humani nil a me alienum puto

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mercredi 24 juillet 2019

Carlos Ogún

La vie de Carlos Acosta, malgré une biographie publiée en 2008, est fort mal connue et référencée. Certes, Acosta est surtout une mégastar dans les milieux balletomanes. Mais quand même. Le scénario de Paul Laverty essaie de ne pas tomber dans les travers du genre, et même s’il prend comme trame la création chorégraphique d’une oeuvre biographique par Acosta jouant son propre rôle, et se remémorant dans un ordre assez chronologique les différents épisodes de sa vie, les références à son nom d’usage — « Yuli », qui donne son nom au film — ou son ascendance (« fils d’Ogún » — devenu le nom de la boîte de prod) restent pour le moins mystérieuse. D’ailleurs il l’avoue lui-même : son père brodait déjà dans des souvenirs flous, et il a brodé encore autour. C’est dire le niveau de précision.

Pour cet énième biopic du moment, la réalisatrice Icíar Bollaín a deux atouts côté originalité. D’abord, Yuli est un petit garçon certes talentueux, certes pauvre, mais surtout qui ne veut pas faire de la danse, ce truc de pédés ; c’est donc son père, tendance tortionnaire portant le poids de l’héritage familial d’esclaves puis de pauvreté extrême, qui le force et optionnellement le maltraite régulièrement, physiquement ou moralement, jusqu’à très tard. Ensuite, il y a l’arrière-plan politique, avec Cuba, encensé des gauchistes, dont on fuit en barque de fortune au milieu des années 1990, pour ceux qui n’avaient pas déjà pris leurs dispositions avant en émigrant à Miami ; c’est joli à voir, mais Carlos a régulièrement peur de ce qui pourrait lui arriver ou à ses mentors, qui le poussent à l’étranger.

Alors que lui, il rêve de revenir dans son quartier pourri qu’il adore. Caprice de riche ? Pas sûr. Son père le pousse, il résiste. Étrange destin. Le film souffre d’être peut-être un peu plat, tout de même (1h44 qui ne passent pas si vite), mais il est bien fait, et il explore une psychologie d’un surdoué devenu artiste (et quel artiste !) malgré lui, même après son déclic. En cela, le public de ce film aurait dû dépasser les simples balletomanes, ce qui n’est pas bien certain au regard du remplissage modeste de la salle pour un samedi soir…

mercredi 17 juillet 2019

code of McGregor

Il y avait un Wayne McGregor à l’opéra Bastille, un dernier spectacle dansant dont les vidéos étaient alléchantes : Tree of Codes. Pas énormément de possibilités sur l’agenda : ça laissait samedi, avant le feu d’artifice, puisque 1h15 en commençant à 19h30, ça libère aisément le reste de la soirée. 19h30 ? 19h37 ! Les jeunes ouvreurs ont été briefés : on laisse entrer les retardataires et les entreprises de ninjaïsation sont repoussées jusqu’à l’absurde, à savoir laisser sciemment des places vides dans le public. Résultat, avec la souris, on doit grimper en 2ndes loges alors que le spectacle commence, pour s’apercevoir que depuis les places vendues sans aucune notification sur le billet, on ne voit strictement rien. Service public. Après avoir mis au point un stratagème diabolique, sur le chemin, on trouve finalement deux places de premier rang en galerie ; ça coupe une partie du fond de la scène, mais c’est déjà ça ; heureusement, beaucoup de choses se passent devant, mais il y a aussi quelques séquences très en arrière, qui à mon avis n’étaient pas non plus accessibles aux places de face trop éloignées.

McGregor nous met en fond musical du Jamie xx, c’est techno et très bien, mais c’est plaqué à 90% du temps, analyse la souris qui — c’est son superpouvoir — explique fort bien l’absence de sentiment d’implication. On voit des choses, c’est bien, même très bien, mais ça ne marche pas ; sauf à quelques moments, où l’on se rappelle à quel point ça peut être génial (et inversement, à quel point ça aurait pu l’être). Quand la scénographie souvent superbe d’Olafur Eliasson se synchronise, on atteint la perfection, mais c’est toujours de courte durée.

