humani nil a me alienum puto

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mardi 14 novembre 2017

Hokusai romain

On voit le Museo dell'Ara Pacis quand on traverse le pont en venant depuis la plazza di Spagna vers la place derrière le palais de justice. Manifestement, il recèle beaucoup d’autres choses (on entendait clairement un concert…) que ce que l’on observe directement depuis le pont. Il n’empêche que c’est depuis ce point de vue que l’on a aperçu, avec la souris, la mostra Hokusai. Aller à Rome et voir du Hokusai, c’était tentant. Surtout que c’était franchement vide — mais 11€, quand même, parce qu’à Rome la culture est toujours chère, afin d’assurer certainement que le très nombreux touristes préfèrent rester dehors.

Hé bien elle était fort belle et agréable, cette expo ! Bien agencée, belle scénographie, cartons lisibles, on peut circuler, rien à voir avec Paris. En bonus, la femme du pêcheur — en livre, mais je commence à me demander si elle existe réellement en estampe… Les classiques, de belles vagues, de beau monts Fuji, des cerisiers et des jolis de demoiselles, et puis du Keisai Eisen, son apprenti, mais qui est plus grossier dans les traits. On insiste moins sur sa vie et sa fille, c’est un peu dommage. Mais le contenu est là et sérieux, fort bien agencé. Un grand bain d’ukiyo-e.

mardi 11 avril 2017

ghost in a Scarlett

Avec ses vues à la Blade Runner, on sent que Rupert Sanders n’a pas fait que repomper Mamoru Oshii pour ce remake filmé de « Ghost in the Shell », pourrait-on dire, ce remake synthétique des deux intrigues des volets de l’animé cinématograhique — les meilleurs, je trouve, n’ayant pas trop accroché à l’animé Stand Alone Complex qui souffrait des mêmes problèmes que cette adaptation, qui après tout revient aussi à l’oeuvre manga originale avec la séquence à caractère lesbo-érotique. On y ajoute un prequel introductif qui explicite un peu trop, travers hollywoodien. Même si ce sont des Chinois qui sont notamment à la prod (eh oui… D’où skylines et rues, et cimetière, à répétition de Hong Kong, et me semble-t-il aussi de Shanghai ?), le reste de Japonais étant incarné par Takeshi Kitano, en VO s’il vous plaît, pour un rôle qu’il sait parfaitement incarner.

Dans la salle, il n’y a pas que des fans de Scarlett Johansson, qui cumule sur son CV les rôles du genre — techno-futuriste, robot-alien, incarnation du désincarné, et évidemment souplesse de bataille. Si vous voulez embaucher un devops, c’est le bon plan : geekland est en virée en grappes au ciné. Il déguste, j’espère, la référence glissée à Avalon (devenu un quartier). Il est probablement déçu que la synthèse du puppet master et du dénouement de « GITS: Innocence » soit aussi coïncidenciel que ça — ça grossit la ficelle, alors que Ghost in the Shell ne devrait être que finesse philosophique. Les questionnements sur l’être ne trouvent résolution que dans un arc moral final (sur fond de Mama morta d’Andréa Chénier par Callas, décidément que de coïncidences !), bien loin de Descartes tant cité dans le second opus, et évacuant les longs moments contemplatifs du premier, tout en étant plus long au final — un peu comme le générique, qui escamote le fameux thème. Il faudrait quelqu’un avec un regard neuf pour tester.

L’exercice est toujours complexe, et avec toute la bonne volonté du monde, même en convoquant Juliette Binoche, même en moulant Scarlett qui quoique non physiquement très crédible en Motoko demeure appétissante même en mode invisible (très beaux effets spéciaux), évitant les écueils d’Avalon et Casshern qui en avaient fait des oeuvres très confidentielles (que j’ai en DVD depuis longtemps après avoir vu au ciné au moins le second), on est peut-être un poil déçu de tenir une certes bonne oeuvre, mais clairement pas un chef d’oeuvre, malgré le matériaux de départ.

jeudi 12 janvier 2017

kimi no na wa

Malgré mon amour du manga, je ne connaissais pas Makoto Shinkai (pour ma défense, cela fait quelques années que je vis en hermitte…). Et c’était un tort. Je pense que depuis le très regretté Satoshi Kon, dont ce « Your name » m’a rappelé « Millenium actress », avec sa narration fort originale, je n’avais jamais vu ça. Alors que ça commençait de manière aussi mystérieuse, presque brouillonne, qu’un Evangelion, et malgré un générique plutôt typique d’un anime en série plutôt qu’en film, rapidement, les personnages attachants et l’atmosphère aussi bien rendus qu’eux captent l’attention, jusqu’à ce que toutes les pièces se mettent en place et que l’on découvre quelques retournements réellement inattendus. Tout est si bien ficelé ! Plus de 10 millions d’entrées au Japon et une salle 4 remplie à ras bord aux Halles : à ça je ne m’y attendais pas non plus. D’autant que les références sont très clairement nippones. Que d’excellentes surprises !

