humani nil a me alienum puto

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dimanche 26 mai 2019

NDT sans NDT

Retour à Garnier : ça faisait longtemps ! C’est que le triple bill León & Lightfoot /​ van Manen avait l’air de bien mériter un dimanche aprem en fond de loge. C’est du NDT, mais avec le ballet de l’opéra à la place. Généralement ça présage une meilleure technicité mais un rendu trop propre et moins émouvant. La comparaison avec le vrai NDT la semaine suivante à Chaillot aurait pu confirmer cela, si quelqu’accident n’avait forcé une revente de la place…

Ça commence par « Sleight of Hand », où le couple León-Lightfoot fait tout — sauf danser, et la musique est laissée à Philip Glass (Symphonie n° 2, 2e mouvement, sur-utilisée dans les ballets). Entrée au répertoire. Esprit Pink Floyd « the division bell » : 2 grandes ombres sur échasses, dénudés, avec de grandes capes ; tout en noir & blanc ; et en contrebas sur scène, des danseurs plus nerveux. Fort esthétique ! Et un premier entracte : c’est fort lucratif cette affaire…

« Trois Gnossiennes » de van Manen, sur la musique éponyme de Satie, est un grand pas de 2 (avec Léonore Baulac), avec de beaux portés en gainage. Très beau aussi, avec le piano sur la scène. Encore un entracte, la souris négocie que la voisine arrête de nous illuminer avec son téléphone ; maladie très répandue dans la salle (qui semble être très remplie de touristes). Il ne reste plus que le voisin de devant qui se lève sans trop considérer ce qui se passe derrière lui à gérer.

« Speak for Yourself » est similaire à la première pièce : mêmes chorégraphes, aussi une entrée au répertoire. Cette fois de L’Art de la fugue (contrapunctus n° 1, 19) mais quand même aussi un enregistrement de Steve Reich (Come out). Il y a un danseur fumeux qui me provoque un fort sentiment de déjà vu. Une pluie de brumisateurs ; des glissades en chausson ; décidément tout cela est fort beau et bon !

lundi 29 avril 2019

Sao Chaillot

Une date perdue en plein samedi après-midi, pour à peine 1h40 entractes compris, mais que venait donc faire ce São Paulo Dance Company, se demanda-t-on avec la souris ? Et puis des trous un peu partout dans la salle Chaillot, usuellement plutôt blindée. Replacement rendu pénible par une ouvreuse nazie, et finalement, non seulement on est resté sur notre rang, mais en plus moins bien placé que prévu. Peu importe, en réalité : on était fort bien là où l’on était.

Triptyque Scholz / Goecke / Bouvier. Inconnus au bataillon. On commence avec Uwe Scholz, Suite pour deux pianos (en l’occurrence : Rachmaninov, Suite pour deux pianos Opus 17, par Martha Argerich et Nelson Freire). C’est en fait une succession de pas de deux et de trois avec des danseurs en noir et blanc, très esthétique, avec la danseuse qui vole, tournicote, et nous fait vive des moments intenses. 21 minutes et déjà on est totalement emballé. Pour le name dropping des athlètes acrobates : Luciana Davi, André Grippi, Geivison, Moreira, Diego de Paula, Thamiris Prata, Yoshi Suzuki, Ana Roberta Teixeira, Bruno Veloso, Vinícius Vieira.

Entracte et retour avec un plus simple pas de deux qui commence avec la danseuse Ana Paula Camargo seule, rejointe ensuite par Nielson de Souza. Marco Goecke, L’Oiseau de feu, pas de deux (berceuse et final de l’oeuvre de Stravinsky, pour 8 minutes). Pioupious de feu, devrait-on dire ! Très beau, très nerveux, les deux humains-oiseaux s’agitent et se débattent. Ça ne manque pas d’originalité !

