humani nil a me alienum puto

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dimanche 9 novembre 2014

fifties parisiennes

Qu'il fut difficile de voir la dernière exposition du palais Galliera, "la mode dans les années 50" ! D'abord indisponible, je l'avais gardé de côté pour le passage de B#7, qui n'eut point assez de temps ; je l'avais donc gardé pour "A." (comme la nomme la souris, pour une fois que c'est elle qui fournit les ami[e]s commun[e]s), dont l'agenda est aussi complexe que le mien. Le raté de haute voltige la veille, un vendredi après-midi, impliqua une condamnation à la file d'attente de l'avant-dernier jour avant fermeture, un samedi matin... Forcément, il y avait du monde.

Deux hommes, en fin de vie sans le savoir, au sommet de leur art : Christian Dior et Jacques Fath. Affrontement figuré par Elle, qui à la sortie de la seconde guerre, se fait l'écho de cette mode cintrée, dynamique, revisitant le passé pour inventer une élégance folle qui fera date. Et puis, il y a tous ces noms : Jacques Heim, Chanel (qui n'est pas très d'accord avec ce qui se passe sur sa fin de règne, et lance une réplique), Schiaparelli, Balenciaga (cultivant le mystère), Pierre Balmain (souvent fabuleux), Jacques Griffe, Hubert de Givenchy, Pierre Cardin, Carven (dont j'ignorais qu'elle était une femme, et très sensibilisée à la cause des petites femmes menues). Il y aussi ceux qui sont directement issus de cette époque, avec au premier rang Yves Saint Laurent, chez Dior avant de prendre sa liberté. Inventivité, audace, ces années posent aussi les bases de leur propre perte, avec le prêt-à-porter qu'ils lancent et qui va se servir de leurs noms : fini l'ère des couturiers créateurs, nous aurons des maisons, des marques, du répliqué, mais pas forcément du démocratisé.

lundi 6 octobre 2014

Dries oublié

Cela arrive rarement, mais j'ai oublié de chroniquer une expo... 12 septembre, à placer entre la 545ème et 546ème semaine, avant l'archipieds : "Dries van Noten, inspirations" aux Arts Déco. Je n'ai entendu parler de cette expo que parce qu'elle a été prolongée. Le concept est intéressant en soi : les oeuvres vestimentaires d'un maître, et en regard ses inspirations. Fi du mythe moderne de la création ex-nihilo. La scénographie souffre en revanche, comme souvent dans ce lieu, d'être plongé dans la pénombre. Ironiquement, cette exposition met plus en valeur Balanciaga que Noten. On est souvent époustouflé par des pièces à l'origine d'autres plus accessibles mais moins audacieuses de celui qui est pourtant censé être au centre. Quelque part, c'est peut-être aussi une rare preuve d'humilité. Je dois avouer que je connaissais très mal ce créateur, dont la boutique parisienne est pourtant pas très loin du Louvre, de l'autre côté de la scène. Dans la lignée de Kenzo, Dior et Balanciaga, cela vaut le coup d'oeil.

vendredi 27 juin 2014

apéritif balletomane fashion

Une petite expo Christian Lacroix sur le pouce, mêlant balletomanie et fashion, dans une galerie de la rue Vivienne, la Colbert (qui est aussi la plus chic). Une petite salle, ouverte la moitié de la journée pendant quelques mois, et des croquis encadrés un peu partout sur les murs. Une zone de projection, avec au devant trois beaux costumes — venus de Moulins ? Quelques documents au milieu, et le tout emporté par le coup de crayon et l'assemblage de tissu qui laisse libre cours aux délires savants. C'est fun, gratuit, on en fait le tour en 20 minutes, excellente initiative !

vendredi 31 janvier 2014

garde-robe romancée

Voilà une expo que j'aurais totalement raté sans la souris, et ç'aurait été bien dommage, car moi et les belles robes d'époque, on s'entend plutôt bien. Époque charnière entre la fin du XIXème (et ses carnets ouvriers où la description du propriétaire à coup de "moyens" fait regretter l'absence de photo) et le début du XXème (il y a eu une guerre mondiale et la grippe espagnole au milieu ? Pas Place Vendôme, apparemment), nous partons des robes montantes à taille très fines pour arriver à un art du fashion décolleté et cintré des années 30, porté par les maisons telles que Chéruit ou Worth, qui dans la vie de notre héroïne de l'exposition temporaire du musée Carnavalet, Alice Alleaume, ancienne couturière et vendeuse hors pair anglophone, tiennent une importance considérable — même si tout a été englouti par l'histoire (on repense à l'expo Madeleine Vionnet).