dimanche 6 septembre 2015

miss fou de dessin

Keiichi Hara serait vu comme une sorte d’héritier de Ghibli. Son style est bien différent, mais il sait en effet faire des incursions du côté de l’imaginaire, du rêve, du fantasme, et brouille la limite avec le réel. En adaptant le manga « Sarusuberi » qui conte l’histoire d’Hokusai à travers sa fille aînée, O-Ei, elle aussi peintre (ce qu’on apprenait dans l’expo du Grand Palais, d’ailleurs, avec le fait aussi qu’une autre de ses filles était aveugle de naissance), il s’autorise à des incursions libres dans de le domaine du conte, tout en restant attaché à rentre une époque Edo parfaitement retranscrite.

C’est aussi et surtout le portrait d’une jeune fille déterminée qui vit dans l’ombre de son père en attendant une forme de reconnaissance, et qui tout en reconnaissant la sagesse qui lui manque, et en ayant conscience des lacunes (affectives) de son père, se refuse à l’amour et à l’érotisme auxquels elle fait (trop) savamment référence dans ses propres estampes (elle me fait penser à une autre demoiselle forte-tête qui devrait se reconnaître…).

Le manga fait plaisir à voir, il a ses lacunes, il n’est pas du genre à être revu comme d’autres, cependant.

lundi 1 juin 2015

Hinata sukides

Alors que l’anime est en pleine incise de retour en arrière, tandis que Naruto et Sasuke étaient en très mauvaise position, ce qui indiquait que les dessinateurs avaient encore rattrapé leur retard sur le manga papier (que je ne suis plus depuis belle lurette), voilà que sort pour la première fois au cinéma un Naruto « The last », comprendre : une conclusion des aventures, qui arrive donc après la dernière (4e) grande guerre des ninjas. Que faire ?

Ne pas y aller serait bête : pour une fois qu’il n’y a à pas à pirater, ni à attendre, pourquoi ne pas encourager de telles diffusions cinématographiques ? Mais en même temps, c’était l’assurance de se faire allègrement spoiler. Ça n’a pas manqué. On voit déjà qui a survécu (et dans quel état). On aperçoit quelques pupilles qui en disent très long. Il faut bien avouer que ça tue une partie du suspense des excellents épisodes actuels, pour une histoire qui est un peu plus cul-cul-la-praline comme savent si bien le faire les Japonais. Mais bordel, ça fait des années (une bonne douzaine) qu’on attend qu’Hinata fasse sa déclaration à Naruto, alors on n’allait pas laisser passer ça !

Bref, un méta-épisode semi-niais pour les fans, mais où le traducteur n’a pas les mêmes guidelines que les fans — d’où des « ondes tourbillonnantes » pour les rasengan —, et où l’on voit de nouvelles choses, tout en se demandant comment le gros-nouveau-méchant-mais-en-fait-il-est-gentil-au-fond (encore un qui devra expier…) peut bien mettre la misère à notre héros à super pouvoirs (en même temps, il a une nouvelle coupe de cheveux à la Takeshi assez moche, qui a mon avis doit avoir un impact sur ses pouvoirs — c’est un peu l’effet Dragon Ball Z, de toute façon). Hinata-chan devra retricotter 4 ou 5 fois son écharpe, mais qu’on se rassure : ça se termine bien (et ils eurent beaucoup de petits ninjas).

(J’attends donc les fanpics avec Hinata en mode hentaï — on sait que c’est de loin mon personnage préféré tout mangas confondus, avec Asuka d’Evangelion)

mardi 16 décembre 2014

dans la vague

Ce n’est pas la première exposition Hokusai qui ait eu lieu à Paris ces dernières années. Mais la rétrospective du Grand Palais, par l’entrée de côté, attire bien du monde depuis quelques mois, notamment après la période de roulement des oeuvres exposées, pour raison de conservation. Il faut dire que s’il fait noir, froid, et qu’il faut se pencher souvent, les estampes présentées sont dans un tel état exceptionnel pour leur âge plus que bicentenaire, que l’on se plie bien à ces exigences.

