humani nil a me alienum puto

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dimanche 22 avril 2018

museums of NY

Commençons par le Guggenheim, à l’occasion des deux heures du samedi en fin d’après-midi où c’est gratuit — ou plutôt, où l’on peut payer ce que l’on veut, donc pseudo-gratuit. C’était un bon prix pour ce qui arrive à surpasser le Palais de Tokyo en terme de foutage de gueule intégral. Normalement, c’était $25. Autant dire de l’arnaque totale. Il vaut mieux alors profiter de ce qu’il y a de mieux dans ce musée : le bâtiment lui-même. Ce n’est pas forcément si haut que dans les photos — autour de 6 étages, ce qui dans le décor newyorkais fait assez rabougri, et laisse songeur sur tout l’émoi suscité à l’époque de son ouverture —, mais c’est vraiment beau. Comme souvent à NY, le contenant a primé sur le contenu. Celui-ci, assez vide, fait paraître du grand n’importe quoi (type Castorama avec ampoule pseudo-intellectualisante pénible), que n’arrivent pas à sauver les quelques tableaux français de Seurat ou Pissaro, malheureusement échoués dans les premiers tours d’étage de ce tire-bouchon vers le n’importe quoi, que l’on parcours en une demi-heure tout au plus si l’on ne s’arrête pas aux toilettes — pour une fois, les chiottes ne servent pas à être exposées, on peut au moins leur faire ce crédit-là.

Le Metropolitan museum est grand, mais pas si grand que ça non plus. De l’autre côté de la 5ème avenue, empiétant généreusement sur le gigantesque Central Park, le MET est grosso modo la somme du British Museum et du National Gallery. En revanche, on s’acquitte là aussi de $25 pour l’entrée, et les espoirs de réduction sont maigres. Manger ou boire à l’intérieur fait aussi regretter les aéroports plus accessibles en terme de prix. En échange, on a une collection de grande qualité, des mise en espace superbes et des explications sur les cartons lisibles, compréhensibles, bien rédigées et intéressantes (des qualités qui manquent généralement toutes à Paris). C’est donc bien plus petit que le Louvre, mais ouvert tout les jours, ce qui se paie par deux problèmes de taille : quelques salles entières fermées, et des horaires d’ouverture ridicules, entre 10h et 17h30, sachant qu’on commence à être mis dehors dès 17h. Mais avantage de taille : le billet est valide trois jours, permettant de revenir plusieurs fois quand il fait mauvais temps à NY (chose manifestement très courante en avril), y compris dans les dépendances lointaines du musée.

Au MET, on trouve de l’Égyptien (qui attire les foules et repousse la Souris), du primitif flamand et de la grande époque 18-19ème, en nombre, mais aussi de l’impressionnisme. Il y a de la statue (toujours cet amour de Rodin) et du temple (un petit côté Pergamon), de la photographie et du tableau. Très majoritairement du tableau, tout de même. On en fait le tour complet en 6 ou 7 heures, et un très bon tour en 4 heures environ. On y circule fort bien, il n’y a pas d’attroupements mis à part quelques queues devant les attractions antiques, il y a de quoi s’asseoir confortablement, bref c’est généralement très agréable. Et même quand il y a de l’attente, pour la fouille sommaire à l’entrée ou pour l’achat des tickets, c’est fort rapide. Il faut bien avouer qu’ils sont forts, ces Ricains.

Ça se confirme d’ailleurs avec le Cloisters, perché sur un parc fort grand et mal indiqué dans les hauteurs au bord de l’Hudson, au bout d’une ligne de métro express géante qui met une bonne demi-heure pour mener dans un coin du Bronx. Le billet jumelé du MET permet d’obtenir très rapidement une contre-marque, car il n’y a vraiment pas foule. Trois ou quatre cloîtres répliqués du Sud de la France et miniaturisés ont été montés pour accueillir une collection moyenâgeuse des plus plaisantes. On y trouve même du gisant espagnol. Comme toujours, c’est très rondement mené. On regrette encore une fois les travaux au milieu qui ne permettent pas de profiter de l’ensemble de l’exposition, mais la mise en scène est tellement bien faite, et les pièces présentées si pertinentes, que cela fait même oublier l’heure et demie de transport aller-retour. Une jolie trouvaille saugrenue dans cette ville de brique et de métal.

