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Tag - littérature

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mardi 16 décembre 2014

rare donc cher

L’expo de la BNF "l'éloge de la rareté" est un inventaire à la Prévert des objets rares, parce que vieux, quasi-disparus, pièce (quasi) unique, très ancienne ou franchement récente (donc probablement de l’ordre du nawak). C'est une sélection dans le fond de la bibliothèque, arrangé de manière plus ou moins arbitraire par le commissaire.

Des couvertures en cuir originales, un traité de médecine hyper-célèbre dont il ne reste pourtant presque plus aucun exemplaire, un philosophe évaporé de l’histoire (de La Mettrie, dans la veine Lumières-extrémiste — on regrettera plutôt que ses camarades tout aussi éclairés n’aient pas subi le même sort), une affiche de la comtesse du Barry (presque 50 ans et oubliée dans son château, mais se faisant moins discrète en promettant récompense pour retrouver sa longue liste de bijoux volés indécente en pleine Révolution). Il y a de tout, même une planche peinte à la main originale d’Asterix. Un patchwork intéressant où il faut chiner. Avec un guide (gratuit, pour la journée de portes ouvertes), c’était encore mieux.

En fin de journée, Fabrice Lucchini lisait de la poésie choisie par ses soins, dans une salle blindée ayant dû patienter pour cause de taxi malaimable avec les chiens miniatures japonais (Shiba) : l'alibi rêvée pour le trublion lecteur de laisser libre cours à sa misanthropie, dont le public fut victime collatérale, introduisant par prétexte son auteur fétiche Céline, mais devenant victime de sa propre farce lorsque le public demanda, pour combler la demie-heure gratuite dans l'auditorium de la BNF (à laquelle on accède par un passage en hauteur hallucinant), un extrait du misanthrope. Le tout de tête, le livre servant de support décoratif. Un show d'intellectuel surjouant pour un public forcément déjà conquis.

jeudi 14 mars 2013

romans pour jeunes filles

Depuis que je live-tweete les conférences de la NYU, je ne fais plus trop de billets dessus. Mais le peuple a réclamé un vrai compte-rendu pour y voir plus clair, et l'on ne peut rien refuser au peuple... La séquence de vendredi dernier s'inscrit dans le cadre d'un nouveau cycle, plus axé sur le genre — la grande mode actuelle, et à vrai dire je préférais le précédent sur l'histoire des sexualités. Et justement l'intervenante Daniela Di Cecco venait de Caroline du Sud, mais n'en parlait pas mois un parfait français. Sa conférence : "de la Brigitte de Berthe Bernage à la Bridget (Jones) d'Helen Fielding : l'évolution du roman pour jeunes filles".

Il y a toujours quelque chose de gênant dans ces études très fouillées sur des sujets très précis : on soupçonne que le champ est rétréci, on ne sait pas jusqu'à quel point, et on ne l'avouera que fort tard. En l'occurrence, allons savoir si la série des Brigitte fut réellement le premier véritable roman pour jeune fille en soi ; toujours est-il que seule les écrivains femme étaient considérées, et que la littérature à destination exclusive des jeunes filles ou des femmes, ou à propos d'elles (et de ce qui leur conviendrait) d'une manière plus large (je pense à Fénelon et son Traité de l'éducation des filles, et pourquoi pas à la Princesse de Clèves et autres), n'a pas été évoquée.

En tout cas, le début de la conférence nous rappelle que la littérature pour jeunes filles n'a pas bonne presse, que ce soit pour les qualités narratives intrinsèques ou pour ce que cela raconte d'inintéressant. Toujours est-il que le personnage de Brigitte et l'oeuvre de Berthe Bernage sont spécifiquement destinées aux jeunes filles, sur un mode très moral d'apprentissage. Et en soit, cela est certainement, au début du XXème siècle, le premier exemple du genre.

La salle a très bien fait ses devoirs : l'organisatrice a réussi à nous trouver un des premiers Bernage aux puces, qu'elle fait circuler dans la salle ; une habituée fait aussi circuler deux exemplaire des veillées de chaumières, magazine à forte tendance tradi-catho dans lequel Bernage a pas mal écrit, et qui continue toujours de nos jours le culte de la Brigitte. Un petit mot sur l'assistance par ailleurs : QUE des femmes (une vingtaine), à l'exception de votre serviteur. Le cheveux y est aussi court, d'une manière générale, que ce que l'on nous décrit de la jeune fille moderne des années 1920, la garçonne (pour confirmer le cliché jusqu'au bout, devant moi, un couple militant de lesbiennes).

Dans les années 1920, la modernité est donc anti-traditionnelle : le tir est rectifié avec la littérature de Brigitte, dès la fin de ces années, pour une longue série de romans où l'héroïne se veut moderne dans ses actes, mais en réalité surtout traditionnelle dans ses pensées, sa vie, ses amours, ses émotions. Succès fou, Brigitte devient un modèle dans ces années d'après guerre, où pour des filles d'à peine 12 ans, le problème est déjà de trouver un homme avec qui se marier... La "littérature de mariées" paraît d'ailleurs à la bibliothèque rouge et or, la cible étant claire.