On se dit pendant l’entracte (encore ??) que toutes ces bonnes surprises ne peuvent pas durer. En plus c’est une chorégraphe française dont on n’a jamais entendu parler qui arrive, Joëlle Bouvier. On regarde le visuel avec un grand drapé plastique agité par des bâtons, et on se dit que ça va être perché et moche comme un mauvais théâtre de la ville. Que nenni. Du plastique fantastique et poétique ! Avec de très beaux effets de groupe sur une musique alternant Heitor Villa-Lobos (Bachianas Brasileiras, Melodia Sentimental), La Passion selon Saint Mathieu (c’est la semaine !) et Pátria Minha (poème de Vinicius de Moraes — voix de Maria Bethânia). Il y a de temps en temps des bruits de plage et des cris au loin qui rappellent la poésie d’un Tarkovski — le titre de la chorégraphie est « Odisseia », il doit y avoir un lien. Il y a deux ou trois séquences avec une grande bâche noire et un trou au milieu, qui figure la mer déchaînée et le danseur perdu qui surnage. 37 minutes qui passent très bien, même si ça se répète un peu. Belle troupe (Joca Antunes, Hiago Castro, Luciana Davi, Letícia Forattini, André Grippi, Renata Peraso, Thamiris Prata, Otávio Portela, Daniel Reca, Ammanda Rosa, Nielson Souza, Ana Roberta Teixeira, Yoshi Suzuki, Luiza Yuk). Très beaux danseurs, devrait-on même dire.

C’était donc la super surprise balletomane du mois. Un public qui n’a d’ailleurs rien à voir avec les acharnés de Garnier. Il faut savoir parfois sortir des sentiers battus pour inventer quelque trésor méconnu.

dimanche 11 novembre 2018

quatre Robbins

Je n’étais point trop sûr de trouver un créneau pour la soirée Robins, sur mon agenda particulièrement rempli. Finalement, le samedi 3 novembre semblait faire l’affaire, et B#2 garantissait une distribution de qualité. À tel point qu’une souris vint s’agréger aussi.

Cela fait toujours plaisir de (re)voir du Jerome Robbins. Mais cette soirée a surtout servi à illustrer un fait : les Français ne sont pas Américains et dansent trop proprement. Ça commence dès Fancy Free, qui est une sorte de semi-comédie musicale muette sur une musique de Leonard Bernstein (ça aide), avec une distribution quatre étoiles (cinq si on compte l’absurdité de la situation de François Alu) : Karl Paquette (que j’ai donc vu probablement pour la dernière fois — avant qu’on ne lui fasse un statut spécial pour qu’il revienne régulièrement sauver le ballet, qui ne se remettra jamais trop de son départ à la retraite), Stéphane Bullion, Alice Renavand et Eleonorra Abbagnatto (rejointes plus tardivement par Aurélia Bellet). Et pourtant, surtout chez les messieurs, moins pour le naturellement cocky Alu, on passe un peu à côté de ce que cela aurait dû être. C’est sympa, mais ça ne swingue pas assez.

« A Suite of Dances » avec Paul Marque (en remplacement de Mathias Heymann, encore en SAV après quelques représentations), sur des suites en violoncelles de Bach qui ne marqueront pas l’histoire des interprétations, est du même tonneau : propre, trop propre. Mais on est heureux de découvrir un interprète soliste de talent (21 ans, sujet, Varna 2016), qui a bien le droit d’être encore un peu vert — on a un problème de RH assez sérieux, à l’opéra…

Après l’entracte et un retour en baignoire (où l’on voit toute la scène, certes écrasé en hauteur, mais où l’on entend fort mal), c’est Afternoon of a Faun, sur Debussy, avec Germain Louvet en gentil Faune et Léonore Baulac qui passait par là (après tout, ça se passe dans un studio de danse, ce sont des choses qui arrivent). On n’a pas trop senti la tension anthropozoophile. Dommage. Joli sans plus. On pouvait en attendre mieux. Du stupre, que diable !

Et enfin, le grand Glass Pieces — avec Ludmila Pagliero et Florian Magnenet pour mener toute la troupe. Quel plaisir, cette pièce… Là encore, quand on l’a déjà vu et revu avec les locaux ricains, on a remarqué que ça a plus de tension et de punch, même si c’est moins propre et tout lisse. Faut nous les dévergonder, les loulous.

lundi 5 novembre 2018

dernier des Naharin

Avec Sadeh21, Ohad Naharin confirme définitivement qu’il aurait pu être un grand chorégraphe de génie, mais que finalement, de son oeuvre, il ne restera plus grand chose avec le temps. Encore une fois, les quelques éclairs de génie (comme ce formidable check de fesses de danseuses !) sont dilués dans du remplissage exploitant les mêmes idées générales beaucoup trop longtemps, dans un ensemble fort inconsistant, passant de choses à l’autre, sans trop d’égard pour le rythme — et finalement, ce n’est que vers la fin que ça danse enfin en musique (très entêtante), pour une pièce un peu plus consistante. On y trouve d’ailleurs encore les mêmes obsessions du chorégraphe, comme le fait de compter (ici les différents regroupements de danseurs).

