humani nil a me alienum puto

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mardi 5 février 2013

Valentino au Somerset

La dernière expo Valentino datait d'il y a déjà 4 ans, à l'époque la dernière collection du maître (franco-)italien, en 2008. Et puis le Somerset House a sorti des placards 138 robes (numérotées jusqu'à 137, plus une de mariée), dans un Catwalk, long corridor où l'on alterne de droite à gauche, autour des sièges nommées selon les célébrités et belles gentes, d'une seule traite, dans un long corridor à l'étage. Les robes ne sont pas rangées par ordre chronologiques mais par grandes thématiques : si l'on ne reconnaissait pas parfois quelques détails d'époque, il serait impossible de déterminer si telle robe blanche est des années 60 ou des années 2000, si telle autre robe déstructurée est d'il y a cinq ou vingt ans, si telle autre robe à roses cousues est une idée tardive ou lointaine. Quelque part, on est donc dans la continuité, des thèmes, des recherches, des explorations de la matière et des formes. Il n'y avait cependant quasiment aucune robe rouge (contrairement à ce que laissait penser l'affiche) ni la fameuse robe jaune de 2008 (celle à 12.000€, vous voyez ?).

Si l'exposition commence par des lettres, elle termine par une robe de mariée impressionnante, et surtout par une table où l'on voit différents agencement et travaux de tissus que l'on avait croisé sur les robes — des boudins, des roses, des retournement noir et blanc, etc. Des vidéos montrent comment les ouvrières spécialisées en sont arrivées à chaque résultat. Ces explications techniques, si elles cassent un peu la magie, sont absolument géniales, tant dans leur forme (très bien réalisé, bon format) que dans leur but. Tout à coup, les demoiselles (j'étais très accompagné, contrairement à il y a quatre ans) se rendent bien compte du travail extraordinaire que cela représente — même en étant sensibilisé au travail de la couture, on ne se rend jamais trop compte du travail, de la dextérité et de l'expérience nécessaire.

Une excellente exposition, fluide au niveau des passages dans le long couloir, sans aucune file d'attente, 9€ en tarif réduit, parfait ! Ça vaut bien un tour à Londres.

mercredi 30 janvier 2013

impressions de mode

J'ai oublié un billet ! Pour le jeudi 17, à replacer avant "l'enfant et les sortilèges" (c'est la seconde fois de l'histoire de ce blog qu'il y a erreur dans la chronologie...).

Exposition "les impressionnistes et la mode", au musée d'Orsay. Revenir jusqu'à trouver le bon créneau sans le kilomètre de queue au dehors m'aura permis d'entrer directement. Il valait mieux, car une fois à l'intérieur, ce fut de nouveau l'attente : une file peut en cacher une autre. Et pourtant, que de monde à l'intérieur ! On commence par une salle sombre et mal organisée : d'un côté des documents sous verre où se pressent un nombre trop important et trop lent de personnes, et de l'autre des belles robes sous vitrines, sachant que certaines sont exposées de telle sorte qu'il faut faire tout le tour, par un autre couloir très étroit où regarder les photos sur les murs engage à se cogner régulièrement contre ceux qui font demi-tour...

Mais quel plaisir de voir les authentiques robes croisées sur les tableaux accrochés ! La première, à la fin de cette première salle, est superbe. Puis c'est une série d'oeuvres accrochées dans une ambiance très rouge, avec sièges sur les côtés tout le long, qui prennent une place abominable. Ce n'est pas bête, même si les miroirs d'en face sont un procédé un peu facile qui rappellent juste à quel point la populasse est mal habillée de nos jours, mais les indications sur le côté, parfois écrites en gris clair, sont clairement illisibles et pénibles. De toute façon, il y a tellement de monde qu'on est rapidement emporté par la foule. Désagréable. On découvre cependant un James Tissot (pas vraiment impressionniste...), "Octobre", magnifique (la demoiselle dessus à croquer étant morte peu de temps plus tard, glauque).

Puis des salles où l'on découvre la vie mondaine, avec robes associées. Trop de monde là encore pour apprécier à la fois les tableaux de près et de loin, manque de recul, pénible, mais plus encore dans certains couloirs extrêmement engorgés où l'on peine à passer : peu étonnant qu'à la série de tableaux dans le rouge sur le même modèle de salle que la précédente, les sièges d'opéra étaient cette fois occupés par la vieillesse... Des chapeaux, mais trop de monde. Une femme nue étendue sur un lit (de qui, déjà ? Très beau tableau), archi-trop-plein de monde. Et puis des habits masculins, enfin, mais pas de grande qualité (quoiqu'au moins, on a une idée de ce que pouvait être un habit classique de l'époque).