On aborde alors en parenthèse le problème du ciblage de public (et de sa difficulté). Par exemple, "Bonjour tristesse" de Françoise Sagan, en 1954, a fait scandale ; aux USA, le célébrissime "Heartcatcher" a en réalité été poussé vers le public adolescent par l'éditeur (ce n'était pas un souhait de l'auteur). Plus tard, on parlera de "Jeux interdits", qui n'était pas à destination des enfants, tout comme Jules Verne d'ailleurs. La question peut se poser pour Harry Potter, à l'inverse, qui a été beaucoup lu par des adultes. On évoque aussi "Twiligth", manifestement apprécié seulement des jeunes filles — et dont le discours est très moralement conservateur. D'ailleurs, on fait remarquer que de nos jours les héroïnes ont tjs 14 ans.

Des modèles de littérature se détachent, et l'on voit ainsi souvent un père absent, tandis que beaucoup repose sur la mère. On se rend compte aussi qu'il y a très peu ou pas du tout de première fois ds la litt française (plus tout à fait vrai maintenant), alors même que l'on pourrait se dire, dans des romans d'apprentissage, que c'est là un sujet qui taraude bien la jeune fille.

Bridget Jones donne alors une nouvelle impulsion : c'est un journal de jeune fille qui lutte un peu, revêche,  avec beaucoup d'humour, empreint de culture populaire. C'est la fille gaffeuse et attachante qui fait rire, en survivant au quotidien (de l'apprentissage). Toute une nouvelle littérature se calque sur ce modèle, souvent en reprenant le principe du journal intime. L'ancien modèle de la jeune fille devenant directement la mariée et la mère est abandonné au profit de la modernité de la jeune fille paumée qui se cherche — ne me demandez pas où est le progrès dans cela. D'ailleurs, on a pu voir que cette évolution a commencé à partir des années 1960 (ah l'émancipation !?) ; avant, les livres d'apprentissage ne concernaient que les garçons, dont on avait inventé le concept d'adolescence (étape de crise), et ce depuis Werther.

Des extraits emblématiques nous sont lus. Le glissement est certain, et accoler le policer "veillées des chaumières" (dernier numéro du mois dernier, avec l'affreux chat au milieu des roses, kitsch-land), tout droit venu du passé, aux interrogations ultra-modernes d'une jeune fille sur les strings de sa mère dans son journal intime fait, jaillir un décalage impressionnant. La conférence se termine par une petite discussion sur le sujet. On fouille un peu, avec un pinceau, pour dégager des choses.

samedi 24 novembre 2012

lectures coch... érotiques

L'annonce est passée sur Twitter, via le compte de @Katsuni (d'essence divine, elle a perdu en aura depuis son gonflement mammaire artificiel, mais avançant en âge, murit fort bien pour compenser), dont la vivacité d'esprit anime ma TL. Elle déclarait donc intervenir lors de la dernière session d'une série de lectures publiques organisées, au réfectoire des Cordeliers (à Odéon, en face de la fac de médecine, très vieux bâtiment en pierre avec charpente massive, une relique du passé lointain). Pas avec n'importe qui : Bernard Pivot ! En réalité, au final, celui-ci sera intervenu quelques minutes en interview au début, tandis que celle-là sera apparue pour le même exercice vers la fin, les deux se rejoignant pour la remise des prix... à un absent. Vidéo par ici.

Les organisateurs n'ont pas prévu le succès de l'opération, ou comment se retrouver sans chaise pour s'asseoir (malgré une entrée et un vestiaire payants...). Avec la souris, on finit par squatter l'estrade du DJ : c'est précaire, mais ça fera l'affaire jusqu'après le dernier entracte dansant fort tardive (la soirée s'achevant peu avant minuit), on l'on a pu se trouver deux chaises confortables. Et donc, pour les mêmes raisons de rareté des ressources, nous n'avons pas eu de petit programme de ce qui nous a été lu par les différents lecteurs. Quel dommage ! Parce qu'il y avait du niveau, pour seulement un texte de Sade ! Pas mal d'anonymes, par ailleurs.

Et une question : pourquoi diable ne puis-je pas trouver ces textes compilés sur le site web des organisateurs, par exemple ? À part un ou deux (et le gagnant), tous sont dans le domaine public depuis belle lurette. Et la lecture se faisait... sur iPad ! Une réponse : à chaque fois était cité, à la fin de la lecture, le nom de l'auteur, l'oeuvre et... l'éditeur ! Aucun sens. Oui, ces textes sont extrêmement subversifs, quasiment tous du XVIIIe siècle des libertins — Katsuni n'en revenait, découvrant que ce qu'elle fait à l'image est ridicule comparé à ce qui a été écrit —, mais les lire de nos jours l'est-il réellement, alors que dans la sage organisation et le divertissement réglé, on se raccroche à de nouvelles références formatées et confortables ? La contradiction de notre temps...

