LUNDI 9 JANVIER 19H AU THÉÂTRE DE LA VILLE : Le notateur : du regard à l’écriture
"Les quatre systèmes de notation les plus utilisés aujourd’hui, s’ils possèdent des modes de symbolisation différents, musical dans la notation Conté (1931), pictographique dans la notation Benesh (1955), abstraite dans la notation Laban (1928) et dans celle de Eshkol-Wachman (1958), rendent tous compte du mouvement dans le temps et dans l’espace, ainsi que des qualités et des paramètres sous-jacents du mouvement. Leur complexité a donné naissance à un nouveau métier, le notateur ou choréologue. Ce sera le sujet de notre prochaine séance et il sera développé par un représentant éminent de chacun des systèmes. Parmi eux, Jacqueline Challet-Haas pour la cinétographie Laban, Dany Lévêque pour la notation Benesh et Michèle Nadal pour l’écriture Conté. Quant au système Eshkol-Wachman, un petit film nous en dévoilera les principes fondamentaux." Sonia Schoonejans
Suite de la conférence précédente, nous avons tout de même eu un moment de doute avec la souris : mais non, c'était bien la suite, et sur un mode très différent. Une table ronde ! Bon, chacun parle l'autre (ou plutôt chacune : où sont les hommes ? Ah oui, ils parlent de numérique, c'est pas au même endroit), pas vraiment de débat, mais une suite d'exposé très intéressants, où, accrochez-vous, il y avait... des slides ! Oui, mesdames et messieurs, un véritable support pédagogique ! Les temps changent. Notons que quasiment tous les invités ont changé.
Après l'introduction de notre animatrice préférée, Sonia Schoonejans, transformée en modératrice, on commence justement par du pédago avec une présentation du Benesh Movement Notation (trade mark !), par Eliane Mirzabekiantz (qui remplaçait Dany Lévêque, notatrice de Prejlo et absente pour cause de remontage en Espagne), notatrice et prof de notation Benesh au Conservatoire de Paris (CNSMDP). Au départ, on n'y comprend rien. Mais en fait, le principe est simple : le corps est représenté de face sur une partition dont les lignes correspondent aux axes du corps (tête, bras, genoux, pieds, ce genre de chose), dont on ne représente, pour plus de clarté, que les éléments qui changent. Malin, il suffisait d'y penser. Cependant, on ne s'attarde pas trop sur les subtilité : ainsi, j'ignore comment on note une rotation ou une marche. Dommage — mais quatre personnes en 1h30/2h, il faut faire dans le synthétique !
Il y a ensuite un long exposé d'une dame assez âgée (sans slides), Jacqueline Challet-Haas, sur la notation Laban. On apprend des éléments biographiques, l'évolution de cette méthode, mais il faudra attendre encore pour voir à quoi ça ressemble et ce que l'on peut en tirer. On apprend en tout cas que l'apprentissage est particulièrement long. En attendant, c'est Anne Abeille qui nous fait un retour d'expérience sur les notations des ballets Bagouet dont elle est issue : la compagnie a, à la mort de son fondateur, créé une association de sauvegarde qui a décidé de conserver par la notation les oeuvres de leur ancien maître chorégraphe. Les problématiques à gérer sont diverses, et notamment celle du temps : il sera plus tard confirmé qu'il faut compter huit heures de travail pour compulser 10 minutes de danse... Travail énorme qui pourtant peine à trouver un financement. Une remarque très pertinente est faite : la notation, contrairement à la vidéo (en outre imparfaite de par son axe de captation, quand ce n'est pas une vidéo d'auteur qui pratique le hors-champ à tout va), permet le renouveau de l'interprétation, en tirant la substance de l'oeuvre sans en imposer une vision trop précise et analytique.
Dernière présentation, celle de Elena Bertuzzi, italienne francophone et universitaire qui ne manque pas d'humour et sait mener son affaire. Elle expose les principes de Laban sur le positionnement du poids du corps. La pensée Laban est fort différente. En fait, elle apparaîtrait bien complémentaire, et la question qui me taraudait a été posée plus tard par ma voisine : en fait, Laban n'est-il pas une vue de dessus là où Benesh est une vue de face ? Étrangement, pas grand monde ne s'était posé la question, qui a même carrément surpris. Une vidéo nous est montrée, où une chorégraphie a été à la fois transmise par la notation pure et oralement à différents danseurs, en plus du créateur de la pièce, les séquences étant mises en parallèle : on n'arrive pas à distinguer vraiment qui est qui et a travaillé avec quoi. CQFD.
Je vois beaucoup d'application à ces notations. Pour le moment, Benesh a été adapté par des étudiant(e)s à un certain nombre de disciplines un peu distantes de la danse, comme le trapèze. Mais bon sang, l'animation 3D, la robotique ! (une autre voit l'architecture et la scéno : pourquoi pas, mais ça reste artistique) Décrire le mouvement est extrêmement complexe (ne serait-ce que la marche !) : on tient là des notateurs entrainés à comprendre, déchiffrer et noter le corps (compter dans les quatre ans pour maîtriser UNE notation : lorsque Anne Abeille a dit s'être penché pendant un an sur Laban, Jacqueline à côté a un peu ri tellement c'est pas assez pour commencer), donc une expertise forte (et rare : très peu de notateurs sont formés). Une fois noté, ces personnes sont aussi capables de traduire dans l'autre sens, mais cette étape de traduction, à mon sens, peut aussi être automatisée, par une traduction informatique : il suffit de sortir la sémantique du code de la notation. Cependant, il y a beaucoup de "zigouigouis" autour des "partitions" : les petits traits indiquent les mouvements, en fait. À ce niveau, Eliane Mirzabekiantz m'assure qu'elle peut utiliser déjà l'informatique... via un logiciel de dessin. Or, les développements devraient se porter sur un outil qui permette de sémantiser les entrées, directement (en XML par exemple, selon un langage reprenant les différentes rotations d'axe du corps). Énormément de choses à tirer en terme de valeur, mais manifestement, pire que de ne l'avoir jamais vu : ne pas même arriver à entrevoir l'énorme potentiel quand l'expose. Drame des mondes clos : pourtant, personne n'est prophète en son pays.