L’exposition a un ordre évident : chronologique, suivant les changements de noms et les phases du maître, depuis sa jeunesse d’apprenti jusqu’à ses 89 ans — il avait prévu vivre jusqu’à 110 ans pour achever la totale maîtrise. Un défilé de carpes (« noires comme celles du Japon de la fin du XVIIIème siècle », nous précise une fois le cartouche…), de personnages animés, de dragons, de paysages splendides dont l’inspiration chinoise saute assez souvent aux yeux (les Chinois ne semblent pas très avares sur la paternité de l’oeuvre japonaise, tandis que la leur n’a pas connu le même succès…).

Mon accompagnatrice Hinata-chan me fit la même remarque que la souris : « c’est beau, mais je n’y comprends rien ! » Il est vrai que sans plus connaître précisément de la technique nipponne, mon exposition personnelle quoiqu’indirecte (puisque n’y ayant jamais mis les pieds, à mon grand damn), je n’en ai pas ressenti le manque ; mais pour le total néophyte, qui ne parcourt jamais Guinée ou l’A&V museum, le dépaysement doit être certain… Nombre d’oeuvres y figurent pourtant au catalogue, comme les 36 vues du Mont Fuji (là encore partiellement présentées), dont la fameuse Vague, ici présente en exemplaire unique (j’en ai déjà vu bien plus… Ne serait-ce qu’au British Museum, dernier étage dans le coin).

Dire que certains kakemono, rouleaux dans des états de conservation parfaits, sont issus de collections privées ! Moi aussi, je veux un dragon dans mon salon, pardi. Quel plaisir de voir rassemblés autant de petits livrets de la série Manga ! Voilà un héritage historique décisif. Une très bonne exposition, attirant un monde fou, avec un ensemble d'oeuvres très complet et plus rare d'Hokusai (mais toujours une absence de « la femme du pêcheur »).

vendredi 4 juillet 2014

Takenoko

La princesse Kaguya, ou Kaguya-hime, que l'on a vu ré-interprétée à l'européenne sur musique japonais par Jiri Kylian dans un ballet homonyme (vu trois fois en 2010), est un personnage de la mythologie nipponne qui apparaît particulièrement important. Avec le manga "Le Conte de la princesse Kaguya" de Isao Takahata (co-fondateur de Ghibli prenant aussi sa retraite), on apprend qu'il s'agit en fait du conte du coupeur de bambou (mais parfois aussi "Conte de la princesse Kaguya") du Xème siècle (le plus ancien écrit japonais !). Et si l'on retrouve des motifs communs à l'humanité, le côté résolument animiste est typiquement nippon. Kaguya naît dans une pousse de bambou, envoyée de la Lune, et y retournera avec les siens malgré elle et ses attaches terrestres — impensable en pays chrétien.

Avec 2h17 de dessins extraordinaires, d'une technique au fusain faussement simple qui a coûté une fortune (10 millions de dollars, ai-je entendu, un record), le scénario a été étoffé par rapport au conte original. Kaguya est en effet rendu princesse malgré elle, car sa (deuxième) prime origine campagnarde est celle qui l'a rendu la plus heureuse. Le déchirement est ainsi un thème récurrent, avec celui du destin et de la peur de faire fausse route (avis divergents du coupeur de bambou et de sa femme). Kaguya, surnommé "Takenoko" par ses amis enfants ("pousse de bambou", en raison de sa croissance accélérée), ne prend son nom définitif que très tardivement : cette divergence avec l'original illustre le conflit de personnalité mis au centre de l'œuvre. Une fois qu'elle découvre qui elle est (résolvant le mystère de la chanson innée qu'elle ressasse), il est trop tard — l'ignorance aurait-elle été salvatrice ? Son refus des hommes qui se présentent trahirait-il, outre son désir d'indépendance et son amour de la liberté, son refus du destin ou quelque conscience de son passage éphémère ? La structure narrative est bien différente — jamais en occident n'aurait-on éconduit un prince (qui bien souvent "collecte" sa princesse héroïne pour la sauver). Le conte (moral ?) a ici une issue radicalement différente (et d'interprétation du monde dans sa version pleinement japonaise, dont le manga a escamoté la fin pour raison dramaturgique certainement — le nom du Mont Fuji et sa nature de volcan).

