humani nil a me alienum puto

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lundi 18 janvier 2016

reine Élisabeth

Je ne sais plus quand est-ce que j’ai découvert Élisabeth Louise Vigée-Le Brun, mais je suis tout de suite tombé amoureux d’elle. Parce qu’elle peint des femmes avec un tel naturel qu’on a envie de les embrasser. Et ça, c’est extraordinaire. C’est louable.

Il est assez incroyable de voir qu’alors que la marie de Paris se creuse la tête pour trouver d’illustres inconnues pour nommer les rues du quartier BNF/Grands Moulins et les stations de tramway, rien n’est nommé d’après notre plus grande peintre, totalement ignorée. D’ailleurs, c’est la première rétrospective qu’on lui dédie en France (et elle vient après une seule autre à New York, il y a des années, de mémoire). On sent le délit de sale gueule parce qu’elle peignait les grands aristos de ce monde, dont elle était tout de même assez proche (notamment de Marie-Antoinette), elle la fille d’un dessinateur et d’une coiffeuse, épouse (plutôt par hasard) d’un marchand d’art aisé mais finalement ruiné. Et encore, l’expo est-elle dans la petite aile du Grand Palais, prise d’assault, trop petite donc hyper encombrée (encore plus pratique avec la police 6 employée partout), tandis que les salles principales sont prises par l’imbécile exposition autour de Picasso, vide — pas même le clarinettiste ne s’y est trompé.

Ça n’empêche pas de se taper des violons féministes à deux balles sur le fait qu’EVLB était déconsidérée parce que c’était une femme, et que c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a eu du mal à entrer à l’Académie (où elle a dû se faire coopter par la famille royale, au premier rang de laquelle Marie-Antoinette — ciel, une femme ?). Juste avant qu’on nous dise qu’en fait, c’était parce qu’elle n’était pas d’assez noble extraction. Puis qu’on apprenne (avec tableaux exposés à l’appui, de grande qualité), que sa concurrente de l’époque, Adèle Romany, que l’histoire a certainement tout aussi injustement peu retenue (une noble, pensez-vous !), était entrée en même temps à l’Académie des beaux arts. Manifestement sans problème. Faudrait savoir…

En bas, on a la période de sa jeunesse. La cour française, la famille, les ami(e)s, les inspirateurs, les disciples et les rivales (sur les tableaux ou en tant que peintres). Pratique ces artistes qui ont une chronologie thématique. Parce qu’en haut, c’est l’exil européen après la révolution (dont Elisabeth était peu friande, et je me souviens d’une citation sur le machisme des révolutionnaires et le recul de la place des femmes qui fort étrangement n’a point été mentionné dans cette histoire décidément réécrite par les vainqueurs au stylo rose — une du genre, par exemple : “Les Femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées.”). Elle va en Italie, en Autriche, en Russie, et essaime les chefs d’oeuvres et les commandes, plus ou moins appréciés des têtes couronnées, mais à des tarifs qui lui permettent de mener bon train. C’est une femme indépendante.

Elle avait fait des autoportraits dans sa jeunesse, qu’elle avait laissé un peu partout dans un très grand feeling de self-branding, extrêmement douée qu’elle était pour communiquer et se vendre. Puis on ne sait plus trop à quoi elle ressemble. De toute façon, elle avait aussi un don pour flatter juste assez, que ce soit reconnaissable mais en masquant les défauts. Il semble aussi qu’elle a embelli avec les ans. Et qu’elle a toujours de belles dents — certainement la première à le montrer sur un tableau, une de ses astuces avec le travail en vernis en surimpression (le glacis), les ombres, les joues au blush, la chevelure étonnamment naturelle, l’habillement usuel (même pour la reine, scaaaaandale ! — Faudrait savoir, là aussi… Jamais contents, ces Français).