Six danseurs (trois hommes, trois femmes) de l’opéra de Paris, punis de Singapour et de Mats Ek (qui tourne à Garnier), ont été fusionnés avec six danseurs de la Wayne McGregor Company, de telle sorte qu’on a un peu plus de couleurs — une cheveux-roses et un black ! Pour l’opéra : Valentine Colasante (caution étoile), Lucie Fenwick, Nine Seropian (enchanté, on ne se connaît pas ?) et François Alu (ah c’était lui !), Julien Meyzindi (dont c’était la dernière ! D’où les cotillons ?), Sébastien Bertaud. Pour les invités : Catarina Carvalho, Eileih Muir, Daniela Neugebauer, et Dane Hurst, Luke Ahmet, Travis Clausen-Knight, Louis McMiller, James Pett.

En bref : ça aurait pu être un chef d’oeuvre, ce sera une banque d’extraits et une source de regrets.

vendredi 5 juillet 2019

corbeau blanc

Rupert Everett avait récemment tourné une biographie sur Oscar Wilde ; voilà que Ralph Fiennes, immense acteur tout aussi britanique, en réalise un, avec les mêmes qualités et les mêmes défauts, sur Rudolf Noureev. Il se concentre aussi sur une période bornée, en l’occurrence sur sa venue en France, achevée par sa défection de l’union soviétique, mais non sans effectuer quelques allers-retours temporels, dans son enfance (où il est joué par un jeune acteur formidable impossible à retrouver dans le cast, même sur IMDB !) et lors de sa tardive formation avec Pushkin (joué par Ralph Fiennes).

Pour quiconque n’a pas lu de biographie sourcée et précise (en l’occurrence, celle de Julie Kavanagh), on y apprend beaucoup, et déjà que le surnom de Noureev (titre français) était The white crow (titre original — à remettre en russe). L’inverse du cygne noir, concrètement. Il est né dans un train, famille pauvre de l’URSS (comprendre : bouseux de province), et en a gardé une grande fascination. Il souffre de ses origines et se rebelle facilement contre l’autorité et l’injustice, sans jamais penser aux conséquences. Il a fait ménage à trois chez les Pushkin, pendant qu’il apprenait l’anglais dans les bras d’un danseur allemand.

Il ne doute pas beaucoup de lui-même et croit en son grand destin, il a un caractère trempé qui le rend très attachant mais aussi le dernier des connards immondes, grand coeur égoïste, bourreau de travail électron libre ingérable, cyclothimique de l’extrême, introverti au contact facile, capable de converser avec tout le monde mais se confiant très peu, colérique et fragile, fascinant et irritant, bref on dirait un INFJ pur non coupé. La relation avec Clara Saint (Adèle Exarchopoulos), sur quelques jours, en fait voir de toutes les couleurs ; il lui doit finalement son salut, mais oublie de la rappeler. « Il est comme ça ». Oleg Ivenko, 22 ans, jouant dans son premier film, tandis qu’il est premier danseur au Théâtre tatar Moussa Djalil en Russie (et que l’on voit donc bien danser tout le long !), arrive à prêter toute l’épaisseur psychologique du personnage. Il est exceptionnel. Il a pour compère Sergei Polunin, écorché professionnel dont l’expérience est plus étoffé, dans le rôle de Yuri Soloviev. Bref, la reconstitution n’a pas été laissée au hasard.

Elle est d’ailleurs très belle. J’ai été épaté par la reconstitution de Paris (notamment la place de la République, quand on voit ce qu’elle est devenue…), filmée en léger sépia ; la souris a été frappée par celle des styles de danse très dans son jus russe de l’époque. C’est fort esthétique de bout en bout. Mais ça pèche par le manque de rythme, qui fait échouer au film l’accès au rang de grand film — surtout si l’on n’est pas balletomane ? C’est bien dommage, car il y avait matière. Probablement à cause de l’inexpérience de Ralph Fiennes, qui a force de justesse dans les détails a perdu la tonicité de l’ensemble — l’inverse de la danse américaine, en somme. Un peu comme la biographie récente d’Oscar Wilde, donc. À ranger à côté de celle (peu connue, justement) de Nijinsky par Herbert Ross. Il n’en demeure pas moins un bon film que tout balletomane devrait voir.

dimanche 26 mai 2019

NDT sans NDT

Retour à Garnier : ça faisait longtemps ! C’est que le triple bill León & Lightfoot /​ van Manen avait l’air de bien mériter un dimanche aprem en fond de loge. C’est du NDT, mais avec le ballet de l’opéra à la place. Généralement ça présage une meilleure technicité mais un rendu trop propre et moins émouvant. La comparaison avec le vrai NDT la semaine suivante à Chaillot aurait pu confirmer cela, si quelqu’accident n’avait forcé une revente de la place…