Passionnant visuellement et sur le fond.

jeudi 5 juin 2014

troubles du voisinage

L'île de Giovanni de Mizuho Nishikubo (61 ans, trois animés au cinéma après une carrière la télé, mais aussi aux côtés de Mamoru Oshii, notamment pour Ghost in the shell) est une oeuvre souvent rapprochée du poignant Tombeau des Lucioles, en ce qu'elle raconte aussi l'après seconde guerre mondiale du point de vue japonais, pays défait et déshonoré pour la première fois de son histoire, et comment, avec un potentiel dramatique tout aussi intense. Mais le manga léché (par Nobutaka Ito, Samourai Champloo)prend une direction tout autre, celle de l'espoir. L'espoir que les peuples russes et japonais, après l'adversité, malgré la mort, avec le temps, finissent par s'entendre.

Shikotan fait partie des quatre Îles Kouriles (avec Etorofu, Kunashiri, Habomai) qui sont le plus proche du Japon (île d'Hokkaidô) et qui suite à un flou de traités post-seconde guerre mondiale, ont été rattachés plus ou moins abusivement par la Russie : L'île de Giovanni (c'est-à-dire du jeune héros Jumpei, d'après l'un des romans qui, entre autres, inspire l'animé, Train de nuit dans la voie lactée, inachevé, de Kenji Miyazawa, dont il est mention tout le long du film) conte cette annexion, un peu étrange, où le peuple Anouï devenu japonais au fil des trois siècles précédents, s'est tout à coup fait envahir par une garnison russe, avec leurs familles, qui ont commencé peu à peu à les exproprier, puis à les déporter, avant d'autoriser leur retour au Japon (sauf pour une partie qui a été assignée en Russie), sur Hokkaidô, où ils vivent toujours. Que d'histoires pour quelques cailloux stratégiques, et une poignée d'habitants (environ 1500) spoilés de leurs terres, baladés dans l'absurdité de raisonnements stratégiques et de quête de pouvoir (ces îles permettent l'accès aux russes au Pacifique, et permettent de maintenir une pression militaire sur le Japon, paradoxalement devenu ami des USA dans l'adversité anti-soviétique...).

La petite histoire rejoint la grande dont il n'est fait aucune mention, tellement tout cela dépasse totalement les pauvres habitants ballotés (depuis des siècles, mais pas forcément sans s'en apercevoir autant qu'une déportation...), au gré de considérations étatiques occidentales n'ayant aucun sens pour des pêcheurs qui ne demandait rien à personne, si ce n'est de vivre simplement sur des îles peu accueillantes qu'ils considèrent comme "le meilleur endroit du monde" (étymologie Anouï de "Chikotan"). Mizuho Nishikubo, à travers le personnage de la jeune blonde Tanya, de l'innocence bafouée de ses personnages enfants, qui découvrent un nouveau monde et l'amour, appelle au dialogue des cultures. L'animé est doublé à la fois en japonais et en russe. L'image forte restera, après l'affrontement de chorales dans les deux parties de l'école divisée, les chants repris par l'une et l'autre population enfantine, avant que la décision de la séparation définitive ne soit prise par une instance de pouvoir invisible, à laquelle il faut obéir, et qui cassera tout. Des dizaines d'années plus tard, le retour est toujours difficile, et si l'espoir est mince, le propos est d'y croire encore.

Bel animé, sans concession, fort émotionnellement, pertinent, humain, plein d'espoir malgré tout.

vendredi 31 janvier 2014

maître du kaze

"Le vent se lève" est le dernier Miyazaki. Le der de der, normalement (on nous l'avait pas déjà fait celle-là ?) (En même temps, vu son âge...). Le vent se lève en français dans le texte, s'il vous plaît : la fin de la citation de Valery est "il faut tenter de vivre" (évidemment, le nippon égratigne pas mal le français, autant que l'anglais — "naïssou catchi !" —, moins que l'allemand). Une fois n'est pas coutume, l'œuvre est bibliographique ; et ce n'est plus l'homme-cochon Porco Rosso qui vole (au secours) mais Jiro Horikoshi (1903-1982) qui conçoit des avions. Le jeune Jiro ne peut pas voler, il est myope ; il met donc ses efforts dans l'ingénierie, et comme il est appliqué, combattant et très doué, il arrive à ses fins rapidement, pour intégrer les ateliers de conception Mitsubishi. À l'époque, au Japon, on tracte les avions d'essai à l'aide de bœufs. On va s'inspirer en Allemagne — que l'on n'aime pas beaucoup. On emmerde déjà les voisins chinois et on veut conquérir le monde (tout en durcissant le régime interne), aussi, mais cela le jeune Jiro, même à 35 ans, il ne veut pas trop le voir : ce qui l'intéresse, c'est rattraper le retard technologique et réaliser ses rêves.