Un conte ! Je me suis dit que ma chapelière, dernière rescapée de Gelot (qui a fini par être absorbé par Lanvin il y a quelques années — Jeanne Lanvin, disait-on alors !), devrait venir : c'est l'histoire particulière qui ici prend une dimension fantastique. Mais il faut dire aussi qu'Alice est comme de ces vendeurs que je croise parfois, et qui sont non seulement passionnés par ce qu'ils font et vendent, mais en plus se constituent eux-même une collection (il y a un vendeur chez Smalto, par exemple, qui possède environ un millier de paires de chaussures — dont une partie à plus de 1000€ la paire —, stockées dans 33 mètres carrés dédiés à cela...). Bref, c'était peut-être une couturière-vendeuse, c'était aussi une élégante du monde, avec des robes qui même parfois dégriffées venaient de collections prestigieuses. C'est l'époque où les noms des maisons étaient tous rattachés à des personnes vivantes, et la grande majorité à celui de femmes, couturières. Mme Chéruit, ainsi, habille les aristocrates. Pas de desperate housewives dans le coin. Il y a des vendeuses et des couturières cultivées qui peuvent se faire une petite fortune en se débrouillant bien, et des riches héritières qui dépensent des fortunes : sus aux clichés !

Les pièces sont diverses et variées, parfois simples, parfois originales ; on voit naître le moment de la fermeture éclair et de ce que cela permet en terme de coupe. Accessoires, lettres d'époques, photos, robes, tout cela est très bien mené. Alice mène une belle vie, dont on ne sait même pas trop comment elle se termine. Ce n'était finalement pas forcément le but du roman biographique, qui traitait plutôt des naissances.

samedi 18 janvier 2014

dress like a princess

Si j'étais un couturier, je serais probablement Azzedine Alaïa. L'homme qui aimait les femmes. Quand on passe à sa première boutique de prêt-à-porter (où les vendeurs — dont une sublime rousse russe — sont bien plus nombreux que les quelques clients chinois ou russes), qui vient d'ouvrir rue Marignan, ça saute aux yeux. Quand on le suit sur les podiums aussi. J'aime énormément Elie Saab, par exemple, mais chez Alaïa, il y a un truc : c'est toujours très prêt du corps, moulant, il sculpte les formes à partir de celles de la femme. Ce n'est pas un support agréable : la robe sert la princesse. Et la dévoile par enchantement : les ouvertures sont toujours aussi savantes que stratégiques...

Forcément, cela a tout pour plaire à la souris — qui a pris bien du temps pour coller des photos qui résument bien la quarantaine de robes exposées. On a cependant failli manquer le coche : l'exposition qui marque la réouverture du tout petit palais Galliera — où l'on a oublié de faire des vestiaires, après toutes ces années de travaux... —, ferme très prochainement. Un bout de l'expo est d'ailleurs aussi au musée d'art moderne, en face, faute de place pour les robes à fort diamètre.

Si j'étais une femme, nul doute que je m'habillerais chez lui (en prêt-à-porter, parce que la haute couture présentée laisse présager des factures à destination quasi-exclusive des princesses du Qatar & co). Mis à part le faux-pas du legging, nul doute que cet homme a tout compris...

mardi 26 novembre 2013

503ème semaine

Il me semble que j'avais un thème fort important qui me tenait à coeur, à aborder cette semaine. Et puis j'ai oublié. Et puis j'ai quasiment une semaine de retard sur ce billet... Allez donc mater des détails de ma première veste sur-mesure, en attendant...