Mon amour pour Élisabeth Vigée Le Brun n’a pas été démenti par cette exposition que j’attendais depuis longtemps, mais que je n’avais pu aller voir jusqu’à présent, avec mon agenda de fou et tous mes déplacements. Il manquait quelques oeuvres majeures, mais devant toutes celles de collections particulières, on se dit surtout qu’un p’tit Vigée Le Brun dans son salon, ça doit quand même bien claquer…

lundi 26 octobre 2015

plafond à la Philhar

« Superbe » et « somptueux », voici ce que m’a répété Laurent tout le long de l’expo Chagall à la Philharmonie, émerveillé. Croisé par hasard dans les espaces du bas, et alors qu’il était muni de son pass magique-pour-deux des amis de la Philharmonie (ex-amis Pleyel déjà pré-fusionnés en amis de la Cité de la Musique, ils sont malins !), nous pûmes ainsi parcourir les salles d’exposition chargées de tableaux, de toiles, de vidéos, de costumes, une collection riche et intéressante, qui complétait bien l’exposition du Luxembourg.

mardi 25 août 2015

chez Jeanne

L’expo Lanvin est la dernière partie de la période thématique « couture », après Jean-Paul Gaultier et Christian Dior. C’est aussi une expo pour laquelle on a peut-être un peu trop traîné, mais le palais Galliera a une bonne extension sur la durée — jusqu’à fin août. Ça n’empêche pas une bonne queue à l’extérieur, et de se cogner beaucoup à l’intérieur : à l’exiguïté du lieu s’ajoute la manie de créer des alcôves peu propices aux passage des nombreux visiteurs, de telle sorte que la fluidité en prend un grand coup (et toujours cette maladie contagieuse des petites écritures…). Pour l’occasion, des collections ont été sorties des caves, de telle sorte qu’un certain nombre de pièces étaient présentées à plat, ce qui retire du volume à l’affaire, avec un système de miroir pour un peu plus de rendu.

Il y avait quelques pièces originales aussi, sur la vie de Jeanne, comme le passeport de fuite de Victor Hugo au nom du grand-père (parce qu’il était un ami de la maîtresse #1 de celui-ci — Juliette Drouot —, et plus tard il y eut aussi une autre Lanvin à son service, qui fut sa maîtresse), et des photos, où l’on voit la réussite et la richesse qui honorent une belle réussite, jusqu’au mariage de la fille Lanvin, qui devient noble et se fait renommer.

Il y a bizarrement peu de chapeaux, alors que Jeanne Lanvin était avant tout modiste, peut-être parce qu’ils ne se sont pas si bien conservés. Étrangement aussi, quasiment toutes les robes sont noires, alors que l’on fait plusieurs fois référence à l’introduction de la couleur — dont quelques exemplaires sont effectivement flamboyants. L’explication se trouve peut-être dans les légendes : les clientes avaient manifestement la manie de demander du noir, même quand il y avait la couleur, et ce sont ces collections particulières qui se sont généralement retrouvées sous verre.

L’effet « collection » a tendance aussi à étouffer un peu le propos historique, qui était bien mieux mis en valeur lors de l’exposition Carnavalet. Par exemple, qui est cette comtesse, que l’on voit partout commander une bonne partie des robes ? Qu’en faisait-elle ? Quelle était la mode du temps ? Une seule vidéo, physiquement difficilement accessible, pouvait montrer un peu d’action pour les longues robes très travaillées — à noter à un moment une robe rouge fabuleuse qui a été portée par un modèle sur une peinture, l’effet est saisissant ! On fait le tour en une heure environ, peut-être plus renseigné qu’émerveillé.