Mais la dernière surprise reste le Frick — c’est chic. Le grand manoir, aussi sur la 5ème avenue, toujours du côté Sud-Est de Central Park, porte le nom de l’hôte collectionneur très riche — il y en a une certaine quantité, là-bas, qui ont souvent eu leurs salles aux MET suite à des donations massives, rompant avec le rangement thématique (les Balthus, dont la songeuse Thérèse, se retrouvent ainsi tout en bas). Le mercredi après-midi permet de ne pas se faire dépouiller d’une vingtaine de dollars, moyennant une queue moins impressionnante qu’au Guggenhein, mais qui disparaît tout aussi rapidement (moralité : inutile d’arriver à l’heure, c’est perdre son temps). Les oeuvres méritent le détour, mais leur nombre restreint permettant de faire le tour de la somptueuse boutique en une heure si l’on ne s’attarde pas trop, en ferait là encore une opportunité culturelle ruineuse. On y retrouve comme d’habitude à l’intérieur un public essentiellement français. Il y a un peu de tout, mais surtout du grand nom. Du Renoir, du Lorrain, du Van Eyck, j’en passe. Encore du Vermeer, comme au MET — rattrapage de la catastrophique expo du Louvre facilement effectué. Pas vraiment la période à la Souris, mais même elle a pu y trouver un peu son bonheur. Cela a permis en tout cas de confirmer notre intuition du Cloisters (outre que les musées américains sont décidément toujours bien fichus) : le patio intérieur, dans une maison, il n’y a que ça de vrai. Les Romains avaient donc raison — il aura fallu là aussi 2000 ans pour le redécouvrir…

J’allais oublier de compter Ellis Island ! Après un ferry (passage à la fouille toujours aussi inefficace, bateau avec des fréquences de RER ou de métro express newyorkais, ie 15 minutes en heures de pointe) et un passage par la statue de la liberté, on arrive enfin au bout d’une grosse demi-heure sur l’île de l’immigration. L’endroit était en ruine après son abandon en 1954 et l’instauration des visas — de toute façon, ça commençait à ne plus servir à grand chose dès les années 1930. Transformé en multi-musées, l’endroit propose à la fois un fort intéressant et très bien fichu parcours historique du bâtiment principal, reprenant celui des immigrants de 3e classe des bateaux, avec audio-guide et/ou ranger de visite, mais aussi des expositions sur l’immigration en général et le lieu en particulier. Il y même un « hard hat tour », avec casque sur la tête, pour aller explorer les nombreux bâtiments encore en ruine ! Il faut clairement compter toute la journée pour en faire exhaustivement le tour : avec un dernier ferry à 17h, nous aurions dû profiter de la cantine sur place pour ne pas terminer au pas de course. Ceci étant, toute une journée sur la même thématique très particulière est aussi assez lourde. Il n’empêche que c’est extrêmement bien fait, comme toujours — de manière assez similaire à Alcatraz, d’ailleurs.

mardi 19 septembre 2017

803ème semaine

Rome & Laval. Deux villes qui se sont retrouvées sur la même semaine, de mercredi à mercredi, sur mon agenda. À Rome, enchaînement de toutes les vieilleries sans souris, avec qui il faudra retourner manger glaces et supplì, parce que moi je ne sais pas bien retrouver les choses… En revanche, galleria Doria Pamphilj, musée du Capitole, pinacothèque et galerie Borghèse, Cinecittà : il ne manquait plus grand chose à la liste des émouvantes poussières. Trop long à chroniqueter, en revanche. Il y a à boire et à manger, là dedans. Chez Pamphilj, on rentabilise le moindre centimètre carré d’affichage, et il faut repérer ses Brughel le Vieux au milieu, ne pas négliger le placard à balais où se trouvent un Vélasquez en face d’un Bernini du même Innocent X (on est chez lui, après tout), et manifestement oublier du Memling (l’audiophone aussi).