Et tout à coup, la dernière salle designée par Carsen, celle qu'on a vu partout, sur l'herbe (il y a d'ailleurs un déjeuner accroché), de l'espace (enfin !!), on peut passer d'un oeuvre à l'autre, flâner, se promener, voir des robes tourner dans leurs vitrines, s'attarder sur l'un des parapluies relocalisés pour l'occasion. Cette dernière salle est une petite merveille, c'est enfin agréable. Étrangement, on termine, avant de sortir, sur un Caillebotte tout triste, avec l'uniformité du noir-gris chez les hommes tuant toute originalité, sous la pluie grise et devant les immeubles haussmanniens tous neufs et déjà tous gris. Impression étrange, comme la fin d'une époque révolue. Après tout, c'était bien le cas...

vendredi 21 septembre 2012

costumes sans étoffe

La visite guidée de vendredi dernier (paye ton retard sur le blog...) était archi-blindée, à tel point que l'AROP a dû rajouter une date (je n'ai pas bien suivi si c'était celle-ci qui était rajoutée ou l'autre), et encore a-t-il fallu que je profite d'un désistement. Quel succès ! (Pour une exposition qui nous est gratuite par ailleurs) Deux avantages : à 19h00, l'espace est privatisé ; et surtout, il y a un guide. Qui revenait de la fac avec un poil de retard : effectivement, c'était un facqueux, pas la joie de vivre le bonhomme. D'ailleurs, il nous introduit le sujet d'une manière bien peu commerciale : d'étoffe, il n'y en a aura pas beaucoup, parce qu'il en reste peu ; il y a donc bien plus de croquis divers.

S'il ne suscite pas beaucoup l'enthousiasme, notre expert est un puits de science costumière. L'universitaire français, en somme. On apprend par exemple que les costumiers, au début permanents de l'opéra puis tournant avec les chefs et les metteurs en scène divers (jusqu'à la starification) étaient payé au croquis, et non à la réalisation physique (ça, c'est l'oeuvre des couturiers de l'opéra). La remise en perspective historique est fort intéressante, et donne du relief à l'exposition, une heure durant. Il faudra voir du côté de Fomalhaut (le p'tit rat a saboté le boulot !), quand il aura fini de retranscrire la visite, pour un meilleur compte-rendu (enfin, j'espère).

mercredi 5 septembre 2012

Balenciaga comme des garçons

La souris fait décidément le job à moitié : après une synchronisation d'agenda hasardeuse pour la première demoiselle greffée à l'aventure et un oubli de précision d'horaire pour Milkshake, voilà que son compte-rendu tarde et nous prive de photos. C'est mal ! Virée à quatre (trois jolies & über-intelligentes demoiselles, je suis un Palpatine très heureux !), à la cité de la mode, le machin vert bizarroïde sur la Seine en face d'Austerlitz (j'avais raté ce passage lors du dernier archipieds, si Denis passe par ici...). Au programme : l'expo de Comme des garçons ; en bonus : l'expo sur Balanciaga. Le billet marche pour les deux, ce qui n'est pas plus mal car ce n'est pas donné — même pour les demandeurs d'emploi.

Cristóbal Balenciaga, c'est du noir. Je connaissais les quelques boutiques parisiennes et leurs tarifs prohibitifs, mais pas l'oeuvre originale du fondateur, qui n'avait que peu à voir. Déjà, parce que c'était noir, très noir ; et inspiré du siècle précédent, un brin réactionnaire si l'on veut — vers la fin de sa vie, en 68, il a d'ailleurs fermé boutique, "ne se reconnaissant plus dans la mode de son temps" —, mais revisité évidemment. Passionné, il a légué sa collection personnelle de couture du 18 et 19ème siècle, en plus de quelques unes de ces oeuvres ; la cité de la mode semble être rattachée au musée Galliera qui commissionne l'exposition temporaire. Tout est placé dans des tiroirs transparents et de grandes vitrines verticales, sur mannequin le plus souvent.

Comme des garçons est tout à l'opposé : blanc, extrêmement blanc, et résolument futuriste, évanescent — et importable. Les oeuvres sont sous bulles, de grandes bulles où l'on peut placer quatre mannequins, surmontés de coiffes délirantes. Souvent associé à Yamamoto, le style de cette exposition est pourtant assez différent, plus inspiré d'un Pierre Cardin japonisé. À voir (même sans la très agréable compagnie).

jeudi 15 mars 2012

soirée souliers, matin souliers

Jeudi dernier, c'était soirée PG-Corthay : Hugo de Parisian Gentleman apprécie très particulièrement le travail de Pierre Corthay, tout autant qu'il a manifestement lié une certaine amitié au fil du temps ; il avait tourné un bout d'interview, il y a un an environ, qui n'était finalement jamais sorti ; et puis durant l'été, il y avait eu un évènement particulier, le "Corthay excellence run", en partenariat avec le groupe Edmond de Rotschild.