jeudi 12 janvier 2012

Au guet-apens

Que de monde, à la chouette libraire du 27 rue Jacob, en plein coeur de St-Germain ! Pourquoi n'ai-je droit à de pareilles conférences de presse, moi aussi je suis un blogueur-auteur ! Maitre Mô, comme beaucoup de monde, je l'ai découvert quasiment au début de son blog via Maitre Eolas. Très différent, il parle de ses dossiers, des histoires vraies, de la vie du Nord. Le style un peu maladroit du début (avec beaucoup de fautes d'orthographe) s'est affirmé au fur et à mesure, et c'est rapidement devenu un grand blog, de ceux qui génèrent énormément de commentaires. Et puis il y a eu twitter, et les interviews à la télé et dans les journaux, qui ont commencé à éclairer celui qui se cachait sous le pseudonyme : pas du tout l'image que l'on pourrait s'en faire, un grand gaillard solide qui fait dix ans de moins que son âge (autour de 45 ans, si je compte bien !), rasé, oreilles décollées caractéristiques. Il a un talent naturel pour se marketer, un humour tout aussi naturel qui marche auprès de tous... Ça sentait un destin à la Ron l'infirmier : un livre à partir des billets. "Au guet-apens" est ainsi sorti aux éditions de la Table Ronde il y a un bon mois (ou deux ?). 21€ pour 250 pages, c'est cher, mais bon, pourquoi pas.

Et donc, un monde fou, dans la salle — une bonne centaine, dirais-je. J'y vois B#6 juste devant moi, alors qu'il n'y a plus de chaises disponibles ; Authueil et Eolas sont au tout premier rang, et le second ne réagit jamais lorsqu'on l'évoque (ce qui donne des scènes assez savoureuse, lorsque Mô en parle en bon taquin, comme s'il n'était pas là) ; j'aperçois ensuite Frédéric Etchart (apparemment Frédéric Fortin y était aussi), de Lextenso ; pas vu d'autre followers/followés de twitter que j'aurais beaucoup voulu rencontrer, dommage. Et puis pour interroger Mô, Pascale Robert-Diard — deux pour le prix d'un !

Trois quarts d'heure assez savoureuses d'interview, qu'il serait bien dur de retranscrire. Et puis buffet, dédicaces, un bon bout de temps passé avec Eolas, pas revu depuis belle lurette. Et départ avec Authueil pour la République du Web, vers 21h30 — ça faisait donc un bon bout de temps que l'on était dans le coin, mine de rien, avec un début ponctuel à 19h00 !

dimanche 20 mars 2011

SL2011

Que B#4 soit bénie pour m'avoir fourni deux invitations à ce salon du livre, qui avec 9€ de droit d'entrée, est tout simplement scandaleusement trop cher. Il est vrai qu'à présent, les moins de 26 ans peuvent entrer gratuitement sur simple préinscription -- de fait, la queue pour entrer avec une invitation devient elle aussi problématique, quoique largement moins pire que la file d'attente monstrueuse pour ceux qui n'ont pas la chance de connaître du monde dans le milieu du livre. D'ailleurs, au dehors, on vend des invitations pour 8€ ; des jeunes gens ont tenté cette méthode, pour se voir refuser l'entrée par la badgeuse, celle-ci ayant déjà enregistrer les billets (les nouvelles technologies sont propres mais redoutables à ce niveau). Je ne comprends pas une demi-seconde pourquoi un agent de police ne fait pas le ménage dehors (il se pourrait en fait, que la pratique ne soit pas tout à fait illégale en soi, n'ayant vu aucune interdiction de revente spécifiée sur l'invitation).

Il y a beaucoup de monde, comme à l'accoutumée. Au fond, une chanteuse de JPOP s'égosille. Je mate l'un des très beaux livres de B#4. Nous parcourons des allées un peu moins charmantes que d'habitude ; plus de livre ancien, plus de numérisation, pas de livre électronique, plus de mini-livre rigolo, aurais-je donc raté tout cela autant que la dédicace d'Arnaud Montebourg -- pour la peine, je suis dégoûté, en revanche j'ai vu la Bettencourt, assaillie de monde, tandis que les auteurs à côté de chez Gallimard se sentaient bien seuls...

Le site web du salon est particulièrement mal pensé : il est difficile de navigation et la liste des auteurs nous présente de simples boutons "suivant" et "précédent" sur des dizaines de pages, ce qui la rend totalement inutilisable. La charte graphique est très bonne, mais elle ne fait qu'illusion.

J'ai demandé si "Die Nacht" était sorti en DVD, enfin ; non, trop compliqué pour des problèmes de droit, mais mon interlocutrice était ravie de tomber sur un fan. Nous avons mis pas mal de temps avant de trouver le stand de Assimil, où j'ai pu acquérir les guides pour l'Espagnol et l'Italien (ça va s'apprendre très rapidement, je sens). Ce n'est qu'au moment du départ que j'aperçois le stand Eyrolles. Petit passage : il n'y a strictement aucun livre informatique ; d'ailleurs, il n'y en a nulle part. Il y a quelques manuels de droit, de gestion ou de finance, pourtant. Doit-on penser qu'aucun informaticien n'est censé se rendre sur le salon ? Le pire, c'est que ce ne serait pas faux. L'année prochaine, j'y engagerai le CE.

jeudi 1 avril 2010

253ème semaine

Un billet hebdo un premier avril, voilà qui est étrange, d'autant que ça tombe le jeudi au lieu du mercredi. Mais je suis sous l'eau, du genre sous l'océan (mais sans rousse à queue de poisson). Semaine salon, et semaine ultra-galère au boulot (ça va devenir urgent, la fuite, je sens). Passons sur le second, même un psy deviendrait dépressif. Salons, donc : RTS (billet à venir sur mon blog pro, si jamais j'ai le temps un jour, pour ceux qui le suivent), et salon du livre, juste à côté (enfin, à l'opposé, mais salon de Versailles aussi), ce qui a permis le dernier jour de mercredi de refaire une petite virée, histoire d'entendre l'annonce de fin de salon, de voir les exposants exténués avoir du mal à joindre deux phrases, des cartons plein de livres qui commencent à se balader, des stands qui s'écroulent, la déchéance de l'édition, en somme. D'ailleurs des racoleurs de Libé, manifestement un peu alcoolisés (du moins je l'espère), ont essayé de me refourguer un abonnement à pas cher, que j'ai décliné : qu'est-ce que je pourrais bien en faire ?