Au Capitole, les grandes statuts sont ce que l’on retient le plus. C’est compliqué de s’y retrouver, et on a tôt fait d’oublier une expo temporaire dont à peu près personne n’a trouvé le chemin — très chouette terrasse, en revanche : il faut faire une offre d’achat. On regrette aussi de vivre à 1km en dehors de Paris : ça aurait fait économiser une dizaine d’euros. Un peu absurde. Comme les tarifs aussi de la Cinecitta, 20€ avec la visite guidée qu’il faut absolument prendre pour ne pas rester coincé dans deux simples expos, certes bien fichues mais très floues, et surtout qui occultent la réalité des lieux — un immense plateau adoré de Fellini, le décors de la série Rome, un autre égyptien pour je ne sais plus trop quoi (visite en italien…), et quelques moyenâgeuseries à la découpe, pour faire un petit tour guidé d’une heure. Absurde enfin le tarif de la galerie Borghese, 18€, où il faut boucler en une demie-heure top-chrono la Pinacothèque surchargée (c’est très cric-crac, mais finalement c’est surtout un Raphaël — je crois, parce que j’ai oublier de bien photographier le cartouche, et que c’est affreusement mal document — qui retient l’attention, accroché en hauteur), avant d’arpenter la galerie en tant que telle — on est limité à deux heures, mais ça se finit en une heure environ ; on y trouve du Caravage en folie, dont un très beau David et Goliath, et du Bernini décliné du formidable au magnifique (Apollon et Daphné), en passant par du Canova, du Raphaël, et tant d’autres encore. Rome, c’est passablement inépuisable. Et pourtant, ce n’est pas bien grand. Mais la sédimentation y a été poussée plus que nulle part ailleurs.

À Laval, ce qui frappe, c’est à quel point c’est une ville mal fichue. Pour traverser la gare et aller de l’autre côté de la ville clairement scindée en deux, on met un temps fou (passerelle en cours… Mais vu le nombre d’ouvriers, dans deux ans on y est encore). Sans arrêt, des routes manquantes, qui obligent à des détours et dérives (parfois charmante dans la sérendipité, pourvu qu’on accepte de tripler le temps passé à pieds), et souvent à traverser des pelouses… Royaume de l’absurde. On y trouve un château fort, du moins ce qu’il en reste, et encore on est pas trop sûr. Jolies fontaines régulières sur le cours d’eau qui redivise encore la ville (verticalement au chemin de fer), et puis une cathédrale locale agrégée et collectionneuse, pas très cohérente mais intéressante (avec un vrai triptyque fonctionnel ! Et donc fermé). De la province tranquille bourgeoise, comme il y en a beaucoup en France.

mardi 13 décembre 2016

Rome contempo

Le GNAM (Galleria Nazionale d'Arte Moderna) est un peu paumé en périphérie de la villa Borghèse, qui n’a vraiment de villa que le nom, puisque c’est un grand jardin avec quelques bâtisses, et finalement la plus grande est ce très beau bâtiment aux volumes intérieurs impressionnants, d’autant qu’ils sont remplis de vide. Mon oeuvre préférée, c’était ce chiotte couché, en plein milieu d’une salle : au moins, il annonçait la couleur et le foutage de gueule… Il y a quand même deux ou trois choses à sauver, dans cette resucée d’un affreux Palais de Tokyo. On va dire que 90% servirait bien à faire du compost, 8% pas mal du tout, 2% de chef d’oeuvre. Dont un Klimt, les 3 âges. On se demande comment il a atterri ici, le pauvre, dans un coin obscur d’une énième belle salle (car il y a 1100 oeuvres dans 55 salles ! Mais il ne faut pas trop se laisser abuser du name dropping : de Rodin, il n’y a qu’un dessin préparatoire, par exemple).

Heureusement, en ce premier dimanche du mois, le prix était à la hauteur : c’était gratuit !

mardi 1 novembre 2016

musée Botero

Accolé au musée de la banque tout aussi gratuit, le musée Botero de Bogota ne compte qu’un seul étage, disposé autour d’un patio, à l’espagnole. La moitié — si ce n’es plus — des oeuvres exposées est constituée de Botero. Heureusement, il y a aussi des impressionnistes et des contemporains (pas trop moches : les machins à la Palais-de-Tokyo sont au musée de la Banque). Dans la salle des impressionnistes, un ou deux Renoir, Pissaro, Sissey, etc., mineurs mais sympas, histoire qu’il y en ait au moins un de chaque. Idem pour la salle rassemblant du Picasso, Ernst, Braque, and co. Et puis il y a une salle avec Balthus, un très beau dessin d’une jeune fille (seul un sein dénudé se devinant) et un dessin préparatoire (astuce aussi mise en oeuvre pour avoir un Klimt syndical) de la leçon de guitare.