Mais pour les amis béotiens, petit retour en arrière : ancien compagnon et ayant travaillé dans les plus grandes maisons, Pierre Corthay a fondé avec son frère une maison qui a vite gagné une réputation mondiale dans le petit monde de la chaussure de luxe — avec une partie sur-mesure et une partie prêt-à-chausser. La raison : des lignes extraordinaires, une inventivité folle, des patines superbes. Mais gros problèmes : malgré un beau chiffre d'affaire et une belle renommée (entachée quelque peu sur la partie du pàp, cependant), la gestion est chaotique (toujours en légères pertes mais un endettement qui pèse à mesure), c'est le redressement judiciaire, en octobre 2009. Repreneur est cherché, quelques dossiers sérieux sont déposés. Finalement, en mars 2010, c'est Xavier de Royère qui reprend les rênes avec une société ad-hoc, Mage (gonflée à bloc par augmentation de capital à 4 millions d'Euros !! — à noter une seconde société mystérieuse, aussi), qui dépose le nom "Pierre Corthay" comme marque (site INPI tout pourri sur les URL, mais en tout cas c'est passé par un avocat !) tandis que le groupe homonyme dépose le bilan (avril 2010, avec défaillance en février 2011). Le nouveau PDG, qui a fait ses classes chez LVMH (enfin, à l'ESCP aussi) et qui co-dirigeait Loewe, reste fort discret, mais il insuffle un renouveau certain... dans le marketing et la stratégie !

Côté stratégie, c'est notamment l'ouverture d'une boutique en Angleterre, à Londres, là où l'excentricité a bonne presse et très bon public, derrière Harrods, non loin d'une des deux boutiques du concurrent principal, Berluti. Et côté marketing, donc, un renouveau de la boutique rue de Volney (beaucoup trop austère auparavant ! La chance sourit aussi à cette voie désertée entre Madeleine et la rue de la Paix : le centre des Arts ouvre juste en face le mois prochain !), une communication expansive qui remplit à présent les carnets de commande sur six mois avec pourtant toujours les mêmes modèles phare, et des évènements osés. Nous en arrivons donc à notre "Excellence run" : plus qu'une balade dans la montagne suisse avec de très belles voitures des années 60 et 70, c'était aussi l'occasion de faire le tour des tenanciers de belles maisons d'exception, d'artisans extraordinaires, sur un thème proche de celui de la conception de souliers sur mesure, "la beauté du geste". Beau programme !

Et ce coup de maître : en faire un film (bande-annonce), avec peu de moyens, certes, mais suffisamment pro et au contenu bien agencé, bien mis en valeur, à la réalisation impeccable, souffrant de très peu de défauts. Le concours de notre Hugo international (car PG est devenu en quelques temps un truc de méga-ouf, avec des traductions partout, 36K fans sur FB, dingue, dingue, dingue !) est ici décisif : il a une large base d'auditoire, une aura certaine et... son boulot, c'est l'évènementiel. Ça tombe rudement bien : monter des soirées select mais ouvertes, brassant beau (micro-)monde et quidam, autour d'une passion commune, les doigts dans le nez ! Et hop, une première, puis une deuxième soirée ! Pas de bol : j'étais occupé. Mais voilà, encore une redif, jeudi dernier donc, et au 50 avenue des Champs Élysées, s'il vous plaît, sur "la terrasse"... Présent !!  :)

Du monde, que de monde ! Jusqu'à 20h, ça allait encore, on pouvait admirer les superbes jeunes filles (dont une [fausse] rousse photographe flamboyante, ah quelle beauté !) qui faisait concurrence aux superbes souliers en exposition (dont la fameuse vitrine des souliers crocos en dégradés de vert au bleu, que l'on voit en boutique). Du turquoise, de l'aubergine, quel malheur, retenez-moi d'en commander la moitié ! Dans deux coins, des ateliers, l'un de patine, l'autre de conception. La beauté du geste, n'est-ce pas ? Dans le public, des amateurs, des amateurs éclairés, de très bons clients, d'autres qui hésitent à franchir le pas, d'autres encore qui découvraient totalement la chôse, bref, un peu de tout, de l'élégance décontractée chic (ce qui m'a permis de tester une alliance turquoise-aubergine-parme), et surtout cette curiosité et cette passion commune pour le beau, le bien fait, l'excellence en somme.