samedi 5 octobre 2013

les soirées de PG

Il y en a qui courent les soirées d'ambassadeurs, et puis il y a ceux qui ne rateraient jamais une soirée de Parisian Gentleman. "I am dandy" en était le nom cette fois : "Always a dandy!", ai-je eu envie de répondre ! Rose Callahan était le catalyseur, l'alibi idéal : co-auteur ("co-auteure" dit même le flyer où prône paradoxalement la fière cigarette d'un Hugo politiquement incorrect, comme un message "foutez-nous la paix !"), avec Natty Adams, d'un très beau grand livre éponyme. Un livre en Anglais, que l'on paie volontiers en euros  — et non en livres. Un livre d'un beau violet, comme Rose, comme moi d'ailleurs. On attend impatiemment les photos d'Andy Julia et des autres photographes, qui picoraient les mises et les belles gens dedans, comme ceux-ci le buffet distribué en plusieurs points stratégiques, dans le cosy salon du sur-mesure de Cifonelli, rue Marbeuf.

Entre deux petits fours, on se plaît à converser avec l'ancien vice-président de Cartier, un vieux Monsieur qui possède l'élégance des années, qui de quelques mots bien placés parle des affaires, du périmètre de légitimité, de là où il faut comme de là où il ne faut pas aller. C'est juste, c'est précis, c'est ouvert aussi. Il y a des hommes qui sont riches, d'autres bien moins, mais qui se débrouillent, faute de pouvoir accéder au Graal de la grande mesure : l'art sartorial rassemble, et au-delà l'amour du beau. Le beau et le distingué, dans cette sorte de secte qu'on aurait tort de penser qu'elle se prend au sérieux : seul le futile l'est, selon la bonne devise du magazine Monsieur. Les mises sont toutes originales, les coupes peuvent être légèrement extravagantes, selon les préceptes de la spezzatura, il y a de la personnalité, individualisée, dans une liturgique d'ensemble compacté par l'étroitesse des lieux, justifiant de refuser bien des entrées sans carton. La révolution minoritaire est en marche, jure-t-on.

Il y a les rencontres improbables de ce genre de lieux rassemblant autour d'une passion transverse, plutôt que d'une obédience évidente. Évidemment, on y retrouve souvent un certain profil bien particulier, comme les rencontres de la blogosphère pouvaient relier les bobos isolés. Mais le directeur d'une maison de couture peut ici côtoyer le bottier aux pieds des clients, l'extravagante manager d'antiquaires, de jeunes étudiants bien malins, et même la pulpeuse et affable femme de notre hôte Hugo, sortant d'un placard avec son nouveau costume Cifonelli gris croisé 6 sur 1, magnifique, avec encore un peu de craie dessus.

Durant les deux ou trois heures qui filent sans que l'on s'en rende compte, alors qu'une autre soirée attend encore ailleurs et vide peu à peu le petit salon, découvrant les trois bars dont un à champagne et l'autre à whisky écossais (que j'ai appris à boire, pour l'occasion — 2 mL d'alcool tous les deux ans, selon le quota), une séance dédicace aura pu personnaliser mon exemplaire. Surpersonnalisé par la dédicace de Hugo à la page 134, tant qu'à y être. Car le livre est une très jolie collection de néo-dandys, alternant les styles mais pas forcément l'art de vivre. L'extérieur dévoile l'intérieur. Une philosophie de vie, ancienne mais revisitée, dans un mode opposé de l'hyper-modernité de l'éphémère made in China, de la précipitation irréfléchie, de la consommation de masse. Des valeurs de beau, d'attente, d'érection et de construction, d'éducation. I Am Dandy: The Return of the Elegant Gentleman fait le tour du monde, on veut y croire.

Ça me plaît.

jeudi 19 septembre 2013

les raisins de la luxure

Je dois à Chaumet d'avoir été invité aux vendanges de l'avenue Montaigne, cette année. Il faut dire qu'avec le turn over de ST Dupont, ça devient dur d'être dans des petits papiers de vendeurs. Assisté de mon petit rat, nous allâmes donc tester petits fours et champagnes (et jus de fruits pour ma part) des différentes boutiques, tout en essayant de ne pas enfiche partout sur des vêtements aussi beaux que chers. Mission peu facile chez Elie Saab, qui recèle de pures merveilles, pourvu qu'on puisse mettre plus de 2500€ dans une robe (d'un autre côté, à ce prix, vous avez le haut et le bas : ça reste moins cher que du sur-mesure masculin, donc) ; avec de délicieux petits-fours Dalloyau, autant dire qu'on est passé près du drame.