Il y a aussi quelques statues, intéressantes, un Dali avec baguette de pain sur la tête, et surtout du Ernst sympathique. Mais décidément trop, beaucoup trop de Botero, qui a envahi toute la Colombie — on retrouve une place pleine d’énormes statues à Medellin, la deuxième ville du pays. Pas étonnant que les moustiques et les cocos soient vénères, ensuite, dans le coin…

mardi 9 août 2016

Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Voici un musée qui souffle le chaud et le froid : les salles sont très étrangement climatisé, et si l’architecture est très agréable, le climat l’est beaucoup moins. La muséographie est aussi fort étrange, avec ses salles planquées. Alors qu’on est essentiellement sur un seul niveau, on peut passer à côté du tiers du musée en salles aux portes quasi-dérobées, numérotées bizarrement, et c’est ainsi qu’au deuxième passage j’ai découvert quelques Poussin (sous une grande verrière, où il n’y avait personne — il n’y avait déjà pas grand monde dans le reste du musée), et au troisième passage les impressionnistes.

Les collections sont fort belles, avec les vieux christ du XVème-XVIème (dont un Dürer au Christ déprimé), des chefs d’oeuvres de temps à autre, des découvertes surprenantes comme ce Joos van Craesbeeck, Versuchung des heiligen Antonius, digne d’un Jérôme Bosch.

On finit par découvrir les dernières salles planquées au sous-sol, derrière les lockers. Tellement cachées d’ailleurs qu’en premier lieu, on était sorti, pour faire un tour à l’Orangerie — dont l’entrée même n’est pas si évidente que cela. L’Orangerie, c’est du contemporain, il y a donc à boire et à manger — évidemment, la majorité des croutes présentées sont affreuses. On y trouve un peu son bonheur tout de même, dans un très beau bâtiment aussi (beaucoup plus simplement aménagé).

Voilà un musée qui mériterait d’être plus mis en valeur, et avec son entrée payante, pour finalement quelques très rares visiteurs (à vue de nez, en deux heures, on a dû en compter une dizaine grand maximum), alors que les pars avoisinants étaient assez remplis de monde, un mercredi, il vaudrait mieux rendre gratuit et profiter des quelques dons. Il n’y a apparemment qu’à Londres qu’on ait compris cela — l’organisation allemande offre tout de même des abonnements nationaux fort intéressants, qu’on est infichus de mettre en place à Paris.

dimanche 19 juillet 2015

portraits d’anglo-hollandaise

Le National Portrait Gallery de Londres a eu cette géniale idée de consacrer une exposition à la magnifique Audrey Hepburn que j’adore plus que tout. Est-ce la plus belle femme du monde ? En voilà une question : le look « gamine » de sa vingtaine, qui a fait sa renommée, a suivi des années adolescentes un peu potelées mais formatrices au ballet ; et l’idée, c’est essentiellement de ressembler à un garçon manqué. Et puis ensuite, il y a eu Givenchy, et les robes incroyables qui ont mis en valeur sa taille (parce qu’après tout, elle avait tout de même un sacré bassin). L’exposition se veut une rétrospective iconographique, avec du rare pour attirer un public fanatique (notamment une relique : une paire de pointes) et du très-typique, avec pour finir un mur de unes de magazines (depuis la toute première où elle était encore inconnue, à 19 ans). On comprend la construction de son personnage, au cours de son ascension rapide puis des différents films, jusqu’à la moitié de la trentaine, à la suite de quoi tout se calme (elle a ses deux gosses avec le 2e mari), pour ne réapparaître qu’avec l’ONU, vers la fin trop rapide de sa vie — et donc de nouvelles belles photographies.