Débordé, le petit four marchant à plein régime, la table de fromages et de bon pain dévalisée, les séances de projection du film s'enchaînent les unes à la suite des autres ! Dans la petite salle, Hugo présente Pierre, les deux hésitant entre la décontraction et la gêne (ambiguïté entre ostentatoire et modestie qui qualifie de toute façon si bien l'homme élégant dans sa contradiction), et puis c'est parti pour 33 minutes et des poussières.

Le concept est en fait très surprenant ! Nul soulier, si ce n'est quelques plans de coupe (c'est très malin d'un point de vue marketing, n'est-ce pas, Apple fait pareil, mais j'ai déjà fait assez de dissection :)   ). On se promène en Suisse pendant qu'on alterne avec une interview Hugo-Pierre dans la cave-atelier (celle que l'on voyait aussi dans le reportage TF1 — la caméra est quand même assez habituelle dans les lieux, du moins pas étrangère), afin de commenter ce que l'on va voir. Un luthier archi-puriste, un ébéniste aussi fou que génial, une chocolaterie d'Italiennes délurées, un faiseur de coucous, je spoile déjà trop. Et puis Pierre Corthay n'est pas la moitié d'un imbécile : en plus d'être charmant et télégénique, il a une certaine pensée, une philosophie, autour de l'artisanat, de la création, du beau, de la vie, qui séduit, par sa perspicacité, par sa légère dérision, par son sérieux réfléchi. Un homme comme on aime à en connaître.

Et justement, il nous dit quelque chose de très intéressant, à un moment : oui, tout le monde aime le beau et la création, dans les classes aisées (de celles que l'on croisait justement à notre soirée ? Message passé !), mais au final, lorsqu'il faut choisir, on préfère que son gosse fasse khâgne, maths sup' ou HEC. C'est vrai. C'est moche. En Angleterre, disais-je à mon super-retoucheur trop-génial (Evgi, 58-60 rue de Longchamp, Paris 16), j'ai encore croisé le week-end dernier une jeune fille en formation tailleur manifestement après des études supérieures. Mais il est vrai, comme se félicitait Pierre Corthay, que de plus en plus de jeunes se rebellent contre le système, et reprennent un apprentissage après des études dont ils sentaient bien qu'elles n'étaient finalement pas faites pour eux. Réduire l'artisanat aux jeunes en difficulté ou en échec scolaire est terriblement mesquin dans notre société française actuelle : on a besoin de tout ! (d'ailleurs j'ai l'impression très forte que les artisans qui réussissent le mieux sont souvent des "faux positifs" du système éducatif) Vive la formation multiple !

Très chouette soirée, au final, la dernière demie-heure à papoter avec Lorenzo Cifonelli, dont la boutique m'a justement livré un superbe manteau bleu marine la semaine précédente, que je portais pour l'occasion (parce que ça va très bien avec le violet, tout simplement — c'était même commandé pour, à la base). Sacré Hugo !

Le lendemain matin, hasard total du calendrier puisque j'avais réservé cette date bien avant de connaître celle de la soirée Corthay, j'ai pu visiter pour la deuxième fois les ateliers John Lobb. Enfin, pas vraiment les ateliers, cette fois : la pièce secrète, au rez-de-chaussée, derrière la petite pièce où l'on façonne les formes. Celle où sont rassemblées temporairement les paires exceptionnelles des dernières collections : les modèles quasi-uniques, les modèles "Spirit of Capitals" (uniques) et enfin les tout nouveaux modèles spéciaux en édition très limitée, en cuir très fin, à doublure minimaliste. Outre des souliers d'exception, il y avait donc, en provenance de Chine où elles étaient en tournée, les paires dépareillées de chaque capitale : les équipes locales, de taille variable, avaient l'année dernière planché sur ce qui pouvait être l'essence d'un certain nombre de villes européennes (Paris et Londres, en fait, plus Moscou), asiatiques (Beijing, Tokyo, Seoul...) ou encore américaines (New York, promue capitale). J'avais déjà pu parcourir rapidement cette exposition, où le soulier droit et le gauche sont différents, placés sur des supports en bois superbes et eux aussi personnalisés par ville, mais avec les explications précieuses du toujours charmant Patrick Verdillon, que demander de mieux ?

Souliers et émotions, en somme.



dimanche 6 novembre 2011

336e semaine

Me voilà encore en retard pour mes billets, très en retard, même. Cette demie-semaine, c'était voyage à Londres. L'autre moitié, édition-mauvaise-surprise — la souris est en train de sauver my life.

