’on avait entendu quelques horreurs à propos de ce « Letter to a Man » signant le retour du duo Bob Wilson/Mikhaïl Barychnikov, qui oscille entre le bien et l’horrible. Cette fois, c’était plutôt médiocre, en fait. Arrivé forcément à l’arrache dans cette salle un peu bidon, où l’on voit surtout la tête de sa voisine de devant, j’ai mis un peu de temps à comprendre que c’est du journal de Nijinski à propos de lui-même — ça expliquait tout à coup la camisole du début.

L’idée de répéter à l’envi des bouts de journal (qui a aussi inspiré un autre spectacle, à Chaillot, récemment, avec Bribri, qui apparemment n’était pas une grande réussite non plus), qui n’ont généralement ni queue ni tête, donne une sorte de sous-Philip Glass plutôt moyen, pas vraiment horrible (on ne se fait pas trop agresser visuellement — malgré quelques changements abrupts de lumières —, ni auditivement — par les claps), mais pas palpitant non plus. La plus jolie scène est celle avec du Arvo Pärt, très poétique ; la plus surprenante est celle avec la chaise à l’envers en l’air ; et puis Barychnikov, toujours aussi maquillé, bouge bien. Mais ça ne valait clairement pas le pognon mis dedans. 1h10, fallait pas plus.

mardi 24 janvier 2017

supplice chinois chorégraphié

Prise dans un lot disparu du théâtre de la ville, il fallait duplicater cette place au centre Pompidou, grande salle. Faute d’y arriver, la billetterie m’a simplement fait une entrée gratuite : pour ce que c’était finalement, ça restait encore trop cher. À plus de 14€, prix initial, n’en parlons même pas. Sur 50 minutes de ce spectacle de Tania Carvalho, il y avait environ 45 minutes de trop. En restant optimiste.

Deux danseurs en noir, un homme, une femme, ça pouvait être bien, mais rapidement c’est chiant comme du Cunningham mixé avec du mauvais Forsythe. Et la bande son passe d’un mélange peu heureux d’instruments de cuisine, puis de crissements divers et de hamster nain égorgé (avec amplification) à un dérapage incontrôlé sur du franchement très pénible, souvent hyper aigu, extrêmement agressif, en tout cas insupportable. Apportez vos boules Quies.

Au fond, à gauche, une carpette totem s’agitait un peu, parfois. À 40 minutes passées, la bestiole entre enfin sur scène, alors que les deux autres continuent leurs mouvements décorrelés et répétitifs sans intérêts. La carpette rouge à franges, rayée de noir et d’argentée, toute droit sortie d’un Dr Who sous acide, se promène. Agitation, et puis crac, même la carpette-totem déclare forfait et s’effondre. Rupture d’anévrisme, sûrement.

Fin, personne n’ose trop applaudir dans la salle. On sent plutôt un certain soulagement. Laissons le mot de la fin à ce soupir du voisin de derrière, au milieu du spectacle : « putain !… ».

mardi 3 janvier 2017

Myriam fit cygne

C’est l’histoire d’un Matthias Heymann en collant totalement gay qui convole avec Karl Paquette avant de tomber sur Myriam déguisée en cygne : coup de foudre immédiat, il devient hétéro. Entre les deux, on a Alu qui fait un plan à trois entre Hannah O’Neill et Léonore Baulac. Le lac, c’est érotique. Paraît que j’étais le seul à ne jamais avoir noté que c’est gay friendly au dernier degré. Bah, c’est que déjà, je n’ai jamais eu autre chose que du second balcon, il me semble, et c’est peut-être même la première fois que je n’étais pas tout au fond. Enfin, c’était le fond quand même, quelque part, puisque juste devant la porte (bbbrrrr, courants d’air) dans une place qui montre le niveau de créativité de l’opéra de Paris : un strapontin en travers (ouille le cou) derrière la rambarde, avec finalement une fort bonne vue. Meilleur que les galeries, quelque part (quitte à se tordre le dos et le cou). Heymann, il saute (flotte ?) comme un cabri, s’il y a une vraie étoile masculine dans cette compagnie, c’est bien lui. Mais que serait le monde sans Karl Paquette ? Le jour où il part, il n’est pas improbable que le ballet mette la clé sous la porte — mais peut-être que Alu prendra sa suite ? Et puis MOB. Voir MOB en cygne et puis mourir. Une très belle distrib, avec de la future étoile en plus, et une superbe interprétation de Tchaikovsky en fosse. C’était la soirée immanquable, même si deux autres par la suite on été plein de paillettes et de promotions. La souris a eu le museau creux.

mercredi 28 décembre 2016

Roméo & Preljo & Juliette

Quel ennui ! À Chaillot, le dimanche, c’était Roméo et Juliette, un vieux Preljocaj. Il faut virer tout ce qui n’est pas un pas de deux, grosso modo. Vous voyez les jardiniers du Parc ? Ceux qu’on oublie tout le temps ; et bien là, c’est un peu tout le temps, mais en nazis-de-service (déjà qu’ils sont à l’opéra, ils sont partout !). Les Montaigu sont des manants, les Capulets des fachos. Certes… C’est mou, c’est plutôt grossier, ça ne tient pas debout, c’est souvent inintéressant — et la musique de Prokofiev est aussi modifiée de manière pas terrible.