Pour la soirée d'ouverture de jeudi, j'ai eu une invitation de la plus délicieuse des créatures célestes (ie dans la Lune), qui ne pouvait pas m'accompagner ; je devais donc y aller avec Mimy, malgré tous mes efforts pour lui éviter les mondanités supposées (mais l'une est en partiel, l'autre y va déjà, encore un autre est... en partiel -- c'est chiant, de nos jours, y'a que des étudiantes en dessous de 30 ans) ; mais en fait, elle n'était pas si libre que ça ; j'ai donc fini avec une amie dont le prénom, comme pour les deux autres entre elles, se différencie de deux lettres (ce qui est rudement pratique). Au final, nulle mondanité aucune : c'est comme le salon en nocturne, mais on peut jouer au pique-assiettes sur les stands qui ne sont pas trop radins (certains affichant un aspect VIP -- étrangement les 100% subventionnés comme Arte --, ou nous faisant le coup du "désolé c'est une soirée privée" sur le stand des éditions de la chasse, pêche, etc). Sur le coup, j'ai été un peu déçu (mes mondanités ! Et puis les chips, c'est pas les petits fours AROP, même si les macarons Assimil et les p'tits fours des éditions catho étaient très bon -- aussi trouvé quelques uns à la violette, sachant que j'étais en violet, trop la classe). Mais au moins, j'ai pu acheter ma méthode d'Allemand, histoire de rentabiliser le temps déplacement multiplié par deux matin et soir (au secours !!).

Il était prévu d'y retourner samedi aprem', avec ma Mimy, mais on fait un joli couple très assortis (outre qu'arriver simultanément en camaïeu de gris et noir sans s'être consulté, c'est la classe). Boulet et boulette : oublié les invit' coupe-file (évidemment il fallait compter 40 minutes de cramés), et c'est 9€ le salon pour les plus de 26 ans non étudiants ; juste l'horreur : boulet. D'ailleurs je n'en avais qu'une, valable pour une seule personne ; mais elle en avait deux, sauf qu'elle n'avait pas compris que c'était la même chose : boulette. Bref, nocturne de mardi, 19h à 22h, après avoir fait du 10h à 18h30 sur RTS non-stop. 11h30 de salon dans la journée, record à battre (heureusement, il y a un vestiaire à 2€ par objet... "et par jour").

Il y avait du freak, sur le salon, du vrai du beau du label rouge. C'est le monde édition/péri-édition, avec plein de gens qui font peur. Sans compter les extravagants. On en voit des vertes et des pas mures, et on se dit qu'il vaut effectivement mieux que le ministère de la culture arrose beaucoup tout ça, parce que dans l'absolu, on ne pourrait pas en tirer grand chose. Ça fumait moins que pour l'ouverture, ceci dit : parce que là, à 21h50, alors que ça allait bientôt fermer, une annonce supplémentaire a recommandé d'essayer de se calmer un peu (on commençait à avoir de la moquette brulée), la sécurité commençant à s'inquiéter... Devant le stand d'une maison à freaks, le Diable Vauvert, où devait signer quelque star du porno (manifestement absente, je ne l'ai pas vu sur la Musardine, alors qu'Ovidie et Maïa Mazaurette à la toute fin étaient bien présentes), quelques dominatrices en résille, porte-jarretelles et cravache haranguaient les passants. On remarque ainsi beaucoup de subversion pour les nuls, sur le stand d'Arte par exemple, voire quelques éditeurs qui sont spécialisés (parfois masqués par des panneaux en bois, pour que les enfants ne s'y perdent pas, évidemment). Grand regret : ne pas avoir pu approcher la Grande, l'Immense Maïa (qui n'est pas trop mon style, mais elle est tellement la quintessence absolue de ce qui se fait de mieux en terme de salopes, que mon admiration est sans borne).

La nocturne de mardi était donc fort chouette, quoique le physique n'y était pas trop. Il y avait aussi la demoiselle trentenaire aperçu la fois précédente sur le même stand de "Les femmes" : la première fois, bas visibles en position assise avec mini-jupe ; la seconde fois robe noire relevée en biais sur un côté laissant apercevoir des bottes hautes blanches avec lacet, en position penchée vers l'avant ; fascinant (salope qui s'assume ? Inconsciente à l'air un peu naïf ?). Sur un stand d'édition philosophique, des bouteilles de vin apparaissent, normal. Quant au mercredi, le passage était fort rapide (17h20-19h00), le temps de voir le Bookeen, excellent techniquement (et Linux embarqué), très bon package, équipe sympathique (des Parisiens ! Dans le 13ème, aaahhh !!), prix décents, prochaine version touchscreen, écouteurs (pour apprendre l'Allemand ! :)  ), et finesse impressionnante du produit, très utilisable. J'adore, il m'en faudra un (le touch, forcément). Je remarque que définitivement, il y a extrêmement peu de jolies filles sur les stands (et que le surpoids léger fait des ravages sur les bassins trop larges). Mais bon, c'était pas pire que ma conf avec deux filles sur 80 personnes dans l'assistance...