Ce n’est pas tout de choisir avec grand talent la musique (et parfois de la composer sous pseudo, peut-on apercevoir au générique, pendant que les danseurs montent et tombent, nous privant ensuite de saluts dédiés, au grand étonnement du public). Ni de promouvoir de jeunes danseurs — le Young Ensemble, qui ne paraît pas si jeune, même si l’on note que la troupe a été entièrement renouvelée (et partiellement transvidée dans la Batsheva ?) depuis la création de 2011. Ni de tenter des choses étranges comme ce décompte des chapitres qui, avançant trop lentement pour les 1h15 que ça dure, saute tout à coup des numéros à la dizaine pour arriver enfin à Sadeh21. Il manque quelque chose. Quelque chose qui fasse que cela marche. Ce n’est pas déplaisant, mais c’est frustrant, quand on voit tout ce potentiel non achevé. Ça donne cependant de très bons clips.

mardi 23 octobre 2018

titre gaga

On ne comprend décidément pas trop comment Ohad Naharin choisit ses titres. Retour à Chaillot pour la suite de la série de son programme, 20h30 horaire standard — on peut somnoler à moitié en face de la Tour Eiffel, qui a le bon goût de clignoter une fois l’heure, une fois qu’il fait trop froid dehors.

« Venezuela » fait figurer deux groupes de huit danseurs, qui se mélangent uniquement à des points précis, pour deux fois 40 minutes. Vraiment deux fois. Copier-coller, avec de légères modifications — notamment la musique, ce qui tend à prouver que peu importe ce que l’on met derrière tant que c’est très bon.

J’ai noté la succession : d’abord, de la musique envoutante ancienne (grégorien en 1, quatuor à cordes en 2), joliment illustrée ; puis du sautillement en courant dans tous les sens, suivi du même chant rap/hip hop (The Notorious B.I.G.) interprété par deux danseurs (et stop motion/petits sauts sur le côté en synchro du groupe) ; suit une séquence de « ah dada sur le cheval » (en faisant des longueurs, petits sauts de temps à autre, 2e musique indienne hyper connue envoutante — Paakhi Paakhi Pardesiiiiiiiii) ; et tout à coup, défilé de « faisons tourner les serviettes » (qui deviennent des drapeaux dans la version suivante — WTF ? « Oeuvre engagée »), avant de recouvrir l’un des danseur desdits textiles, qui se fait sauter dessus quand il se relève, tandis qu’un certain nombre d’autres danseurs s’écroulent (spécialité maison) ; et enfin, la musique  (Rage against the machine ?) sature jusqu’à très fort, pendant que les danseurs entrent en transe chacun à tour de rôle en se détachant du groupe.

Les moments de génie durent généralement 5-10 minutes, mais il y a beaucoup trop de remplissage et d'auto-recyclage à l'envi pour ne pas arriver à cette conclusion : mais encore ? Mettre une excellente BO et des danseurs supers (surtout le côté Juive de la force) ne suffit pas. Il faudrait faire réduire la sauce pour arriver à l’excellence. C'est plaisant, mais pas doublement plaisant.

Pour mémoire, la BO :

 Olafur Arnalds, The Wait ; Biz, Mirage ; Converter, Coma ; Mahalakshmi & Udit, Narayan Ae Ajnabi (From «Dil Se») ; Niblock Phill, One Large Rose ; Notorious B.I.G, Dead Wrong ; Rage Against the Machine, Bullet in the head ; Chants grégoriens «Kyrie fons bonitatis, Litany», «Beata Viscera», «Offertorium: Lubulate Deo Universa Terra»,«O Euchari» «de Profundis», «Alma Redemptoris», «Alma Redemptoris Mater», «Litany: Litany»