dimanche 19 juillet 2015

portraits d’anglo-hollandaise

Le National Portrait Gallery de Londres a eu cette géniale idée de consacrer une exposition à la magnifique Audrey Hepburn que j’adore plus que tout. Est-ce la plus belle femme du monde ? En voilà une question : le look « gamine » de sa vingtaine, qui a fait sa renommée, a suivi des années adolescentes un peu potelées mais formatrices au ballet ; et l’idée, c’est essentiellement de ressembler à un garçon manqué. Et puis ensuite, il y a eu Givenchy, et les robes incroyables qui ont mis en valeur sa taille (parce qu’après tout, elle avait tout de même un sacré bassin). L’exposition se veut une rétrospective iconographique, avec du rare pour attirer un public fanatique (notamment une relique : une paire de pointes) et du très-typique, avec pour finir un mur de unes de magazines (depuis la toute première où elle était encore inconnue, à 19 ans). On comprend la construction de son personnage, au cours de son ascension rapide puis des différents films, jusqu’à la moitié de la trentaine, à la suite de quoi tout se calme (elle a ses deux gosses avec le 2e mari), pour ne réapparaître qu’avec l’ONU, vers la fin trop rapide de sa vie — et donc de nouvelles belles photographies.

Une bien belle expo, un peu courte et de fait un peu chère… Mais comme d’habitude, le reste du musée est gratuit, notamment l’habituel concours du British Portrait, dont j’ai absolument adoré le second prix, Eliza

par Michael Gaskell : un portrait selon une inspiration flamande. Ah, les néerlandais(es) !

mercredi 20 mai 2015

pas un nain

Tout le monde a pris le pli : pour entrer au Grand Palais, il faut s’y prendre en avance et réserver. Pas de Ménimes, mais le nom de Diego Vélasquez évoque assez aux cultivés parisiens pour justifier un déplacement massif — ça implique donc des premières salles toujours surchargées. C’est que lorsqu’on y pense, on en voit très peu, du Vélasquez (j’en ai reconnu un de Berlin, mais les autres…). Avec ma dixseptiémiste préférée (qui s’est rendu compte pour l’occasion que le sexagénaire a traversé plus de la moitié de son siècle — et qu’il était rudement à son goût quand il était jeune), nous avons donc découvert les non-Ménimes : c’est qu’il en a fait, des choses, pardi ! Et évidemment, surtout des portraits pour les grands de son monde, ce qui comprend forcément une tripotée de Hasbourg post-Charles Quint, donc très moches. Le talent du peintre transparaît : c’est vivant ! Rendre le moche beau (tout en montrant que bon, c’est pas consommable), Vélasquez n’a pas volé sa réputation. Avec cette belle expo, il n’y a plus qu’à se rendre à Madrid !

lundi 4 mai 2015

678ème semaine

Après un an d’absence, j’enchaine quelques visites londoniennes, dans cette ville en constante mutation (encore plus que Berlin !), où des quartiers entiers sortent de sous terre, des tours d’habitation poussent, des immeubles fous accueillent des entreprises florissantes qui manifestement paient assez leurs employés pour dépenser des fortunes en immobilier… Si le reste de l’Angleterre était comme Londres, on serait enterrés, pauvres Frenchies ; heureusement pour nous, le contraste est manifestement beaucoup plus fort qu’entre Paris et la province…

Mais en attendant, j’ai bien contribué à augmenter le GDP du pays, en faisant la tournée des tailleurs — dont un nouveau, Budd, qui fait aussi les chemises de Doctor Who ! Mais tout ceci ne serait rien face à ce que je prépare, si seulement j’avais assez de finance pour cela…

À Londres, il y a des tailleurs, des salons pros, et des galeries d’art. À la Saatchi gallery, il y a des choses très très moches en bas, le pire du contemporain. Mais en haut, c’est génial : comme le lieu est sponsorisé par Hermès (c’est même à eux, en fait ?), leur directeur artistique s’est fait plaisir, pour un parcours de flânerie (en français dans le texte), « Wanderland », qui sur une musique entêtante accueille dans un sas cinématographique, fait passer dans une salle à canes de la collection d’Émile Hermes, affiche des items vintage de la maison en galerie avant un monde parisien inversé (un kiosque au plafond !), des graffitis partout, et un bistrot magique (où un sac Hermes était menotté au porte-manteau : pas fous non plus !) ; un théâtre de marionettes, un portique sculpté-illuminé-animé, tout y est pour un parcours magique hors du temps. Un ravissement !