Et plein d'autres choses, mais je n'ai pas le temps, et plein de retard à rattraper dans mon mailer en commentaires, et en billets. Ce billet hebdo termine donc en queue de poisson.

dimanche 23 août 2009

chiffres truqués

"Le grand truquage", "comment le gouvernement manipule les statistiques", aux éditions de la découverte, m'a été inspiré par la liste de lectures d'été des Econoclastes. Il s'agit d'un collectif d'auteurs regroupés sous le nom de "Lorraine Data" (si Data est évident, Lorraine parce que l'INSEE s'y fait déménager de force), comportant des hauts fonctionnaires et autres statisticiens de qualité et soumis au droits de réserve pour la plupart, qui en ont plus que marre de voir leur travail saboté et pipoté par les instances dirigeantes, essentiellement (car c'est là où le phénomène s'est amplifié de manière critique) depuis une dizaine d'années, c'est-à-dire avec l'arrivée de Rafarin, puis Villepin, et plus dramatiquement encore, le changement de Président. Pour cela, le coeur du livre est divisé en sept parties.

"Pouvoir d'achat : le grand camouflage", ou comment le véritable débat a été sciemment escamoté, en se focalisant par exemple sur des moyennes de salaire, là où en réalité, ce sont les inégalités (tableaux à l'appui) qui masquent le profond malaise bien ressenti ; en faisant appel à des valeurs statistiques dans le temps comme l'évolution du coût horaire du salaire minimum en % de valeur ajoutée (une courbe qui s'écrase lamentablement), et avec des explications claires, rigoureuses et précises, on comprend beaucoup mieux d'une part le problème, et d'autre part son détournement sans solution véritable, alors que le sujet était devenu central lors des élections présidentielles.

"Les chiffres de l'emploi et du chômage : petits arrangements entre amis", ou comment les dés sont pipés par des changements de catégories ou des difficultés pour s'inscrire et le rester, tout en dénonçant la manipulation directe par des chiffres que l'on sait peu précis (notamment les variations au mois, qui n'ont aucune valeur mais ouvrent pourtant les JTs, souvent révélés "mystérieusement" puisque non-officiellement divulgués dans ce cas ; et de citer aussi les discours sarkoziens visant à discréditer encore les chiffres de l'INSEE une fois que ça ne l'arrange plus) ; on est effaré de découvrir les véritables chiffres (grosso modo deux fois supérieurs à ceux donnés, en s'appuyant sur des documents public mais bien cachés) -- et leur manière assez rocambolesque pour les connaître.

"Les heures supplémentaires : beaucoup de bruit pour rien", ou comment les véritables études d'impact ont été sabotées, tandis qu'il existait déjà des manières (complexes) d'avoir une approximation d'un chiffre qui en fait suivrait tout à fait son évolution naturelle -- c'est-à-dire que le seul mérite de la défiscalisation des heures sup' a été d'automatiser leur déclaration, alors que celle-ci était très souvent dissimulée aux sondages avant, d'où une fausse explosion, par ailleurs passablement manipulée.

"Réduire la pauvreté... en changeant d'indicateur", en l'occurrence en troquant le taux de pauvreté habituel et internationalement défini (ménage dont les revenus sont inférieurs à 60% du niveau de vie médian de l'ensemble de la population), pour le taux de pauvreté ancré dans le temps, qui de par la croissance naturelle, baisse tout seul (on prend une année comme référence, et on calcule en relatif), de telle sorte que (graphe à l'appui), de 2000 à 2005, le taux de pauvreté a varié de 12,9 à 12,2%, tandis que celui ancré dans le temps est passé de 12,9 (référence) à 9,8%, sans même que le RSA ne soit encore inventé -- on écorche ensuite les résultats faussés du RSA, par ailleurs.

"Éducation : silence dans les rangs ?", se demande-t-on en constatant que la communication officielle utilise les chiffres de manière si peu rigoureuse (pour na pas dire qu'elle leur fait affirmer parfois le contraire de ce que cela indique) dans le domaine de l'éducation, pour justifier des réformes par ailleurs non-évaluables (contrairement aux faux résultats affichés par des estimations fantaisistes), surtout depuis que l'on a passé sous silence les rapports annuels.

"Immigration : controverse... dans un désert statistique", car finalement, si le gouvernement a décidé de mettre tout le monde dehors, on ne sait pas vraiment où l'on en est, et le pire, c'est qu'en faisant de la spéléo (et aussi de l'archéologie, parce que les rapports officiels ont tendance à disparaître du public au fil du temps, notamment au changement de ministre qui a entraîné un "nettoyage" total) dans les rapports qui ne cessent de modifier leurs méthodes de comptage (historique à l'appui), et en recomptant proprement, on se rend compte que les résultats sont en réalité de la poudre aux yeux -- les auteurs se demandent d'ailleurs s'il ne faut pas finalement s'en féliciter, pour ne rien nous cacher, tout en déplorant comme à leur habitude le manque de clarté nécessaire à toute démocratie digne de ce nom.

