humani nil a me alienum puto

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dimanche 11 novembre 2018

quatre Robbins

Je n’étais point trop sûr de trouver un créneau pour la soirée Robins, sur mon agenda particulièrement rempli. Finalement, le samedi 3 novembre semblait faire l’affaire, et B#2 garantissait une distribution de qualité. À tel point qu’une souris vint s’agréger aussi.

Cela fait toujours plaisir de (re)voir du Jerome Robbins. Mais cette soirée a surtout servi à illustrer un fait : les Français ne sont pas Américains et dansent trop proprement. Ça commence dès Fancy Free, qui est une sorte de semi-comédie musicale muette sur une musique de Leonard Bernstein (ça aide), avec une distribution quatre étoiles (cinq si on compte l’absurdité de la situation de François Alu) : Karl Paquette (que j’ai donc vu probablement pour la dernière fois — avant qu’on ne lui fasse un statut spécial pour qu’il revienne régulièrement sauver le ballet, qui ne se remettra jamais trop de son départ à la retraite), Stéphane Bullion, Alice Renavand et Eleonorra Abbagnatto (rejointes plus tardivement par Aurélia Bellet). Et pourtant, surtout chez les messieurs, moins pour le naturellement cocky Alu, on passe un peu à côté de ce que cela aurait dû être. C’est sympa, mais ça ne swingue pas assez.

« A Suite of Dances » avec Paul Marque (en remplacement de Mathias Heymann, encore en SAV après quelques représentations), sur des suites en violoncelles de Bach qui ne marqueront pas l’histoire des interprétations, est du même tonneau : propre, trop propre. Mais on est heureux de découvrir un interprète soliste de talent (21 ans, sujet, Varna 2016), qui a bien le droit d’être encore un peu vert — on a un problème de RH assez sérieux, à l’opéra…

Après l’entracte et un retour en baignoire (où l’on voit toute la scène, certes écrasé en hauteur, mais où l’on entend fort mal), c’est Afternoon of a Faun, sur Debussy, avec Germain Louvet en gentil Faune et Léonore Baulac qui passait par là (après tout, ça se passe dans un studio de danse, ce sont des choses qui arrivent). On n’a pas trop senti la tension anthropozoophile. Dommage. Joli sans plus. On pouvait en attendre mieux. Du stupre, que diable !

Et enfin, le grand Glass Pieces — avec Ludmila Pagliero et Florian Magnenet pour mener toute la troupe. Quel plaisir, cette pièce… Là encore, quand on l’a déjà vu et revu avec les locaux ricains, on a remarqué que ça a plus de tension et de punch, même si c’est moins propre et tout lisse. Faut nous les dévergonder, les loulous.

lundi 5 novembre 2018

dernier des Naharin

Avec Sadeh21, Ohad Naharin confirme définitivement qu’il aurait pu être un grand chorégraphe de génie, mais que finalement, de son oeuvre, il ne restera plus grand chose avec le temps. Encore une fois, les quelques éclairs de génie (comme ce formidable check de fesses de danseuses !) sont dilués dans du remplissage exploitant les mêmes idées générales beaucoup trop longtemps, dans un ensemble fort inconsistant, passant de choses à l’autre, sans trop d’égard pour le rythme — et finalement, ce n’est que vers la fin que ça danse enfin en musique (très entêtante), pour une pièce un peu plus consistante. On y trouve d’ailleurs encore les mêmes obsessions du chorégraphe, comme le fait de compter (ici les différents regroupements de danseurs).