mardi 16 octobre 2018

(soft) decadance

Ohad Naharin investit Paris. Alors qu’il n’y ait que très très rarement donné, voilà-t-il pas qu’en plus de squatter Chaillot, il a aussi programmé une sorte de bestof de ses pièces emblématique à Garnier : « Decadance », qui entre au répertoire sous une nouvelle version — le programme parle à la fois d’une création en 2000, mais aussi d’extraits de Mabul (1992), Anaphase (1993), Zachacha (1998), Naharin’s virus (2001), Three (2005), Telophaza (2006), MAX (2007), Seder (2007), Sadeh21 (2011). Pas avec ses danseurs, de fait, mais avec une formidable équipe B de l’opéra (pour une soirée Arop où quelques fumets et bruits de verres pénètrent les loges, alors que les tables occupent déjà la galerie).

Côté dames : Marion Barbeau, Aurélia Bellet, Alice Catonnet, Aubane Philbert, Silvia Saint-Martin, Ida Viikinkoski, Katherine Higgins, Juliette Hilaire, Caroline Osmont, Camille de Bellefon, Célia Drouy, Marion Gautier de Charnacé, Clémence Gross, Héloïse Jocqueviel, Sofia Rosolini et Seo-Hoo Yun. Rien que Gautier de Charnacé et Jocqueviel dans la même team, ça fait rêver (mouillé). Côté messieurs : Aurélien Houette, Pablo Legasa, Marc Moreau, Francesco Mura, Nicolas Paul, Jérémy-Loup Quer, Daniel Stokes, Yvon Demol, Antoine Kirscher, Mickaël Lafon, Simon Le Borgne, Hugo Vigliotti, Takeru Coste, Julien Guillemard, Antonin Monié, Andréa Sarri. Not so bad!

Surprenant : chez les demoiselles, il y a des formes — et même, dirait-on, de la fesse très ronde ! Certes le pantalon de couleur ne doit pas aider, mais il semble que le casting était assez ciblé. Ce n’était pas la seule chose suspecte de la soirée.

Cette oeuvre est une sorte de patchwork pas toujours bien cohérent où l’on trouve du happening, de la flashmob et du monsieur loyal (au ralenti) pour occuper pendant les changements de costumes — assez drôle tout autant que poussif. Le début punchy, avec de beaux effets de groupe (avec de la super musique, notamment Goldfrapp), s’essouffle assez rapidement pour faire place à des saynettes participatives.

Notamment, après avoir demandé à tout le monde de se lever, puis aux anciens de se rasseoir, la liste continue, d’abord avec ceux qui gagnent plus de 250k€/an, où dans la salle, lors d’une soirée mécénat, personne ne se dénonce. Après un Baron perché d'Italo Calvino qui sauve pas mal de monde (notamment mon binôme) et une position géographique de la Mecque (bah oui, avec la position de Garnier, pas trop compliqué !), ceux qui se masturbent sont invités à rejoindre leurs sièges : personne là non plus. Bref, j’ose espérer qu’il y a beaucoup de menteurs patents, sinon c’est à désespérer. Tout ça pour trouver une dame dont c’est l’anniversaire, au parterre (pour faire du semi-chippendale). Plus tard, le picking dans le public (essentiellement de femmes en habits rouges) donne aussi dans le théâtral participatif assez démago (même si l’acuité dansante moyenne est surprenante : les bourgeois se débrouillent bien !).

Bref, heureusement, dans ce grand ventre mou, il y a aussi un très beau moment sur Nisi Dominus de Vivaldi (en même temps, avec ce genre de musique…) et la fameuse Ehad Mi Yodea, que j’avais vu il y a très longtemps avec Europa Dance au TCE, chaises en demi-cercle et danseur tout au bout qui tombe — mais côté cour, on le voit à peine ! C’est idiot de ne pas avoir vérifié cela dans un théâtre à l’italienne !