D'autres boutiques furent moins accueillantes, rivées à leurs listes d'invités de LEURS boutiques. Ce qui évidemment finit par bloquer les passages d'une boutique à l'autre, et sur-peuple les quelques boutiques qui ont joué le jeu — chez Marni, on fut extrêmement bien accueilli, ce fut fort bon, mais la fringue n'était pas extraordinaire malheureusement. D'autres boutiques étant de fait assez vides ont tout de même transigé : ainsi de Versace et sa nouvelle adresse, où l'on a pu longuement s'entretenir sur les stratégies familiales et les petites tailles — mais pas grand chose d'excitants (voire de pas moche, voire de pas excessivement cher sans trop de raison), si ce n'est un sublime manteau à coupe en biais, mais dont le lainage est assez lourd. Après avoir fait un tour chez nos hôtes sympathiques, tour rapide étant donné qu'il n'y avait pas grand chose à se mettre sous la dent (la montre que je convoite était d'ailleurs à l'extérieur...), nous fîmes une halte chez Smalto, qui filtrait aussi, mais nous a trouvé présentables.

Le DG de la maison a totalement flashé sur le petit rat. Quelque chose d'extraordinaire. Ils sont assez barrés, dans cette boutique, totalement exubérants — surtout lorsque MC Solaar débarque dans le salon de grande mesure à l'étage. Mais la réception fut excellente, en plus de ce délicieux aspect "carnaval des animaux", au pays des riches, où le dérèglement des valeurs standard ne peut qu'amuser les bobos gauchistes qui retournent dans leurs trente mètres carrés avant minuit. Philippe Bilger, qui passait par là en se rendant à RTL, et que l'on a malheureusement raté, fut pour sa part, sur Twitter, fort interloqué que ce genre d'évènement puisse exister — et on ne pourrait le taxer de communisme. Pourtant, qu'est-ce que c'est bon, les vendanges de Montaigne !

jeudi 22 août 2013

les ressorts des dessous

Le musée des Arts décoratifs a régulièrement d'excellentes idées d'exposition, toujours bien mise en oeuvre. Il vaut mieux, car même avec le statut de demandeur d'emploi, on doit tout de même débourser 8€ (gratuit pour les profs, en revanche !). Tout commence au XVIème siècle, avec les fraises, que l'on doit faire tenir en torsadant une tige de métal, et les premiers corsets entièrement métallisés. Quand on se claquait la bise, ça devait faire un vrai "clong !" de conserves qui se heurtent ! La muséographie est intelligente, mais plongée dans l'obscurité : il faut souvent ruser pour arriver à lire les petits commentaires correspondant à chaque pièce exposée. En revanche, de plus grands textes soulignés de vidéos sont plus accessibles et ponctuent les différents thèmes exposés, tandis que de gourmandes citations remettent bien les choses en perspectives.

"La mécanique des dessous" fait découvrir les ressorts (parfois au sens propre !) de toute la sophistication des dessous féminins et masculins au fil des siècles. La fameuse braguette des hommes, ou comment on se baladait en rut (en mousse...) — deux ou trois cents ans plus tard, on renforcera plutôt les mollets par la même méthode. L'évolution du corps à baleines en corset puis en une sorte de brassière immonde devenue assez rapidement (quelques dizaines d'années) le soutiens-gorge de matières extensibles, qui inspirent pareillement des gaines héritant elles aussi, depuis un lointain passé, des corsets (la plus grande perte de l'humanité à présent réservés à l'élite gothique & sexy). On voit d'ailleurs avec précision, quand à la fin du XIXème on laisse tomber les belles robes à cerceaux puis à larges et plates hanches (j'ai oublié le nom, mais le mécanisme pour réduire la voilure et passer les portes est génialement ahurissant) pour des faux culs assez immondes (et pensez à la difficulté pour caresser un postérieur, dans ces conditions, c'est horrible !), rembourrés, et les fameuses queues d'écrevisse que l'on voit dans les illustrations et dans les films.