Ce n’est pas tout de choisir avec grand talent la musique (et parfois de la composer sous pseudo, peut-on apercevoir au générique, pendant que les danseurs montent et tombent, nous privant ensuite de saluts dédiés, au grand étonnement du public). Ni de promouvoir de jeunes danseurs — le Young Ensemble, qui ne paraît pas si jeune, même si l’on note que la troupe a été entièrement renouvelée (et partiellement transvidée dans la Batsheva ?) depuis la création de 2011. Ni de tenter des choses étranges comme ce décompte des chapitres qui, avançant trop lentement pour les 1h15 que ça dure, saute tout à coup des numéros à la dizaine pour arriver enfin à Sadeh21. Il manque quelque chose. Quelque chose qui fasse que cela marche. Ce n’est pas déplaisant, mais c’est frustrant, quand on voit tout ce potentiel non achevé. Ça donne cependant de très bons clips.

mardi 23 octobre 2018

titre gaga

On ne comprend décidément pas trop comment Ohad Naharin choisit ses titres. Retour à Chaillot pour la suite de la série de son programme, 20h30 horaire standard — on peut somnoler à moitié en face de la Tour Eiffel, qui a le bon goût de clignoter une fois l’heure, une fois qu’il fait trop froid dehors.

« Venezuela » fait figurer deux groupes de huit danseurs, qui se mélangent uniquement à des points précis, pour deux fois 40 minutes. Vraiment deux fois. Copier-coller, avec de légères modifications — notamment la musique, ce qui tend à prouver que peu importe ce que l’on met derrière tant que c’est très bon.

J’ai noté la succession : d’abord, de la musique envoutante ancienne (grégorien en 1, quatuor à cordes en 2), joliment illustrée ; puis du sautillement en courant dans tous les sens, suivi du même chant rap/hip hop (The Notorious B.I.G.) interprété par deux danseurs (et stop motion/petits sauts sur le côté en synchro du groupe) ; suit une séquence de « ah dada sur le cheval » (en faisant des longueurs, petits sauts de temps à autre, 2e musique indienne hyper connue envoutante — Paakhi Paakhi Pardesiiiiiiiii) ; et tout à coup, défilé de « faisons tourner les serviettes » (qui deviennent des drapeaux dans la version suivante — WTF ? « Oeuvre engagée »), avant de recouvrir l’un des danseur desdits textiles, qui se fait sauter dessus quand il se relève, tandis qu’un certain nombre d’autres danseurs s’écroulent (spécialité maison) ; et enfin, la musique  (Rage against the machine ?) sature jusqu’à très fort, pendant que les danseurs entrent en transe chacun à tour de rôle en se détachant du groupe.

Les moments de génie durent généralement 5-10 minutes, mais il y a beaucoup trop de remplissage et d'auto-recyclage à l'envi pour ne pas arriver à cette conclusion : mais encore ? Mettre une excellente BO et des danseurs supers (surtout le côté Juive de la force) ne suffit pas. Il faudrait faire réduire la sauce pour arriver à l’excellence. C'est plaisant, mais pas doublement plaisant.

Pour mémoire, la BO :

 Olafur Arnalds, The Wait ; Biz, Mirage ; Converter, Coma ; Mahalakshmi & Udit, Narayan Ae Ajnabi (From «Dil Se») ; Niblock Phill, One Large Rose ; Notorious B.I.G, Dead Wrong ; Rage Against the Machine, Bullet in the head ; Chants grégoriens «Kyrie fons bonitatis, Litany», «Beata Viscera», «Offertorium: Lubulate Deo Universa Terra»,«O Euchari» «de Profundis», «Alma Redemptoris», «Alma Redemptoris Mater», «Litany: Litany»

mardi 16 octobre 2018

(soft) decadance

Ohad Naharin investit Paris. Alors qu’il n’y ait que très très rarement donné, voilà-t-il pas qu’en plus de squatter Chaillot, il a aussi programmé une sorte de bestof de ses pièces emblématique à Garnier : « Decadance », qui entre au répertoire sous une nouvelle version — le programme parle à la fois d’une création en 2000, mais aussi d’extraits de Mabul (1992), Anaphase (1993), Zachacha (1998), Naharin’s virus (2001), Three (2005), Telophaza (2006), MAX (2007), Seder (2007), Sadeh21 (2011). Pas avec ses danseurs, de fait, mais avec une formidable équipe B de l’opéra (pour une soirée Arop où quelques fumets et bruits de verres pénètrent les loges, alors que les tables occupent déjà la galerie).