"Comment fabriquer les bons 'chiffres de la délinquance' " finit d'achever le tableau déplorable du truquage généralisé de tout ce qui peut influencer l'opinion (et en l'occurrence beaucoup : deux élections présidentielles ont été gagnées à droite sur ce thème) ; on constate que outre la baisse des enregistrements à la base en indiquant aux policiers et gendarmes que leur évolution de carrière dépendrait de leurs résultats favorables en apparence (c'est-à-dire bêtement chiffrés), l'utilisation de moyennes peut cacher une baisse naturelle du nombre de vols (extrêmement importants, et qui ne cessent de décroître naturellement dans tous les pays depuis des années, ne serait-ce que pour des raisons technologiques) tandis que des faits plus graves (comme les atteintes aux personnes) ont explosé ces dernières années ; et c'est sans parler de la manipulation à la communication, ou comment Rachida Dati a inventé des criminels mineurs pour justifier la répression exagérée, tandis que tous les véritables chiffres se trouvent consignés au ministère de l'intérieur -- mais voilà, pas beaucoup de journalistes ne vont les voir, et ça passe...

La rigueur des auteurs est aussi grande que leur ressenti. Et quand on constate la profusion de données sous forme de tableaux ou de graphes, correctement détaillés et expliqués, dont les sources sont clairement citées, et des analyses bibliographiques complètes précisées, il n'y a pas de doutes que l'heure est grave. On ne nous prend plus pour des imbéciles, on nous manipule indirectement. Toutes les évaluations présentées par les gouvernements doivent être prises avec la plus grande circonspection, mais si personne ne crie à la supercherie -- et ce n'est malheureusement pas un bouquin pour intellectuels politisés qui risque d'affecter l'électeur moyen --, la seule issue est qu'au bout d'un moment, le peuple se rende compte qu'il est totalement berné (prions pour une mémoire qui dépassé l'année -- souvenez-vous, l'année dernière, on assurait au gouvernement que la crise ne nous atteindrait jamais), et prenne le sanctions électorales nécessaires. Si d'ici-là, la main-mise sur le système de production statistique n'a pas définitivement ruiné le seul système d'évaluation correct des politiques de plus en plus complexes (à escient) qui sont menées.

Un livre peu cher, qui se lit vite, clair et précis, mais surtout : un livre nécessaire.

vendredi 7 août 2009

Sexe, drogue... et économie

Le bouquin des éconoclastes n'hésite pas à faire dans la provoc' intelligente digne du blog : "pas de sujet tabou pour les économistes", nous disent-ils. Nos deux compères Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia sont habitués depuis quelques années à la rédaction d'articles "vulgarisateurs" sur les sujets économiques ; ce qui rejoint à vrai dire leurs boulots de profs (d'ailleurs, l'éditeur est Pearson). Si leur crédo est de faire découvrir l'économie sous un angle original et appliqué, le livre est en plein dedans : les six parties sont intitulées "scandaliser sa belle-mère (et tout individu du troisième âge)" (avec une entrée en la matière par la polygamie : la loi de l'offre et la demande y est très favorable aux femmes !), "être interdit à la télévision (sauf chez Ardisson)" (l'éternel faux problème de la dette publique, les prévisions normalement nulles d'un économiste, et quelques considérations amusément pessimistes sur le climat et la démocratie), "plomber l'ambiance à l'apéro (voire au digestif)" (ma partie préférée ; "les Français sont nuls en économie", "les riches sont des fainéants comme les autres", "faire payer le pigeon est excellent" et "c'est votre faute si se loger coûte cher"), "se faire expulser de Davos (ou de Porto Alegre)" (organisations internationales inutiles, abus de positions dominantes et corruption), "rendre son psy complètement fou (ou encore plus qu'avant)" (considération morales de l'économie : la question du bonheur, de la virtualité, de la rationalité et des groupes sociaux), et enfin "finir sa vie tout seul (ou avec son caniche)" (pour finir dans un contre-pieds ironique).

Comme nous l'indique l'avant-dernière partie, on a beau beau faire dans "l'immoral" (dans le sens où l'on rompt les hypocrisies locales pour aller à contre courant des idées reçues politiquement correctes), on n'en reste pas moins moral (dédicace spéciale au Science Po qui m'a affirmé dans un aplomb superbe qu'il a tout compris à la politique depuis qu'on lui a fait lire "Le Prince" : "il n'y a rien de moral là dedans !"). Aussi, on conçoit bien la science sociale comme proche des différentes considérations, comme penchant pratique de ce que l'on théorise froidement là. Introduits par des courtes citations, chaque chapitre prend ainsi un malin plaisir à appliquer la science économique (aaahh, "science", passons) à des considérations diverses qui rappellent que la matière n'est pas tributaire de la seule finance, mais de l'organisation sociale en général.

Le contenu général est excellent, et assez souvent jouissif. "Faire payer le pigeon est excellent" montre par exemple comment il est de bon ton de surfacturer le riche et le bobo pour financer le massif peu cher, où comment par des considérations très bassement économiques d'optimisation de gain, on en vient à faire de la justice sociale. Par touche successives, le livre entreprend de donner les moyens d'une vision globale décomplexée du monde, par une approche objective de calcul de gains, que ce soit pour du budget, de l'investissement, ou du bonheur. Derrière la povoc', il ne faut pas oublier que nos deux compères sont normaliens.

