humani nil a me alienum puto

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dimanche 9 juillet 2017

Hollandais virevoltants

La dernière soirée de la saison, du moins de l’abonnement (il peut toujours y avoir du rab, sait-on jamais), aura été son paroxysme. Il faut dire que le NDT aide toujours pour avoir une soirée de danse de qualité. Avec le concours d’une triplette de chorégraphes exceptionnels, on obtient une extraordinaire soirée à Chaillot.

Le premier Sol Leon/Paul Lightfoot, ancien couple de danseurs de la compagnie, a monté « Safe as Houses » sur un patchwork de Bach et avec l’idée fort originale d’une grande porte blanche qui tourne, divisant toute la scène, ne laissant qu’une maigre blanche noire devant pour en réchapper. Les danseurs apparaissent par magie (ou plus simplement et visuellement par les côtés), et l’astuce (de passer sous le rideau mural du fond) marche tellement que l’effet de surprise est total pendant un bon bout des 33 minutes. La scène blanche (avec du noir qui dégouline en hauteur), devenant entièrement noir à la toute fin, sert de fond pour trois danseurs noirs et les autres blancs (dont un noir), qui jouent donc avec le mur tournoyant, plus ou moins vite, avec une grammaire chorégraphique qui achève de rendre le tout génial.

À l’entracte, on se dit que ça va être compliqué d’enchaîner ; mais que Crystal Pite ne peut pas être le plus mauvais choix. « In the event » commence avec une sorte de situation d’accident, avec massage cardiaque d’une danseuse-victime, le groupe de danseurs derrière, en mouvements saccadés. Le stop motion est le thème des 23 minutes de chorégraphies à l’effet sculptural, aux jeux de lumière bluffants, surtout avec les séquences de foudre qui fendent l’ensemble fort noir, qui finit par boucler mais avec le seul protagoniste sauveteur, effectuant son massage cardiaque dans le vide, alors que la musique d’Owen Belton (interprétation Jan Schouten) s’achève. Impressionnant.

Après une dernière pause servant essentiellement à tenter d’aérer vaguement une salle plus que surchauffée, « Stop-Motion », à nouveau de Leon/Lightfoot (forcément présents aux saluts et copieusement applaudis), à nouveau 34 minutes, mais cette fois une ambiance radicalement différente : scène très noire, et en suspension côté cour, une projection de demoiselle gothique en grisaille effet 3D, généralement zoomée, qui finit par trouver un écho sur scène avec la même tenue en dentelle et très longue traîne. Danseurs complètement dingues, avec notamment un pas de deux incroyable, puis une séquence un peu étrange où les danseurs tirent un long tissu blanc en avant puis en arrière, recouvrant puis découvrant la scène. En réalité, ils ont laissé du sable (ce qui fait comprendre la projection du dessus, où il tombe comme dans un sablier), et le premier a s’y coller est notre ami le danseur à peau noire, toujours fantastique, surtout quand il se roule dedans : effet garanti, et alors que la musique de Max Richter soutient la note, une succession de frissons survient dans une salle surchauffée. Fantastique, vraiment.

Il faut parler un peu de la playlist, justement : Ocean House Mirror, Powder Pills Truth, He is here, Everything is burning, November, Monologue, A lover’s complaint, On the Shore, End title, Sorrow Atoms, How to die in Oregon. Ça joue beaucoup dans l’affaire ; mais l’art est aussi d’y correspondre, dans cette succession de pièces musicales diverses, alors que les pas de deux et de trois se font dans poudreuse, jusqu’à ce que la projection prenne toute la longueur du fond de scène, qu’un aigle passe, que la scène soit totalement dénudée de ses rideaux noirs, et qu’on regrette que tout cela se finisse.

Exceptionnellement génial. Et des danseurs tous épousables.

mardi 27 juin 2017

vieux jeunes en quatre

Ce qui est bien avec l’apprentissage, c’est qu’on reste jeune longtemps. Même dans la grosse trentaine, on peut donc être jeune chorégraphe — mais vieux danseur. Il y a eu une académie chorégraphique, dans un bordel politico-administratif dont la France a le secret, et l’opéra de Paris le parfait miroir. Bref, sous la houlette de Millepied (plus ou moins), quatre danseurs ont pu passer de l’autre côté du miroir (ou de la barre) deux années durant, dans un cursus plus ou moins ficelé qui a été débriefé lors d’une rencontre AROP le mercredi suivant. Dans l’absolu, si la souris ne m’avait pas averti de la chose, en plein vendredi après-midi, je serais certainement passé à côté. Alors que c’était enfin une véritable soirée de danse, la meilleure de la saison, et de loin. Quatre représentations seulement ; à un moment on a hésité à passer notre tour, car les places étaient chères, et même avec un tarif réduit, on ne pouvait avoir que du 3e balcon de Garnier. Mais de face et premier rang : ça a emporté l’adhésion.