Ça commence par « Sleight of Hand », où le couple León-Lightfoot fait tout — sauf danser, et la musique est laissée à Philip Glass (Symphonie n° 2, 2e mouvement, sur-utilisée dans les ballets). Entrée au répertoire. Esprit Pink Floyd « the division bell » : 2 grandes ombres sur échasses, dénudés, avec de grandes capes ; tout en noir & blanc ; et en contrebas sur scène, des danseurs plus nerveux. Fort esthétique ! Et un premier entracte : c’est fort lucratif cette affaire…

« Trois Gnossiennes » de van Manen, sur la musique éponyme de Satie, est un grand pas de 2 (avec Léonore Baulac), avec de beaux portés en gainage. Très beau aussi, avec le piano sur la scène. Encore un entracte, la souris négocie que la voisine arrête de nous illuminer avec son téléphone ; maladie très répandue dans la salle (qui semble être très remplie de touristes). Il ne reste plus que le voisin de devant qui se lève sans trop considérer ce qui se passe derrière lui à gérer.

« Speak for Yourself » est similaire à la première pièce : mêmes chorégraphes, aussi une entrée au répertoire. Cette fois de L’Art de la fugue (contrapunctus n° 1, 19) mais quand même aussi un enregistrement de Steve Reich (Come out). Il y a un danseur fumeux qui me provoque un fort sentiment de déjà vu. Une pluie de brumisateurs ; des glissades en chausson ; décidément tout cela est fort beau et bon !

lundi 29 avril 2019

Sao Chaillot

Une date perdue en plein samedi après-midi, pour à peine 1h40 entractes compris, mais que venait donc faire ce São Paulo Dance Company, se demanda-t-on avec la souris ? Et puis des trous un peu partout dans la salle Chaillot, usuellement plutôt blindée. Replacement rendu pénible par une ouvreuse nazie, et finalement, non seulement on est resté sur notre rang, mais en plus moins bien placé que prévu. Peu importe, en réalité : on était fort bien là où l’on était.

Triptyque Scholz / Goecke / Bouvier. Inconnus au bataillon. On commence avec Uwe Scholz, Suite pour deux pianos (en l’occurrence : Rachmaninov, Suite pour deux pianos Opus 17, par Martha Argerich et Nelson Freire). C’est en fait une succession de pas de deux et de trois avec des danseurs en noir et blanc, très esthétique, avec la danseuse qui vole, tournicote, et nous fait vive des moments intenses. 21 minutes et déjà on est totalement emballé. Pour le name dropping des athlètes acrobates : Luciana Davi, André Grippi, Geivison, Moreira, Diego de Paula, Thamiris Prata, Yoshi Suzuki, Ana Roberta Teixeira, Bruno Veloso, Vinícius Vieira.

Entracte et retour avec un plus simple pas de deux qui commence avec la danseuse Ana Paula Camargo seule, rejointe ensuite par Nielson de Souza. Marco Goecke, L’Oiseau de feu, pas de deux (berceuse et final de l’oeuvre de Stravinsky, pour 8 minutes). Pioupious de feu, devrait-on dire ! Très beau, très nerveux, les deux humains-oiseaux s’agitent et se débattent. Ça ne manque pas d’originalité !

On se dit pendant l’entracte (encore ??) que toutes ces bonnes surprises ne peuvent pas durer. En plus c’est une chorégraphe française dont on n’a jamais entendu parler qui arrive, Joëlle Bouvier. On regarde le visuel avec un grand drapé plastique agité par des bâtons, et on se dit que ça va être perché et moche comme un mauvais théâtre de la ville. Que nenni. Du plastique fantastique et poétique ! Avec de très beaux effets de groupe sur une musique alternant Heitor Villa-Lobos (Bachianas Brasileiras, Melodia Sentimental), La Passion selon Saint Mathieu (c’est la semaine !) et Pátria Minha (poème de Vinicius de Moraes — voix de Maria Bethânia). Il y a de temps en temps des bruits de plage et des cris au loin qui rappellent la poésie d’un Tarkovski — le titre de la chorégraphie est « Odisseia », il doit y avoir un lien. Il y a deux ou trois séquences avec une grande bâche noire et un trou au milieu, qui figure la mer déchaînée et le danseur perdu qui surnage. 37 minutes qui passent très bien, même si ça se répète un peu. Belle troupe (Joca Antunes, Hiago Castro, Luciana Davi, Letícia Forattini, André Grippi, Renata Peraso, Thamiris Prata, Otávio Portela, Daniel Reca, Ammanda Rosa, Nielson Souza, Ana Roberta Teixeira, Yoshi Suzuki, Luiza Yuk). Très beaux danseurs, devrait-on même dire.