Côté dames : Marion Barbeau, Aurélia Bellet, Alice Catonnet, Aubane Philbert, Silvia Saint-Martin, Ida Viikinkoski, Katherine Higgins, Juliette Hilaire, Caroline Osmont, Camille de Bellefon, Célia Drouy, Marion Gautier de Charnacé, Clémence Gross, Héloïse Jocqueviel, Sofia Rosolini et Seo-Hoo Yun. Rien que Gautier de Charnacé et Jocqueviel dans la même team, ça fait rêver (mouillé). Côté messieurs : Aurélien Houette, Pablo Legasa, Marc Moreau, Francesco Mura, Nicolas Paul, Jérémy-Loup Quer, Daniel Stokes, Yvon Demol, Antoine Kirscher, Mickaël Lafon, Simon Le Borgne, Hugo Vigliotti, Takeru Coste, Julien Guillemard, Antonin Monié, Andréa Sarri. Not so bad!

Surprenant : chez les demoiselles, il y a des formes — et même, dirait-on, de la fesse très ronde ! Certes le pantalon de couleur ne doit pas aider, mais il semble que le casting était assez ciblé. Ce n’était pas la seule chose suspecte de la soirée.

Cette oeuvre est une sorte de patchwork pas toujours bien cohérent où l’on trouve du happening, de la flashmob et du monsieur loyal (au ralenti) pour occuper pendant les changements de costumes — assez drôle tout autant que poussif. Le début punchy, avec de beaux effets de groupe (avec de la super musique, notamment Goldfrapp), s’essouffle assez rapidement pour faire place à des saynettes participatives.

Notamment, après avoir demandé à tout le monde de se lever, puis aux anciens de se rasseoir, la liste continue, d’abord avec ceux qui gagnent plus de 250k€/an, où dans la salle, lors d’une soirée mécénat, personne ne se dénonce. Après un Baron perché d'Italo Calvino qui sauve pas mal de monde (notamment mon binôme) et une position géographique de la Mecque (bah oui, avec la position de Garnier, pas trop compliqué !), ceux qui se masturbent sont invités à rejoindre leurs sièges : personne là non plus. Bref, j’ose espérer qu’il y a beaucoup de menteurs patents, sinon c’est à désespérer. Tout ça pour trouver une dame dont c’est l’anniversaire, au parterre (pour faire du semi-chippendale). Plus tard, le picking dans le public (essentiellement de femmes en habits rouges) donne aussi dans le théâtral participatif assez démago (même si l’acuité dansante moyenne est surprenante : les bourgeois se débrouillent bien !).

Bref, heureusement, dans ce grand ventre mou, il y a aussi un très beau moment sur Nisi Dominus de Vivaldi (en même temps, avec ce genre de musique…) et la fameuse Ehad Mi Yodea, que j’avais vu il y a très longtemps avec Europa Dance au TCE, chaises en demi-cercle et danseur tout au bout qui tombe — mais côté cour, on le voit à peine ! C’est idiot de ne pas avoir vérifié cela dans un théâtre à l’italienne !

La longue pièce de fin est assez décevante, très réchauffée, peut-être parce que déjà trop ancien, et malgré une très bonne BO d’ensemble, ça donne quelque chose globalement moyen plus. Il y a certes de bons moments, mais ce n’est pas ébouriffant, et parfois creux et gratuit. On voit clairement passer les 1h20 que cela dure à peine. Et surtout, malgré le jeu de mot… ce n’est pas du tout décadent !