Londres... Que j'aime cette ville ! Plus j'y retourne, et plus je l'aime. Coup de bol, grand soleil les deux premiers jours, la pluie n'est venu que la fin du 3e jour (alors que j'avais récupéré sur place miss Caravage, fraichement arrivée). Des visites de musées, certes, mais aussi des visites de tailleurs. Trouvé chez Crombie (Conduit Street) un manteau beige croisé (de ce genre, en plus long) ; chez Gary Anderson une queue de pie fort belle mais toujours à un bouton (1200£ en made-to-measure — demi-mesure —, ou 3500£ en bespoke, avec trois mois d'attente) ; chez Gieves and Hawkes, une superbe veste militaire noire à broderies dont je suis tombé éperdument amoureux (6000£, six mois d'attente à partir de la commande... En passant par les salons de costumes militaires sur mesure, j'ai croisé, sous verre, la veste de Michael Jackson, juste avant un hall of fame fabuleux...) ; enfin, chez Lock, j'ai trouvé mon haut de forme, il n'y a plus qu'à attendre le budget (un chapeau qui doit dater de 1870, comme on n'en fait plus depuis très longtemps ! — 900£, honnête).

J'ai aussi pu assister, jeudi matin, à un procès, à l'intérieur du palais de justice (Royal Court of Justice) sur Fleet Street, un bâtiment à couper le souffle. Le mercredi, il y avait un monde fou devant le palais, avec des photographes, des manifestants, des journalistes, les caméras, et la police qui a été d'une gentillesse inouïe pour m'aiguiller. Sauf que les salles étaient toutes très pleines ! Le lendemain matin, à 10h30, début des hostilités, il y avait beaucoup moins de monde. Niveau horaires, si l'on peut entrer n'importe quand, comme en France (le système est un peu plus pratique, les salles étant en amphi — alors qu'à Paris on voit autant qu'on entend, c'est-à-dire pas grand chose, sauf dans la mini-salle des Criées —, et le sas permettant d'accéder à l'avant ou à l'arrière de la salle), il y a une pause de 12h30 à 14h00, puis les procès s'arrêtent à 16h30. Pourtant, seulement une quinzaine de salles, qui mélangent allègrement droit privé (jusqu'à la salle 9 manifestement) et droit public ; sur mon dictionnaire des termes juridiques anglais (acheté à la seule mais excellente librairie juridique, juste à côté, qui m'a fait un -10% grâce à ma carte étudiant), on dit même que le droit administratif n'est pas vraiment clairement distinct du droit civil. Ouaip ; c'est pas en France qu'on dirait ça (puisque chez nous, c'est carrément deux systèmes judiciaires totalement distincts, seul pays au monde avec... la Turquie). À noter que le labour/employment court est à part ; en revanche, certaines salles statuaient en appel (qui apparemment est assez spécial : on ne rejuge pas forcément toute l'affaire et l'on peut opposer des problèmes de droit, comme en cour de cassation).

Bref, comme de 2 à 8 il était question de "sexual offence" (manifestement du viol ou assimilé) et que la 1 n'ouvrait que l'après-midi (!!!), j'ai donc opté pour la seule autre chambre qui n'annonçait pas de problème de logement public, et qui avait l'air d'avoir du non-d'origine-étrangère pour participants (histoire de ne pas avoir d'histoire glauque). Une première chose frappe : sous le bureau du juge, il y a une espèce de bureau de greffe, avec une blonde, et une... jeune femme voilée, avec un grand voile violet ! Bienvenu chez les gens civilisés tolérants. La première a un mac book (air ou pro), la seconde un Sony. Oui oui. Bizarrement, elle n'ont pas pris une seule note de tout le procès, et il y a eu du turn-over pendant la séance ; elles se concentrent sur autre chose ou assistent le juge (passer les dossiers, communiquer les pièces entre les avocats et le juge, etc.). Pas compris où était gardé trace du procès : les micros omniprésents ? (enceintes non branchées, mais tout le monde s'entendaient fort bien, la salle était gothique et assez petite, de quoi faire tenir sept ou huit rangées de bancs)