C’était donc la super surprise balletomane du mois. Un public qui n’a d’ailleurs rien à voir avec les acharnés de Garnier. Il faut savoir parfois sortir des sentiers battus pour inventer quelque trésor méconnu.

dimanche 11 novembre 2018

quatre Robbins

Je n’étais point trop sûr de trouver un créneau pour la soirée Robins, sur mon agenda particulièrement rempli. Finalement, le samedi 3 novembre semblait faire l’affaire, et B#2 garantissait une distribution de qualité. À tel point qu’une souris vint s’agréger aussi.

Cela fait toujours plaisir de (re)voir du Jerome Robbins. Mais cette soirée a surtout servi à illustrer un fait : les Français ne sont pas Américains et dansent trop proprement. Ça commence dès Fancy Free, qui est une sorte de semi-comédie musicale muette sur une musique de Leonard Bernstein (ça aide), avec une distribution quatre étoiles (cinq si on compte l’absurdité de la situation de François Alu) : Karl Paquette (que j’ai donc vu probablement pour la dernière fois — avant qu’on ne lui fasse un statut spécial pour qu’il revienne régulièrement sauver le ballet, qui ne se remettra jamais trop de son départ à la retraite), Stéphane Bullion, Alice Renavand et Eleonorra Abbagnatto (rejointes plus tardivement par Aurélia Bellet). Et pourtant, surtout chez les messieurs, moins pour le naturellement cocky Alu, on passe un peu à côté de ce que cela aurait dû être. C’est sympa, mais ça ne swingue pas assez.

« A Suite of Dances » avec Paul Marque (en remplacement de Mathias Heymann, encore en SAV après quelques représentations), sur des suites en violoncelles de Bach qui ne marqueront pas l’histoire des interprétations, est du même tonneau : propre, trop propre. Mais on est heureux de découvrir un interprète soliste de talent (21 ans, sujet, Varna 2016), qui a bien le droit d’être encore un peu vert — on a un problème de RH assez sérieux, à l’opéra…

Après l’entracte et un retour en baignoire (où l’on voit toute la scène, certes écrasé en hauteur, mais où l’on entend fort mal), c’est Afternoon of a Faun, sur Debussy, avec Germain Louvet en gentil Faune et Léonore Baulac qui passait par là (après tout, ça se passe dans un studio de danse, ce sont des choses qui arrivent). On n’a pas trop senti la tension anthropozoophile. Dommage. Joli sans plus. On pouvait en attendre mieux. Du stupre, que diable !

Et enfin, le grand Glass Pieces — avec Ludmila Pagliero et Florian Magnenet pour mener toute la troupe. Quel plaisir, cette pièce… Là encore, quand on l’a déjà vu et revu avec les locaux ricains, on a remarqué que ça a plus de tension et de punch, même si c’est moins propre et tout lisse. Faut nous les dévergonder, les loulous.

lundi 5 novembre 2018

dernier des Naharin

Avec Sadeh21, Ohad Naharin confirme définitivement qu’il aurait pu être un grand chorégraphe de génie, mais que finalement, de son oeuvre, il ne restera plus grand chose avec le temps. Encore une fois, les quelques éclairs de génie (comme ce formidable check de fesses de danseuses !) sont dilués dans du remplissage exploitant les mêmes idées générales beaucoup trop longtemps, dans un ensemble fort inconsistant, passant de choses à l’autre, sans trop d’égard pour le rythme — et finalement, ce n’est que vers la fin que ça danse enfin en musique (très entêtante), pour une pièce un peu plus consistante. On y trouve d’ailleurs encore les mêmes obsessions du chorégraphe, comme le fait de compter (ici les différents regroupements de danseurs).