Avec la première pièce, « Renaissance », je n’étais trop point encore emballé. Sébastien Bertaud, devenu fort attaché à William Forsythe durant son stage, est à présent aussi redevable de Balmain (et de l’entremise de Jean-Yves Kaced) mais ses goûts personnels (avec sa superbe veste en laine noire aspect soyeux, à col châle, sur-cintrée d’une ceinture nouée) me paraissent plus sûr que les costumes moches et clinquants dont il a hérité. Faisant se mouvoir des groupes en léger canon, sur une scène augmentée du petit foyer pas vraiment exploité, je n’étais trop point exalté malgré l’interprétation d’un concerto pour violon n°2 de Mendelssohn par Hilary Hahn, enregistré et probablement un peu trop convenu, jusqu’à une fort bonne suite de pas de deux, franchement brillants, qui ont redonné un intérêt certain. Amandine Albisson, Dorothée Gilbert et Hannah O’Neill (miam) sens dessus dessous, Hugo Marchand, Audric Bezard et Pablo Legasa en face — c’est vrai qu’on a de beaux danseurs, quand même…

Mais ce n’était là qu’apéritif pour une claque totale. « The little match girl passion » s’est retrouvée en deuxième position par un hasard orienté : il fallait prévoir un entracte à cause des problèmes techniques engendrés, essentiellement la pluie à nettoyer, et l’usage de fillettes imposait de pas trop tarder sur l’horaire. Tout simplement. Un peu comme les costumes, magnifiques soutanes : faute de budget, et à l’occasion d’une vente de costumes organisée par l’opéra (pendant que nous étions au Japon), Simon Valastro a pu préempter des restes d’une mise en scène de Carsen, qui pour sa part avait eu un budget généreux. Et de toute façon, il n’avait guère le choix des corpulences des chanteurs engagés un peu au dernier moment à l’académie lyrique à laquelle est adossée celle de la danse : les contraintes de Garnier réduisent à 85cm de large les trappes, pour faire monter une table-autel — îlot central sur lequel danser —, comme pour y faire tomber un protagoniste (en basculant tête en avant…). Ajoutons qu’il est tombé il y a plusieurs années sur cette oeuvre éponyme de David Lang au hasard d’une exploration musicale, et on a là un croisement aléatoire qui ne doit qu’au talent insoupçonné de notre danseur semi-reconverti en chorégraphe pour nous offrir quelque chose qu’on n’avait pas dû ressentir depuis au moins deux ans (certains rappellent Crystal Pite, pas improbable), mais sans l’usage de subterfuge tel des violons baroques, du Philip Glass ou du Vivaldi : quatre chanteurs a cappella, en anglais surtitré, assistés de quelques percussions (dans l’oeuvre originale, les danseurs assurent toute la musique, mais ils ne participent alors pas à une chorégraphie), dans une atmosphère très noire, peuplée de grandes ombres inquiétantes (l’une qui a de la fumée qui lui sort du dos !), racontant l’histoire d’une petite fille (accompagnée au début par sa grand-mère !) dont on se doute que ça ne terminera pas forcément bien. Eleonora Abbagnato, ahurissante. Marie-Agnès Gillot (où ça ?), Alessio Carbone, d’autres intervenants occasionnels encore (dont Éléonore Guérineau et Silvia Saint-Martin). Fabuleux, totalement fabuleux. On l’a fait savoir à notre héros, à la soirée Arop, et il a suggéré d’écrire à la direction pour faire rentrer l’oeuvre au répertoire. On veut !