lundi 8 octobre 2018

expérience extraordinaire

Gaspar Noé donne avec Climax dans l’ascenseur émotionnel inversé : c’est d’abord euphorisant, et ça devient totalement flippant. Comme il aime le faire, c’est monté dans tous les sens : un morceau de ce qui sera la fin, un bout de générique, l’interview des danseurs recontextualisés au temps des cassettes vidéos et des téléviseurs cathodiques (1996), encore du générique, et la première partie dansante à fond les ballons, hyper dynamique, techno. Générique de fin. Et puis ça blablate entre danseurs, de plus en plus de sexe. La sangria aide… avant qu’on ne se rende compte qu’il y a un truc bizarre dedans, et que ça perde les pédales. Noé filme dans tous les sens, même à l’envers depuis le plafond, travellings de fou, pendant que les personnages pètent les plombs. « Vivre est une impossibilité collective » et « mourir est une expérience extraordinaire » seront les messages de cette partie (après, de mémoire approximative : « à ceux qui nous ont fait et qui ne sont plus » et « naître est une expérience unique », qui étaient au tout début du film).

Aucun générique de fin. Du pur Noé, tourné en 15 jours pour 95 minutes, et 2,60 millions d’€ qui seront peut-être remboursés dans 20 ans. Certains en disent donc que c’est son meilleur, d’autres que c’est de la rediff qui n’a plus aucun intérêt à force. Résumons : ça part dans tous les sens, on est remonté comme une pendule avant de s’enfoncer d’horreur dans son siège : que demande-t-on de plus, en fait ?

mardi 17 juillet 2018

garder MOB

Y aura-t-il jamais meilleure fille mal gardée que Mathilde Froustey ? Probablement jamais — la preuve, elle s’est enfuie loin. Mais clairement, la deuxième meilleure mondiale, c’est bien Myriam Ould-Braham. Comment se fait-il que celle qui a accédé au statut de MILF puisse encore être aussi crédible dans ce rôle ? Mystère de la longévité extraordinaire des danseuses… Cette soirée n’étais pas prévue à mon agenda, et puis je devais rejoindre la souris, et puis j’ai carrément fini par lui piquer sa place. Surtout que si MOB était Lise, Mathias Heymann était Colas. On sait qu’à l’opéra de Paris, ce genre d’alignements de danseurs compétents est assez rare pour ne pas justifier de se jeter dessus. D’ailleurs, ma saison dans les murs de Garnier a été rachitique, et ce n’est pas totalement pour rien.

Mais de fait, j’ai raté plein de new faces. Certes, en poules, c’est difficilement reconnaissable. Et si l’on a une nouvelle Mère Simone en Alexis Renaud, c’est en l’occurrence pour Axel Magliano en nouvel Alain (rôle jusqu’à présent affecté à Allister Madin, qu’il a alterné avec Adrien Couvez jusqu’à cette prise de rôle non lâchée jusqu’à la dernière), que la souris comptait assister à cette soirée. Car c’était le petit bonhomme de son cours de danse. Le petit poulet parmi les poulettes, en somme. Qui deviendra grand, et qui a recueilli un très franc succès auprès d’un public tout acquis, manifestement découvrant l’oeuvre, et marchant à fond — autant aux blagues qu’à l’âne.

Et puis il y a aussi les new faces dans le corps de ballet, une fois déplumé, et manifestement de danseuses « racisées » très miamesque, ce qui change de plan-plan blanc-blanc-blanc, pour le plus grand plaisir de nos mirettes. Comme quoi, on penserait avoir affaire à du classique abattage quand on se retrouve avec du jeune jeune, et des jeunes anciens toujours très talentueux, bondissants et à croquer. Et après une énième rediffusion (j’ai arrêté de compter), se rendre compte que ce ballet on ne peut plus niais mais malicieux marche toujours autant.

été du Pacifique, suite

Le 2e programme des étés de la danse, qui était donc le 1er, était toujours aussi vide. Avec un meilleur placement, la souris et belle-maman, on se recule un peu pour être un peu plus haut et profiter de la scène en passant sur la grande fosse d’orchestre cette fois vide. Ça débute avec un superbe Christopher Wheeldon, sur la musique de Joby Talbot, « Tide harmonic », avec des mouvements novateurs, désarticulés, des pas de deux, des groupes, le tout dans une ambiance de combinaisons bleu métal sur fond sombre.