Ce n’est pas tout de choisir avec grand talent la musique (et parfois de la composer sous pseudo, peut-on apercevoir au générique, pendant que les danseurs montent et tombent, nous privant ensuite de saluts dédiés, au grand étonnement du public). Ni de promouvoir de jeunes danseurs — le Young Ensemble, qui ne paraît pas si jeune, même si l’on note que la troupe a été entièrement renouvelée (et partiellement transvidée dans la Batsheva ?) depuis la création de 2011. Ni de tenter des choses étranges comme ce décompte des chapitres qui, avançant trop lentement pour les 1h15 que ça dure, saute tout à coup des numéros à la dizaine pour arriver enfin à Sadeh21. Il manque quelque chose. Quelque chose qui fasse que cela marche. Ce n’est pas déplaisant, mais c’est frustrant, quand on voit tout ce potentiel non achevé. Ça donne cependant de très bons clips.

mardi 23 octobre 2018

titre gaga

On ne comprend décidément pas trop comment Ohad Naharin choisit ses titres. Retour à Chaillot pour la suite de la série de son programme, 20h30 horaire standard — on peut somnoler à moitié en face de la Tour Eiffel, qui a le bon goût de clignoter une fois l’heure, une fois qu’il fait trop froid dehors.

« Venezuela » fait figurer deux groupes de huit danseurs, qui se mélangent uniquement à des points précis, pour deux fois 40 minutes. Vraiment deux fois. Copier-coller, avec de légères modifications — notamment la musique, ce qui tend à prouver que peu importe ce que l’on met derrière tant que c’est très bon.

J’ai noté la succession : d’abord, de la musique envoutante ancienne (grégorien en 1, quatuor à cordes en 2), joliment illustrée ; puis du sautillement en courant dans tous les sens, suivi du même chant rap/hip hop (The Notorious B.I.G.) interprété par deux danseurs (et stop motion/petits sauts sur le côté en synchro du groupe) ; suit une séquence de « ah dada sur le cheval » (en faisant des longueurs, petits sauts de temps à autre, 2e musique indienne hyper connue envoutante — Paakhi Paakhi Pardesiiiiiiiii) ; et tout à coup, défilé de « faisons tourner les serviettes » (qui deviennent des drapeaux dans la version suivante — WTF ? « Oeuvre engagée »), avant de recouvrir l’un des danseur desdits textiles, qui se fait sauter dessus quand il se relève, tandis qu’un certain nombre d’autres danseurs s’écroulent (spécialité maison) ; et enfin, la musique  (Rage against the machine ?) sature jusqu’à très fort, pendant que les danseurs entrent en transe chacun à tour de rôle en se détachant du groupe.

Les moments de génie durent généralement 5-10 minutes, mais il y a beaucoup trop de remplissage et d'auto-recyclage à l'envi pour ne pas arriver à cette conclusion : mais encore ? Mettre une excellente BO et des danseurs supers (surtout le côté Juive de la force) ne suffit pas. Il faudrait faire réduire la sauce pour arriver à l’excellence. C'est plaisant, mais pas doublement plaisant.

Pour mémoire, la BO :

 Olafur Arnalds, The Wait ; Biz, Mirage ; Converter, Coma ; Mahalakshmi & Udit, Narayan Ae Ajnabi (From «Dil Se») ; Niblock Phill, One Large Rose ; Notorious B.I.G, Dead Wrong ; Rage Against the Machine, Bullet in the head ; Chants grégoriens «Kyrie fons bonitatis, Litany», «Beata Viscera», «Offertorium: Lubulate Deo Universa Terra»,«O Euchari» «de Profundis», «Alma Redemptoris», «Alma Redemptoris Mater», «Litany: Litany»

mardi 16 octobre 2018

(soft) decadance

Ohad Naharin investit Paris. Alors qu’il n’y ait que très très rarement donné, voilà-t-il pas qu’en plus de squatter Chaillot, il a aussi programmé une sorte de bestof de ses pièces emblématique à Garnier : « Decadance », qui entre au répertoire sous une nouvelle version — le programme parle à la fois d’une création en 2000, mais aussi d’extraits de Mabul (1992), Anaphase (1993), Zachacha (1998), Naharin’s virus (2001), Three (2005), Telophaza (2006), MAX (2007), Seder (2007), Sadeh21 (2011). Pas avec ses danseurs, de fait, mais avec une formidable équipe B de l’opéra (pour une soirée Arop où quelques fumets et bruits de verres pénètrent les loges, alors que les tables occupent déjà la galerie).

Côté dames : Marion Barbeau, Aurélia Bellet, Alice Catonnet, Aubane Philbert, Silvia Saint-Martin, Ida Viikinkoski, Katherine Higgins, Juliette Hilaire, Caroline Osmont, Camille de Bellefon, Célia Drouy, Marion Gautier de Charnacé, Clémence Gross, Héloïse Jocqueviel, Sofia Rosolini et Seo-Hoo Yun. Rien que Gautier de Charnacé et Jocqueviel dans la même team, ça fait rêver (mouillé). Côté messieurs : Aurélien Houette, Pablo Legasa, Marc Moreau, Francesco Mura, Nicolas Paul, Jérémy-Loup Quer, Daniel Stokes, Yvon Demol, Antoine Kirscher, Mickaël Lafon, Simon Le Borgne, Hugo Vigliotti, Takeru Coste, Julien Guillemard, Antonin Monié, Andréa Sarri. Not so bad!