lundi 30 mars 2015

musées franciscains

L’an passé, j’avais privilégié la découverte de la ville à ses musées : on ne peut pas tout faire en temps contraint. Cette année, il fallait donc rendre justice aux lieux culturels négligés. Le temps étant encore plus contraint, et entrecoupé de quelques rencontres malthidiennes (on ne va pas s’en plaindre !), j’ai encore dû sacrifier l’hyper-cher California Academy of Sciences ($34,50…) — et Alcatraz.

Le SF asian art museum est fort célèbre, surtout… pour son escalier monumental. Qui mène à une grande salle vide (une ancienne bibliothèque, étant donnée les inscriptions aux murs). Il faut choisir côté pour faire le tour d’un étage de collections : les japonais-coréens-chinois au premier, les indiens et autres bouddhistes au second. Les collections sont riches et croisent des temps anciens (parfois très anciens, certaines pièces ont trois mille ans !) avec de l’art contemporain. La continuité est bien assurée, et l’agencement agréable. À $15 l’entrée, cependant, il faut vraiment que l’on jumelle une exposition temporaire pour en avoir pour son argent — en deux heures de temps, on a bien poussé l’exploration du lieu…

L’exposition du moment, justement, prend un angle intéressant : « les yeux de l’imprimeur ». On l’oublie souvent, mais l’estampes n’est pas directement dessinée — c’est sa définition même ! Il faut un imprimeur, en couleurs pour les nippons. Une vidéo introductive montre comment on procède : malheureusement, les trois salles du rez-de-chaussée étaient fichues de manière telle que je ne l’ai vu qu’en tout dernier — et pas entièrement. Par couches successives qu’il faut appliquer en recalant le modèle (ce qui use beaucoup d’essais infructueux !), du plus clair au plus foncé (on termine donc par le noir, avant de saupoudrer un fond), le dessin de l’artiste apparaît peu à peu. Il y a absolument de tout dans cette exposition, des scènes de vie quotidienne à de l’érotisme en passant par du kabuki. Une salle entière est dédiée aux geishas, à leur vie, à la vie de la cité autour de d’elles, et outre quelques kimonos magnifiques (dont des certains pour dormir, taille XXL mode couette à manches), le clou du spectacle est un très long parchemin de plusieurs mètres entièrement déroulé (une bonne quinzaine), sous plexiglass, qui montre la vie des paysans, l’entraînement d’une jeune maiko (qui sont devenues des superstars d’après le film que j’ai vu dans l’avion au retour, « Laidy Maiko », sorte de vague remix de Pygmalion/My fair lady totalement halluciné…), l’arrivée d’un samurai qui va dépenser des fortunes pour son amusement (les panneaux explicatifs, toujours didactiques faute d’être très précis, parlent d’équivalents d’une ou plusieurs dizaines de milliers de dollars), son départ au petit matin après les plaisirs (dans le kimono XXL) et le repas dans la prison dorée des demoiselles…

Tant de beauté est époustouflant. Cette expo-collection annonce la couleur des autres : vague thématique, très belles pièces, cartons imprécis mais praticables (on ne sait jamais l’origine des oeuvres, frustrant !!), prix rédhibitoire. Au de Young, le lendemain matin, j’ai opté pour le billet jumelé avec le Legion of Honor, pour $24. Ça arrache, mais je pensais avec les deux expositions temporaires pour ce prix-là : que nenni, pour le LOH et son (manifestement petit, à la vue du plan et du catalogue) extrait des collections du musée du costume de Brooklin, il fallait compter $13 de plus. Au de Young, on redécouvre les très bonnes collections du musée d’Edimbourg — qui y étaient gratuites. Autant dire qu’il ne faut pas s’y rendre actuellement : SF a tout dévalisé — avec une vague thématique « de Boticelli à Braque », alors même qu’il y a une pièce plus récente que celle de Braque exposée… —, y compris le magnifique Sargent (Lady Agnew of Lochnaw, 1892), toujours à tomber.