L’entracte a à peine suffit à s’en remettre. On avait encore la musique dans les oreilles… « Undoing world » ne s’enchaînait pas trop mal, avec des musiques live (création de Nicolas Worms, adaptation de The Klezmatics, puis An Undoing World de Nicolas Worm encore) et enregistrées (de nouveau The Klezmatics, Doyna), mais aussi des extraits d’un Gilles Deleuze sur la fin, extrait d’un cours « Spinoza : immortalité et éternité ». Bruno Bouché (accompagné d’Agathe Poupeney à la scénographie !) a fait quelque chose d’original, fort bon dans l’ensemble, évitant quelques poncifs de justesse, pour en tirer une oeuvre pensée et construite, autour de la mort, avec une descente des couvertures de survie (et non des ombres, ce qui lui a manifestement valu quelques critiques acerbes de gens très étriqués), avec d’excellents jeux de miroir et transparence (bluffant, même !), des costumes ocres, le tout disions-nous ponctués de morceaux radiophoniques, mais aussi de piano et chanteur sur scène. Une extraordinaire Marion Barbeau (suspendue tête en bas par Aurélien Houette pendant un temps infini à bout de bras !), dont la relation avec Bruno Bouché a été qualifiée de « libre association » (j’en rêve aussi, pardi !) et plein de nouvelles danseuses mignonnes qu’il serait fort bien d’identifier.

Et puis la dernière pièce, celle de Nicolas Paul, qui s’était déjà essayé à la chorégraphie (j’ai confondu le titre — Répliques —, mais il faut dire que comme la sublime Laura Cappelle a rappelé que c’était en 2009, j’en étais encore plus ému). Excellent choix de musique (aussi enregistrées, parce que pas de budget — mais une billetterie normale…), avec du Josquin Desprez, un ensemble de motets grégoriens du XVe-XVIe siècle. Les danseurs sont en civil, sortent de la fosse vers la scène en flux/reflux. En fond de scène, un grand écran montre les mêmes danseurs plus ou moins zoomés, dans des positions différentes, comme… des répliques. Et dans l’ensemble, c’est très bon ! Valentine Colassante, Caroline Bance, Isa Vilkinkoski, Roxane Stojanov, Lucie Fenwick, Caroline Osmont ; Stéphane Bullion, Josua Hoffalt, Vincent Chaillet, Mathieu Contat, Yvon Demol, Alexandre Gasse, Antonin Monié. Comme les trois autres pièces, une demie-heure.

Les expériences chorégraphiques de ces quatre (pas si) apprentis sont une réussite plus qu’encourageante, un espoir de renouveau salvateur. On a senti un regret partagé pour cette académie chorégraphique qui renaîtra peut-être un jour (apparemment c’est la chasse au tire-aux-flancs de l’opéra par la nouvelle direction, et la méthode fait peu dans le détail…). L’ironie veut que tout cela était meilleur que du Millepied. Excellente soirée, en tout cas !

lundi 8 mai 2017

Maнoн kazakh

Je voulais me faire l’opéra d’Almaty, juste à côté de mon logement temporaire, mais malheureusement le calendrier a joué contre moi, entre un Verdi et un Puccini. Il restait Astana : avec une grosse semaine sur place, il y aurait bien quelque chose à se mettre sous la dent : un attaché culturel me vendit la mèche, Manon. J’ai naïvement cru que c’était l’opéra : c’était le ballet ! Ratant la première le soir même, il restait la dernière représentation le lendemain. Un samedi, donc, et du beau monde — à se demander si ministre, veuve MacMillan, maître de ballet bis et autre gratin de cocktail n’était pas venu deux fois pour être sûr de se faire voir. L’aventure est de trouver la billetterie planquée en dessous d’un bâtiment très imposant qui a coûté une fortune — 350 millions d’euros, paraît-il, probablement engouffrés dans le marbre intérieur. Pour 34€, on a une place splendide de parterre, idéalement située pour la balletomanie, et juste devant leur rang-15 local.

L’orchestre local dirigé par Arman Urazgaliyev ne m’a pas été présenté sous le meilleur auspice, mais ils restent meilleurs que notre Colonne et la partition reste tout de même un monument du pompier — quoique là aussi, il y a pire et l’arrangement de Martin Yates réserve quelques belles pages lyriques. Les sièges sont très confortables et la salle globalement agréable : j’adhère ! Jusqu’à ce que un ou deux trucs me titillent, mais je n’y fis trop guère attention. À l’entracte, j’apprends qu’en fait c’est sonorisé : ça explique quelques impressions. Et si c’était fort bien fait en première partie, les cors de la deuxième avaient un effet gauche-droite troublant, et grésillaient parfois (à gauche, l’original étant à droite). Heureusement, pour la troisième partie, une oreille s’est bouchée ; malheureusement, c’était la droite, laissant ma balance plutôt sur le haut parleur. Pour 350 millions d’euros, t’as plus rien. Pourtant, il n’y a pas beaucoup plus de moquette infâme qu’à Garnier. Il serait de bon goût de faire venir quelques acousticiens. Mais il semble que le Kazakh soit un work-in-progress de la culture : on y vient surtout pour se montrer endimanché (en même temps cette élégance fait plaisir à voir, surtout chez les dames, car la Kazakhe peut être fort agréable à l’oeil), et il est parfois compliqué de comprendre que le silence et une certaine tenue (par exemple concernant l’usage du téléphone portable) est de rigueur lorsque la représentation a cours…