Surprenant : chez les demoiselles, il y a des formes — et même, dirait-on, de la fesse très ronde ! Certes le pantalon de couleur ne doit pas aider, mais il semble que le casting était assez ciblé. Ce n’était pas la seule chose suspecte de la soirée.

Cette oeuvre est une sorte de patchwork pas toujours bien cohérent où l’on trouve du happening, de la flashmob et du monsieur loyal (au ralenti) pour occuper pendant les changements de costumes — assez drôle tout autant que poussif. Le début punchy, avec de beaux effets de groupe (avec de la super musique, notamment Goldfrapp), s’essouffle assez rapidement pour faire place à des saynettes participatives.

Notamment, après avoir demandé à tout le monde de se lever, puis aux anciens de se rasseoir, la liste continue, d’abord avec ceux qui gagnent plus de 250k€/an, où dans la salle, lors d’une soirée mécénat, personne ne se dénonce. Après un Baron perché d'Italo Calvino qui sauve pas mal de monde (notamment mon binôme) et une position géographique de la Mecque (bah oui, avec la position de Garnier, pas trop compliqué !), ceux qui se masturbent sont invités à rejoindre leurs sièges : personne là non plus. Bref, j’ose espérer qu’il y a beaucoup de menteurs patents, sinon c’est à désespérer. Tout ça pour trouver une dame dont c’est l’anniversaire, au parterre (pour faire du semi-chippendale). Plus tard, le picking dans le public (essentiellement de femmes en habits rouges) donne aussi dans le théâtral participatif assez démago (même si l’acuité dansante moyenne est surprenante : les bourgeois se débrouillent bien !).

Bref, heureusement, dans ce grand ventre mou, il y a aussi un très beau moment sur Nisi Dominus de Vivaldi (en même temps, avec ce genre de musique…) et la fameuse Ehad Mi Yodea, que j’avais vu il y a très longtemps avec Europa Dance au TCE, chaises en demi-cercle et danseur tout au bout qui tombe — mais côté cour, on le voit à peine ! C’est idiot de ne pas avoir vérifié cela dans un théâtre à l’italienne !

La longue pièce de fin est assez décevante, très réchauffée, peut-être parce que déjà trop ancien, et malgré une très bonne BO d’ensemble, ça donne quelque chose globalement moyen plus. Il y a certes de bons moments, mais ce n’est pas ébouriffant, et parfois creux et gratuit. On voit clairement passer les 1h20 que cela dure à peine. Et surtout, malgré le jeu de mot… ce n’est pas du tout décadent !

lundi 8 octobre 2018

expérience extraordinaire

Gaspar Noé donne avec Climax dans l’ascenseur émotionnel inversé : c’est d’abord euphorisant, et ça devient totalement flippant. Comme il aime le faire, c’est monté dans tous les sens : un morceau de ce qui sera la fin, un bout de générique, l’interview des danseurs recontextualisés au temps des cassettes vidéos et des téléviseurs cathodiques (1996), encore du générique, et la première partie dansante à fond les ballons, hyper dynamique, techno. Générique de fin. Et puis ça blablate entre danseurs, de plus en plus de sexe. La sangria aide… avant qu’on ne se rende compte qu’il y a un truc bizarre dedans, et que ça perde les pédales. Noé filme dans tous les sens, même à l’envers depuis le plafond, travellings de fou, pendant que les personnages pètent les plombs. « Vivre est une impossibilité collective » et « mourir est une expérience extraordinaire » seront les messages de cette partie (après, de mémoire approximative : « à ceux qui nous ont fait et qui ne sont plus » et « naître est une expérience unique », qui étaient au tout début du film).

Aucun générique de fin. Du pur Noé, tourné en 15 jours pour 95 minutes, et 2,60 millions d’€ qui seront peut-être remboursés dans 20 ans. Certains en disent donc que c’est son meilleur, d’autres que c’est de la rediff qui n’a plus aucun intérêt à force. Résumons : ça part dans tous les sens, on est remonté comme une pendule avant de s’enfoncer d’horreur dans son siège : que demande-t-on de plus, en fait ?

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