Une bien belle expo, un peu courte et de fait un peu chère… Mais comme d’habitude, le reste du musée est gratuit, notamment l’habituel concours du British Portrait, dont j’ai absolument adoré le second prix, Eliza

par Michael Gaskell : un portrait selon une inspiration flamande. Ah, les néerlandais(es) !

mardi 7 juillet 2015

687ème semaine

Cette semaine peu marquée par les activités artistiques, aura vu une visite impromptue d’Angoulême — après Lannion/Perros Guirec, le tour de France continue. Une ville fortifiée essentiellement en hauteur, même si des faubourgs s’étendent à ses pieds, et notamment avec la Charente en contre-bas, nous avions quelques écoles et le musée de la bande dessiné, sorte de thématique de la ville qui s’est rendue célèbre par son festival. C’est charmant ! Et avec un immobilier dont les prix laissent très songeurs, surtout quand on retourne à Paris…

 Outre que l’on y mange très bien — les vieilles ruelles très charmantes abritent une succession compacte de restaurants très recommandables, à la limite du gastronomique —, il y a de quoi tromper un petit peu l’ennui, notamment avec un musée entièrement refait à neuf dans de la vieille pierre, avec quelques morceaux de (gros) dinosaures de la région (il y a tout un filon), des arts dits primitifs (très belle collection, dommage que ça ne me fasse ni chaud ni froid) et au 3e étage de la peinture de quelques héros de la région, pas de niveau national (quoique, deux ou trois pièces méritent) mais tout de même de la très belle facture — le tout est donc supérieur à Nîmes (d’autant qu’il n’y a pas cet aspect parc d’attraction pour collège), mais inférieur à Rouen ou Lille par exemple.

 Allez savoir comment on y passe toute une année (avec un seul théâtre en centre-ville), mais pour quelques jours, ça en vaut le déplacement.

lundi 30 mars 2015

musées franciscains

L’an passé, j’avais privilégié la découverte de la ville à ses musées : on ne peut pas tout faire en temps contraint. Cette année, il fallait donc rendre justice aux lieux culturels négligés. Le temps étant encore plus contraint, et entrecoupé de quelques rencontres malthidiennes (on ne va pas s’en plaindre !), j’ai encore dû sacrifier l’hyper-cher California Academy of Sciences ($34,50…) — et Alcatraz.

Le SF asian art museum est fort célèbre, surtout… pour son escalier monumental. Qui mène à une grande salle vide (une ancienne bibliothèque, étant donnée les inscriptions aux murs). Il faut choisir côté pour faire le tour d’un étage de collections : les japonais-coréens-chinois au premier, les indiens et autres bouddhistes au second. Les collections sont riches et croisent des temps anciens (parfois très anciens, certaines pièces ont trois mille ans !) avec de l’art contemporain. La continuité est bien assurée, et l’agencement agréable. À $15 l’entrée, cependant, il faut vraiment que l’on jumelle une exposition temporaire pour en avoir pour son argent — en deux heures de temps, on a bien poussé l’exploration du lieu…

L’exposition du moment, justement, prend un angle intéressant : « les yeux de l’imprimeur ». On l’oublie souvent, mais l’estampes n’est pas directement dessinée — c’est sa définition même ! Il faut un imprimeur, en couleurs pour les nippons. Une vidéo introductive montre comment on procède : malheureusement, les trois salles du rez-de-chaussée étaient fichues de manière telle que je ne l’ai vu qu’en tout dernier — et pas entièrement. Par couches successives qu’il faut appliquer en recalant le modèle (ce qui use beaucoup d’essais infructueux !), du plus clair au plus foncé (on termine donc par le noir, avant de saupoudrer un fond), le dessin de l’artiste apparaît peu à peu. Il y a absolument de tout dans cette exposition, des scènes de vie quotidienne à de l’érotisme en passant par du kabuki. Une salle entière est dédiée aux geishas, à leur vie, à la vie de la cité autour de d’elles, et outre quelques kimonos magnifiques (dont des certains pour dormir, taille XXL mode couette à manches), le clou du spectacle est un très long parchemin de plusieurs mètres entièrement déroulé (une bonne quinzaine), sous plexiglass, qui montre la vie des paysans, l’entraînement d’une jeune maiko (qui sont devenues des superstars d’après le film que j’ai vu dans l’avion au retour, « Laidy Maiko », sorte de vague remix de Pygmalion/My fair lady totalement halluciné…), l’arrivée d’un samurai qui va dépenser des fortunes pour son amusement (les panneaux explicatifs, toujours didactiques faute d’être très précis, parlent d’équivalents d’une ou plusieurs dizaines de milliers de dollars), son départ au petit matin après les plaisirs (dans le kimono XXL) et le repas dans la prison dorée des demoiselles…