Autre fait étrange : il y a deux bancs avec tables sur les flancs, et en cours de procès, un type arrive, pose ses affaires, bosse un peu, repart de l'autre côté, fait sa vie, quitte la salle ; un autre le remplace bientôt, puis ils échangent de nouveau, avant de disparaître : rien compris. Le juge arrive en retard, et le moins que l'on puisse dire est qu'il est haut en couleur — à la fin du procès, pour déterminer ce que les parties demandent au titre de leur équivalent art. 700, c'était très drôle (genre : "mais dîtes-moi pour demander une somme pareille, vous devez être bien lent..."). On l'appelle "lord" ; tout le monde est en perruque, entre avocats (en robe, différente de la française) et lui (mais pas les assistant(e)s). On commence rapidement par une demande de report d'audience : manifestement, c'était déjà plié puisqu'une seconde affaire étaient prévu ensuite, rentrant pile poil dans le créneau imparti. Cette première affaire concerne un gus s'étant fait passer pour infirmier il y a de cela quelques années déjà (on l'apprend vers la fin, lorsque le juge rappelle la gravité des accusations : sinon, on est censé savoir de quoi l'on parle, aucun exposé préliminaire de l'affaire n'ayant lieu, ce qui a été bien compliqué pour la seconde affaire, puisqu'il a fallu attendre longtemps avant que je ne comprenne de quoi il en retournait) ; l'avocat plaide des difficultés à rassembler des témoignages et à retrouver tous ses souvenirs pour son client ; le juge ne manque pas d'être narquois, et dit que ce sera vraiment la dernière fois, et c'est bien parce que le procès avait été avancé (!!!) qu'il est d'accord pour le repousser à juin 2012 dans un grand effort (!!!!!!). OK, on est sur Mars, en France pour avoir un procès débile en moins de deux ans, faut avoir plus de chance qu'à l'Euromillions.

On passe donc au deuxième procès. Le dossier est déjà très travaillé, le juge le connaît parfaitement. Les avocats se succèdent donc (le premier nous fait un plaidoyer d'une bonne heure), pour exposer leurs points de vue, mais c'est clairement plus une soutenance qu'autre chose ! Vraiment, on est sur une autre planète, la comparaison avec la justice parisienne/francilienne (sinon française), débordée, à la chaîne, discount, où mon avocat m'a raconté qu'un jour, mettant un filin sur un dossier, il avait pu avoir la certititude que son dossier n'avait pas été ouvert, est juste... comment dire... Bref, ça fait pitié.

Comme ces billets vont de mercredi à mercredi, virtuellement, il n'y a pas non plus grand chose d'autre à dire. Je devrais revenir à la vie d'ici la semaine prochaine — avis aux ami(e)s que je n'ai pas vu depuis des plombes...

lundi 10 octobre 2011

fashion XVIIIe

J'allais rater THE expo fashion du moment, qui a terminé ce dimanche, faute d'avoir du temps (même en semaine !) pour y aller : la lose. Finalement, ce samedi, sacrifiant quelques trucs sur l'agenda (non, pas Abbado, j'ai pas encore touché l'Euromillion), j'ai pu faire LE voyage annuel à Versailles — où vit la souris, accessoirement. Nous v'là donc rejoignant à pieds le Trianon lointain où le touriste multiple et divers fait la queue sans trop forcément savoir pourquoi (il y a aussi du local retardataire, qui se promène donc avec ses mioches blonds — on compte au moins un Augustin insupportable). 10€, gling gling !

Le sujet de l'exposition : la mode au XVIIIe revue par les contemporains, en miroir. Pour chaque salle, un modèle, et trois ou quatre interprétations de 1900 à 2010 (le plus gros se trouvant dans les années 1990). Vivienne Westwood, Thierry Mugler, Lagerfeld, de grands noms ; mais comme d'habitude, ce sont les japonais parisiens Comme des Garçons et Yohji Yamamoto qui sont les meilleurs. Et puis Alaïa, un type formidable, si vous avez 3000€, vous ne saurez pas comment les dépenser tellement tout est beau chez lui ; et dans l'expo aussi, pour les quelques modèles de robes exposés.

Plus de femmes que d'hommes, à boire et à manger, et une muséographie plus ou moins incompréhensible, avec une traversée dehors, un goulot d'étranglement, un demi-tour et surtout une dernière pièce simplement visible depuis le pas de porte, entraînant forcément une agglutination des visiteurs qui espèrent apercevoir quelque chose — notamment une Westwood violette formidable. Une bonne expo, des effets intéressants (miroirs sous les robes pour voir les baleines), un peu court en une heure environ.

lundi 1 août 2011

le bon Hussein

Le musée des arts décoratifs est affreusement cher : une fois passé 26 ans, on douille ! 9€ plus tard, nous v'là en train de chercher l'entrée : c'est que ce musée a une certaine capacité à receler des secrets, comme le rayon publicitaire (note : y emmener la souris un jour, tout de même), ou encore la superbe vue sur Paris que l'on a depuis les galeries sur XXème siècle, dans les étages supérieurs.

Une fois la bonne porte non indiquée trouvée, on peut enfin attraper un programme et entrer dans un monde lexical et grammatical quelque peu sémantiquement délirant. C'est dans ces cas-là que l'on est heureux d'être accompagné d'une agrégée ; parce que bon, sinon, on se sentirait bête à ne rien comprendre ; on moins, là, on est sûr que tout ça ne veut rien dire ou presque. Passons donc sur les cheminements intellectuels de la création : concentrons-nous sur le résultat.