Pour moins de 20€ et 280 pages, cette rafraichissante littérature intelligente vaut bien une commande. D'ailleurs, puisque c'était à la base une cadeau de Noël à petite soeur, et que je lui rend enfin (d'où la note...), je pense bien en acheter un exemplaire pour moi cette fois. A noter aussi, magie du blog et du net, que l'annexe perpétuelle se trouve sur le site des éconoclastes.

vendredi 24 juillet 2009

de la diffusion des savoirs -- ou de leur disparition

Jules s'est fendu d'un billet remarquable, repris même par Ecrans (dans un tout aussi bon article) : il s'agit d'une affaire bien révélatrice du monde déréglé, névrosé et marchant sur la tête dans lequel la propriété est devenu une telle obsession qu'elle en finit par justifier tout et n'importe quoi, de la loi imbécile (HADOPI chez nous -- cliquer sur l'url pour vous détendre un peu), jusqu'à la spoliation, la censure et le piratage pur et simple. C'est ce qui est arrivé dans l'histoire ici contée : Amazon a purement et simplement effacé des livres numériques à distance sur les lecteurs électroniques dont il est le distributeur.

Plusieurs remarques préliminaires, déjà : nous avons une société qui contrôle à la fois contenus et contenant (c'est toujours un indice que quelque chose ne va pas aller) ; qui ne se prive alors pas d'adjoindre force DRM, pour parfaire l'incompatiblité, la compatibilité avec certains formats (comme le .doc de m$) étant assurée par un logiciel de traduction dans leur format fermé (qui ne supporte pas du tout le PDF, format ouvert répandu, par exemple) ; ironie, le logiciel interne embarqué tourne sous Linux, logiciel libre ouvert ; ce qui n'empêche pas d'implémenter des routines permettant d'accéder à distance à l'appareil, propriété privée de son utilisateur, pour y effacer des fichiers (outre la légalité même de l'action, c'est déjà la prévision technique bien en avance de son exécution qui trouble l'informaticien).

Il se trouve que le livre ainsi censuré était "1984", ce qui prouve au passage le peu de culture et de conscience de nos braves gens. Nul besoin de pompier pyromane pour détruire une oeuvre, il "suffit" (puisque la technique a déjà été prévue) de relever un problème juridique pour entraîner la destruction distante du savoir. En l'occurrence, les éternels ayant-droits (aussi connus sous le nom d'héritiers, dans la quasi-totalité des cas), de l'oeuvre de George Orwell, toujours couverte par les droits d'auteur jusqu'en 2044 (pour une parution en 1949, tout de même), aux USA du moins (sa libération dans le domaine public est totale dans de nombreux autres États, encore une absurdité).

Je parlais justement il y a peu de temps de ce problème, plus vaste encore, de perduration du savoir, devant les papyrus égyptiens d'il y a 4000 ans (à trois cents ans près). Si le support de plus longue durée de conservation des données est la poterie, le plus court est la flash, à présent omniprésente (considérez que c'est pis encore que les bandes magnétiques, et repensez alors aux disquettes qui il y a peu encore, contenaient toutes nos données numériques). Voilà qu'à présent, les livres sont des fichiers, lisibles par un seul support donné, impossibles à prêter ou à copier pour soi, dont la durée de vie est attachée à un appareil faillible (ne serait-ce que par la flash qui sert de support de stockage), et pis encore : on peut (apparemment illégalement en l'espèce, certes, mais il suffit de verrouiller le DRM -- ne serait-ce que par l'arrêt du support --, ou de s'en donner le droit par CGV) retirer arbitrairement ce savoir de manière discrétionnaire.

Outre l'aspect politique de propension à la tyranie sur lequel Jules s'est parfaitement exprimé, je sens que cette civilisation ne laissera pas beaucoup de traces aux suivantes -- alors même qu'elle peut, par son évolution technique, reproduire à l'infini et sans effort le savoir indépendamment des contraintes géographiques, et permettre l'accès à l'expression de tout un chacun. Comme dirait mon interlocutrice de la discussion suscitée, ce ne serait pas bien grave pour beaucoup (comme toujours, les faux penseurs pullulent, mais enfin, l'histoire était déjà là pour les oublier naturellement, à quelques exceptions inexpliquables près, si ce n'est le chauvisme par chez nous), mais tout de même, il faudra penser à conserver dans un coin des ouvrages en bon papier conservable quelques siècles, sait-on jamais...

lundi 20 juillet 2009

écouter Chopin, et puis mourir

La maison George Sand, paumée en pleine diagonale du vide à Nohant, à 30km au Sud de Châteauroux, accueille, comme ne l'indique absolument pas son site web, divers festivals aux programmations à faire pâlir d'envie un parisien (sauf qu'il a la même chose toute l'année et dans plusieurs salles accessibles par des moyens de transports démocratiques). En l'occurrence, il s'agit au mois de juillet des rencontres Frédéric Chopin. Ainsi, après avoir fait le tour du charmant jardin, suivant un parcours littéraire fort bien pensé (sur le thème de l'amour, on l'aura deviné), non sans avoir visité les tombes de la familles aristocrate dont celle de notre lettrée, c'est à l'arrière de la demeure que les chaises en plastiques attendaient les spectateurs.