Tant de beauté est époustouflant. Cette expo-collection annonce la couleur des autres : vague thématique, très belles pièces, cartons imprécis mais praticables (on ne sait jamais l’origine des oeuvres, frustrant !!), prix rédhibitoire. Au de Young, le lendemain matin, j’ai opté pour le billet jumelé avec le Legion of Honor, pour $24. Ça arrache, mais je pensais avec les deux expositions temporaires pour ce prix-là : que nenni, pour le LOH et son (manifestement petit, à la vue du plan et du catalogue) extrait des collections du musée du costume de Brooklin, il fallait compter $13 de plus. Au de Young, on redécouvre les très bonnes collections du musée d’Edimbourg — qui y étaient gratuites. Autant dire qu’il ne faut pas s’y rendre actuellement : SF a tout dévalisé — avec une vague thématique « de Boticelli à Braque », alors même qu’il y a une pièce plus récente que celle de Braque exposée… —, y compris le magnifique Sargent (Lady Agnew of Lochnaw, 1892), toujours à tomber.

À ce propos, j’ai vécu une scène qui est je pense typique de l’esprit américain : une dame se promenait avec ses deux enfants, et sur sa sélection d’oeuvre, s’attardait accroupie avec eux assez longuement, pour raconter diverses choses avec ce ton toujours émerveillé ; faisant participer les marmots, elle leur demande ce qu’ils ressentent face à cette présence forte de la jeune fille (peinturlurée en pleine dépression…) puis d’où vient la lumière qui donne cette impression : d’en haut à droite, bien sûr, bravo ! Sauf que toutes les ombres du tableau sont portées vers la droite…

Le de Young (d’après le nom du fondateur du San Francisco Chronicle), ça fait un peu la foire fouille : tu trouves de tout si tu es malin… Au rez-de-chaussée du bâtiment hyper moderne (avec une tour de neuf étages qui sert uniquement de panorama aux visiteurs), quelques petites salles proposent des oeuvres contemporaines qui vont de la photo à la sculpture absconse en passant par la vidéo sans aucun intérêt. Mode sous-sol du BHV/palais de Tokyo. On s’amuse de ce que des oeuvres contemporaines soient exposés pas loin d’art « primitif » d’Amérique du Sud, et y ressemble beaucoup. À l’étage, c’est mieux, un énorme anneau de grandes salles font apparaître des collections les plus diverses et variées, rangées par thèmes et par mécènes. On retrouve des arts indiens, où les pièces peuvent avoir 30 ans comme 3000 (peu de différences : ça c’est de la constance digne des Égyptiens !). Mais aussi de l’art africain (avec des gardiens… noirs. Qui ne voient pas la lumière du jour, dans cette salle temporaire reculée). Puis de l’art nouveau, avec du mobilier (comme à Berlin ! Avec beaucoup moins de quantité, mais de grosses collections de Tiffany). Et tout à coup, de la peinture, à partir des flamands du XVIIIème jusqu’à de la sculpture du XIXème, en passant par un Sargent, avec de belles oeuvres, quoique aucune ne soit bien célèbre.

En réalité, c’est au Legion of honor, reliée par une navette (noooon, je déconne : 30 à 40 minutes avec deux bus — ça prendrait 5 à 10 minutes en voiture —, le délire total san franciscain…), que l’on découvre le best of, avec des salles de Rodin, avec du Van Dyck, du Lorrain, du Salvador Dalí, du Caillebotte, des primitifs flamands et deux gigantesques tapisseries multiséculaires, et puis cette toile fascinante de William Adolph Bouguereau,1891, « la cruche cassée », qui rend beaucoup mieux en vrai qu’en photo. Perché sur sa colline, avec une vue sur un vaste terrain de golf, une bonne partie de la ville, et un peu de Golden Gate Bridge entre les arbres, le Legion of Honor (deuxième partie des fine arts museums de SF avec le de Young) est une espèce de bulle temporelle à l’abri, où l’Art avec un grand A est mis à l’honneur, où l’on peut trouver deux salles d’hôtels particuliers parisiens entièrement remontées, comme si l’on était dans une grande ville — mais on en fait le tour en moins de deux heures, et le plan propose même un « parcours une heure ». Tout y est agréable, jusqu’au café. Mais comme le de Young perdu au milieu de l’immense bande de parc-forêt qui balafre l’Ouest de la ville, il est impossible d’y passer par hasard : à ce niveau, c’est le contre-pied total d’un National Gallery où l’on passe pour flâner, sans monnaie y laisser. Quand on va au musée à SF, ça doit être efficace et exceptionnel. Mais y repasse-t-on ?