La longue pièce de fin est assez décevante, très réchauffée, peut-être parce que déjà trop ancien, et malgré une très bonne BO d’ensemble, ça donne quelque chose globalement moyen plus. Il y a certes de bons moments, mais ce n’est pas ébouriffant, et parfois creux et gratuit. On voit clairement passer les 1h20 que cela dure à peine. Et surtout, malgré le jeu de mot… ce n’est pas du tout décadent !

lundi 8 octobre 2018

expérience extraordinaire

Gaspar Noé donne avec Climax dans l’ascenseur émotionnel inversé : c’est d’abord euphorisant, et ça devient totalement flippant. Comme il aime le faire, c’est monté dans tous les sens : un morceau de ce qui sera la fin, un bout de générique, l’interview des danseurs recontextualisés au temps des cassettes vidéos et des téléviseurs cathodiques (1996), encore du générique, et la première partie dansante à fond les ballons, hyper dynamique, techno. Générique de fin. Et puis ça blablate entre danseurs, de plus en plus de sexe. La sangria aide… avant qu’on ne se rende compte qu’il y a un truc bizarre dedans, et que ça perde les pédales. Noé filme dans tous les sens, même à l’envers depuis le plafond, travellings de fou, pendant que les personnages pètent les plombs. « Vivre est une impossibilité collective » et « mourir est une expérience extraordinaire » seront les messages de cette partie (après, de mémoire approximative : « à ceux qui nous ont fait et qui ne sont plus » et « naître est une expérience unique », qui étaient au tout début du film).

Aucun générique de fin. Du pur Noé, tourné en 15 jours pour 95 minutes, et 2,60 millions d’€ qui seront peut-être remboursés dans 20 ans. Certains en disent donc que c’est son meilleur, d’autres que c’est de la rediff qui n’a plus aucun intérêt à force. Résumons : ça part dans tous les sens, on est remonté comme une pendule avant de s’enfoncer d’horreur dans son siège : que demande-t-on de plus, en fait ?

mardi 17 juillet 2018

garder MOB

Y aura-t-il jamais meilleure fille mal gardée que Mathilde Froustey ? Probablement jamais — la preuve, elle s’est enfuie loin. Mais clairement, la deuxième meilleure mondiale, c’est bien Myriam Ould-Braham. Comment se fait-il que celle qui a accédé au statut de MILF puisse encore être aussi crédible dans ce rôle ? Mystère de la longévité extraordinaire des danseuses… Cette soirée n’étais pas prévue à mon agenda, et puis je devais rejoindre la souris, et puis j’ai carrément fini par lui piquer sa place. Surtout que si MOB était Lise, Mathias Heymann était Colas. On sait qu’à l’opéra de Paris, ce genre d’alignements de danseurs compétents est assez rare pour ne pas justifier de se jeter dessus. D’ailleurs, ma saison dans les murs de Garnier a été rachitique, et ce n’est pas totalement pour rien.

Mais de fait, j’ai raté plein de new faces. Certes, en poules, c’est difficilement reconnaissable. Et si l’on a une nouvelle Mère Simone en Alexis Renaud, c’est en l’occurrence pour Axel Magliano en nouvel Alain (rôle jusqu’à présent affecté à Allister Madin, qu’il a alterné avec Adrien Couvez jusqu’à cette prise de rôle non lâchée jusqu’à la dernière), que la souris comptait assister à cette soirée. Car c’était le petit bonhomme de son cours de danse. Le petit poulet parmi les poulettes, en somme. Qui deviendra grand, et qui a recueilli un très franc succès auprès d’un public tout acquis, manifestement découvrant l’oeuvre, et marchant à fond — autant aux blagues qu’à l’âne.

Et puis il y a aussi les new faces dans le corps de ballet, une fois déplumé, et manifestement de danseuses « racisées » très miamesque, ce qui change de plan-plan blanc-blanc-blanc, pour le plus grand plaisir de nos mirettes. Comme quoi, on penserait avoir affaire à du classique abattage quand on se retrouve avec du jeune jeune, et des jeunes anciens toujours très talentueux, bondissants et à croquer. Et après une énième rediffusion (j’ai arrêté de compter), se rendre compte que ce ballet on ne peut plus niais mais malicieux marche toujours autant.

été du Pacifique, suite

Le 2e programme des étés de la danse, qui était donc le 1er, était toujours aussi vide. Avec un meilleur placement, la souris et belle-maman, on se recule un peu pour être un peu plus haut et profiter de la scène en passant sur la grande fosse d’orchestre cette fois vide. Ça débute avec un superbe Christopher Wheeldon, sur la musique de Joby Talbot, « Tide harmonic », avec des mouvements novateurs, désarticulés, des pas de deux, des groupes, le tout dans une ambiance de combinaisons bleu métal sur fond sombre.