Sur scène, on se régale. Déjà, parce que Aigerim Beketayeva, en Manon (enfin, Mahoh), est sublimissime. Certes ce ballet, faisant figurer les 2/3 de la troupe féminine en « harlots », sait sublimer la femme ; mais même, cette danseuse déclenche des émotions très fortes. C’est dommage que la chorégraphie n’était pas plus pyrotechnique, de fait, car on aimerait bien voir si elle en a sous la pointe. Difficile de se rappeler, dans la distribution, qui était Des Grieux, entre Rustem Seitbekov et Olzhas Tarlanov, et de même pour Lescaut entre Bakhtiyar Adamzhan et Arman Urazov : j’aurais mieux fait de noter quand je le savais encore… Le premier a fait une fort bonne prestation, même si à un moment il a failli ne pas rattraper la déesse kazakhe Aigerim, ce qui m’a passablement stressé pour le reste de la représentation. Excellent Lescaut, sinon.

On est surpris par la richesse extrême des décors et costumes (Nicholas Georgiadis, Karl Burnett et Patricia Ruanne). Il faut dire que la directrice du ballet, Altynai Asylmuratova, une star en Russie, a carte blanche et chèque en blanc : rien ne lui ai refusé. Elle dépouille Almaty de son historique ballet plus expérimenté et dépense autant qu’elle souhaite pour être du niveau de Garnier, grosso modo. Ce n’est pas forcément très rentable quand on voit la dépense mais le résultat est impressionnant pour un bled paumé dans la province du monde. On ne s’y attendait point, en tout cas. Et c’est ainsi qu’on passe une bonne soirée, avec une découverte hétéroballetomane, une surprise artistique, un peu d’anthropologie locale et du pipole politisé.

dimanche 30 avril 2017

touteté

Troisième Wang-Ramirez de la saison, cette fois avec une petite équipe de danseurs (mais sans Ramirez), c’était aussi la dernière galère de places disparues du théâtre de la ville, après m’être fait rabrouer par une guichetière fonctionnaire de la Grande Halle de la Villette qui ne m’écoutait tout simplement qu’à moitié — et puis vous savez, c’est informatisé, du coup on a accès à rien !

Everyness était probablement la meilleure représentation de la saison sur le plan chorégraphique. On en sort pas très ému, mais ça a le mérite d’être beau et construit, ce qui est déjà beaucoup étant donné les déceptions et autres spectacles médiocres auxquels on a assisté tout le long d’une saison qui ne laissera probablement rien mémoire. Cette fois, les envolées des danseurs et le gros ballon lumineux laisseront au moins quelques bons souvenirs. 1h10, bien exploitée, avec une musique originale de Schallbauer qui faisait le job (sans être très mémorable non plus, mais de nos jours, le seul fait de ressortir sans avoir la tête comme un gros ballon lumineux est une prouesse). Poétique dans l’ensemble, et si l’on a eu peur avec la partie parlée-théâtreuse, à un moment (la séquence sous acide qui a l’air d’être dans le cahier des charges de tout le monde, aussi…), on s’en est sorti sans trop de mal. Il n’en reste au final que du bon. Ouf !

mardi 21 mars 2017

jeune ballet mortel

Il faisait chaud, très chaud même, à Chaillot, et sombre, avec une voisine qui refoulait un peu : idéal pour dormir à moitié devant la chorégraphie sans queue ni tête à la Prejlo des ballets de Montréal. Cette Jeune fille et la Mort de Stephan Thoss était surtout mortelle. Un abus de Glass — mixé avec du Nick Cave et Warren Ellis, Alexandre Desplat, et j’en passe… —, pour arriver enfin tardivement sur Schubert (remix Mahler). À boire et à manger. J’ai aperçu des trucs très bien, dissout dans beaucoup d’inintéressant. Les danseuses ont les cuisses épaisses typiques de contempo mais sont fort jolies. Dans l’ensemble de bons danseurs qui souffrent d’une oeuvre vraiment pas passionnante. Une soirée bof, perte de temps dans l’ensemble.