À ce propos, j’ai vécu une scène qui est je pense typique de l’esprit américain : une dame se promenait avec ses deux enfants, et sur sa sélection d’oeuvre, s’attardait accroupie avec eux assez longuement, pour raconter diverses choses avec ce ton toujours émerveillé ; faisant participer les marmots, elle leur demande ce qu’ils ressentent face à cette présence forte de la jeune fille (peinturlurée en pleine dépression…) puis d’où vient la lumière qui donne cette impression : d’en haut à droite, bien sûr, bravo ! Sauf que toutes les ombres du tableau sont portées vers la droite…

Le de Young (d’après le nom du fondateur du San Francisco Chronicle), ça fait un peu la foire fouille : tu trouves de tout si tu es malin… Au rez-de-chaussée du bâtiment hyper moderne (avec une tour de neuf étages qui sert uniquement de panorama aux visiteurs), quelques petites salles proposent des oeuvres contemporaines qui vont de la photo à la sculpture absconse en passant par la vidéo sans aucun intérêt. Mode sous-sol du BHV/palais de Tokyo. On s’amuse de ce que des oeuvres contemporaines soient exposés pas loin d’art « primitif » d’Amérique du Sud, et y ressemble beaucoup. À l’étage, c’est mieux, un énorme anneau de grandes salles font apparaître des collections les plus diverses et variées, rangées par thèmes et par mécènes. On retrouve des arts indiens, où les pièces peuvent avoir 30 ans comme 3000 (peu de différences : ça c’est de la constance digne des Égyptiens !). Mais aussi de l’art africain (avec des gardiens… noirs. Qui ne voient pas la lumière du jour, dans cette salle temporaire reculée). Puis de l’art nouveau, avec du mobilier (comme à Berlin ! Avec beaucoup moins de quantité, mais de grosses collections de Tiffany). Et tout à coup, de la peinture, à partir des flamands du XVIIIème jusqu’à de la sculpture du XIXème, en passant par un Sargent, avec de belles oeuvres, quoique aucune ne soit bien célèbre.

En réalité, c’est au Legion of honor, reliée par une navette (noooon, je déconne : 30 à 40 minutes avec deux bus — ça prendrait 5 à 10 minutes en voiture —, le délire total san franciscain…), que l’on découvre le best of, avec des salles de Rodin, avec du Van Dyck, du Lorrain, du Salvador Dalí, du Caillebotte, des primitifs flamands et deux gigantesques tapisseries multiséculaires, et puis cette toile fascinante de William Adolph Bouguereau,1891, « la cruche cassée », qui rend beaucoup mieux en vrai qu’en photo. Perché sur sa colline, avec une vue sur un vaste terrain de golf, une bonne partie de la ville, et un peu de Golden Gate Bridge entre les arbres, le Legion of Honor (deuxième partie des fine arts museums de SF avec le de Young) est une espèce de bulle temporelle à l’abri, où l’Art avec un grand A est mis à l’honneur, où l’on peut trouver deux salles d’hôtels particuliers parisiens entièrement remontées, comme si l’on était dans une grande ville — mais on en fait le tour en moins de deux heures, et le plan propose même un « parcours une heure ». Tout y est agréable, jusqu’au café. Mais comme le de Young perdu au milieu de l’immense bande de parc-forêt qui balafre l’Ouest de la ville, il est impossible d’y passer par hasard : à ce niveau, c’est le contre-pied total d’un National Gallery où l’on passe pour flâner, sans monnaie y laisser. Quand on va au musée à SF, ça doit être efficace et exceptionnel. Mais y repasse-t-on ?