À partir de là, alors que le corps avait une baguette devant pour tenir le buste courbé juste ce qu'il faut, le corset étant déjà plus simple mais néanmoins préservant la courbure droite des lignes, c'est la dégringolade, l'apparition d'un corps bourrelé au McDo qu'il faut gainer pour que ça ne déborde pas trop (il n'y a qu'à voir la taille des faux corps et corsets en fin de première partie d'exposition, pour l'essayage par les filles, rien à voir avec ce qui est exposé !), des nichons à mettre en cônes puis à faire ressortir, bref, le monde moderne tel qu'on le connaît — et encore, c'est le meilleur qui est toujours exposé. Et puis il n'y a plus tous ces trucs funs à tirette (notamment pour tirer la robe à la polonaise, quelle géniale invention !), à ressorts, à engrenages, à cage, que l'exposition nous anime à l'aide de petits automatismes. D'ailleurs, il n'y a plus que le soutiens-gorge (cette horreur comprimante et abominable à enlever), la petite culotte, les bas ou les géniaux portes-jarretelles n'apparaissant logiquement pas (j'ai noté qu'il y a un musée à Valencienne, en revanche — heu, c'est ça ?). On se console avec une longue séquence vidéo à la culture pub avec un bon nombre de petites perles.

Heureusement, les grands couturiers sont là ! Et l'exposition de se terminer sur les réinterprétations d'un Jean-Paul Gautier ou d'un Alexander McQueen (pas le truc hideux en plastron vulgaire, mais la robe absolument merveilleuse, d'un génie inégalable). Et puis il y a aussi des mannequins anonymes qui reproduisent le corps des femmes remodelés pour chaque période. Je vote totalement pour 1800 : petits seins, petites hanches, longueurs. Je n'ai pas pu vérifier si la boutique vendait des corsets.

lundi 12 août 2013

le dieu Bowie

David Bowie est un être absolument fascinant. Si j'étais gay, je me taperais David Bowie — je dirais même que David Bowie m'encouragerais à devenir gay. Manifestement, en Angleterre, c'est une sorte de dieu vivant reconnu : a-t-on jamais vu autant de monde au Victoria & Albert museum ? Toutes les places en lignes vendues, le musée recommande d'arriver peu avant l'ouverture à 10h. Et pour cause, le lundi, la queue à 11h30 était gigantesque. En réalité, le mercredi suivant, arrivant à 9h45, c'était pire encore, mais au bout de quelque temps, il a été expliqué, à ceux une vingtaine de mètres derrière moi, qu'il n'y avait aucun espoir. Et à 11h20, en fait, il en a été de même pour moi : no hope, nous dit-on, car il resterait une centaine de places ! Pourtant, on a été comptés et recomptés. Je décide de persévérer : ça finit par payer, à 11h40, avec un ticket pour... 15h15. Avec un Eurostar à 18h, l'affaire devient complexe, l'organisation doit être au poil (et il y a le temps de passer à la National portrait gallery). À l'heure dite, de nouveau l'attente, moins longue cependant, mais assez pour boucher ensuite les premières salles...

On commence par les jeunes années de David Robert Jones, avec une foultitude de détails (quoique je ne me rappelle rien avoir lu sur son demi-frère schizo, mais il y avait beaucoup de monde dans ces salles), et une mise en scène intelligente. Les reliques sont exposées, comme la lettre qui confirme qu'il prendra désormais comme nom de scène David Bowie — plus tard, dans le genre, les clefs de son appartement à Berlin, ou autres, comme un bon nombre de chansons et partitions manuscrites. À partir de là, la muséographie hésite entre le traitement chronologique et le traitement thématique, problème que l'on retrouve assez fréquemment dans les expositions sur des personnages ayant eu de grandes périodes artistiques. Il y a ainsi une bulle sur les années 90 alors que l'on était fin années 60, qui m'a un peu perdu — j'ai cru avoir mal serpenté. L'exposition hésite aussi entre les apports artistiques de David Bowie aux arts décoratifs, dont les références, essentiellement japonaise et allemande, ont été soigneusement retrouvée, et la vie de Bowie intrinsèquement liée à sa musique.