Inversement, la deuxième pièce, « Red Angels » d’Ulysses Dove, est très rouge ! Sur la musique de Richard Einhorn, interprétée sur violon électrique sur scène côté jardin, c’est très graphique, aussi très fluide. Après ça, on est préparé pour une tournée des musiques contemporaines « classiques » (Beirut, Andrew Bird’s Bowl of Fire, Alexandre Desplat, Philip Glass, Max Richter, Tom Waits et Kathleen Brennan), qu’Alejandro Cerrudo exploite fort bien dans « Little mortal jump ». Ça foisonne d’idées. On commence par un danseur esseulé qui va du public à la scène avant de se jeter dans la fosse. Puis il y a beaucoup de pantomime, avant de commencer sérieusement… Ou pas. On scratche quand même 2 danseurs sur de grandes boîtes, à un moment. Ça doit certainement raconter quelque chose, de poétique…

Entracte. Cette fois, visite du bâtiment jusqu’au bout (immense, vide, succession de bars sympas accessibles uniquement par le dehors — peu pratique !), et de l’extérieur à l’extrémité, qui donne sur la boule. Pas mal, on aurait quand même pu un peu mieux faire que ce style Palais-des-Congrès toujours un peu froid qui manque de splendeur. Misère des bâtiments modernes.

Bref, retour dans la salle principale (qui n’est donc pas dans la boule) pour un Crystal Pite rempli de bestioles qui grouillent sur la musique d’Owen Belton. Pite est très forte pour les effets de groupe (en l’occurrence une quarantaine de danseurs ! Probablement toute la troupe), et « Emergence » en fait la part belle. Un final en forme de wow, pour un bien meilleur programme que deux jours auparavant, avec une compagnie attachante.

été du Pacifique

J’avais un peu fait mon pré-deuil des étés de la danse. Trop loin, trop cher, pas assez de temps. Même si un jour, aller voir à quoi ressemble la Seine musicale, dont je n’avais aperçu que les fondations, ne serait pas de refus. Et puis l’occasion (et la souris) font le larron.

Quelques euros et une demi-grande traversée de Paris plus tard (même depuis le 15ème, l’Île Seguin est quasi-injoignable, sans compter qu’il faut terminer à pied…), on arrive dans une salle bien trop grande pour ce qu’il s’y joue, qui reste désespérément vide avec les tarifs épouvantables pratiqués (et la distance géographique), malgré les baisses opportunistes via les canaux usuels. Apparemment, c’est habituel. Et si c’est la programme B de la série du North West Pacific Ballet, avec Marina de Brantes et plein d’Américains dans la salle, ça n’a pas suffit. Même avec un vrai orchestre dans la fosse — l’orchestre Prométhée.

La très belle musique de Benjamin Britten en profite d’ailleurs dès le début, avec « Her door to the sky » de Jessica Lang, où les couleurs pastels virevoltent. Un voisin peu content dit que ça fait spectacle de fin d’année. Qu’on le pende. Suit un looooooong précipité, apparemment habituel aussi : manifestement la régie s’entraîne… Le court & beau Forsythe, « Slingerland duet », sur la musique de Gavin Bryars, fait un peu comme ces mignardises dans les grandes tables. Next. Un plat un peu plus complexe à digérer, après un nouveau précipité (et de nouvelles migrations, selon un mouvement gravitationnel), consiste en du Millepied déjà vu à l’opéra, Appassionata, sur Beethoven évidemment (fourni avec pianiste). Le problème supplémentaire est que même en s’étant déjà avancé au maximum de la deuxième partie de la salle, la distance accentue l’effet télévisuel.

Donc, avant l’entracte, c’est plaisant mais peu passionnant. Après l’entracte, la salle est encore plus vide. L’occasion de positionner vers la milieu de la première partie des gradins. Il y a toujours de la place pour les jambes (ce se paie par la distance, étant donné l’absence de balcon), les fauteuils sont toujours médiocrement confortables. Et puis une surprise d’une grosse demi-heure, « Waiting at the station » de Twyla Tharp, une chorégraphe que j’affectionne particulièrement depuis de lointain Étés de la danse (avec l’ABT). C’est une comédie musicale muette (sur du Allen Toussaint), uniquement dansée. Et même si on y comprend rien, c’est fort chouette.

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