samedi 4 mars 2017

silence pas si silencieux

Ballet du dimanche à Chaillot, place plein centre et devant : heureusement parce que sinon, si ça avait été le soir et loin, j’aurais certainement dormi de bout en bout dans la pénombre. 1h40 de Teshigawara dans le noir, c’est dur. Surtout que si au début on avait du Messiaen (Fête des belles eaux, 1937) avec force ondes Martenot, ça a ensuite dévié vers du Toru Takemitsu qui est, grosso-modo, du Varèse (Air, And then I knew t’was Wind, Toward The Sea, Les Yeux Clos, For Away, Rain Spell). Je ne déteste pas en soi mais au bout d’un moment, c’est assez fatigant. La souris a failli devenir folle, c’est une fille épidermique, quand même (pléonasme ?). Bref, la deuxième partie était d’autant plus longue que si au début c’était assez rapide et fun au niveau des mouvements des 5 danseurs (pour une quinzaine de musiciens de l’ensemble intercontemporain), c’était ensuite beaucoup plus lent et contemplatif, une sorte de butô remixé. « Flexible silence » est censé être le reflet d’une réflexion métaphysique entre la musique et le silence (qui n’arrive qu’une seule fois au final, déclenchant des applaudissements précoces : échec…). Mitigé.

mardi 28 février 2017

Monchichi

Le duo Wang & Ramirez était cette fois-ci au théâtre du Rond Point, mais sous le label théâtre de la ville itinérant (et toujours mon problème de duplicata, mais qui n’est pas du tout un problème en ce lieu civilisé). Ça parle identité dans ce duo, entre l’Allemande d’origine coréenne (pas chinoise !) et le français d’origine espagnol. Plaisant. C’est la souris qui en parle le mieux.

mardi 31 janvier 2017

motion on arrival

Au théâtre des Abbesses, il a fallu recommencer le cinéma du duplicata. Cette fois, j’avais appelé la veille pour sécuriser la chose. Mais au guichet, on me dit qu’il n’y a rien ; puis au bureau des retraits, non plus, et on me renvoie au guichet ; pure bureaucratie. Alors on dégaine le nom de la chef du chef de la chef de la guichetière, qu’on a eu au téléphone, et sans rien vérifier, tout à coup, cela vous débloque une imprimante — non sans râler évidemment. Et l’on découvre qu’il y a même un label « duplicata » apposé au billet, ce qui prouve donc que cette possibilité a toujours été prévue…

Au balcon, de côté, on se dit que ce n’est pas forcément idéal, mais finalement on est bien content : Lucy Guerin a choisi pour Motion Picture de synchroniser sa chorégraphie avec le film noir D.O.A. (Dead On Arrival, en version longue) de Rudolph Maté, un plaisir de cinéphile paraît-il, qui est diffusé sur deux écrans de côté. Donc, nous avions une vue privilégiée à la fois sur l’écran et sur les danseurs, sans trop avoir à se tordre ; tandis que le reste du public n’en apercevait que des bouts, ou même rien du tout. L’expérience est donc radicalement différente selon la position : pour nous, c’était d’observer la continuité scénique, la construction contre une oeuvre, faire des aller-retours ou du simultané. Pour le reste de la salle, c’était à mon avis un peu comme quand j’annote un slide projeté sur un tableau blanc, puis que j’éteins le vidéo-projecteur. Il faudrait tester, pour comparer. Mais je n’ai pas été mécontent de voir le film simultanément… (Et pas seulement l’entendre)

La première moitié de l’oeuvre suit mimétiquement l’action, d’ailleurs — les danseurs recopient, font du playback, miment. Mais ensuite elle s’en sépare de plus en plus, alternant les idées originales (faire la bande-son en chantant par exemple, ou des onomatopées vocales), jusqu’à ce que vers la fin, le film ne soit totalement maltraité (il nous manque donc, à nous spectateurs, la fin de l’affaire… Qui a donc empoisonné — au Polonium ? — notre malheureux héros ?). On a parfois bien ri de l’incongruité. Le travail est au moins des plus original. Et puis on a découvert Lauren Langlois, qui comme Alisdair Macindoe porte l’oeuvre plus particulièrement dans la troupe, et dont la sensibilité est une bénédiction de bout en bout.