Et puis les pas de deux, fabuleux parfois. On enlève une heure sur les 1h30, au moins, et on a un quasi-chef-d’oeuvre. Si ce n’est que ça termine en se découpant au coupe-chou, un ridicule final. Il y a des oeuvres qu’il ne faut surtout pas hésiter à remodifier quand on gagne en expérience (sauf quand on s’appelle Spielberg ou Lucas, là au contraire on ne touche pas !!). En plus, Preljo était là, aux saluts.

mardi 20 décembre 2016

danser sur un volcan

Le théâtre de la ville peut se targuer d’être le seul théâtre au monde à ne pas faire du duplicatas. Et puis cette année, c’est aussi sûrement bien le seul à être « itinérant » : heureusement, à la Villette, squattée pour l’occasion, on est rudement moins con (et arriéré). Je n’étais d’ailleurs pas le seul dans ce cas-là, à me retrouver avec un billet « fait à la main » pour un Akram Khan qui tapait dans les 32€ de l’heure, tout de même. C’était la première fois que j’allais sous les halles — la souris aussi —, une arène fort adaptée mais pas vraiment chauffée, avec des sièges très précaires et fort mal alignés. 32€. Je ne dois pas vivre sur le même plan d’existence, il faut que je perce ce mystère.

Trois danseur. Le premier, j’ai mis longtemps à deviner que c’était une première ; la souris a pensé l’inverse ; j’avais raison, c’est bien une fille (le bassin a quand même fini par un peu me la trahir). Christine Joy Ritter. En regard, Ching-Ying Chien n’avait aucun doute sur sa féminité : dieu quelle beauté (non que la précédente ne soit pas aussi magnifique dans son genre androgyne, d’ailleurs). Pas bien grande, musclée au dernier degré sans en paraître, à peine moins désarticulée que la précédente, impressionnante de bout en bout. Et le troisième larron, Akram Khan himself, pour nous raconter un extrait du Mahabharata, donc une histoire incompréhensible par essence. On a compris qu’il y avait une figure tutélaire, un gros macho, une opposition, un volcan qui s’ouvre et qui finit par engouffrer le pénible de service. Grosso modo. « Until The Lions », sans lions.

C’était rudement bien, entouré de chanteurs-musiciens, le tout en mode oumbah-oumbah — surtout avec des lances en bois partout. Dommage qu’ils n’aient pas fait un vrai feu sous le faux volcan, pour se réchauffer un peu.

mardi 29 novembre 2016

foutue dans les tutus

« Polina » retrace la naissance d’une artiste. On la voit toute petite (et méga mignonne-choupi Veronika Zhovnytska, dont on n’oubliera pas le nom), gigoter, avoir du naturel, mais se faire (dé)form(at)er dans le non-naturel de la danse classique, qui enseigne rigueur et discipline. Et en Russie, on ne rigole pas. Quelques années plus tard, Polina (cette fois devenue Anastasia Shevtsova, une vraie danseuse du Mariinsky), visage triangulaire et yeux vitreux, a acquis la technique, un peu de mordant et d’envies sexuelles (avec le français de service Niels Schneider). Mais elle sent bien qu’il y a un truc qui ne va pas. Elle veut suivre son coeur, quelque part. Alors même prise au Bolchoi, enfin, son rêve (ou plutôt celui de ses parents ? Compliqué la vie de famille chez les Russes pas bien riches), elle décide de suivre le Frenchy jusqu’à Aix, pour aller voir le co-réalisateur du film (avec sa compagne, Valérie Müller, un peu plus créditée), Angelin Prejlocaj.

Ah non, c’est pas ça, c’est Juliette Binoche qui tient son rôle. Mais on a compris. Alors Polina, elle plaît bien, mais on n’arrive pas à en faire ce qu’on veut, on l’a trop formaté. Retournera-t-elle à Moscou retrouver son Bojinsky-tuteur ? Elle a été touchée, puis un peu humiliée, elle va de nouveau s’acharner, mais cette fois dans l’autre sens, pour se dé-former. Ou se re-former. Et pour ça, il va falloir vivre. Parce que pour « danser sa vie », comme le dit niaisement le sous-titre, encore faut-il avoir vécu en espace non protégé : c’est un peu le paradoxe, son père avait mouillé la chemise jusqu’au cou pour justement la protéger autant qu’il le pouvait. Oui mais technique n’est pas grâce. Elle ne met pas de mot dessus — elle ne met pas de mots sur grand chose, et ce n’est pas par manque d’intelligence, c’est par russisme et par discipline technique de la danse classique à haut niveau —, mais elle a l’intuition.

C’est Jérémie Bélingard (oui oui…) qui va la faire éclore. Parce qu’il la bouscule et la couve en même temps, il la récupère de la perdition pour catalyser ce qui a été accumulé dans le désordre (et qui à un certain point risquait peut-être de la détruire). Et on voit enfin naître, d’une froide interprète en quête de perfection du geste, une artiste assurée du mouvement qui a (re)découvert le plaisir et le doute, l’expression d’une personnalité propre, enfin originale et unique. Quelque part, peut-être plus que la BD originale de Bastien Vivès, au-delà du roman d’apprentissage en tant que tel, c’est peut-être un plaidoyer artistique qu’ont livré Valérie Müller et Prejlocaj (Benjamin Millepied est dans les remerciements — seulement pour avoir prêté un Bélingard qu’on ne voit sinon jamais ?).

Dans tous les cas, un film où ça sait danser, sans en rajouter des tonnes (aucun effet comédie musicale), c’est tellement rare qu’on peut presque se demander si ce n’est pas la première fois. De quoi faire frissonner les balletomanes.

- page 1 de 36