samedi 21 mars 2015

David Bowie est

La très belle exposition « David Bowie is » qui avait justifié un déplacement à Londres il y a presque deux ans, composé de trois heures de queue le matin pour avoir un billet l’après-midi nécessitant de faire l’exposition assez rapidement en deux heures environ, a été exportée l’an passé à Berlin (où je l’ai ratée de peu : j’y étais en mai, ça a dû ouvrir en juin), et vient d’ouvrir à Paris. Il est pré-annoncé un énorme succès, qui a valu de réserver les places sur Internet (sans soucis), mais en réalité le vendredi matin il n’y avait quasiment personne en file. En revanche, ça se pressait sévèrement à l’intérieur : le problème vient à mon avis plutôt de l’agencement très médiocre dans les nouveaux espaces d’exposition de la Philharmonie.

Je me demandais comment ils allaient faire entrer cet énorme parcours du Victoria & Albert Museum au dernier étage de la Cité de la Musique. Déjà qu’au Martin Gropius Haus, je ne voyais pas bien comment ça a pu entrer… Mais c’était sans compter sur notre nouveau bâtiment inachevé préféré, où même mon accompagnatrice italienne @odette9 et fan de Bowie aussi (de toute façon, cette fille, c’est quasiment moi avec un vagin et non-déniaisé) a un peu halluciné au milieu des ouvriers et machines de chantier. Cependant, l’espace intérieur n’est ni aussi modulable que le V&A, ni aussi en hauteur. Ni aussi grand manifestement : je suis à peu près certain que bien des aspects biographiques ont été retirés par rapport à la version originale (même si je ne me souviens pas de ce carnet d’hôtel emprunté au Mucem, qui est manifestement rentré l’an passé dans leur collection) ; toujours aussi léger sur l’aspect drogue, j’ai trouvé encore moins de référence aux années berlinoises et (bon point !!) aux aspects « gender ». Mais peut-être me trompé-je.

En effet, j’ai carrément cru un instant qu’il manquait la moitié de l’exposition. Que nenni : c’est seulement que l’agencement a obligé de déplacer des pans entiers. Il me semblait bien que la veste turquoise à revers triangulaires de Life On Mars était au début de l’exposition londonienne — d’autant plus logique par l’ordre chronologique, mais j'avais déjà noté que c'était un peu le bordel leur parcours aussi —, et non après la filmographie qui nous emmenait après les années 1980. Bref, on ne comprend pas grand chose à l’ordre du truc. L’exposition a été rentrée au chausse-pied, et souvent ça fait mal : les espaces confinés obligent le public à s’amasser, et de grands panneaux explicatifs se trouvent ainsi aussi masqués que mal éclairés. En terme de scénographie, heureusement qu’on partait donc de haut, pour éviter le crash.

La dernière salle (qui n’était pas la dernière au V&A… Mais presque) est séparée du reste de l’expo : c’est celle avec les diverses diffusions en très grand, avec beaucoup de costumes. Mais en ayant moitié moins de surface et deux fois moins de hauteur, l’impression de cathédrale est loin d’être la même. D’autant que l’espace est beaucoup moins ouvert, puisque séparé. La comparaison est assez décevante pour la version philharmonique (qui est en plus franchement onéreuse…), mais il faut se réjouir de voir Dieu Bowie mis à l’honneur de l’autre côté de la Manche, et on y gagne aussi (grâce au confinement) en visibilité sur les costumes. On peut en tirer quelque chose, et l’audioguide marche bien pour diffuser les sons qui correspondent à la progression de l’exposition (même si parfois ça se bloque un peu… Mais dans un espace si serré, la prouesse technique est non négligeable — en attendant peut-être l’un de seuls usages intéressant du LiFi). Il faut compter tout de même deux bonnes heures trente pour en faire le tour (dont la moitié à jouer des coudes ou attendre son tour dans les embouteillages…). Au final, c'est fort sympathique de promouvoir notre religion bowienne, mais ceux qui découvrent l'exposition (réorientée d'un point de vue marketing du fashion à la musique) pour la première fois seront les plus heureux.

