"Inju, la bête dans l'ombre" (traduction par là), est le dernier Barbet Schroeder, l'imprévisible réalisateur qui ne fait jamais deux mêmes films d'affilée (la dernière fois, c'était donc le reportage biographique "l'avocat de la terreur"). Cette fois, c'est le Japon qui au centre de l'intrigue, pour une adaptation plus ou moins libre d'un roman d'Edogawa Ranpo de 1928, qui retrace la concurrence acharnée de deux écrivains sur fond de relativité morale toute nipponne. Réadapté, ça donne un Benoît Magimel qui débarque au Japon faire la promotion de son super best seller inspiré par le modèle Shundei Oe, écrivain très mystérieux qui le fascine, et dont finalement il a copié le mode d'écriture en le rendant naïvement plus moral, non sans être empli d'une certaine arrogance toute occidentale -- mais pas méchante.

Si l'intrigue n'est finalement pas si complexe que ce que l'on pourra croire (sans être simpliste non plus, mais on voit venir le dénouement dont le doute sur sa nature naît essentiellement de quelques incohérences -- les cahiers du cinéma n'ont pas été tendre pour critiquer leur ancien membre de première importance, notamment quant à l'explication finale), la force de ce film se trouve en fait ailleurs. Dans l'atmosphère, mise en place notamment par une narration misant sur les effets de mise en abîme (on va jusqu'à en parler d'ailleurs), de film dans le film, de rêves, sans que l'on sache qu'il s'agisse vraiment de cela jusqu'au dernier moment (de fait, l'apparition d'un personnage fictif devenu l'auteur sulfureux -- personnage lui-même inspiré de l'auteur adapté pour le film -- peut-il toujours être éligible au rang de métalepse ?), mais aussi d'application de romans dans le film, jusqu'au classique roman ayant le même titre que le film et suggestion de raconter le film dans un roman.

Évidemment, on souhaite mettre en place le malaise, mais d'une manière toute japonaise, et c'est là où l'oeuvre devient très intéressante : très porté sur le Japon, Shroeder a fait appel à une équipe quasi-entièrment nippone, et a retracé les aspects chers à cette civilisation d'une manière extraordinairement attentive. Faute d'avoir pu tourner à Kyoto, il aura eu au moins quelques plans de Gion, mis en place des scènes de danse avec une Geiko (là où Hollywood n'y est pas allé de main morte avec "Geishas"), et retracé dans les geste tout autant que dans la morale un Japon qui me fascine tout autant ; beaucoup d'émotions se trouvent donc dans ce regard d'occidental passsionné sur un Orient respecté et non édulcoré tout autant que non trahi. Et d'aileurs, ne vous fiez pas à l'indication "VF" : on y parle bien japonais durant les plus des trois-quarts du temps.

Au passage, j'ai découvert au générique ma nouvelle vocation : "conseiller technique SM". Il y a vraiment de beaux métiers méconnus (surtout que c'était la sublime Lila Minamoto qui dégustait, et ça, comment ne pas aimer le Japon après ? :)  ).