Inversement, la deuxième pièce, « Red Angels » d’Ulysses Dove, est très rouge ! Sur la musique de Richard Einhorn, interprétée sur violon électrique sur scène côté jardin, c’est très graphique, aussi très fluide. Après ça, on est préparé pour une tournée des musiques contemporaines « classiques » (Beirut, Andrew Bird’s Bowl of Fire, Alexandre Desplat, Philip Glass, Max Richter, Tom Waits et Kathleen Brennan), qu’Alejandro Cerrudo exploite fort bien dans « Little mortal jump ». Ça foisonne d’idées. On commence par un danseur esseulé qui va du public à la scène avant de se jeter dans la fosse. Puis il y a beaucoup de pantomime, avant de commencer sérieusement… Ou pas. On scratche quand même 2 danseurs sur de grandes boîtes, à un moment. Ça doit certainement raconter quelque chose, de poétique…

Entracte. Cette fois, visite du bâtiment jusqu’au bout (immense, vide, succession de bars sympas accessibles uniquement par le dehors — peu pratique !), et de l’extérieur à l’extrémité, qui donne sur la boule. Pas mal, on aurait quand même pu un peu mieux faire que ce style Palais-des-Congrès toujours un peu froid qui manque de splendeur. Misère des bâtiments modernes.

Bref, retour dans la salle principale (qui n’est donc pas dans la boule) pour un Crystal Pite rempli de bestioles qui grouillent sur la musique d’Owen Belton. Pite est très forte pour les effets de groupe (en l’occurrence une quarantaine de danseurs ! Probablement toute la troupe), et « Emergence » en fait la part belle. Un final en forme de wow, pour un bien meilleur programme que deux jours auparavant, avec une compagnie attachante.

été du Pacifique

J’avais un peu fait mon pré-deuil des étés de la danse. Trop loin, trop cher, pas assez de temps. Même si un jour, aller voir à quoi ressemble la Seine musicale, dont je n’avais aperçu que les fondations, ne serait pas de refus. Et puis l’occasion (et la souris) font le larron.

Quelques euros et une demi-grande traversée de Paris plus tard (même depuis le 15ème, l’Île Seguin est quasi-injoignable, sans compter qu’il faut terminer à pied…), on arrive dans une salle bien trop grande pour ce qu’il s’y joue, qui reste désespérément vide avec les tarifs épouvantables pratiqués (et la distance géographique), malgré les baisses opportunistes via les canaux usuels. Apparemment, c’est habituel. Et si c’est la programme B de la série du North West Pacific Ballet, avec Marina de Brantes et plein d’Américains dans la salle, ça n’a pas suffit. Même avec un vrai orchestre dans la fosse — l’orchestre Prométhée.

La très belle musique de Benjamin Britten en profite d’ailleurs dès le début, avec « Her door to the sky » de Jessica Lang, où les couleurs pastels virevoltent. Un voisin peu content dit que ça fait spectacle de fin d’année. Qu’on le pende. Suit un looooooong précipité, apparemment habituel aussi : manifestement la régie s’entraîne… Le court & beau Forsythe, « Slingerland duet », sur la musique de Gavin Bryars, fait un peu comme ces mignardises dans les grandes tables. Next. Un plat un peu plus complexe à digérer, après un nouveau précipité (et de nouvelles migrations, selon un mouvement gravitationnel), consiste en du Millepied déjà vu à l’opéra, Appassionata, sur Beethoven évidemment (fourni avec pianiste). Le problème supplémentaire est que même en s’étant déjà avancé au maximum de la deuxième partie de la salle, la distance accentue l’effet télévisuel.