Et dans ses rêves, justement, son mentor fantasmé l'ingénieur en aéronautique Caproni lui dit tout cela : la réalisation est ambiguë, la création peut être destructrice, le monde n'est pas manichéen, le danger est là. Jiro est un homme bon ; il épouse Naoki, son amour d'enfance sauvée du tremblement de terre de Tokyo, qu'il a retrouvé par la force du destin, ce même destin qui l'en sépare prématurément, comme la force insurmontable de la condamnation par avance. Comme ce Japon qui se lance à corps perdu dans on ne sait quoi, mais qui court sans doute à son explosion. Jiro réalisera enfin son rêve, ce sera le fameux chasseur Mitsubishi A6M Zero, celui dont à la fin du manga, pudiquement, en voyant les pilotes s'envoler au loin, on l'entend dire qu'ils ne reviendront pas. Celui des dieux du vent, les kami-kaze.

"Kaze tachinu" s'attaque à un tabou nippon de manière finalement bien mélancolique, et sans totalement mettre les mots dessus, invite à une réflexion, de celles où les rêves ne sont peut-être pas si bons, après tout. Une œuvre d'une totale maturité, artistique et intellectuelle.

lundi 6 janvier 2014

variation sur un thème albatorien

"Space Pirate Captain Harlock" (宇宙海賊キャプテンハーロック) signe le retour très tardif et surprenant de celui connu sous le nom de Capitaine Albator en France. C'est un paléo-manga, faut-il se bien se rendre compte : le public devrait avoir entre 35 et 50 ans ! Et pourtant, dans la salle, c'était plutôt jeune : comment expliquer cela ? Toujours est-il qu'Albator a vu son histoire plusieurs fois modifiée à un point qu'elle est devenue depuis longtemps incohérente : la voilà une fois encore totalement remaniée pour coller "au monde actuel". Certes. Cela implique-t-il pourtant de sacrifier la musique sublime de Shunsuke Kikuchi et Seiji Yokoyama pour une espèce de resucée zimmermanienne ? Ce n'est pas le même usage des cuivres...

Si tout le monde s'accorde sur la beauté des graphismes 3D en motion capture — quoique l'on peut se demander pourquoi l'on hypersexualise encore les personnages féminins, Mimmé et Kié n'ayant point besoin de cela pour paraître baisables —, j'ai lu quelques complaintes critiques sur le scénario. Je pense que contrairement à moi, ces plaintifs n'ont pas revu les deux séries animées originales 78 et 84 l'an passé (et leurs doublages suspects...) : la plupart des épisodes ont un scénario d'une minceur impressionnante... (Cela reste moins pire que Goldorak, dont je n'ai pas supporté de revoir plus de quelques épisodes, tellement c'était bête) Le mérite d'Albator réside certainement ailleurs : en fait, c'est poétique.

Pour s'en convaincre, je vous invite à revoir cette scène contre les Sylvrides/Mazones de l'épisode 9, avec Mukashi Mukashi en musique (qui n'est joué qu'à ce moment-là, me semble-t-il). C'est sublime, avec trois bouts de ficelle. Certes Shinji Aramaki a repris bien des thématiques d'Harlock, le jeune "fils adoptif", l'ennemi (héritier Zon), ainsi que les personnages principaux et le vaisseau Arcadia (modifiant l'histoire de Tôshiro pour que les nouveaux venus comprennent pourquoi le capitaine parle à l'ordinateur de bord comme de son ami). Mais il lui manque quelque chose de primordial de Leiji Matsumoto, peut-être le vécu au sortir de la guerre qui avait laissé le Japon exsangue et le ventre creux. Il lui manque une mélancolie chantante. Albator est noirci comme on noircit ces temps-ci tous les anciens héros en voulant leur acheter une psychologie enrichie. Mais cela échoue. Il y a quelque chose d'esthétique qui ne colle pas.

Et lors de la dernière scène, alors que le jeune Yama incarne le renouveau d'Albator jusque dans son apparence (poussant plus loin la filiation que les épisodes précédents, mais comme le capitaine ne s'est pas reproduit avec Esméralda et qu'on ne sait pas trop ce qu'il fabrique avec Miimé...), et qu'il pousse le légendaire "Arcadia, ashin!", on espère le vrai générique, mais non. Et malgré tous les mérites de ce long épisode, on est un peu déçu : si l'on prétend à l'universalité des thèmes inter-générationnel (et Harlock en a déjà traversé une ou deux entièrement, mine de rien), ne fallait-il pas aller jusqu'au bout ? On s'est arrêté en chemin...

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