letter to a Nijinsky

Toujours avec mon problème non résolu des places disparues (ou jamais apparues ?) du théâtre de la ville, je découvris à mon fort désarroi que l’espace Pierre Cardin est une énième extension de grand luxe de l’institution parisienne. Qui me fit rapidement comprendre qu’on ne rit pas avec le soviet : à la billetterie, la jolie guichetière est inflexible, de duplicata il n’y aura pas. Et de moyen alternatif non plus. Il est toujours agréable, pour un abonné de 10 ans ayant dépensé quelques petits milliers d’euros, d’être suspecté de contrebande. Car c’est bien là la raison de ce refus catégorique des petites gens de la bureaucratie. Fort heureusement, je l’ai assez apitoyé (ça sentait fort le FJ du MBTI, il faut jouer sur l’empathie…) pour obtenir le numéro et le nom de la responsable. Qui évidemment, à l’heure fort tardive de 19h00 passées, n’était plus joignable. Finalement, me renseignant sur qui était responsable de tout le staff auprès d’un ouvreur, je vis une dame plutôt âgée et rationnelle me faire sans soucis un pass, à la main et avec amour, maugréant de ce que les guichetières m’avaient laissé dans un tel embarras (d’autant que, parties, elle ne pouvait plus vérifier ma probité sur l’ordinateur).

Forcément, si la souris avait entretemps revendu sa place, je ne pouvais plus en faire de même. C’est qu’on avait entendu quelques horreurs à propos de ce « Letter to a Man » signant le retour du duo Bob Wilson/Mikhaïl Barychnikov, qui oscille entre le bien et l’horrible. Cette fois, c’était plutôt médiocre, en fait. Arrivé forcément à l’arrache dans cette salle un peu bidon, où l’on voit surtout la tête de sa voisine de devant, j’ai mis un peu de temps à comprendre que c’est du journal de Nijinski à propos de lui-même — ça expliquait tout à coup la camisole du début.

L’idée de répéter à l’envi des bouts de journal (qui a aussi inspiré un autre spectacle, à Chaillot, récemment, avec Bribri, qui apparemment n’était pas une grande réussite non plus), qui n’ont généralement ni queue ni tête, donne une sorte de sous-Philip Glass plutôt moyen, pas vraiment horrible (on ne se fait pas trop agresser visuellement — malgré quelques changements abrupts de lumières —, ni auditivement — par les claps), mais pas palpitant non plus. La plus jolie scène est celle avec du Arvo Pärt, très poétique ; la plus surprenante est celle avec la chaise à l’envers en l’air ; et puis Barychnikov, toujours aussi maquillé, bouge bien. Mais ça ne valait clairement pas le pognon mis dedans. 1h10, fallait pas plus.

mardi 24 janvier 2017

supplice chinois chorégraphié

Prise dans un lot disparu du théâtre de la ville, il fallait duplicater cette place au centre Pompidou, grande salle. Faute d’y arriver, la billetterie m’a simplement fait une entrée gratuite : pour ce que c’était finalement, ça restait encore trop cher. À plus de 14€, prix initial, n’en parlons même pas. Sur 50 minutes de ce spectacle de Tania Carvalho, il y avait environ 45 minutes de trop. En restant optimiste.

Deux danseurs en noir, un homme, une femme, ça pouvait être bien, mais rapidement c’est chiant comme du Cunningham mixé avec du mauvais Forsythe. Et la bande son passe d’un mélange peu heureux d’instruments de cuisine, puis de crissements divers et de hamster nain égorgé (avec amplification) à un dérapage incontrôlé sur du franchement très pénible, souvent hyper aigu, extrêmement agressif, en tout cas insupportable. Apportez vos boules Quies.

Au fond, à gauche, une carpette totem s’agitait un peu, parfois. À 40 minutes passées, la bestiole entre enfin sur scène, alors que les deux autres continuent leurs mouvements décorrelés et répétitifs sans intérêts. La carpette rouge à franges, rayée de noir et d’argentée, toute droit sortie d’un Dr Who sous acide, se promène. Agitation, et puis crac, même la carpette-totem déclare forfait et s’effondre. Rupture d’anévrisme, sûrement.

Fin, personne n’ose trop applaudir dans la salle. On sent plutôt un certain soulagement. Laissons le mot de la fin à ce soupir du voisin de derrière, au milieu du spectacle : « putain !… ».

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