J'ai connu Hussein Chalayan comme un peu tout le monde, en 2006, avec son défilé où les robes se rétractaient toutes seules — ce défilé est d'ailleurs entièrement en vidéo à mi-parcours, avant de grimper au second étage, et la fin est toujours impressionnante, outre le dernier mannequin à la robe-chapeau qui se retrouve entièrement nue une fois le tout rétracté. Chalayan, né en 70, formé à Londres, a toujours été un créateur plein d'idées étranges et quelque peu technologiques. Une chanteuse turque vidéoprojetée sur un mannequin, des formes étranges de robes en mousse, des agencements complexes de tissu, parfois avec des fermetures éclairs au milieu, ou encore des trous de taille conséquente. La religion revient assez souvent, et pas de manière bien flatteuse, avec des formes... informes. Et puis ces scénarios complexes, où l'absence volontaire de vision serait à l'origine de superbes robes de putes, où le défilé dans un mobilier étudié se finit par la transformation des housses de chaise en robes, de la table ronde en jupe, et des chaises en valises.

Et donc, ces robes high tech, aux LEDs (une seule), au vent, au magnétisme ; j'aurais bien aimé plus d'explications technique, en bon ingénieur, parce que c'est réellement bluffant : autre regret, on ne voit les robes bouger qu'en vidéo. On peut au moins mieux observer les astuces qui font s'envoler des lucioles électroluminescente d'une robe-armure (thème récurrent), après une énième idée fun, la main en plastique qui tient la bretelle d'une robe depuis l'intérieur. Au bout d'un moment, on comprend qu'avec Hussein Chalayan, il faut s'attendre à l'inattendu.

mercredi 6 juillet 2011

Yohji Yamamoto

Connaissez-vous Yohji Yamamoto ? Il est l'un des plus parisiens des Japonais. La boutique est extrêmement sympathique et accueillante, pas très loin de la Concorde, en dessous de Hermès, voisin d'un Pierre Hermé. On y trouve le style Yamamoto, de grandes étoffes, souvent en capeline ou en coton, peu luxueuses en tout cas, cousues de manière à ce que l'on ai une impression d'inachevé, et pourtant d'une beauté et d'une virtuosité époustouflantes. D'ailleurs, malgré la matière peu noble, les pièces quasi-uniques sont vendues à des prix... assez délirants (450€ la chemise, 2500€ la jupe, 4500€ une robe ou un manteau...). Il y a assez peu de fanatiques prêts à dépenser autant, mais ils sont très fidèles depuis plus de 25 ans.

J'avais déjà vu au Barbican d'assez nombreuses pièces de Yohji Yamamoto. Mais cette fois, la rétrospective du Victoria & Albert Museum lui est entièrement dédié jusqu'à 10 juillet (d'où le choix de la date du séjour : même si c'était depuis le 12 mars, je n'étais pas retourné en boutique depuis un bon bout de temps). 60 pièces (paraît-il) dans une seule et grande pièce dont on fait le tour en 20 ou 30 minutes (£8 -- dont £1 de donation -- est un peu cher tout de même !!). C'est la première fois que des pièces pour homme sont intégrées. Beaucoup de noir, évidemment, mais l'accent a aussi été mis sur la couleur, notamment de magnifiques ensembles rouges chez la femme.

Un mur de photos et de vidéos vient compléter l'exposition. On y découvre les anciens défilés des années 80, ceux des années 2000 où il sollicite ses (vieux) amis, sa collaboration avec Pina Bausch et son Tristan à Bayreuth. Quelques cloches vitrées viennent rappeler sa collaboration avec Addidas pour des baskets. Mais évidemment, ce que l'on en retient, ce sont ces quelques pièces toujours hallucinante dont on essaie en vain de deviner comment l'ancien professeur des années 70 et 80 a pu trouver la manière de coudre dans pareille exubérance technique, pour un rendu à la fois tellement japonais et tellement occidental.