C'est ici que le bât blesse : cinq fois au moins peut-on trouver le nouveau terme à la mode "gender", assez facile à caser dans les circonstances mais risquant le contre-sens permanent, outre que je le trouve inapproprié. En revanche, absolument aucune mention sur la drogue, rien du tout, ni sur sa (ses...) phase mégalomaniaque associée. On retient seulement qu'il aurait annoncé en 72 son homosexualité  — en réalité, sa bisexualité, il a eu deux femmes et est toujours marié, et deux enfants, mais aucune conquête masculine connue. Exit en revanche les déclarations durant sa période junky à la coke : il est revenu par trois fois sur cette déclaration, dont un article Playboy en 76, pour confirmation, mais où il avait aussi fait une célèbre saillie peu heureuse sur Hitler... Ce qui est uniquement retenu par l'exposition est que déclarant qu'il est gay alors qu'il est célébré par un nombre incroyable de fans (et alors même qu'il porte des talons hauts depuis quelques temps sur scène...), il fait bouger les lignes sur l'acceptation de l'homosexualité. Un peu gênant, quelque part. La légende est peut-être en marche sous nos yeux : un peu d'édulcoration et de révisionnisme.

Il est d'autant plus drôle de noter, dans cette bain idéologique du "blur the lines of the genders", que le rôle de sa première femme dans sa transformation ambigüe n'est pas relevé. Ni d'ailleurs que le travestissement est tout de même extrêmement classique parmi les artistes, y compris au Japon, et ce depuis quelques centaines/milliers d'années. Cependant, les différents personnages de Bowie sont bien référencés, ce sont seulement les raccourcis idéologiques et la sélection orientée qui mettent un peu mal à l'aise. Rappelons que Bowie n'a jamais voulu être porte-drapeau de quoi que ce soit, et que pour la peine, on tente de lui faire porter un message moderne. Ambiguïté d'une exposition nommée "David Bowie is", qui veut nous montrer qu'il est partout, universel, y compris "trans-genre".

Le nombre de pièces rassemblées est réellement impressionnant (leur origine ne m'a pas semblé évidente à déterminer). Sur le vestimentaire, il faut attendre la moitié de l'exposition pour un feu d'artifice, notamment dans une immense salle qui sert de multi-concert, et où l'audiophone, qui diffuse la bande-son du coin d'expo où l'on se tient, devient assez fou (sans compter que parfois la diffusion est globale par des enceintes classiques). Cette pièce magistrale souffre aussi d'un défaut déjà rencontré ailleurs : on ne voit plus très bien les pièces tellement elles sont mises en scène. Voir le dos est par exemple quasiment toujours impossible. C'est bien dommage ! Je ne savais pas qu'Alexander McQueen avait travaillé dès ses tous débuts pour Bowie, réalisant des pièces fantasques parfois en lambeau (comme le costume Union Jack), dont j'aurais aimé pouvoir étudier la coupe et les coutures de près. Il est toujours impressionnant de voir les costumes mis en valeur en même temps que les extraits vidéos de concert ou de clips musicaux. On s'aperçoit parfois que la couleur (par exemple le turquoise de Life on Mars) n'est pas tout à fait la même.

Bowie n'est d'ailleurs pas bien épais, et avec quelques ajustements, je pense pouvoir rentrer dans quelques idées saugrenues que je récupèrerais bien. Il a parfois spoilé à droite à gauche, parfois fait appel à des grands tailleurs, parfois encore brodé magistralement autour d'un style. Les mannequins de l'exposition rendent les postures dynamiques, et l'on s'aperçoit que la chemise du "Archer" (que l'on voit en bandeau sur le site web) est à manchettes standard, alors que sur la photo ils sont mousquetaires. Les gilets sans veste sont assez impressionnants, la chemise parfois bouffante en dessous — à réfléchir. Les vestes sont exubérantes (surtout au niveau des revers) malgré la petite stature, mais il est clair que cela doit mieux donner en vidéo, où il faut tout exagérer, qu'en vrai. Tout cela rend bien le tourbillon de créativité du dieu Bowie, génie artistique incroyable.

David Bowie is everywhere!

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