Donc, avant l’entracte, c’est plaisant mais peu passionnant. Après l’entracte, la salle est encore plus vide. L’occasion de positionner vers la milieu de la première partie des gradins. Il y a toujours de la place pour les jambes (ce se paie par la distance, étant donné l’absence de balcon), les fauteuils sont toujours médiocrement confortables. Et puis une surprise d’une grosse demi-heure, « Waiting at the station » de Twyla Tharp, une chorégraphe que j’affectionne particulièrement depuis de lointain Étés de la danse (avec l’ABT). C’est une comédie musicale muette (sur du Allen Toussaint), uniquement dansée. Et même si on y comprend rien, c’est fort chouette.

mardi 5 juin 2018

swan of the times

Un british Lac, voilà l’idée souristique pour occuper son lundi soir à Covent Garden. Avec Natalia Osipova dans le rôle du cygne principal black or white, s’il vous plaît. Une toupie, cette fille. Elle tourne, elle tourne… Sauf les fouettés. Ce n’est pas les seules modifications repérées, la plupart étant signées de Liam Scarlett (sur une base déjà remixée par Frederick Ashton, parce qu’on n’a pas de Noureev dans le coin). Souvent, c’est uniquement les fans durs qui pourront repérer (je m’en tiendrai principalement au 2 grands cygnes après les 4 petits — le compte n’y est pas). Parfois c’est franchement surprenant, comme l’apparition furtive en fin du deuxième acte d’un mini-corps de cygnes noirs (pour mieux masquer une entourloupe en fond de scène avec Rothbart). Fin choisie : suicide faute de vouloir rester un cygne de jour (je vois pas le problème, mais bon…).

Le prince Mattew Ball a très bien fait le job. Le méchant sorcier de service, Gary Avis, avec son splendide manteau, était tout aussi parfait. Pour 17£, on est tout au paradis, au dessus de l'excellent orchestre (toujours Koen Kessels) et des bataillons en formation de cygnes, et c’est très bien (mis à part le voisin de gauche bruyant et la séparation forcée de bienaimée par l’achat de dernière minute). Et pendant ce temps, Osipova n’en fini pas de tourner et faire tourner les têtes…

lundi 2 avril 2018

miel !

Des places pour Grease au théâtre du Mogador, que je n’avais arpenté depuis plus de 10 ans, sont tombées du ciel. Le temps de vérifier que même gratuit, ce n’était pas un cadeau empoisonné, et zouh, j’accompagne la souris. Il y avait quelques raisons d’avoir peur. D’abord, comédie musicale et France, c’est fort aléatoire ; surtout quand il y a de la traduction dans l’air. Néanmoins ce n’était pas si mal fait, ce mélange : les chansons mineures (qui peuvent faire avancer l’histoire — hum) sont en français, les hits en anglais, les refrains connus aussi (donc du franglais, mais ça passe). Il y a du métier. Le plus étrange restait les surtitres… tout le temps en anglais !

Après, il y a l’aspect théâtre et moulinette grand-public : là, ça pique un peu plus, surtout l’espèce de duo absurde, clownesque, entre la directrice et son élève-geek fétiche. Ça fait rire le public, ce genre de bêtises. Nous n’avons pas les mêmes valeurs. C’était parfois même inutilement très long : avec un seul entracte, la soirée durait tout de même fort tard ; on pouvait donc faire quelques économies de pitreries.

Et enfin, il y a l’interprétation. D’abord orchestrale, avec en fond de scène et en hauteur la fanfare du village, beaucoup trop sonorisée dans un espace si petit, mais qui fait le job. Ensuite scénique, avec une troupe qui tient la route, clairement emmenée par LE Travolta français, Alexis Loizon (son alter-égo Alyzée Lalande paraissant bien plus pâle à côté, même une fois qu’elle se dévergonde), et par une danseuse talentueuse, de très loin la meilleure, Luna Chiquerille (c’est aussi le seul bon plan hétérosexuel du groupe de filles). Il y a à boire et à manger dans le reste, les garçons se prenant moins au sérieux que les filles, ce qui les rend bien meilleurs en général.

Pour une soirée gratuite, c’était en tout cas bien dans l’ensemble, quoique perfectible et à recouper. On apprécie la décoration dans le ton de Mogador, qui vend des goodies hors de prix, mais toujours dans l’ambiance des fifties. S’il avait fallu payer le prix affiché de notre place, j’aurais en revanche été sûrement moins clément, et aurais exigé un dédommagement en Luna Chiquerille.

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