À un peu plus de 18h00, alors que les notables artistiques de la région ont été aperçus par une fenêtre, et que le temps commence à se faire menaçant, la séance de lecture-concert est afin annoncé : Marie-Christine Barrault, bien connue de la région, est présidente du bidule, et va nous lire des extraits de George Sand. Hein ? C'était Sonia Rykiel qui était annoncée ! Et il n'en est pas même fait mention lorsque Yves Henry commence à interpréter une soupe assez méconnaissable de Chopin sur le piano original d'icelui, un Pleyel. Sauf qu'il est à l'intérieur, alors ce sont des hauts-parleurs de qualité fort médiocres (et recouverts in extremis de sacs plastiques) qui font relai. Et pis encore : l'instrument est manifestement mal accordé, on aura droit à un moment de Chopin de saloon plus tard. Sans compter que l'interprétation était passablement mauvaise, ce qui a laissé fort dépitée son ancienne tourneuse de page... À mourir de honte.

Quant à Marie-Christine, non seulement ses extraits de "Consuelo" ne sont guère palpitants (pour ne pas dire assez nuls ; quoiqu'il y avait un sens en cherchant le rapport à la musique patriotique, sauf que c'est mal écrit), mais ce n'est pas non plus la lecture qui va soutenir l'attention, c'est même plutôt mauvais dans l'ensemble. Bref, on meurt d'ennui. À notre droite, au milieu des vieilles bourgeoises de province, un type a son téléphone qui sonne, répond avant de s'éclipser, et aussitôt revenu, sonne à nouveau et répond encore. Ajouté à la torture musicale, aucune surprise à ce que l'on meure de rire. Avant de déclencher en plan d'évasion par l'arrière du jardin.

C'était là une bonne idée, car se restaurer avant d'attaquer la suite du programme, à 20h30, n'était pas de trop. En effet, après la lecture gratuite, suivait le récital de piano très-payant. Quoiqu'en se faisant passer pour étudiant-de-moins-de-26-ans, ma bienfaitrice B#2 et moi avons pu bénéficier du tarif exceptionnel de 27€ en seconde catégorie. Par place. Dans la bergerie : les récitals ont lieu dans l'ancienne bergerie du "château", avec de vraies toiles d'araignées sur les poutres et une insonorisation quasi-inexistante -- l'acoustique est cependant surprenante --, le noir étant tel qu'aucune photo n'est exploitable, et en cas de pluie ce doit être insoutenable ; la seconde catégorie est en hauteur et un peu plus éloignée des deux pianos sur la courte scène, elle est donc meilleure. Pour un pianiste assez inconnu, puisque révélation 2009 (c'est très frais) : Andrei Korobeinikov. Pourtant, il va bien falloir retenir son nom. Car il méritait son tarif prohibitif.

Le programme s'annonce classique, mais ce sont dans les vieux pots que l'on fait les meilleures soupes (sauf pour le pianiste précédent). On commence par quatre mazurkas : la coloration est impressionnante ! De même pour la fantaisie-impromptu (en ut dièse mineur, op. posthume), enchaînée après un seul rapide aller-retour, d'une grande fluidité, mais à laquelle on pourrait reprocher trop de rapidité -- péché de jeunesse. Et la sonate n°2 suit elle aussi après une interruption symbolique (au dehors, on a cependant eu le temps de changer les chants de moineau par des croassements de corneilles) : devant une interprétation aussi excellente, une vieille dame défaille au second mouvement, juste avant le célèbre thème funèbre qui donne son surnom à la pièce. Allez savoir si elle s'en est sortie (l'extraction sur chaise dans le noir total a été assez épique, mais nulle sirène a été entendue), il n'empêche que c'était de mise. Mourir d'extase.

Entracte : le verdict est unanime, ce jeune homme russe au crâne rasé et à l'air autiste, sans mimique, l'air un peu bêta lorsqu'il joue, est absolument extraordinaire. On attend avec impatience la suite du programme, la sonate n° 4 en fa dièse majeur op. 30 d'Alexandre Scriabine, qui est fort difficile, et qui a été en l'occurrence joué avec confondante agilité. Et à son habitude, notre interprète fait suivre deux poèmes op.32 et six études op.8 sans prendre de pause. Il est épatant. Mais on aimerait presque qu'il prenne un peu plus son temps, histoire de pouvoir finir de s'imprégner !

On termine la soirée sur les cinq préludes les plus connus de Rachmaninov, opus 23. La perfection. Rien de plus à dire. Et il n'a pas fait deux allers-retours symboliques (il n'y a pas de coulisses -- étrangement, le désir ne s'en était pas fait ressentir lors de l'érection de la maison aux bêlants) qu'Andrei reprend sur "les cloches russes", dont je n'arrive à trouver trace nulle part, mais qui faisait figurer des dissonances des plus intéressantes. Comme les applaudissements sont nourris, notre artiste ne se fait pas prier pour enchainer quatre autres bis ! Du connu dont on n'arrive pas à trouver le nom (une valse de Chopin en troisième, de mémoire défaillante), jusqu'au court dernier ironique, vingt bonnes minutes sont ainsi ajoutées. Pour une fin à presque 23h, d'un récital fort impressionnant. Retenez : Andrei Korobeinikov.

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