Autre expo rapide: le British Portrait Award au BP Museum ; moins bon que l'année dernière, pour tout dire, même si l'on est toujours surpris par quelques fulgurances techniques à l'huile, et par de vraies visions d'auteur brossées.

mercredi 1 juin 2011

Première soirée "sartoriale" PG

Il faut remercier Hugo et la météo. La météo, parce qu'après avoir annoncé de la pluie, la sècheresse a continué, permettant à tout un chacun de porter des souliers en cuir naturel. Hugo parce que l'organisation de la première soirée dédiée au bel habillement n'aurait jamais été possible sans lui ; la classe du communiquant, ça m'a rappelé les premiers temps de la République des Blogs : Hugo est le pendant sartorial de Versac. Il faut dire que son blog accumule lui aussi des dizaines de milliers de visite par mois : impressionnant. Et comme l'orga, c'est son boulot -- il est d'ailleurs comme un poisson dans l'eau --, le Curio Parlor (rue des Bernadins, idéal pour arriver en ligne 1 et repartir en ligne 10) a carrément été privatisé pour la soirée, avec liste d'invités (c'est plus Paris blogue-t-il que Paris Carnet, pour la peine), et boisson offerte (avec de l'alcool, spécialité de la maison, mais aucun problème pour troquer contre une limonade).

150 personnes, environ : le lieux s'est retrouvé totalement débordé, avec une température tropicale ; on regrette aussi le son un peu trop fort pour pouvoir discuter tranquillement (ça n'engage pas à l'approche non plus, lorsqu'on ne connaît strictement personne à part l'hôte et quelques VIP), et surtout... le manque de lumière ! Quel malheur, comment fait-on pour s'admirer les uns les autres, sans rien y voir ? C'est Marc Guyot, tout de blanc vêtu, qui est de fait le plus visible. Pour ma part (attention : name dropping madame Figaro), j'étais tout en noir et violet (un combo que je mets assez souvent, en fait) : souliers et ceinture Berluti, pantalon, chemise et écharpe Kenzo, boutons de manchette Dunhill, veste mesure Ozwald Boateng et enfin chapeau Guilson -- bein oui, Cifonelli ne fait pas de chapeaux, et puis il a quelques problèmes avec les petites tailles en pàp, pourtant j'adore ses gants, mais chaque année c'est pareil, trop grand.

D'ailleurs, en parlant de chapeau, c'est clairement le grand perdant : mis à part une jeune femme (à petit bord), une très belle casquette blanche et de nombreux exemplaires en décoration du bar (il s'agit d'un ancien cabinet de curiosités), rien, rien du tout sur la tête de nos élégants. Exploration ethnologique : le costume est ajusté, ceintré, bien porté, le soulier est quasiment tout le temps adapté (on note, pour les meilleurs, du Berluti et du Corthay, difficile de se prononcer pour les autres -- c'est ce que l'on voit le moins), d'une manière générale on voyage entre les années 30 et les années 60 (mais sans chapeau), cheveux souvent plaqués, d'ailleurs -- deux hommes ont la chevelure grise flamboyante, Hugo et Paul, le patineur (artiste, même).

L'élégant a bon goût : il a donc une femme qui lui correspond. La demoiselle ou la dame était donc tout à fait charmante, et élégante de surcroît, même si c'est sans commune mesure avec ces messieurs. Étonnamment, une bonne partie est d'obédience gothique-chic, dont la fille même de notre organisateur (et la fascinante Florence du listing). La soirée étant avant tout masculine, il n'est évidemment pas question de chasser (c'est en revanche, à mon sens, un bon plan pour demoiselle -- quoique je soupçonne un certain nombre de participants d'être gays). On compte un couple nipo-suédois, un autre franco-japonais (avec aucun des deux qui ne parle la langue de l'autre : alors ça je ne pourrais pas...), c'est cosmopolite ! Et c'est résolument CSP+ (ou futur CSP+ pour les étudiants), chez les garçons comme chez les filles (une étude FB le montre à coup sûr).

Problème principal de cette première soirée : les groupes (à partir de deux) arrivent ensemble et se mélangent peu, d'où un effet grumeaux de connaissances a priori. Étant donné le grand nombre de participants, ça ira certainement mieux la prochaine fois (je donne dans la rencontre de blogueurs -- même si pour la peine il s'agit plutôt de lecteurs -- depuis bientôt six ans, tout de même : je connais le truc).

Soirée 22h15-minuit, à renouveler -- en espérant arriver plus tôt, pour faire connaissance au fur et à mesure, sinon on est obligé d'attendre que le dépeuplement. Et puis, les VIP, c'est intimidant : le Guyot, les Corthay, le Cifonnelli, bref, les amis-de-Hugo (et plus de 8000 fans FB ! -- dont un seul présent sous pseudonyme, moi). Du beau monde, du beau tissu (encore mieux qu'à Londres), et au final, la discussion chiffon n'est pas si importante que cela. On apprend que Hugo prépare, petit à petit, une bête de communication numérique. Wait & See : il est vrai que la récente transformation du simple blog en ce qui ressemble un peu plus à une plateforme protéiforme a été mené avec prudence et succès. Avec élégance, en somme.

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