samedi 7 mars 2015

photos gratos

La MEP est gratuite le mercredi à partir de 17h et apparemment beaucoup de monde est au courant, à voir la queue au dehors. Ce n’était pas non plus blindé, mais il faut bien attendre une demi-heure avant de pouvoir monter au dernière étage des expos pour « L’Italie de Bernard Plossu » qu’avait repéré la souris. Bernard Plossu est aussi Italien que moi, mais lui en est éperdument tombé amoureux et a décidé de tout y voir, de tout parcourir et photographier. Ça donne une belle cartographie de lieux en noir et blanc, et petits formats, sous les lourds nuages qu’affectionne l’artiste. Et puis un peu d’Italiens aussi, de l’autre côté des escaliers. Un peu de voyage transalpin.

« Images secondes » par Éric Rondepierre est fort surprenant. L’idée est de s’immiscer dans les ratés des films : des pellicules, avec des sous-titres incongrus sur fond noir, des moitiés d’images ou des petites brûlures et larges déformations ; du numérique, avec les problèmes d’encodage. C’est ludique et bien trouvé.

Au 1er, des images d’Ibiza, pas super intéressant. Au sous-sol, en revanche, des prisons par Grégoire Korganow, dont on connait bien la photo aux Baumettes, avec les détenus qui longent en équilibre un grillage pour éviter une zone inondée où flottent déchets et probablement quelques rats. Il a pu tout voir et photographier, mode témoignage-documentaire, frontalement, en couleur et grand format. On ne peut que voir les limites d’un système récent de punition et surveillance mal entretenu qui ne fait plus office de grand chose, si ce n’est que bien refoulé, il trahit l’impuissance probablement coupable de la société moderne française, à sa marge — mais combien coûte le modèle norvégien, sûrement moins peuplé de la même faune ?…

jeudi 15 janvier 2015

Moreau symbolique

On peut vivre à Paris depuis dix ans et faire encore des découvertes. J’aime cette ville. Jamais ne m’étais-je promené dans les très beaux quartiers de la Nouvelle Athènes, dans le 9ème, si ce n’est à la périphérie. Je n’avais donc jamais mis les pieds dans le musée Gustave Moreau, dont j’ignorais jusqu’à l’existence. C’est au hasard d’une conférence repérée par ma guide préférée que nous nous retrouvâmes en très petit comité autour d’une doctorante et au milieu de travaux qui dureront jusqu’à la fin du mois — du coup, la visite nous a été offerte.

De Gustave Moreau non plus je ne savais pas grand chose. Le musée habite son ancien logement dont il fit don pour la postérité — au premier étage, ses appartement surchargés sont d’ailleurs exposés en l’état. Au deuxième et troisième étages, ses oeuvres, souvent de grandes dimensions, sont accrochées. On passe alors de reproduction de Poussin au rez-de-chaussée au fameux symbolisme, via « Oedipe et le Sphinx » dont un carton est présenté dans les escaliers (l’original fini se trouvant au Met). C’est pour le moins spécial !

Fort reconnu en son temps, son art semble être un singulier amalgame de réflexion, de précision et d’accumulation. D’abord, les sujets traités sont un brin savants, récupérés de sa bibliothèque. Ensuite, sa peinture est à l’image de la minutie portée aux sujets, avec peu d’épaisseur et un effet hâlé quasi-magique, en tout cas mystique. Enfin, il accumule les détails à l’envi, et a même inventé une forme d’ajout par dessin sur la peinture pour une dernière couche d’ornements, le « tatouage ».

Je vous avouerais que de la conférence itinérante savante et lue (un problème d’universitaire, que cette manie : pour ne rien oublier, on finit par négliger que le média de la parole orale n’est pas celui de l’écrit…), je n’ai pas forcément tout retenu (euphémisme). Mais pour une première découverte, un peu de déchiffrage n’était pas malvenu, tant tout cela foisonne. Il reste à faire reposer et à y retourner pour les beaux jours, de préférence quand ce ne sera pas trop envahi de nippons qui semblent raffoler du style (c’est vrai qu’on se croirait un peu dans une mystique à la Evangelion/Raxhephon, parfois…). Intéressant !

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