samedi 7 mars 2015

photos gratos

La MEP est gratuite le mercredi à partir de 17h et apparemment beaucoup de monde est au courant, à voir la queue au dehors. Ce n’était pas non plus blindé, mais il faut bien attendre une demi-heure avant de pouvoir monter au dernière étage des expos pour « L’Italie de Bernard Plossu » qu’avait repéré la souris. Bernard Plossu est aussi Italien que moi, mais lui en est éperdument tombé amoureux et a décidé de tout y voir, de tout parcourir et photographier. Ça donne une belle cartographie de lieux en noir et blanc, et petits formats, sous les lourds nuages qu’affectionne l’artiste. Et puis un peu d’Italiens aussi, de l’autre côté des escaliers. Un peu de voyage transalpin.

« Images secondes » par Éric Rondepierre est fort surprenant. L’idée est de s’immiscer dans les ratés des films : des pellicules, avec des sous-titres incongrus sur fond noir, des moitiés d’images ou des petites brûlures et larges déformations ; du numérique, avec les problèmes d’encodage. C’est ludique et bien trouvé.

Au 1er, des images d’Ibiza, pas super intéressant. Au sous-sol, en revanche, des prisons par Grégoire Korganow, dont on connait bien la photo aux Baumettes, avec les détenus qui longent en équilibre un grillage pour éviter une zone inondée où flottent déchets et probablement quelques rats. Il a pu tout voir et photographier, mode témoignage-documentaire, frontalement, en couleur et grand format. On ne peut que voir les limites d’un système récent de punition et surveillance mal entretenu qui ne fait plus office de grand chose, si ce n’est que bien refoulé, il trahit l’impuissance probablement coupable de la société moderne française, à sa marge — mais combien coûte le modèle norvégien, sûrement moins peuplé de la même faune ?…

mardi 16 décembre 2014

rare donc cher

L’expo de la BNF "l'éloge de la rareté" est un inventaire à la Prévert des objets rares, parce que vieux, quasi-disparus, pièce (quasi) unique, très ancienne ou franchement récente (donc probablement de l’ordre du nawak). C'est une sélection dans le fond de la bibliothèque, arrangé de manière plus ou moins arbitraire par le commissaire.

Des couvertures en cuir originales, un traité de médecine hyper-célèbre dont il ne reste pourtant presque plus aucun exemplaire, un philosophe évaporé de l’histoire (de La Mettrie, dans la veine Lumières-extrémiste — on regrettera plutôt que ses camarades tout aussi éclairés n’aient pas subi le même sort), une affiche de la comtesse du Barry (presque 50 ans et oubliée dans son château, mais se faisant moins discrète en promettant récompense pour retrouver sa longue liste de bijoux volés indécente en pleine Révolution). Il y a de tout, même une planche peinte à la main originale d’Asterix. Un patchwork intéressant où il faut chiner. Avec un guide (gratuit, pour la journée de portes ouvertes), c’était encore mieux.

En fin de journée, Fabrice Lucchini lisait de la poésie choisie par ses soins, dans une salle blindée ayant dû patienter pour cause de taxi malaimable avec les chiens miniatures japonais (Shiba) : l'alibi rêvée pour le trublion lecteur de laisser libre cours à sa misanthropie, dont le public fut victime collatérale, introduisant par prétexte son auteur fétiche Céline, mais devenant victime de sa propre farce lorsque le public demanda, pour combler la demie-heure gratuite dans l'auditorium de la BNF (à laquelle on accède par un passage en hauteur hallucinant), un extrait du misanthrope. Le tout de tête, le livre servant de support décoratif. Un show d'intellectuel surjouant pour un public forcément déjà conquis.

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